CHAPITRE II | L’Irfluerce de Sorel en Italie
Que l'influence de Sorel en Italie ait été considérable, on ne saurait en douter. Ses ouvrages y ont connu une diffusion extraordinaire, et, tandis qu’en France, quelques rares fidèles se groupaient seuls autour de son nom, de l’autre côté des Alpes, des foules l’acclamaient comme un maïitre.
Sorel répondit à cet engouement en adoptant ltalie comme sa véritable patrie intellectuelle : nous avons vu qu'il fit à ses admirateurs la faveur insigne d'écrire plusieurs de ses œuvres directement, dans leur langue, au point qu’on a pu dire avec raison : « Quelques-unes des pensées soréliennes les plus drues, n’ont trouvé... qu’une expression italienne, et c’est souvent au seul public italien que M. Sorel a réservé ses plus précieuses confidences. » (1)
Ces confidences trouvèrent un écho sympathique dans les milieux les plus divers. Des savants renommés, comme Benedetto Croce et Vilfredo Pareto, s’autorisèrent de Sorel ; le premier dans sa critique du marxisme, le second pour mettre en garde la bourgeoisie contre la menace prolétarienne. Des articles de revues et de journaux innombrables traitèrent de « Giorgio Sorel » ; des thèses de doctorat en droit lui furent consacrées.
De l’autre côté de la barricade, dans les revues
(1) JOHANNET, Itinéraires d’Intellectuels, p. 185.
yndicalistes, des théoriciens de valeur : Les Labriola, Lanzillo, etc, commenterent avec enthousiasme les Réflexions sur la violence. Et le seul nom de Sorel provoqua les applaudissements des prolétariens dans les congrès ouvriers où l’idée de grève générale l’emporta rapidement sur les thèses. moins radicales des socialistes réformistes.
Parmi les militants les plus avancés, dont l’intransigeance était la plus farouche, se faisait remarquer, dans les années d’avant-guerre, le jeune directeur de l’Avanti, Benito Mussolini.
Mussolini avait vécu plusieurs années en Suisse, avant d’en être expulsé pour sa propagande subversive. Si Lénine a, peut-être, au cours de son séjour à Genève, connu là-bas les œuvres de Georges Sorel, pour Mussolini la chose est certaine. En 1914, ce sont les idées antidémocratiques et révolutionnaires de Sorel qu'il développait dans les congrès, notamment au fameux songrès d’Ancône, où, à sa demande, « la maçonnerie italienne reçut un si beau coup de pied du socialisme ornciel » (1). L'action de Mussolini avait été signalée à Georges Sorel qui avait fait alors cette prophétie, ne croyant probablement pas si bien dire : « Ce jeune homme fera parler de lui dans le monde » (2), II manquait encore à Mussolini les fameuses « circonstances favorables » dont on a dit qu’ells permirent à Napoléon de se révéler. Elles furent fournies à Napoléon par la situation anarchique de la France du Directoire, Mussolini les trouva dans les désordres sociaux qui troublèrent l'Italie de l'après-guerre.
(1) GorGozinr : Le fascisme, p. 16.
(2) JoHaNNET : Eloge du Bourgeois français, p. 338.