‹ Les Idées Sociales de RenouvierChapitre 27 sur 28 · TE · texte numérisé non relu

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autres règles qui ordonnent de bien préciser l'écart entre le fait et le réel, et de rechercher les moyens à la fois les plus utiles et les plus susceptibles de faire évoluer la société empirique pers la justice idéale.

V. Droits et devoirs sous le régime de Ia propriété. L'assistance.

Dans l'état de guerre, la propriété est assimilable à ces coutumes injustes, comme l'esclavage par exemple, contre lesquelles, l'agent moral qui ne peut les changer de lui-même, est tenu de lutter par tous ses moyens pour les modifier et tout au moins pour se faire au milieu d'elles une loi de conduite le plus près possible du juste. Mais ici, il faut de plus chercher quels moyens généraux sont praticables pour passer de l'appropriation abusive à l'appropriation rationnelle, ou justement répartie, ou compensée ; il faut subir ce qui est tout en travaillant à le modifier. Le droit révolutionnaire serait certes légitime contre les abus de la propriété, mais on s’abstiendra d'en user si l’on songe à tous les ménagements dûs aux droits acquis, et à toute l'incertitude, aux difficultés et au désordre que comporte sa mise en œuvre. La morale appliquée maintient le droit issu de l’état de guerre, mais elle le soumet au devoir. Les relations de riche à pauvre seraient dominées par le devoir absolu, si ces relations existaient simplement et séparément entre eux. Mais, en réalité, l'occupant a en face de lui un nombre indéfini d'indigents dont le droit est identique à son égard. Partager ses biens serait sacrifice et non justice, et ne produirait peut-être que misère pour ceux mêmes qui en bénéficieraient.

Ceux qui possèdent ont pour principal devoir d'encourager et de commanditer le travail. Le font-ils pleinement, lorsqu'ils

consacrent la plus grande part de leurs revenus à des dépenses I a es dépenses

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que j'aime un grand nombre de vues de détail, à la fois nobles et pratiques, dont il a semé ses livres, mais c’est que Fourier, faisant appel constamment à la liberté et à la liberté toute seule, pour réaliser le plan divin, se sépare, à son grand avanage moral, de tous ces prédicateurs d'autorité ancienne ou nouvelle, royale ou sociale, théocratique ou communiste, qui ne se proposent jamais que de prendre les hommes pour instruments de leurs desseins ou comparses de leurs de leurs théories (1) ».

Il trouve, chez Fourier, tous les éléments d’une grande et véritable philosophie : « Pour être philosophe, que faut-il ? Rattacher par la pensée les phénomènes de l'univers à ce que l’on peut concevoir comme leur principe. définir la nature et l’ordre du monde... avoir marqué la place de l'humanité et tracé le plan des destinées humaines dans l’ordre matériel de l'univers, étudié les passions et leurs fins, déduit l’ordre social, suivi les âmes dans les mondes futurs (2) » Et c’est là proprement l’œuvre de Fourier. Et Renouvier se plaît à montrer lui-même les points de contact de son. système avec celui de Fourier. Il signale d’abord les resemblances qui existent entre son explication des destinées humaines et celle que donne le Phalanstérien, tout en marquant la profonde différence qui résulte de ce fait que leurs principes moraux sont différents : pour le criticisme c’est la justice, pour le fouriérisme c’est l'amour qui fonde la morale. Les vues pratiques de Fourier, reprises ou adoptées par Renouvier sont nombreuses : sur la propriété, il déclare Fourier « le plus juste, le plus modéré et le plus pratique des socialistes ». Il reprend les critiques faites par Fourier contre les mœurs commerciales, l'échange, la production morcelée ; il juge les principes phalanstériens tout à fait applicables à une association volontaire de producteurs, « dont les membres, sans admettre l'utopie attrac-

(x) Critique philosophique, 73, I, 35.

(2) Philosophie analytique, IV, 162.

tionniste, mais en se plaçant sous le régime commun du devoir, de l'intérêt et des règlements, exploiteraient comme travailleurs et comme capitalistes et actionnaires un fond indivisible entre eux, industriel ou agricole » (1). Renouvier admet la triple rémunétion, au capital, au travail, au talent que propose Fourier. Enfin, il constate que grâce à la loi équitable des associations, le fouriérisme est « le seul système social a priori qui ait pu descendre de son utopie et sans abandonner son principe, offrir une formule pratique de la fonction économique et de sa rétribution » (2). Il suffirait pur lui rendre toute sa force de substituer à sa morale passionnelle, la morale criticiste qui admet les passions dirigées et apliquées par la raison parmi les éléments de l'acte moralement

bon.

C'est donc surtout au nom de la liberté que Renouvier se sépare du socialisme, et son adhésion n’est acquise à un système que dans la proportion où il la respecte; c'est pourquoi les théories de Proudhon ne lui ont jamais paru être entièrement à rejeter. Comme Renouveir, Proudhon combat tous les systèmes autoritaires, et comme lui, il cherche à relier sa conception de la liberté morale et politique à une explication métaphysique de l'univers, fondée aussi sur la liberté. Il a le mérite d'avoir compris que pour fonder la société démocratique il faut faire appel à la conscience, à la volonté qui seules créent la vie individuelle et sociale; c'est à un système de liberté qu'il demande la solution de la controverse entre les fins de la société humaine et la notion de l'Etat. Il va même plus loin que Renouvier dans le respect de l'individu, trop loin peut-être, en négligeant de parti pris ,la part qui put revenir à l'action adjuvante de l'état pour aider à la pleine formation de l'individualité de ses membres. Bien qu’il

ait eu conscience de la loi morale, Proudhon n'a pas su trouver

(1) Td., Ibid:, 175.

(2) Ibid., 202.

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