LA DÉCADE PHILOSOPHIQUE
à Turin pendant une partie de l'an VI et de l'an Vil, il l'iiL rcni- ' placé, pour la rédaction, par Boisjolin et, dans la direction, par J.-B. Say; puis rentra à Va Décade en thermidor de l'an VII et on reprit la direction quand Say fut appelé au Tribunal. Quels étaient, avec Say et Ginguené, les autres fondateurs de la Z)t^c«û?e ? En 1801, la plupart étaient membres de l'Institut.
Vers la fin de l'an X, la Dt'cade fut désignée comme le plus triste des pamphlets périodiques dont puisse s'aviser un écrivain mercenaire, comme un hlasphème décadaire contre la langue, un libelle contre le bon sens. Les rédacteurs, ajoutait-on, ont transformé le langage des anciens coryphées de la philosophie, qui avait séduit par sa magie, en un patois ignoble d'une métaphysi(pie populacière, et l'on croit que dans la bande de ces jeunes Vandales se trouve l'auteur du scandaleux placard intitulé les Aventures de J-Ç. Les auteurs de la Décade se défendirent avec vivacité et donnèrent déplus amples renseignements : « Notre association se forma, disaient-ils, il y a bientôt neuf ans, au commencement de l'an II. Nous eûmes pour objet de nous opposer précisément à ce vandalisme, à ce ton populacier, à ce mépris de la langue, des principes littéraires et des modules, à ces vices qui régnaient alors et dont notre calomniateur ose nous accuser aujourd'hui... Nous étions six..., les cinq autres ne se découragèrent pas, la Décade ^m'wi sans interruption... elle fut, surtout pendant les premières années, le seul journal littéraire qui défendit, par amour et avec connaissance de cause, ce que ces nouveaux venus en littérature feignent de défendre aujoui'd'hui, par esprit de parti et sans y rien entendre... La langue et les règles du goût y furent toujours respectées, le bon sens fut notre règle... Si la philosophie française, qui n'est point de la métaphysique, mais qui a démontré les vices d'une métaphysique embrouillée, est pourtant une métaphysique populacière, nous avouons que c'est la nôtre.. Nous fûmes si loin d'être des écrivains mercenaires que nous soutînmes plus d'une fois cette entreprise sans produit pécuniaire, du moins pour nous, seulement en considération de l'utilité dont elle pouvait être et pour répondre aux encouragements que nous donnaient les amis des lettres, ceux de la saine philosophie et d'une sage liberté... Nous ne sommes pas plus une société de jeunes gens que nous ne sommes une bande de Vandales... des gaietés de ce genre (/es
Aventures de J-C.) ne s'accordent ni avec notre Age, ni avec notre caractère, ni avec l'étal ou la position d'aucun de nous. Si notre accusateur, qui cache son nom, veut le dire, nous dirons les nôtres; il n'y en a aucun dont un honnête homme ait à rougir. » La Décade ne revint point sur ce sujet, et nous ne savons pas exactement les noms des six fondateurs : toutefois nous connaissons Amaury Duval, que Sainte-Beuve appelle l'ancien rédacteur en chef, et, parmi les collahorateurs ordinaires ou accidentels, Joachim le Breton, Sélis, Boisjolin, Fauriel, qui y publie de curieux articles sur M"'* de Staël et Villers ; Horace Say, dont J.-B. Say déplore la mort prématurée, Thurot qui y signale les ouvrages de Cabanis et de D. de ïracy, M.-J. Chénier et Andrieux, B. de Saint-Pierre, dont elle insère les lettres et les discours, Rœderer qui discute grammaire avec Domergue et défend, contre Rivarol, la philosophie moderne, Draparnaud et Dupont de Nemours, Richerand etMoreaude la Sarthe, Biot et Humboldt, Salaville et Roume, Butenschoen, Desrenaudes et Eymard. Cabanis lui adressait une importante lettre sur la doctrine de la perfectibilité ; Cuvier songeait à y analyser l'ouvrage de Villers.
La Dt'cade eut une existence assez difficile. On lit fréquemment, à la fin d'un numéro, qu'il y a augmentation du prix d'abonnement, i\ cause du renchérissement énorme des matières premières, du papier, de la main d'œuvre, du timbre. A la fin de 1798, le Directoire menace de la supprimer parce que, dans les articles de politique, elle critique, quoique avec décence et ménagement, quebiues opérations diplomatiques qui eurent les suites les plus funestes. Mais la situation devint plus difficile encore quand la réaction politique et religieuse, encouragée par Bonaparte, attaqua avec succès toutes les idées que la Z)^'c«rfe s'était donné pour tâche de défendre. Nous avons signalé déjà les injures auxquelles elle crut devoir répondre. En thermidor, \ Observâtes des spectacles lui conseille de changer de titre. Elle ne tient point, dit-elle, à ce titre par esprit d'opposition aux désirs actuels du public, mais, connue en France et à l'étranger, elle eût fait croire, en le changeant, que les opinions des rédacteurs, ou les rédacteurs, n'étaient plus les mômes : « Un journal qui a quelque réputation, ajoute-t-elle, n'abandonne point impunément son litre. » Mais quand Napoléon eut supprimé les écoles centrales, la classe des sciences morales et poli-
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tiques et le Tribiinat, quand il vit dans les « idéologues » ses pires ennemis, Ja /)(^r«f/? ne put ni inqirimef librement ce que pensaient ses rédacteurs, ni continuer de remplir la tâche qu'elle s'était assignée.
Tant qu'elle exista, elle défendit vaillamment la plililosophie, telle que l'avait comprise le xvm" siècle et telle que l'entendaient les idéologues. Elle annonce, le 10 septembre 1796, les Vosges, poème de François (de Neufchàteau) qui, emprisonné longtemps, privé de ses papiers, continue à aimerson payset la République: <» Bel exemple, dit-elle, pour ceux qui, après avoir préconisé la philosophie toute leur vie... la dénigrent, la calomnient en lui impulant toutes les horreurs qui ont souillé la Révolution, comme si Voltaire, Montesquieu, Buiïoii, Helvétius^JlMderoL. d'Alembert, Rousseau, Raynal avaient pl-éché"le crune, fait l'apologie du brigandage et réduit l'assassinat en préceptes! » Trois mois plus tard, elle se demande, en signalant l'appaiition du Spectateur du Nord, pourquoi les croyants disent que l'abominable philosophie du xvni'' siècle prêche la révolte contre toute autorité, le mépris de tous les devoirs et l'oubli de tous les sentiments, qu'elle a instruit et excité les monstres qui ont dévasté la France, (jue Robespierre, CoUot, Lebou, Carrier étaient des philosophes ! A propos de la brochure de Creuzé- Latouche sur l'intolérance philosophique et religieuse, elle rappelle que la philosophie a été un des premiers objets des fureurs du gouvernement révolutionnaire. Marat fut préféré à Priestley par les électeurs de Paris, le buste d'Helvétius mis en pièces par les Jacobins. Condorcet, Bailly et Lavoisier furent des victimes du gouvernement révolutionnaire. Le jour même où elle écrit qu'elle a reçu des vers k la louange de Bonaparte, assez pour en remplir un numéro (-20 décembre 1797), elle afQrme que «la Révolution, créée par la philosophie, doit être conservée par elle ». Klje rpvipnl,&mi.Je^livre de Marat, qui traitait d'ignorants Locke, Condillac, Helvétius et autres. Rœderer y défend la philosophie contre Rivarol et rappelle que Robespierre, présenté comme le plus obscur satellite de la philosophie moderne, en fut le détracteur et l'ennemi des philosophes, qui pour lui n'étaient que des charlatans ambitieux. La Décade signale le discours où Cuvier combat la croisade qui s'est formée contre les sciences et la philosophie et constate que Touvrage De V Influence de la philosophie sur la religion, « par
un officier de cavalerie », est de quelqu'un qui ne connaît pas du tout la philosophie et qui connaît très mal la Révolution. Elle relève raccusation de philosophie et d'attachement à tel et tel principe ou idée libérale « que maintenant il est reçu de ridiculiser pour parvenir ensuite plus sûrement à les faire proscrire », quand vient de paraître Atala et quand on songe à supprimer les écoles centrales. Elle insère le discours de Chénier qui défend ces dernières et fait l'éloge du xvm^ siècle et de sa philosophie; puis elle signale le livre de Mounier, De l'influpiice attribuée mix philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de France : » On a voulu, dit le rédacteur anonyme, envelopper dans un commun anathème la cause des lumières etcelle delà liberté... on a imaginé des conspirations de philosophes (1);... on a voulu donner à la philosophie, sur les écarts de la Révolution, linfluence qu'elle n'a eue que sur ses principes, pour la rendre également odieuse à tous les gouvernements et à tous les peuples... Mounier a fait justice de tous ces systèmes, fait sortir intacte et pure, du sein de notre histoire et au milieu de nos disputes, cette sublime alliance de la philosophie et de la liberté, aussi ancienne que la pensée, aussi durable que la raison. » Et dans le même numéro, annonçant que Degérando a été couronné par l'Académie de Berlin et nommé correspondant par celles de Genève et de Turin, elle ajoute : « Ceci prouve au moins que la doctrine de Locke et de Condillac réunit aujourd'hui les sufFragos des sociétés savantes les plus éclairées de l'Europe. « Quand Despaze adresse à l'abbé Sicard une satire littéraire, morale et politique où il montre qu'au xYui" siècle
...ratliéisme en paix proclamant ses maximes ÉtoutTe les remords pour enhardir les crimes,
la Décade cite le vers de Voltaire :
Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
C'est avec plaisir qu'elle rapporte les paroles de B; de Saint- Pierre au lycée de Paris (16 brumaire an X) : « Chacun raisonne d'après son état, sa religion, sa nation et surtout son éducation, qui donne la première et la dernière teinture à notre jugement. Le philosophe seul accorde sa raison sm* la raison géné-
(1) On pouvait s'autoriser de quelques passages de Cabanis, cf. ch. iv, § 2,
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raie de l'univers, comme on rùgle sa montre sur le soleil. » En annonçant que la question Napolt'on Bonaparte sera-t-il consul à vie ? a été décidée à l'unanimité dans le département de la Seine, elle fait remarquer, d'après le catalogue de la dernière foire de Leipzig, que « les Allemands (et leurs livres le prouvent) estiment encore les sciences, les beaux-arts et la philosophie !... Honneur, ajoute-t-elle, à la nation germanique! « En rendant compte du Gi'nie du christianisme, Ginguené s'indigne contre l'esprit de parti qui a dicté ces sorties contre la philosophie, accusée de tout le mal suscité pour empêcher le bien qu'elle voulait faire, accusée même d'être mortelle aux véritables attraits des femmes, et de n'être ni moins cruelle ni moins sanguinaire que le fanatisme ! Il y a une espèce de courage, dit-elle en l'an XII, en signalant la Philosophie l'irmentaire de Mongin, à publier aujourd'hui, sous le titre de Philosophie, un traité importfint de métaphysique et de grammaire. Non seulement, en effet M""' de Genlis vante le temps de Louis XIV et travaille « avec ténacité à avilir et à dénigrer la mémoire de tous ceux qui ont pu appartenir à ce que l'auteur appelle la secte philosophique )),mais Voltaire est accusé d'athéisme, on est menacé « du retour des temps (î'ignorance et d'abrutissement»; Napoléon est déclaré empereur héréditaire et Fouché installé au ministère de la police, rétabli après la condamnation de Moreau et de ses complices! Aussi la Di'cade fait-elle grand cas des philosophes du xvHi* siècle. Elle invoque l'aiitorité de Locke, d'Helvétius, de Con- .tLdillac pour affirmer que l'analyse seule nous permet de pénétrer avec assurance dans le sanctuaire de la science. Elle loue Sicard d'avoir appliqué à l'art d'enseigner à lire, les vérités découvertes par Locke et Condillac. Pour donner un échantillon du caractère de Locke à ceux qui admirent déjà ses ouvrages, elle traduit la lettre à Molyneux, modèle de simplicité et de modestie; M™" de Genlis est renvoyée au Gouvernement civil. Andrieux le célèbre en vers ; Deguerle le vante à Saint-Cyr et le place à côté de Bacon, Dumarsais et Condillac. C'est sur Locke et Condillac que s'appuient Dorsch pour appeler l'attention sur Kant, Horace Say pour entreprendre un ouvrage sur l'entendement humain, Lacroix et Biot (Ij pour expliquer les progrès de la métaphysique.
(1) III, p. 462, 29 janvier 1797; 20 frucUdor an IX, VI[= vol., p. 3.j7; F. Picavet. la Philosophie de Kant en France de 1773 à 1814 ; Décade, 30 messidor au VIII, 20 fructidor an IX.
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En août 1797, elle annonce la nouvelle édition de Condillac, qui comprendra vingt-deux ou vingt-trois volumes, et déclare qu'elle voit toujours avec intérêt se multiplier les éditions d'un ouvrage élémentaire qui, jusqu'à présent, est le meilleur. De même, elle s[g^nale l'édition des Œuvres com^è/es^'HelvéiiiLS, qui contient des choses nouvelles, dignes de l'attention des philosophes et elle le défend avec vivacité contre les attaques de La Harpe et de ceux auxquels il s'était joint (1).
Elle est sévère pour Diderot, « qui a raconté en termes grossiers des histoires sales » dans Jacques^ le Falaliste et les Bijoux indiscrets, quoiqu'elle trouve la Relirjieuse un monument éternel de la turpitude des cloîtres et qu'elle cite Diderot comme un précurseur de Cahanis, comme lathlète le plus vigoureux qu'on puisse opposer aux adversaires des pi-incipes philosophiques. Mais elle annonce avec plaisir les Œuvres jposthwnes de d'Alemhert, la traduction, par Lasalle, de Bacon « ce grand homme auquel la philosophie et les sciences auront d'éternelles obligations ». Pour parler de Montesquieu, comme l'a fait La Harpe, il n'est pas nécessaire, selon un de ses rédacteurs, de l'avoir lu. Thomas lui-même semble, à cause de son Marc-Aurèle et de son Essai sur les Élofjes, devoir être placé î'i côté de Montesquieu et de Rousseau. De Voltaire cependant, la Décade ne rappelle guère que le vers déjà cité. Mais pour qu'elle semble refléter tout le siècle, même en ce qu'il a aujourd'hui de plus contesté, elle parle du « grand Mably qui fit à Robertson l'honneur d'être du nombre de ses critiques » (2).
Condorcet est un des philosophes pour lesquels les auteurs de la Décade éprouvent le plus d'estime et d'admiration. Dès l'an III, elle donne des détails sur sa mort; la même année Ginguené annonce YEsquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain et ne craint pas de mettre la belle page qui le
(1) « Helv(Hius, dit-elle, n'eut contre lui, pendant sa vie, que la persécution des fanatiques, les diatribes des sots et, après sa mort, les coups de pied de Robespierre, <pii brisa (tubliquement son buste, et les critiques renouvelées depuis peu du Journal chrétien et de la Gazette ecclésiastique par un théologien de fabrique nouvelle qui, de l'école de Voltaire, a émigré sur ses vieux jours dans celle de Nonotte et de frère Berthier. Il est probaljle que ces modernes homélies auront le sort des anciennes et qu'il y aura toujours un peu plus de gloire à se ranger sous l'étendard de Voltaire et d'Helvétius qu'à suivre, un bandeau sur les yeux, ceux de Berthier et de Nonotte. »
(2) Sur l'influence de Mably, voyez la fin de l'Introduction.
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termine, à côté de ce que les philosophes anciens ont laissé de plus suhlinie. Si le 30 ventôse an VII, le rédacteur des affaires de l'Intérieur dit, avec un certain dédain, que les docteurs de u l'école de la perfectibilité de l'esprit humain » ne songent pas que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des hommes ne sont point des métaphysiciens et ne s'en trouvent pas plus mal, la Décade croit, à propos de cet article qui a mécontenté justement quelques amis de la philosophie, devoir à son titre, à l'esprit qui l'a toujours animée, à la constance et à la fermeté de ses principes, de s'expliquer clairement et franchement : ^( Si les partisans de la pei-fectibilité de l'esprit humain forment, dit-elle, une école, ils ne prétendent point être des docteurs. Cette école a eu pour l'un de ses principaux chefs une des victimes les plus regrettables de la barbarie de 1793, dont aucune désignation injurieuse ne doit insulter le souvenir. Les amis de sa mémoire, attachés aux mêmes opinions, sont en général d'assez bons esprits et d'assez bons républicains pour qu'en leur upposant même des erreurs, on les traite avec plus d'égards... Si les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des hommes ne sont point des métaphysiciens et ne s'en trouvent pas plus mal, ils se trouveraient peut-être moins mal encore, si le dernier centième chargé de conduire, d'éclairer, de régir, de soumettre à de bonnes lois les quatre-vingt-dix-neuf autres était un peu meilleur métaphysicien, non pas selon la vieille acception de ce mot, mais dans le sens de la nouvelle école... Les hommes accusés de croire l'esprit humain perfectible à un degré qu'il leur paraît difficile et téméraire de fixer, ont été les premiers à penser, à dire et à écrire que les grandes institutions propres à frapper les sens et le cœur étaient celles dont on devait le plus s'occuper, si l'on voulait régénérer le peuple, et il leur est dur de joindre à la douleur de n'avoir pu encore faire entendre ce langage, celle de s'en entendre reprocher un tout contraire. » A la suite de cet article, Cabanis écrivait t\ la Décade une belle et curieuse lettre dans laquelle il défendait tout à la fois la philosophie issue de Locke, de Condillac, d'Helvétius et la doctrine de la perfectibilité. Fauriel remarque, en analysant la Littérature de M'"" de Staël, qu'elle rapporte au système de la perfectibilité indéfinie de l'espèce humaine, pour le développer et le confirmer, la plupart de ses réflexions, de ses idées, de ses observations sur l'état antérieur et présent de l'esprit humain dans
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la carrière des oonaaissances (1). Dans la seconde édition de soa ouvrage, >1^* Ue Staël disait qu'en parlant ainsi, elle ne faisait nullement allusion aux rêveries de quelques penseurs siu" un avenu- sans vraisemblance, mais aux progrès successifs de la civilisation dans toutes les classes et dans tous les pays. Et le i"édacteui" de la Décade aflii'mait que cette opinion, ainsi précisée, a été celle de tous les philosophes éclairés depuis cinquante ans, chez les nations voisines comme chez nous [2). Pour Moreau de la Sarthe, le xix' siècle est Tépoqne, désignée par Condorcet où les sciences, devenues la consolation et la providence de l'humanité, doivent consaci*er lem"s nobles efforts à lUniinuer la somme des maux et à augmenter celle des bienfaits de la cirilisation(3). La doctrine de la perfectibilité a été, selon J.-B. Salaville, celle de tous les philosophes de lantiqiiité, elle a été professée, dans les derniei-s siècles, par tous les écrivains amis de l'humanité et zélés poiu' les intéi-éts de la morale. C'est la faculté de passer du connu à l'inconnu et ce qui le conduit à douter du principe de Locte et de Condillac, qui place dans la sensibilité la source ou l'occasion de l'intelligence 1,4;. Ginguené reproche vivement à Palissot d'appeler philosophisme la philosophie de Condorcet. Il rappelle cette ébauche d'un chef-d'œuvre, qui est elle-même un chef-il'œuvi-e et qui, «* sous la hache des prose ripteurs, occupa les derniers moments d'ime vie employée tout entièi"e à la recherche du vrai, à la propagation de ce qui pouvait rendre les hommes plus heiuvux en les rendant meilleitfs, cette Esquisse ^ monument d'une force d'esprit qui étonne, d'une étendue de connaissances et de rues qui impose et ^'one bonté d'àme qui attendrit » 5j.
Les successeurs de Locke, de Condillac, d'Helvétius et de Condorcet ne sont pas moins bien traités. Les ouvrages de Cabanis et de D. de Tracy,^é^Yoîney et de Degérando, de Thurot et de Dupuis, de Saint-Lambert et de Laplace, de Lacroix, de François (de Neuf château), de M"^* de Staèl, de Richerand, d'Andrieux. de M'"'-' de Condorcet et de J.-B. Sav, de Chamfort et de B. Constant, sont analysés arec soin, de manière à en faire bien ressortir la râleur et l'originalité. De Traey et Degérando, Thurot et snr-
({) li pniîrial ait Vm.
(2) ^Oi bramaire aa fX.
(:}) m fna^tidor aa IX.
(4) 30 bramaire am X.
(5) SO ^enuinal aa XL
LA DÈCAlfE PHILOSOPHK^LE «S
'ottt Voloer, CabsLiiis «l Garât sont très fréquemmieut et élo- ' tdeasemeot cilés (ijj.
Toutes les insfitutioiis qui i^lèFeut des âoctrmies pUIiD^opLl q ues du xTm* sîédie on coostîtueot un moy^o heureux de les propager et de les Caire aioier sont Tivement louées. La. Décade rend compte de ronverture de l'École normale, <» couroimemeiil d'un raste édifice et sommet de renseignement ». Elle en signale les 'rours et ^écialement celui de Garât. Gîngueoé, à propos de la traduction par Prérost des Estais d'Adam SuiltliL, cite aTec plaisir le traducteur qui venge nos Écoles normales de la froideur et de l'injustice dont ce lîel éitabUssemeat eut presqiiie également à se plaindre. Elle ne porte pas mo'ms d mtérêt aux écoles centrales. Chaque année elle donne le compile i^ndu de la séance d'ouverture ou de rentrée de ceEes de la Seine et d'un certain nombre de départem^its ; elle signale les exeicices puhlics, les examens qui terminent Tannée scolaire, les ourrages de leurs professeurs et les traTaux des élèves, les discussions que soolêveni l'organisation et l'existence de ces écoles. Elle rend compte d'un vovage de vacances et annonce les concours pour les chsdres. Elle combat avec vivacité ceux qui demandent le l'éîahlisseiDeat des collèges, est heureuse de faire remarquer que nos dépantements renferment des talents capables de fonner Fesprit de la jeunesse et qu'il ne faut pas désespérer de rinstruction publique. Elle fait valoir les réclamations des professeurs et insistant auprès des gouvernants pour qu'on paie les traitements en reïaixl, indique que, dans la séance même ou l'on a agité cette question, ceux des représentants du j^uple ont été portés à près de douze mille francs par an. D'une iâç<>n générale, eile s'intéresse à tout ce qui concerne Tinstruction puljlique : elle signale l'ouverture des cours de TËcoLe polytechnique et demande qu'on fasse, pour les sciences morales, ce qu'on a fait pour les sciences physiques, qu'on établisse une école qui devienne la pépinière d'où
(11) A PaB5i.trt , GiurtKité re^jrodhe d'avoir o<aî>ljé, pannâ les -râTamls, CêtbaoÎB ^■H we faîlaât pas reléraer, pwir ihïâ dire, daitf ^^ ' - 'a et daits ime note àe
Tailie&e Mctllèrt a^-e.'- «-"j »T:caIleiit OHTriur* «or * du physigue -et du
mtand', AapvK. qxd ■•gtie dans réraditioii et dans ia ptiQoBopliie par sou
^1 mil «■wtage sur ^ ......,'; de iou% ic* culieb ; Gamt, (jne in» oratears £st luos
^akawphes fAxeioS, aa piemier ran^ ; de TratT", qxd a j^orté, dans les Éléments trUéologâe^ WMB dUrtié «& ii^ae iBéâSiede juiiaihiagQes qui Ibut disparaître, de cette sôeace CBone BMnrctta, toad.ee ipCtSks psavaii -d^mr mi de vag-ae &a d'obsicor; Violwe^, qn a papokarisé, par T^asumemes ide ses Baitmee, «e goe Iàoj»ii[îs ff^aîi éiaUli par rf I MMliMii et '<fsi suemîk gioiiie de TteB* esHËnBcr, par mi»s «ayants reTeuns d'£g^)tË„ tiiMslcs £ûl£ qm"^ avait scaoïcÉs et iaUÈiEi ie& caoyeielbnnK qm'il Bv.ail fcmnkéeîL
seront lires les professeurs, les adniinislrateurs, les ambassadeurs (1). Elle rapporte en 1796 le résultat de Texamen où cent treize candidats sur trois cent quatre ont été admis, et constate que linstruction n"a pas été aussi négligée en France qu'on le croit généralement ; elle donne des extraits du journal que publie lécole. D'importants articles sont consacrés à l'instruction publique pendant la Constituante, la Législative et la Convention. La formation du Conseil de l'instruction publique est annoncée, les cours publics faits à l'ancien Lycée, au Lycée républicain et au Collège de France sont indiqués et quelquefois analvsés.
La Décade publie la liste générale des membres de l'Institut et les Notices des travaux de chacune des classes ; elle rend compte des séances publiques et des ouvrages couronnés. De même elle fait connaître les travaux de l'Institut du Caire et de l'Académie de Berlin ; la formation et quelquefois les recherches des nombreuses sociétés qui s'élevaient alors dans toutes les parties de la France et qui voulaient, à l'imitation de l'Institut, travailler au progrès des lettres et des sciences. L'apparition des journaux, Dc'cade égyptienne, Décade cisalpine. Conservateur, Clef du cabinet, etc., qui poursuivent le même but que ses propres rédacteurs , lui semble devoir être signalée à ses lecteurs.
Si la Décade a ses préférences en philosophie, en politique, en littérature, elle n'est ni exclusive ni intolérante. Toujours prêts à combattre le fanatisme, ses rédacteurs considèrent l'athéisme comme une religion qu'ils n'adoptent pas, mais pour laquelle ils réclament la liberté. C'est avec satisfaction qu'ils constatent qu'on a effacé les inscriptions apposées depuis quelques années sur le frontispice des temples : « C'était en effet, ajoutent-ils, un scandale, pour les catholiques, de lire sur la porte du lieu où ils célèbrent leurs mystères, ces mots, à la Raison, au Génie, à la Paix, etc. Depuis que les temples sont redevenus des églises, ces inscriptions se trouvaient tout à fait déplacées. » Elle insère une lettre curieuse, écrite de Philadelphie par Romme, agent du gouvernement français à Saint-Do-
(l) Il faut remarquer encore une fois le sens pratique de ces hommes dont on a si souvent critiqué les tendances utopistes : il n'a pas dépendu d'eux (voyez aussi le chapitre sur D. de Tracy) que nous n'eussions plus tôt en France une école plus complète, sinon plus prospère que celle qu'a réussi à instituer M. Boutmy.
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mingue: « Je voulais véritior, dil-il, sil est vrai que les peuples grossiers de TAfrique n'eussent aucune idée ni de l'Être supriMne, ni de la spiritualité et de l'imniortalité del'àme, enfin s'il estvrai qu'ils adorent des bètes et des fétiches. Je fus bien moins surpris encore qu'enchanté de trouver chez ces malheureux cultivateurs (^Mandougues à Haïti) les connaissances les plus claires de Dieu, créateur et conservateur de l'univers, de l'âme unie au corps luimain pendant la vie et passant par la mort à limmortalité, des bonnes âmes devenant alors anges et des mauvaises réduites à l'état de démons (1). « De même s'ils trouvent que le -21 janvier a été un événement d'une grande importance politique, ils estiment que c'est un événement affligeant pour la philosophie et l'humanité, et se demandent s'il ne vaudrait pas mieux célébrer une naissance, celle de la République au 1" vendémiaire, qu'une mort. La harangue de Bonaparte aux soldats de l'armée d'Italie leur semble sublime, et ils impriment quelques-uns des vers latins, français, italiens, espagnols qu'on leur envoie en son honneur, comme ils pensent qu'avant le IS brumaire la République penchait vers sa ruine. Mais ils défendent énergiquement les écoles centrales et toutes les institutions de la Convention. Ils se plaignent que les émigrés abondent à Pai'is, sollicitent leur radiation et se llattent avec impudeur de l'obtenir. Ils trouvent étrange (i) que le Journal de Paris accuse les membres de l'Institut d'avoir manqué de respect au gouvernement en lui adressant un discours où ils parlaient au chef de l'État « en confrères aussi chers que respectés » et rappellent, à ce sujet, le rapport de Lucien Bonaparte qui avait, en l'an VIII, fait supprimer V Ami des Lois pour avoir versé le ridicule et le sarcasme sur une réunion d'hommes qui honorent la République par leurs lumières et qui étendent -chaque jour le cercle des connaissances humaines. » Enfin s'ils admirent Sieyès et le suivent avec un intérêt marqué jusqu'au 18 brumaire, ils estiment, après qu'il a reçu comme récompense nationale le domaine de Crosne (vingt-cinq mille francs de rente), que ces sortes de donation sont d'un dangereux exemple, discréditent le désintéressement et recommandent la richesse, quelles peuvent dégénérer en habitude et en abus. Ne dirait-on pas qu'ils prévoient l'usage, dangereux pour la liberté, queiNapo-
(1) 9 mai 1797, 20 frimaire an X, 10 irerminal au X.
{2< 29 janvier 1797 ; 30 messidor au VIII, 30 fructidor an IX, 10 nivôse an VIII.
PiCAVET. 7
léon va faire de ce procédé, auquel surent résister bien peu de ceux avec qui il l'employait?
Ainsi encore la Décade donne un Extrait et une analyse du Coîirs de logique de Pinglin, qui, combattant Locke et Condillac, « a acquis, en méditant, le droit d'avoir une opinion à lui ». C'est elle qui nous a conservé les leçons de Mercier contre Locke et Condillac, elle encore qui trouve méthodiques, étendues, appuyées sur des faits nouveaux, sur des observations personnelles les réfutations que fait, de Sicard et de Condillac, Lebouvyer des Mortiers. C'est elle enfin qui dit de l'ouvrage de Daube, dont elJe signale les attaques contre Locke, Bonnet, Condillac, qu'il rendra un service réel (1).
Jamais un journal français, et c'est là une des causes du succès de la Décade en France et à l'étranger, n'a fourni à ses lecteurs des indications plus étendues, plus variées, plus exactes sur le mouvement philosophique, scientifique et littéraire. Nous l'avons montré pour la France ; il nous suffira de quelques lignes pour les pays étrangers. En ce qui concerne l'Angleterre, avec laquelle il y eut presque toujours guerre à cette époque, ou lAmérique avec laquelle les relations se tendent quand Adams devient président, elle fait connaître tout ce qui peut intéresser les littérateurs, les politiques, les philosophes (2). Elle publie une lettre de >'aples sur les manuscrits d'Herculanum, des vers espagnols et italiens, en particulier un fragment du poème Gli Aniinali parlanti. Elle tient ses lecteurs au courant des travaux de Volta, l'appelle, à propos de la mort de Beccaria, que son traité a été traduit dans toutes les langues et que son nom sera longtemps en honneur chez tous les amis de l'humanité. A l'occasion des Œuvres de V. Alfieri, elle insère une lettre de Bonafide. Après avoir tenté de rattacher Robespierre à saint Thomas dAquin, au lieu de voir en lui un disciple
(1) Messidor an III, 20 messidor an VIII, 20 vendémiaire an XII.
(2) Elle insère une leUre (en anglais) écrite par un membre de Topposition ;i Lucien Bonaparte et une traduction d'un fr'agnient des Mémoires de Franklin, qu'elle annonce ensuite quand ils ont été traduits par Castéra; des Notices sur la vie et les écrits du célèbre orientaliste William Jones, sur Arthur Young; une lettre de Priestley et une traduction de \ Essai sur la danse, comme art d'i?ni(ufiûn, de Smith; un fragment d'Ossian et de Sacountala, conte oriental, d'après William Jones. Elle annonce la mort de Gibbon et donne un extrait de ses Mémoires, celle de Piobertson « qui n'a été surpassé par aucun historien du siècle » ; de Thomas Reid, connu par un très bon ouvrage sur les facultés intellectuelles et morales de rame humaine. Elle analyse ou signale les traductions par Roucher, puis par Blavet, enfin par Garnier de l'Essai sur la richesse des yialions, d'Adam Smith; puis
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de Machiavel, elle lait connaître la traduction par Guiraudet dos Œuvres du philosophe italien. C'est h la Décade que Mellendez Valdez adresse, comme un hommage à la France, ses Poésies, où pour la première fois la philosophie a parlé en Espagne le langage de la poésie.
Mais c'est surtout sur l'Allemagne que la Décade est exactement renseignée. Par les indications qu'elle nous a fournies, nous savons que Rant avait été, avant M™^ de Staël et Victor Cousin, très attentivement étudié (1) en France par les idéologues. De même elle donne une exposition de la doctrine de Gall,lejour où elle relate la découverte par Cuvier de nouveaux os fossiles, entretient ses lecteurs du catalogue de la foire de Leipzig et des cours d'Iéna, de Swedenborg, des Mémoires de l'Académie de Berlin, de la proscription qui frappe à Vienne les ouvrages de philosophie et la Décade elle-même, d'une lettre de Humboldt à Fourcroy, de l'Académie de Gœttingue, etc. Elle signale et même analyse les traductions en français, en espagnol, en italien de Werther; celle du Théâtre complet de Kotzebuepar Weiss et Jauffret ; celle du Wilhem Meister, à'Hermann et Dorothée de Gœthe ; celle du Théâtre de Schiller et celle, par Van der Bourg, du Laocoon de Lessing. Elle publie des traductions de Klopstock [le Lac de Zurich), de Rabener [Moyens de découvrir à des signes extérieurs les sentiments secrets), de Kotzebue (la Vie de mon père), de Herder [le Juge prudent), de Wieland [Obéron et Agalhon), des imitations de Wieland et de Gœthe, une Notice sur la vie et une Défense de Wieland ; des Anecdotes sur la vie de Gœthe que J.-B. Say traduit du Monthlg-Magazine. Elle signale la Lessi?ig's Briefwechsel mit Gleim, qui ne saurait être sans intérêt, et peut écrire en l'an XI [ : « Nous sommes à peu près au courant de la littérature allemande. » « A peu près » semblera assurément trop modeste à ceux qui se seront, comme
celles que donnent Thurot de l'Hermès d'Harris et de la Vie de Laurent de Médicis par Roscoë, M™" de Condorcet, de la Théorie des senlimenls moraux de Smilh et Prévost, des Essais philosophiques de Smilh précédi's d'un Récil de sa vie et de ses écrils pax Dugald-Stewart; Berlin, des Satires d'Yoam^; Baour-Lornilan, (ïOssian, « qu'elle croit une invention de Macpherson » ; Musset-Pathaj^, d'un Abrégé de l histoire grecque de Goldsmith. Enfin elle analyse le Testament de Washinirton, donne une lettre de Philadelphie qui fournit des renseiçnements sur Volney occupé à visiter la Caroline et les établissements de rOhio, fait connaître les ouvra:.'es publiés dans la Nouvelle collection des classiques anglais, les Leçons de rhétorique et de belles-lettres de Hujh Blair.
(1) F. Picavet, la Philosophie de Kant en France de 1773 à 1814 (Introduction à une nouvelle traduction de la Critique de la Raison pratique).
nous, donné le plaisir de parcourir la poudreuse et trop ignorée collection des volumes de la Di^cade.
Enfin elle s'occupe de 1" Académie de Copenhague et de la littérature de la Russie.
Elle ne nous fournit pas seulement des indications précieuses sur les idéologues, sur le mouvement pl]ilosoi)liique, scientifique et littéraire auquel ils ont été mêlés, sur linflnence exercée par les philosophes du xvm^ siècle; elle nous aide à comprendre la philosophie qui va suivre. Lisez par exemple la lettre que M. Littré lui adresse et replacez-la dans le milieu où elle s'est produite (1), vous comprendrez bien plus aisément l'œuvre historique et philosophique de notre contemporain. Voyez les mentions fréquentes que fait la Drcade du docteur Burdin el rappelez-vous qu'elle a grande estime pour Cabanis et tous ceux qui marchent dans la môme voie, vous verrez que les doctrines de Saint-Simon et d'A. Comte, qui se sont réclamés de ce savant dont le nom ne disait rien à la plupart des contemporains, se rattachent à celles des idéologues qu'elles développent, reproduisent, complètent ou mutilent (2). Enfin lisez le compte rendu de la Vie du UrjUlatour des clirrtiens sans lacunes et sans miracles (20 germinal an XI) « qu'aucun journal n'a osé annoncer ». Il y est question de l'odyssée de Jésus et de ce qu'elle a de trop humain. « C'est par le charme de l'éloquence et dune belle figure^ par la bienfaisance, par une vertu sans exagération, mais qui ne se dément point, par le contraste de sa doctrine avec la législation féroce de Mo'ise, que le législateur des chrétiens séduisit la Judée. » Ne croirait-on pas déjà lire un compte rendu de la Vie de Jésus de M. Renan ?
(1) Voyez Appendice.
(2) Voyez ch. vu, § 4.