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LES JOURNAUX

la police générale, la Décade annonce les mémoires du lycée do l'Yonne et les procès-verbaux des séances publiques de l'Athénée de Poitiers, qui lui fournissent « des motifs de consolation et d'espoir contre le retour des temps d'ignorance et d'abrutissement. » Rappelons enfin la Société d'émulation de Rouen, mentionnée à propos des écoles centrales, et le Lycée des sciences, lettres et arts d'Alençon, qui a pour correspondants Dupais et Volney.

Une école qui voulait faire triompher ses idées en politique, en éducation, en morale et en législalion, en économie politique et en littérature devait chercher à les répandre par les journaux, devenus si nombreux depuis la réunion des États généraux. Sans insister sur les pubUcalions entièrement politiques, comme le Journal de Paris, où écrivent Lalande, Rœderer, Garât, Volney, ConûorceUle Mo7iitcifr, où figurent des articles de D. de Tracy, de Fontanes, nous en signalerons un certain nombre dont le caractère nous semble plus complètement idéologique. Condorcet, Sieyès et Duhamel fondèrent un Journal d'instruction sociale. Le Journal des Savants reparut avec Camus, Langlès, Silvestre de Sacy, Daunou, etc. ; la Clef du cabinet des souverains, de Panckouke, eut pour rédacteurs Daunou, Garât, Fontanes, Roussel. Sarrette fonda, sur l'invitation de Talleyrand, le Conservateur, auquel ce dernier donnait des nouvelles de l'étranger; Garât, des articles de politique étrangère; Daunou, de politique générale ou de philosophie. Chénier et Boisjolin y traitaient de littérature, Cabanis, de la littérature étrangère. Sieyès avait promis sa collaboration, mais resta étranger au journal (i). Un autre Conservateur, publié en l'an VIII par François (de Neut'chàteau), est un des recueils les plus curieux de l'époque révolutionnaire (2). Mais ce qui nous en semble le plus intéres-

(1) Taillandier, Documents sur Daunou. pages 110-119 ; Décade, 27 août, 6 septembre 1797.

(2) On y trouve les traductions de Virgile que Turgot avait tentées en vers métriques et hexamètres; des lettres de Buflou à Fabbé Bexon et le rapport secret de Bailly sur le mesmérisme ; VEspvit des bibliothèques, par Leclerc, et une adresse sur rordre naturel et social, considéré par rapport au bien universel, lue devant la société des Tammany à Philadelphie, par Georges Logan ; une Ode sur le mariage des prêtres, suivie de notes historiques et philosophiques ; des lettres

sant peut-être, ce sont les pièces qui ont rapport à la philosophie de Kant (1). Enfin Daunou faisait pour les Annales patriotiques et littéraires de Mercier, les articles Convention. Domergue et Thurot fondent le Journal-de la langue françaUe, etc.

Mais la Décade fut l'organe le plus marqnant de l'école. Elle parut en floréal de Tan II, au moment où Rohespierre, débarrassé des hébertisles et des dantonistes, faisait proclamer par la Convention que la terreur et toutes les vertus étaient à Tordre du jour. Fondée par une société de répii])licains, elle voulait montrer que la lumière et la morale {%) sont aussi nécessaires au maintien de la République que le fut le courage pour la conquérir. Le but que s'étaient proposé les auteurs a été mis en lumière, lorsque, par suite de la réaction politique et religieuse,, son titre parut une protestation contre les tendances dominantes. « 11 y a six ans, écrivaient-ils le 20 fructidor an VIII, que ce journal fut entrepris par une société de gens de lettres pour opposer une digue à l'ignorance, qui menaçait de détruire tous les monuments du génie et des arts. Chamfort, l'un des entrepreneurs, périt; un autre homme de lettres, principal auteur de l'entreprise, fut jeté dans les prisons delà Terreur... Le plan en a été étendu et l'exécution améliorée... Notre titre, ajoutaient-ils, nous défend de négliger les sciences philosophiques, il nous ordonne de résister, selon notre pouvoir, aux tentatives de quelques personnes pour faire rétrograder l'esprit humain vers la barbarie et les préjugés dont tant de grands écrivains ont cherché à l'affranchir. La plus noble des tâches est maintenant d'achever ce qu'ils ont commencé. » Le vrai fondateur en fut Ginguené qui regrettait, au sortir des prisons de la Terreur, de n'avoir pas eu le temps d'exploiter une mine de philosophie épurée par la méditation et la vertu. Ambassadeur

de J.-J. Rousseau à Coudorcet et à la maréchale de Luxembourg, une Notice sur un exemplaire des Œuvres de Voltaire, donné par lui à Helvétius et les Essais jooe'/zg'Mes d'Helvétius avec les remarques de Voltaire ; enfin un portrait de Fénelon par d'Aguesseau, des pièces relatives à l'enterrement de Molière et de Voltaire, etc.

(1) Choix de divers morceaux propres à donner une idée de la philosophie de Kant qui fait tant de bruit en Allemagne : Notice littéraire, sur Emmanuel Kant et sur rétat de la métaphysique en Allemagne au moment où ce philosophe a commencé à y faire sensation, tirée du Spectateur du Nord, la traduction d'une Idée de ce que poui'rait être une histoire universelle dans les vues d'un citoyen du monde,. par M. Kant, celle de sa Théorie de la pure religion morale, considérée dans ses rapports avec le jjur christianisme et des Éclaircissements sur la théorie de la religion morale, avec des considérations générales sur la philosophie de Kant (98 pages). Cf. Notre Introduction à la Critique de la Raison pratique.

(2) N'est-ce pas notre République athénienne?

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