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L.VKANAL

pièces de vin, et met en défense les places fortes. Après te 18 brumaire, Lakanal résigne ses fonctions, sur l'ordre de Bonaparte, et redevient professeur à l'école centrale de la rue Antoine. En 1804, économe du lycée Bonaparte, il travaille à une édition des Œuvres posthumes de J.-J. Rousseau, revoit et réunit ses discours ù la Convention et rédige un Traitr d'rconomie politique. Retraité en 1809 avec trois mille francs de pension, inspecteur général des poids et mesures, il' perd à la première Restauration sa pension. A la seconde, il est éliminé de l'Académie des inscriptions et belles-lettres où il avait été « déporté » en 1803, et part pour l'Amérique où il rencontre Jelferson. Colon et planteur, puis chargé de la réorganisation de l'université de la Nouvelle-Orléans, il apprit, dans l'Alabama, la révolution de Juillet. Rappelé à l'Institut en 1834, il liquida ses propriétés et rentra en 1837 à Paris. 11 mourait le 14 février 1845, en citant Cicéron et saint Augustin. De Rémusat et Blan(|ui, Lélut et Carnot prononcèrent quelques paroles sur sa tond)e. Migneta écrit une Notice sur sa vie et son œuvre, M. Jules Ferry a fait, en 1880, donner une pension à sa veuve. Son nom est porté par une rue de Paris, par un boulevard de Moissac, par une rue de Tours, par le lycée de Bourg-la-Reine. Foix lui a élevé une statue, à l'inauguration de laquelle M. Paul Janet (1), dans un substantiel et élogieux discours, disait que le nom de Lakanal devra toujours être conservé et honoré, comme un de ceux qui ont préparé la France à devenir une nation instruite, sage, éclairée.

Personne ne trouvera désormais qu'on n'a pas suffisamment reconnu le mérite de Lakanal. Peut-être même que]([ues-uns penseront-ils (2) que de nos jours on l'a admiré un peu plus qu'il ne le faudrait, pour rendre à chacun, selon sa formule, ce qui lui est dû (3).

(1) Revue bleue, 7 octobre 1882. — Voyez en outre sur Lakanal, Geoffroy Saiut- Hilaire. Biographie universelle; Marcus, Lakanal, Foix, 1879; Paul le Gendre, Lakanal, avec une préface de Paul Bert, Paris, 1882 ; Jules Simon, Une Académie sous le Directoire; Li.ird, l'Enseignement, supérieur en France. . (2) Dictionnaire pédagogique, art. Lakanal.

(3) Suum cuique. Exposé sommaire des travaux de Joseph Lakanal pour sauver, pendant la Révolution, les sciences, les lettres et ceux qui les honoraient par leurs travaux, Paris, 1810.

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Une notice de M. Bossange en tôle de rédition de 1826, une vive critique de sa doctrine par Daniiron, une étude de M. Berger, appréciant avec sévérité, « l'espèce de délit social dont l'auteur des Buines et du Catéchisme du citoyen français s'est rendu coupable », larticle de Sainte-Beuve consacré à marquer les traits de cette sèche, exacte et assez haute figure, voilà à peu près tout ce que nous avons sur Volney (1). Ses papiers confiés, disait Sainte- Beuve, à un de ses collègues d'un renom sévère et dune probité proverbiale, sont conservés dans la famille illustre qui s'en trouve l'héritière. Mais il semble que, pour Volney comme pour Sieyès et plusieurs des hommes de la période révolutionnaire, on ait tenu à cacher au pu])lic des documents avec lesquels il eût pu établir des comparaisons malignes entre les aïeux et les petits-fils. Nous ne connaissons donc qu'un Volney incomplet, reconstitué avec ses œuvres, avec les critiques et quelquefois les éloges de ses adversaires ou de ses admirateurs; nous pouvons toutefois marquer sa place dans l'école.

iS'é le 3 février 1757 à Craon (Mayenne), Constantin François Chassebœuf perdit sa mère à deux ans, entra à sept au petit collège d'Ancenis et y fut maltraité. Grâce <i un de ses oncles, il fut placé au collège d'Angers. Émancipé à dix-sept ans et maître, par sa mère, de onze cents livres de rente, il se tourna vers la médecine et les langues orientales. A Paris (1776), il composa un Mémoire sur la chronologie d'Hérodote, attaqua Larclier et parut vouloir continuer Fréret. Présenté au baron d'Holbach, il connut Franklin, puis M™" Helvétius, peut-être Condillac et se lia avec Cabanis. Habitué à l'étude et passionné pour l'instruction, il crut, après avoir fait un petit héritage, qu'il devait le consacrer à un voyage pour « orner son esprit et former son jugement ». Il se décida pour TOrient qu'il voulait parcourir non en « cavalier et en gentilhomme, ou en grand seigneur, en émir et en |)rince, » mais un bâton blanc à la main. Il se prépara, pendant plusieurs mois, aux fatigues du voyage et partit pour Marseille (178:2) après avoir substitué le nom de Volney à celui de Boisgirais que lui avait déjà donné son père,

(1; Voyez encore Bodin, Recherches sur rAnjo\i.

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ennuyé, semble-t-il, des plaisanteries dont son nom avait él^ l'objet. Il séjourna quelque temps au Caire et s'établit huit mois, au monastère de Mar-Hanna dans le Liban, y apprit l'arabe, s'accoutuma à porter la lance et à courir un cheval, comme un Arabe du désert. Pendant trois ans il parcourut l'Kgypte et la Syrie. De retour en France, il publia (1787) son Voijafje en Efji/pte et en Syrie qui le fit célèbre. L'ouvrage, comme le dit Damiron et comme le répète Sainte-Beuve, dirait le premier luodèle de la manière dont chaque partie de la terre devraitétre étudiée et décrite. S'interdisanttout tableau d'imagination et pensant que le genre des voyages appartient à Ihisloire et non au roman, Volney ne représente ni iespajs plus beaux qu'ils ne lui ont paru, ni les hommes meilleurs ou plus méchants ((uil ne les a vus. Les chefs de l'expédition d'Egypte eurent en lui un guide précieux, et rentrés en Fiance, vinrent le saluer avec respect. Sainte-Beuve regrette qu'il n'ait point pris la simple manière d'un voyageur qui nous parle chemin faisant, et qu'on accompagne; il le juge en homme qui a lu Chateaubriand, Byron et Lamartine et lui reproche d'affecter l'aridité et d'avoii' une philosophie destructive, comme de laisser percer ses opinions méprisantes à l'égard du christianisme. Mais il a bien nmntré que les chapitres sont pleins et précis, que l'expression, exempte de toute phrase et sobre de couleur, se marque par une singulière propriété et une rigueur parfaite, que les descriptions atteignent à une véritable beauté et que le portrait du chameau, par exemple, est une description complète et parfaite, d'après nature, qu'envierait Cuvier et ([ui laisse en arrière celle de Buffon. Avec raison il a signalé un disciple d'Helvétius -—^vec moins de raison un disciple de Condillac — dans l'écrivain qui, placé au sommet du Liban, prend un plaisir secret à trouver petits les rochers et les bois, les torrents et les coteaux, les villes et les villages qu'on a vus si grands, qui est flatté d'être devenu le point le plus élevé de tant de choses et qui, par un sentiment d'orgueil, les regarde avec plus de complaisance !

Volney donna, en 1788, des Considérations sur la guerre des Turcs, oïl il indiquait le succès probable des Russes. Catherine II lui fit remettre par Grimm une médaille d'or, que Volney lui renvoya en 1791, quand elle prit parti pour les émigrés. Député aux États généraux, il crut, après avoir vu en Orient les mauvais effets du despotisme, que la liberté suffirait à tout et fut môme

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un des premiers, paraît-il, à demander pour les tribunes le duoit de « faire rougir le perfide ou le làc^ie, que le séjour de la cour ou la pusillanimité auraient pu corrompre ». En décembre 1789, il eût été directeur général de l'agriculture et du commerce en Corse, si l'assemblée n'eût interdit à tous ses membres daccepter des fonctions à la nomination du roi. Dumont de Genève, le collaborateur de Mirabeau, a dit de Volney, « grand homme sec et atrabilaire, en commerce de tlatterle avec Mirabeau, » qu'il avait de l'exagération et de la sécheresse, mais qu'il n'était pas des travailleurs. L'auteur d'une lettre publiée sous le nom de Grinnn, probablement par Rivarol, l'appelle un des plus éloquents orateurs muets de l'Assemblée nationale. En avril 1790, Ajr Volney montait à la tribune pour s'opposer à ce que le catholicisme fût déclaré religion de l'État. Mirabeau prit, dit-on, dans son discours écrit, la phrase célèbre : « Je vois d'ici cette fenêtre, d'où partit l'arquebuse royale qui a donné le signal du massacre de la Saint-Barthélémy ». Quelques jours plus tard, Volney indiquait dans le Moniteur un moyen de vendre rapidement les biens du clergé, en nndtipliant le nond)re des petits propriétaires. Au moment où paraissait le rapport de Tbouret sur la constitution, il faisait imprimer les Ruines ou Méditations sur les rruo- \'K'^^' /utions des einpires, qui curent un grand succès. Sainte-Beuve a comparé cet ouvrage à un traité de Condillac, do D. de Tracy ou de Condorcet, mis à l'orientale par un génie qui n'en est pas un. Il a signalé ce qui est faux, au point de vue astronomique et théologique, et montré ce qui l'est par le côté littéraire et moral. On s'aperçoit trop, en lisant son article, qu'il était alors rallié aux défenseurs du pouvoir absolu et de la religion.

Le voyageur, sur les ruines de Palmyre, médite sur les vicissitudes des empires et demande au génie qui lui apparaît, par quels mobiles ils s'élèvent et s'abaissent, de quelles causes naissent la prospérité et les malheurs des nations, sur quels ^ principes enfin doivent s'établir la paix des sociétés et le bonheur J des hommes. La puissance secrète qui anime l'univers, dit le » génie, a donné à l'homme la faculté de sentir et lui a imposé, comme lois primordiales et essentielles^ l'amour de soi, le désir du bien-être, l'aversion de la douleur. Ces mobiles simples et puissants le retirèrent de l'état sauvage et barbare. Les impressions éveillèrent ses facultés et développèrent son entendement, ses besoins suscitèrent son industrie. Pour assurer leur exis-

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lence, accroître leurs facultés et protéger leurs jouissances, les hnmiiics unirent leurs moyens el leurs forces: ainsi l'amour de soi tli'\iiit le [)rinci[)e do la société. Modéré et prudent, il donna naissance à tous les développements du génie et de la puissance; aveugle et désordonné, il devint un poison corrupteur. Car la cupidité et rignoranci> ont été cause de tous los maux qui ont désole la lerif. Les lois et leurs agents eurent i)our mission de t€mpérer le conllit des cupidités, de maintenir l'équilibre entre les forces: l'équité produisit la prospérité des enqjires en conformant les lois de convention aux lois delà nature. Les rapports des honunes se compliquant et la cupidité s'accroissant, l'égalité originelle ne put subsister entre les familles : il y eut des chefs. L'esclavage des individus prépara celui des nations. Quand on eut des tyrans sur la terre, on en supposa dans les cieux. L'Iiomme, pour les apaiser, leur sacrifia ses jouissances ; une morale abnégative et antisociale plongea les nations dans l'inertie de la mort. Poursuivant le bonheur (jui lui échappait, l'homme se fit une autre patrie dans un monde imaginaire et méprisa celui de la nature : l'ignorance, la superstition, le fanatisme midliplièrent les dévastations et les ruines. Et cependant l'être incompréhensible et infini. Dieu, qui dirige la marche des mondes, peuple les abîmes de millions de soleils, est impartial et juste! Il fait prospérer les moissons où il \ a des mains soigneuses pour les cultiver, multiplier les nations où il y a industrie et ordre, où la justice est pratiquée, où Ihomme puissant est lié par les lois qui protègent le pauvre, où cliacun jouit des droits qu'il tient de la nature et d'un contrat dressé avec équité ; où l'on pratique, en un mot, la vraie religion.

Mais les lumières s'accroissent : de grandes nations ont un même langage et l'imprimerie communique et fixe les idées. L'amélioration de l'espèce humaine est d'ailleurs un effet nécessaire des lois de la nature : Ihomme tend à se rendre heureux, comme le feu à monter, la pierre à graviter, l'eau à se niveler. S'éclairant par l'expérience, il sera bon et sage, parce qu'il est ûe son intérêt de l'être. La science deviendra vulgaire. Tous les liommes connaîtront les principes du bonheur individuel et de la félicité publique; ils concevront que la morale estune science physique, composée d'éléments compliqués dans leur jeu, mais simples et inaltérables, parce qu'ils constituent l'organisation ; ils seront modérés et justes, parce que là est l'avantage et la

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sûreté de cliacun. Quand il y aura des nations éclairées et libres, d'autres adopteront leur esprit et leurs lois. Il s'établira, de peuple à peuple, un équilibre de forces qui fera cesser la guerre et soumettre à des voies civiles le jugement des contestations ; l'espèce ne sera plus qu'une seule famille, gouvernée par un même esprit, par les mêmes lois, et jouissant de toute la félicité dont la nature humaine est capable.

Après avoir indiqué, avant que Condorcet ne les développai, les progrès futurs de l'humanité, Volney célèbre, avec un enthousiasme qui surprend chez un homme dont on connaît la sécheresse habituelle, le mouvement immense qui vient de naître, le siècle nouveau qui verra laffi-anchisseraent d'un grand peuple et remplit d'espérance toute la terre, la séance du Jeu de paume et la nuit du 4 août. Puis il indique la hase primordiale, l'origine physique de toute justice et de tout droit : « Quelle que soit la puissance actiTe, la cause motrice qui régit lunivers, elle a donné à tous les hommes les mêmes organes, les mêmes sensations, les mêmes besoins; elle a, par ce fait même, déclaré qu'elle leur donnait à tous les mêmes droits à l'usage de ses biens, et que tous sont égaux dans l'ordre de la nature. En outre elle a fourni à tous les hommes des moyens suffisants de pourvoir à leur existence: elle les a donc constitués indépendants,... créés libres,... propriétaires absolus de leur être. L'égalité et la liberté sont deux attributs essentiels de l'homme, deux lois de la Divinité inabrogeables et constitutives comme les propriétés physiques des éléments... L'idée de liberté contient essentiellement celle de justice qui naît de l'égalité » (1). M Ava

A la conspiration des tyrans, Yolney oppose l'assemblée générale des peuples, déclarant qu'ils ne forment plus qu'une grande famille, avec une seule loi, celle de la nature, un même code, celui de la raison, un même trône, celui de la justice, un même autel, celui de l'union. Enfin il aborde le problème des contradictions religieuses. Examinant successivement le culte des éléments et des puissances physiques, le sabéisme ou culte des astres et l'idolâtrie ou culte des symboles , le dualisme et le système de l'autre monde, le culte de l'univers et celui de l'àme du monde, celui du Demiourgos ou grand ouvrier, Volney croit que l'esprit rehgieux n'a eu pour auteurs que les sensations et

(1) Voyez LiUré, la Science au point de vue philosophique, p. 341 et Marioii, la Solidarité morale, p. 26.

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les besoins île l'homme. L'idée de Dieu n'a pour type et pom* modèle que celles des puissances physiques (1), des êtres matériels agissant en bien ou en mal. L'histoire de l'esprit religieux n'est que celle des incertitudes de l'homme qui, placé dans un monde ((u'il ne comprend pas, veut en deviner l'énigme, imagine des causes, suppose des fins et bâtit des systèmes qu'il remplace par d'autres systèmes non moins vicieux. Si les hommes sont en désaccord, c'est qu'ils aflirment ce dont ils ne sont pas assurés, et qu'ils n'ont pas cherché si les tableaux que se peint l'esprit sont exactement ressend)lants à leurs modèles, en invoquant le témoignage et l'examen des sens. Pour vivre en paix et en concorde, il faut tracer une ligue de démarcation entre les objets vériliables et ceux ([ui ne peuvent être vérifiés, séparer le monde des êtres fantastiques du monde des réalités, ôter tout efiFet civil aux opinions théologiques et religieuses.

Sainte-Beuve a eu raison de dire que Volney, oubliant le doute dont 11 l'ail si souvent profession, explique, connue s'il le savait df science certaine, l'origine des religions et raconte les mystères des temps primitifs comme s'il y avait assisté. La question de l'origine des religions est bien plus complexe que ne le pensaient Volney et ses contemporains: elle suppose des études historiques, ethnologiques et psychologiques, et, malgré tous les progrès réalisés, nous nt^ pouvons même pas encore aujourd'hui en entrevoir la solution positive. Mais Sainte-Beuve n'a pas, en sens inverse, fait des remarques bien plus intéressantes. Volney a exposé, dans ses grandes lignes, la théorie delà perfeclibilllé. Il a continué d'Alembert, d'Holbach et précédé Comte, en séparant les objets vérifiables de ceux qui ne peuvent être vérifiés, mais sans nier l'existence d'iui Dieu impartial et juste (2). Enfin l'enthousiasme devait partout être bien grand pour qu'un homme aussi froid que Volney célébrât l'ère nouvelle, comme un chrétien eût chanté l'avènement du christianisme. A tous ces titres, le livre de Volney est un document d'une importance incontestable.

En 1792, Volney achète en Corse le domaine de Confina et y tente sans succès une entreprise industrielle et coloniale. Bona-

(1) Voir ce que nous avons «lit «le iTHolbacli, Introditcllun, S 3.

(2) Voyez d'ailleurs ce qu'il m dit dans la Loi naturelle, où il se dr^fend d'être athée, en se séparant de d'Holbach. — Si Damiron dit que Volney fait plus que néf/lit/er. qu'il repousse el proscrit, c'est en confondant la foi et l'espérance, qui sont des vertus chrétiennes, avec le sentiment religieux.

13i LA PREMIÈRE GÉNÉRATION D'IDÉOLOGl ES

parte, alors à Ajaccio, interrogea Volney sur ses voyages et peutêtre puisa-t-il dans ces entretiens la première idée de l'expédition d'Egypte. Rentré en France au commencement de 1793, Volney publia son Catéchisme du Citoyen français, devenu plus tard la Loi naturelle ou les Principes physiques de la morale. Peu de livres ont été aussi loués ou critiqués, peu ont été moins lus. Avant Saint-Lambert et sous une forme plus concise, Volney réalisait une œuvre ébauchée par Voltaire et d'Alembert, Helvélius et d'Holbach (1). La loi naturelle est Tordre régulier et constant des faits par lequel Dieu régit l'univers, ordre que sa sagesse pré^nrê~^TrnT~^éiïs^t à TaTaison des hommes, pour servir à leurs actions de règle générale et commune, pôuFles guider, sans distinction de j)avs ni de secte, vers la peiTeïrttOîret le bonheur. Elle est donc piTmînTT?-ct--TTeTn; immédiatement de Dieu, une et universelle, uniforme et invariable, évidente et palpable, raisonnable et juste, pacifique et tolérante, également bienfaisante pour tous les hommes, que seule elle suffit à rendre meilleurs ^ plus heureux. Elle enseigne très positivement l'existence de Dieu7cà?,~pour celui qui observe avec réllexion le spectacle étonnant de l'univers, les propriétés et les attributs de chaque être, Tordre admiral)le et Tharmonie de leurs mouvements, il est démontré quil existe un agent suprême, un moteur universel que désigne le nom de Dieu. Les sectateurs de la loi naturelle , loin détre des athées, ont des idées plus foiles et plus nobles de la divinité que la plupart des autres hommes ; ils l'adorent, en observant toutes les règles qu'elle a imposées aux mouvements de chaque être. Par la douleur, la nature avertit l'homme et le détourne de ce qui tend à le détruire; par le plaisir, elle Tattire et le porte vers ce qui tend à le conserver et à le développer. 3Iais pour acquérir les notions nécessaires à son existence et au développement de ses facultés (2), Thomme doit vivre en société. De ce principe simple et fécond, se conserver et développer ses facultés, dérivent les idées de bien et de

(1) Volney traitait ea dix chapitres, de la loi naturelle et de ses caractères, de ses principes et des bases de la morale, des vertus individuelles, tempérance, continence, courage et activité, propreté, et des vertus domestiques, des vertus sociales et de la justice, du développement des vertus sociales.

(2) Il importe de remarquer cette seconde partie de la formule de Volney, que Damiron, dans ses critiques, laisse constamment décote: « Se conserver e/ poi/)- ce/« tout tenter et tout faire, telle est selon Volney la grande loi de la nature humaine >< (p. 118). — Nous n'avons pas besoin de faire remarquer, en outre, que les mots soulignés par nous ne sont pas dans Volney.

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