LAPLACE
qu'il siiflitde traduire, dans cette langue universelle, les vérités particulières, pour voir sortir, de leur expression, une foule de vérités nouvelles et inattendues; de la méthode enfin, comme un disciple du xvni" siècle (1).
Laplace ne se contentait pas de résumer et de compléter les li-avaux de ses prédécesseurs. En donnant le véritable Système du monde, il remontait à la cause des mouvements primitifs de ce système. Pour tenter cette entreprise, disait-il, nous avons cinq phénomènes: les mouvements des planètes dans le même sens et à peu près dans un même plan ; les mouvements des satellites dans le même sens que ceux des planètes; les mouvements de rotation de ces ditrérents corps et du soleil dans le même sens que leurs mouvements de projection et dans des plans peu différents ; le peu d'excentricité des orbes des planètes et des satellites; enlin, la grande excentricité des orbes des comètes, quoique leurs inclinaisons aient été abandonnées au hasard. L'hypothèse de Buffon, d'après laquelle une comète tombée sur le soleil en aurait chassé un torrent de matière dont se seraient formés au loin les planètes et leurs satellites, ne satisfait qu'au premier de res phénomènes. La véritable cause a dû embrasser toutes les planètes. En raison même de la distance prodigieuse qui les sépare, elle ne peut avoir été qu'un fluide d'une immense étendue. Poui- qu'elle leur ait donné, dans le même sens, un mouvement presque circulaire autour du soleil, il faut que ce fluide ait environné cet astre comme une atmosphère. Donc l'atmosphère du soleil s'est primitivement étendue au delà des orbes de toutes les planètes et s'est resserrée successivement jusqu'à ses limites actuelles. Le soleil ressemblait alors aux nébuleuses que le télescope nous montre composées d'un noyau plus ou moins brillant, entouré d'une nébulosité qui, en se condensant à la surface du noyau, le transforme en
étoile.
Comment l'atmosphère solaire a-t-elle déterminé les mouvements des planètes et des satellites ? Le refroidissement, en la
(1) « Les lois irénérales, disait-il, sout ciiiinviiites dans tous les cas particuliers ; mais elles y sout compliquées de taut de circonstauces étrangères, que la plus grande adresse est souvent nécessaire pour les découvrir. 11 faut choisir ou faire naître les phénomènes les plus propres à cet objet, les multiplier, en variant leurs circonstances, et observer ce qu'ils ont de commun. Ainsi l'on s'élève successivement à des rapports de plus eu plus étendus, et l'on parvient enfin aux lois générales que l'ou vérifie, soit par des preuves ou des expériences directes, lorsque cela est possible, soit en examinant si elles satisfont à tous les phénomènes connus ».
resserrant, condense à la surface les molécules voisines; le mouvement de rotation augmente (principe des aires), de même que la force centrifuge ; le point où la pesanteur est égale à cette force est plus près du centre. Ainsi, en se refroidissant, l'atmosphère solaire abandonne les molécules situées à sa première limite et aux limites successives que produit l'accroissement de rotation du soleil. Quant aux zones de vapeurs abandonnées, elles forment, par leur condensation et l'attraction mutuelle de leurs molécules, des anneaux concentriques de vapeurs circulant autour du soleil. Rarement la condensation des molécules d'un anneau a produit un anneau liquide ou solide ; presque toujours lanneau s'est rompu en masses spliéroïdales, qui, mues avec des vitesses peu différentes, ont circulé à la même distance autour du soleil, et constitué des planètes à l'état de vapeurs. Le plus souvent lune délies a pu réunir, par son attraction, les autres autour de son centre, de manière que l'anneau forme une seule masse sphéroïdique de vapeurs. Quant à la planète en vapeur, un refioidissement ultérieur amène la naissance et l'accroissement dnn noyau central, La planète devient ce qu'était le soleil à l'état de nébuleuse. Aux diverses limites de son atmosphère, se produisent les phénomènes précédemment indiqués, anneaux et satellites, circulant autour de son centre. Enfin les différences sans nombre, qui ont dû exister dans la température et la densité des diverses parties de ces gi'andes masses dont est formé le système solaire, ont produit les excentricités de leurs orbites et les déviations de leurs mouvements du plan de léquateur solaire.
Les ouvrages où MM. Paul Janet et Renouvier ont combattu les conclusions de Quételet qui, après Poisson, a développé les vues de Laplace sur le calcul des probabilités, les Essais dans lesquels Spencer a rattaché l'hypothèse de la nébuleuse à In doctrine de l'évolution, indiquent quelle importance a conservée Laplace dans la philosophie contemporaine.
Pinel (174o-1826) tenta, pour la médecine, ce que Lavoisier avait fait pour la chimie. Son premier ouvrage fut, jusqu'à la réforme de Broussais, comme l'a dit Mignet, la charte de la médecine française. Le titre même, Noso(/raphip philosophique ou méthode de Vanalyse appliquée à la médecine (1798), en fait connaître le but. Employant continuellement l'analyse pour décomposer les objets compliqués, considérer leurs éléments