CABANIS AVANT LE 18 BRIMAIUK
de nos idées, parce quelle repose sur des faits propres (iiii donnent des idées générales ou principes. Ces principes, comparés avec ceux des autres sciences, fournissent des idées plus générales encore; on range ainsi sous un petit nombre de chefs tous les travaux de l'entendement et on trouve une source de combinaisons inconnues. Que les bommes apprennent cette vérité si consolante et inscrite à chaque page de notre histoire la plus intime: la raison n'est que la nature elle-même, la vertu, que la raison mise en pratique, et Tart du bonheur, que celui de la vertu (1).
Le Journal de la maladie et de la mort de Mirabeau (avril 17911 n'a pas été assez consulté par ceux qui ont cherché ce qua fait et ce qu'eût pu faire Mirabeau (:2). On y voit clairement combien se préoccupent peu de la vérité historique ceux qui continuent à parler du poison qui aurait hâté sa mort, combien aussi les écrivains modernes qu'on dit les plus simples sont souvent encore emphatiques (3). Cabanis, comme plus tard Vermorel (4), estime, après avoir parcouru la correspondance avec la cour, que Mirabeau n'a jamais abandonné la cause pour laquelle il avait d'abord combattu.
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Avant de préparer son travail sur llnstruction publique, Cabanis avait lait paraître des Observations sur les Hôpitaux, qui amenèrent sa nomination à la Commission des Hôpitaux de
(1) Le quatrième Discours contient un passade important sur Ilelvétius: « Un philosophe cclèbre. dont les écrits ont rendu les plus importants services à la raison et dont les \ertus ont donné les plus LTauds exemples a son siccle, Helvétius, disait quil n'y a que deux sortes de gouvernements : les bons et les mauvais. Les autres différences par lesquelles on les distiui-'ue, dans les ouvrages et dans les éi^oles d'économie politique, lui paraissent entièrement frivoles. Eu effet, elles n'ont lïuère de réalité que dans des accessoires insitruifiants ou dans des formes superficielles, qui ne cluiuirent rien à l'essence des ch(jses. Partout où la loi résulte de la volonté f^énérale bien recueillie, partout où cette loi s'exécute sans résistance, partout où son action se fait sentir indistinctement à tous les membres de la société, l.i sans doute, quelles que soient d'ailleurs les formes législatives, administratives, judiciaires, la souveraineté part de sa ^éritible source, le droit des individus est respecté, la liberté pubhque repose sur des bases solides. »
(2) Mignet dit qu' « en publiant ce chef-d'œuvTC touchant, Cabanis a rendu un service immortel à l'histoire >-.
{3j Thiers eût dû tenir compte du jugement de Miguet et ne pas refaire après Cabanis le récit de la mort de Mirabeau.
(4) Mirabeau (Bibliot. >'at.). « Mirabeau est certainement un dés pères les ]>\nillustres de la Révolution dont nous somrues tous les fils. "
Paris, où il siégea en 1791, 1792 et 1793. Il demandait que l'on remplaçât les grands hôpitaux par des maisons où Ton ne réunirait pas plus de cent cinquante malades : « Dans ce moment, disait-il, où la nation s'occupe avec ardeur de tout ce qui peut assurer le bonheur public, il est impossible qu'elle ne porte pas ses regards sur des désordres qui trompent les vues charitables de la société, et qui viennent aggraver les maux du pauvie jusque dans le sanctuaire de la bienfaisance... Cet objet intéresse les âmes sensibles, puisque le sort de la classe la plus mallieui'euse en dépend : mais il nintéresse pas moins le puissant et le riche, puisque la sûreté d^ leurs jouissances est toujours en raison inverse des souffrances et des mauvaises mœurs du peuple. »
Bon nombre de ces observations n'ont plus aujourd'hui dapplication; quelques unes mériteraient détre examinées et discutées. Nous préférons indiquer les idées qui nous révèlent ce que pensait alors Cabanis. La pauvreté est pour lui l'ouvrage des institutions sociales, comme les grandes richesses, dont elle est la suite. Il serait injuste, autant qu'inqjolitique, de vouloir prévenir ou faire cesser toute inégalité, mais il est encore plus impolitique et plus injuste de la produire par art et de la pousser jusqu'à des proportions qui ne sont pas naturelles. Si les hommes ne se réunissent et ne cherchent à augmenter leurs forces que pour accroître leur bonheur, chaque individu i)erd de son bonheur, toutes les fois qu'il sort de l'ordre (1) et quil dénature ses lapports avec ses semblables. La somme des vertus d'une nation, prise en niasse, est la masse de la félicité publique; chaque vice est une menace, chaque ci"ime un attentat contre elle, mais les classes supérieures sont celles qui se ressentent le plus, en bien ou en mal, des bonnes ou des mauvaises mœurs de la dernière classe. A tous égards, la vénéiation pubhque est due ù « ces filles respectables que la religion et l'humanité dévouent au service des malades, sous les regards de ce Dieu auquel elles ont fait le sacrifice le plus sublime ». Avant que l'Assemblée nationale songeât à rendre la liberté aux religieuses, Cabanis avait quelquefois pensé, qu'il y aurait un moyen bien simple d'arracher au désespoir, aux remords et aux aliénations d'esprit qui en sont la suite, les filles infortunées qui réclament contre des vœux imprudents. Toute leligieuse, trompée sur sa vocation,
(1) Voyez la Lettre mtr les causes premières.