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CAHAMS AVANT LE 18 BRUMAIRE

f ùl ()a quitter le cloître en passant chez les sœurs de la charité, à qui le gouvernement devrait confier le soin des hôpitaux. Kl ce projet lui paraissait devoir être également approuvé par la religion, la raison et l'humanité.

A l'imitation dHippocrate, dont il vante les immortels écrits, les médecins doivent rédiger des journaux d'ohservations analogues aux Épidémies. Des écoles pratiques rendraient, avec les journaux faits par des praticiens éclairés et prudents, les plus importants services. C'est surtout à l'observation qu'on doit recourir: les systèmes, ou les principes généraux, ne doivent être que le résultat direct et précis de tous les faits qui s'y rapportent, et si clK^pie lionune, en médecine surtout, pouvait tout voir de ses yeux, il serait peut-être avantageux de fermer tous les livres et de ne cousidter que la nature.

En termes émus, Cabanis rapi)elait Dubreuil, dont l'amitié tendre et courageuse manquait bien plus à son cœur que ses lumières à son instruction. Avec Sieyès, dont il cite la belle héclaraiion des droits, il admet que la société doit des secours à tout individu hors d'état de pourvoir à ses propres besoins. Pour lui, la grande maladie des Etats civilisés est la mauvaise distribution des forces politiques et la disproportion choquante des fortunes. Les institutions sociales sont faites pour corriger ce que la nature peut laisser de vicieux dans la situation de l'homme. Mais, dans presque tous les cas, l'aumône est un crime public, car si elle peut satisfaire celui qui doime, et lui procurer des jouissances qu'il demanderait inutilement à son or, elle dégrade celui qui reçoit, l'habitue à la paresse, ouvre son cœur à tous les vices et le prépare à tous les attentats (1).

A la Commission de? hôpitaux, Cabanis fit des rapports, dont il tira un ouvrage (2), publié pour faire connaître ce que le raisonnement et l'expérience lui avaient appris sur la mendicité, « la plus redoutable des maladies qui minent les États modernes ». A la sensibilité, principe des besoins, cause déterminante des volontés, des appétits, l'homme joint la faculté de partager les affections des autres êtres sensibles et surtout de ses semblables. Ces deux facultés, identifiées et confondues dans son

(1) Od peut retnjuver des idées analogues chez Speucer, Introduction à la Science sociale, Morale évolutionnisle.

(2) Dubois rrAinieus [Dictionnaire philosophique) donne, comme de 1796, l'Essai sur les secours publics ; Mignet place avec raison l'ouvrage en 1792.

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organisation, conslitiient sa véritable supériorité. La seconde est le principe de la bienfaisance; la réflexion, s'ajoutant à ce sentiment, pour ainsi dire instinctif, montre au riche qu'il est de son devoir et de son intérêt de secourir le pauvre. Mais le corps social ne reconnaît pour loi que son utilité propre. Ceux qui le représentent doivent avoir sans cesse le peuple tout entier sous les yeux et s'interdire toute préférence entre ses membres, substituer la justice, qui se répand sur tous, à la pitié qui se nourrit (rimpressions particulières, et avoir pour principal objet le maintien de la paix, du bien-être et du bon ordre. La charité est une vertu quil faut raisonner, un art quil faut étudier. L'aumône, mal dispensée, devient une nouvelle cause de désordre et aggrave toutes celles de la mendicité. L'augmentation des secours augmente le nombre des pauvres : les habitudes viles de vagabondage et d'oisiveté deviennent bientôt les mœurs génélales ; la morale se dégrade, par le remède même qu'on voulait opposer à la corruption. Les individus, inconsidérés dans leur bienfaisance, font le mal en petit; les gouvernements le font en grand; ils amènent la perte de l'esprit de famille, de l'amour du travail, des sentiments lil)res et fiers, l'abrutissement et la corruption (1).

Les gouvernements établissent des hôpitaux de valides ou de malades et des ateliers de travail. Peut-être les secours à domicile, bien organisés, seraient-ils préférables. Avec le tableau complet des faits rassemblés dans les divers pays, avec le résultat des tentatives faites par les hommes bienfaisants et sages, on pourra former des plans de secours publics mieux entendus, et voir plus clairement les causes des désordres qui s'introduisent partout dans la distribution des richesses. Parmi ces causes, il faut citer toutes les mauvaises lois, toutes les erreurs des gouvernements (2). Une révolution augmente passagèrement les maux pom'la réparation desquels elle était faite. Si d'insensés démagogues épouvantent les propriétaires, les causes de la mendicité s'accroissent d'une manière encore plus effrayante. La mendicité et les grandes richesses, dit Cabanis, en développant une idée antérieurement indiquée par lui, ont la même source : les richesses ou trop immenses, ou amassées par de faux moyens, produisent et aggravent la mendicité. Les plus

(1) Ne serait-il pas bon pour nous encore de suivre ces conseils ?

(2) On retrouve le disciple d'Helvétius, de Turgot, de d'Holbach.

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forts, les plus habiles, les plus riches ont institué les gouveineuients et promulgué les lois: ils ont voulu augmenter leur force, leur richesse, linfluence de leur habileté. Le peuple ignorant n'a pas vu où était son véritable intérêt; les petites inégalités de la nature ont été remplacées par d'autres, factices, injustes et monstrueuses. Une bonne constitution, de bonnes lois, un bon gouvernement, voilà le véritable partage des terres, le seul qu'avouent la justice, la raison et la nature.

En attendant que l'heureuse influence de la liberté délivre le législateur du soin de pourvoir à la subsistance des indigents, il faut organiser les secours, pour maintenir la paix et l'ordre nouveau. Celui qui, pouvant travailler, refuse de le faire, ne mérite aucun secours et doit être sévèrement surveillé. Celui qui, manquant de pain, demande du travail, doit trouver l'un et l'autre. Mais faut-il instituer de grands ateliers où tout individu ait, à chaque instant, un travail facile? De tels établissements sont vicieux et produisent toujours des effets directement contraires à leur but : les ouvrages projetés ne se font pas, le patrimoine des pauvres se dissipe sans fruit, des hommes utiles prennent des habitudes de fainéantise et peuvent même devenir dangereux pour la société, la main-d'œuvre enchérit et les travaux nourriciers languissent. Seul l'intérêt particulier garantit la prospérité publique : il suffit de l'éclairer. Donc la meilleure manière d'occuper lés pauvres est de les laisser isolés en leur fournissant du travail à la tâche, dont ils rendent compte et reçoivent le salaire, à mesure qu'il se trouve fait. Si l'on ne peut éviter les grands ateliers, il faut, autant que possible, en charger, par entreprise, des hommes industrieux qui en feront leur affaire propre.

De môme les malades doivent être secourus, de préférence, à domicile, soignés par leurs parents ou par des femmes que choisirait la commune. Quant à ceux qui nont ni demeure, ni famille, il faut les envoyer dans des hôpitaux. Dans les prisons, il faut isoler et faire travailler les condamnés. Pour les enfants trouvés, on aura recours au zèle des ci-devant sœurs de la Charité, qui devraient, dit Cabanis, dépouiller leur esprit, comme leur costume de confrérie, et voir, dans le règne de l'égalité, celui des maximes les plus pures de cette religion qu'osent invoquer, dans leur révolte, les chefs hypocrites des mécontents. Pour le traitement des fous, il propose quelques-unes des réformes que Pinel devait introduire et faire accepter.

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Pendant la Terreur,. Cabanis, qui avait refusé de fuir le danger en allant représenter la France aux: États-Unis, demeura à Auteuiloù s'était également retiré D.de Tracy. Plus heureux quf son ami, Cabanis ne fut pas inquiété, à cause, dit Mignet, du respect reconnaissant quil avait inspiré à tous dans le village dont il était le médecin et le bienfaiteur. Pour distraire M""= Helvétius « de ses dégovits et de ses afflictions », il traduisit neuf morceaux de Meissncr, la Stella de Gœthe,*le Cimelière dr Campagne de Gray et la Mortd'Adonh de Bion, publiés en 1797 et dédiés à sa mère adoplive.

Après la chute de Robespierre, Garât devint commissaire de l'instruction publique, avec Ginguené et Clément pour directeurs adjoints. Cabanis s'intéressa à l'exécution du vaste plan formé pour l'organisation de l'enseignement. Il communiqua à Garât quelques vues sur l'application des méthodes analytiques à l'étude de la médecine. Garai, les trouvant justes et utiles, l'encouragea à les mettre en ordre. Cabanis suivit son conseil. Mais son cadre s'agrandit. Il conçut le projet de ramener à des éléments très simples toutes les parties de la médecine et d'indiquer, pour chacune, la méthode qui peut seule en dirio-er avec sûreté l'étude et renseignement. Pendant l'hiver de l'an III, il écrivit l'introduction qu'il se proposait de mettre en tête de l'ouvrage : il y esquissait les différentes révolutions de la médecine et les prhicipes généraux qui doivent présider ^i sa réforme. Cette partie de l'ouvrage était achevée en avril

Aucune science, dit Cabanis, n'a plus besoin que la médecine de l'esprit philosophique. Dans un moment où se renouvellent toutes les sciences, les médecins doivent regarder, comme un devoir, de réunir leurs efforts pour régénérer leur science et leur art. Que la médecine emprunte donc le langage sévère et précis de la physique, le ton coramunicatif et, pour ainsi dire, vulgaire de la morale ; qu'elle systématise ses principes par l'observation, l'expérience et le raisonnement, et qu'elle perfectionne la forme de son enseignement. Pour sa part, Cabanis a conçu une classification nouvelle de ses parties. Il a adopté un ordre meilleur pour l'exposition des faits sur lesquels elle repose et des notions que fournit l'examen refléchi des faits. Enfin il espère, par une détermination plus rigoureuse du sens des mots, bannir entièrement de la langue médicale le vague et lobscurité.

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L' Introduction rappelle V Esquisse de Coiulorcet et trace Ihistoire des révolutions delà médecine. Elle caractérise chacune délies par les circonstances qui l'ont lait éclore et les changements qu'elle a produits dans l'état ou la marche de la science. C'est en rapprochant les résultats ahisi ohtenus des méthodes philosophiques modernes, que Cahanis indique ce qui lui parait utile à la réforme de la médecine et de son enseignement. Il rappelle brièvement (1) les conclusions de son ouvrage sur la Certitude de la médecine. L'étude de la nature est en général celle des faits et non celle des causes. Nous n'avons pas besoin, pour étudier les phénomènes que présentent les corps vivants et pour en tracer l'histoire fidèle, de connaître la nature du principe qui les anime, ni la manière dont il met enjeu leurs ressorts. Il sulllt de bien constater les phénomènes, d'épier l'ordre suivant lequel ils se reproduisent et leurs rapports mutuels, de les classer, en tenant compte de cet ordre et de ces rapports. Ainsi, par l'observation, l'expérience et le raisonnement, nous pouvons connaître les mouvements réguliers qui s'exécutent pour entretenir la santé, ou ceux qui tendent à la rétablir pendant la maladie, les substances, qui, appliquées dans ce dernier cas aux corps vivants, y produisent les mêmes efforts et les mêmes phénomènes. Si la médecine a une utilité pratique pour la société, elle sert, en outre, à la connaissance du système animal, qu'embrassent, dans leur ensemble, les sciences naturelles, car les maladies font ressortir beaucoup de phénomènes, très difficiles à bien apprécier sans elles (2) et dévoilent plusieurs ressorts ou propriétés qui s'effacent et disparaissent dans l'uniformité dim état plus régulier et plus constant. Elle jette enfin un jour nécessaire sur la base de toutes les sciences morales et peut avoir, sur le perfectionnement du genre humain, une influence directe en améliorant le physique, indirecte, en contribuant aux progrès de l'éducation morale.

En partant de la nature constante des choses, on voit que l'homme a dû chercher de bonne heure les moyens d'apaiser les douleurs et de guérir les maladies dont il était atteint. On doit

(1) L'ouvrage comprend cinq chapitres : i. L'art de lïuérir. ii. Tableau des révolu- Uons de Yarl de guérir, depuis sa naissance jusqu'à son introduction chez les Romains, m. Vues générales sur l'enseignement de l'art de guérir, iv. Considérations particulières sur diverses branches de la médecine, v. Objets accessoires.

(2j Cabanis développera ces idées dans les Rapports et plus spécialement dans le septième .Mémoire.

présumer (1) que les découvertes très lentes furent souvent le produit de hasards heureux. Le besoin força à observer et conduisit à de nouvelles découvertes. Après les poètes et les prêtres, les premiers philosophes classèrent les observations médicales, pour les soumettre à l'examen du raisonnement, mais transportèrent dans la médecine des hypothèses d'autant plus fécondes que la physique, l'astronomie, la géométrie, doii ils les tiraient, étaient absolument étrangères à l'étude du corps vivant. Acron, génie original et hardi, voulut ramener l'art de guérir à l'expérience ; Hippocrate sépara la médecine de la philosophie, mais essaya de la rendre philosophique et de la ramener à l'expérience raisonnée, en la délivrant des faux systèmes et en lui donnant des méthodes sûres. Du môme coup il fit rejaillir, sur la philosophie morale et physique, les lumières de la médecine. De nos jours encore, médité par les médecins, consulté par les philosophes ou lu par les hommes de goût, il est et sera toujours pour chacun d'eux, un des plus beaux génies de l'antiquité. Galien donna à la médecine hippocratique un éclat qu'elle n'avait point eu dans sa simplicité primitive. Mais l'art, surchargé de règles superflues ou trop subtiles, s'embarrassa dans beaucoup de difficultés nouvelles, qui ne tiennent pas à la nature. La médecine fut enseignée avec éclat à Alexandrie. Les Arabes commentèrent Galien et Hippocrate, s'approprièrent les idées des auteurs moins connus et introduisirent quelques améliorations importantes dans la préparation des remèdes. Les alchimistes, poursuivant des chimères, eurent des idées saines ou plutôt des vues heureuses en médecine (2). Paracelse, le prototype des charlatans, rendit des services réels, sentit les vices de la médecine et entrevit les réformes qu'elle exigeait. Vésale et Colombus, Carpi et Mercurialis, Capivaccius, Calvus et Prosper Martian, donnèrent à la médecine italienne un éclat égal à celui qu'avait eu la médecine grecque. L'école de Paris revint à Hippocrate. Stahl, un des génies extraordinaires que la nature semble destiner de temps en temps au renouvellement des sciences, changea la face de la chimie et tenta de faire, pour la médecine, ce qu'il avait fait pour la chimie. Van Helmont annonça de brillantes vérités dans la langue des charlatans.

(1) On reconnaît ici les hypothèses que Cabanis, comme Condorcet et tous les idéologues, est trop souvent porté à substituer aux faits.

(2) Berthelot, les Origines de V Alchimie; Boutroux, Revue plnl., mai 1886.

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