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SydtMiham, l'ami de Locke, ramena la pratique à l'expérience el. fit ainsi une véritable révolution en médecine.
Bacon, surtout Descartes mieux compris tout d'abord, transformèrent la philosophie rationnelle et les sciences expérimentales. La médecine devint cartésienne. Boerhave publia des ouvrages qui sont des chefs-d'œuvre d'érudition et de critique, de clarté, d'ordonnance et de précision, mais où. se trouvent malhein-eusement des hypothèses peu justifiées qu'il emprunte à la chimie, à la mécanique, à l'hydraulique et où les résultats précèdent trop souvent l'exposition et la classification des faits.
Bordeu et Venel, Lamurre, Barthez et ses disciples ont formé, des opinions de Stahl, de Van Helmont et du solidisme, une doctrine nouvelle qui, perfeclioiuiée par l'application des méthodes philosophiques et les progrès des autres sciences, se rapproche de plus en plus de la vérité.
Au xvm" siècle seulement, l'enseignement a fait de véritables progrès. Plusieurs parties des connaissances humaines ont atteint une sorte de perfection ; de riches matériaux sont rassemblés pour les autres. Il ne s'agit plus que d'appliquer à toutes les vraies méthodes et surtout de les appliquer avec la même rigueur. Le philosophe tracera ces méthodes; le législateur en transportera l'esprit dans l'organisation des établissements publics d'instruction.
. C'est par la sensibilité, qui fait concourir tous les organes à l'action du cerveau, que l'homme apprend à connaître les objets. Ses sensations sont la cause occasionnelle et directe, ses organes, les instruments immédiats de son instruction. Il s'en crée d'autres. De leur perfectionnement successif dépend celui du genre humain. Hippocrate, Aristote et Épicure paraissent seuls, chez les anciens, avoir reconnu que les sensations sont les véritables matériaux de nos jugements. Bacon a tracé un plan de réforme scientifique. Hobbes et Locke, Bonnet et Condillac ont perfectionné les vues de Bacon et rendu les procédés de l'analyse philosophique plus simples et plus sûrs.
Dans l'art de guérir, il y a de grandes difficultés pour appliquer l'analyse à l'observation et au traitement des maladies, à la classification des remèdes. C'est pourquoi il faut revenir à l'observation des faits particuliers et mieux circonscrire la Taleur des signes généraux pour en former des définitions.
Or il n'existe pour nous que des faits, cause ou effet, dans les phénomènes qui arrivent constamment à la suiLe l'un de l'autre.
Éclairer et étendre les premières règles que donne un instinct heureux ou le savoir, les enchaîner et les coordonner, en perfectionner l'application, enrichir la méthode par des observations constantes et la diriger de jour en jour par des vues plus générales et plus sûres, donner aux mots de lexactitude et réformer la langue mal faite, telle est la véritable méthode à employer en médecine. Or l'esprit marche toujours du connu à linconnu et une langue bien faite doit offrir des pierres dattente pour les mots nouveaux que pourront exiger les découvertes futures : le nom ne doit donc être ni la description, ni la définition de l'objet, dont on ne saurait représenter les propriétés ou les circonstances caractéristiques dans la formation même ou dans l'association des mots.
Les médecins dai Heurs ont souvent fait à leur art, une fausse application des doctrines philosophiques et des théories chimiques, géométriques, algébriques, etc. La médecine philosophique a renversé certaines théories et en a ridiculisé d'autres. Seules les observations ou les faits relatifs à chaque branche de l'art, surnagent au milieu du naufrage universel. Les savants ne mettent plus leur gloire à défendre une opinion, mais à faire preuve d'un bon esprit, en cherchant sincèrement la vérité et en reconnaissant leurs propres erreurs. Les vrais philosophes, indifférents aux résultats de leurs recherches, ne veulent qu'être exacts (1). Comme Descartes, ils pensent qu'il est bon de faire, de temps à autre, une sévère revision des connaissances mêmes qui ne laissent aucun motif d'incertitude, parce que, d'ordinaire, l'habitude de croire équivaut à une démonstration.
Rendre compte de l'ordre et de l'enchamement des objets ou des faits, et th-er, de ces rapports, toutes les conséquences immédiates, voilà ce que les meilleurs esprits ont fait, pour quelques sciences, et voilà ce qui reste à faire en médecine. Il y faudrait des recueils complets et bien ordonnés d'observations, de courts exposés théoriques, où l'on rendrait compte de l'esprit dans lequel ces recueils sont et doivent être formés, comme des résultats les plus directs à en tirer. Dira-t-on qu'on coupera les ailes au génie? mais, d'abord dans les sciences qui de-
(1) Voyez ce que dit D. de Tracy dans sou Mémoire sur Kant (cli. vi, § 3).
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mandent de l'attention et de rexactitude, il vaut niinix lui mettre du plomb aux pieds que de lui donner des ailes (Is En outre, une carrière nouvelle et sans limites s'ouvrira devant lui : vingt-cinq ou trente ans suffiront à vérifier les observations; nn égal espace de temps permettra de répéter les expériences et (ien constater les résultats. Les méthodes pratiques recevront la sûreté dont elles sont susceptibles. Tous le^ problèmes seront résolus et la médecine se trouvera au niveau des autres sciences par sa certitude, comme elle est peut-étro au-dessus d'elles par son objet et son but.
L'analyse, au fond toujours la même, est une analyse de description ou de décomposition et de recomposition. Elle est historique, si elle forme des histoires raisonnées, où la succession des faits relatifs à tels ou tels objets de nos recherches, se développe dans l'ordre naturel; déductive, quand nous opérons sur les produits de notre entendement ou plutôt sur leurs signes. Lorsque Condillac suppose un homme, arrivé de nuit dans une maison et découvrant tout à coup la campagne environnante, il y a décomposition et recomposition de l'objet, puis déduction d'idées, enfin analyse historique. Quand il démonte une montre et la remonte pièce à pièce, il décompose et recompose à la manière des chimistes. Quand, dans la Lfinrjue des Calculs (2), il considère l'analyse comme une suite de traductions qui nous fait marcher d'identités en identités, ce qui n'est pas exact d'ailleurs (3), il fait une analyse de déduction à laquelle il réduit tout l'artifice du raisonnement.
En médecine, l'analyse de description donne la forme, la couleur, la situation d'un organe, ses rapports de voisinage, d'éloignement, de ressemblance ou de ditférence avec d'autres parties. L'analyse chimique fait trouver les corps simples qui composent les parties. L'analyse historique expose les fonctions d'un organe et les mouvements d'un muscle ; l'analyse de déduction tire des conclusions justes. L'analyse historique doit parcourir avec attention la chaîne'' entière des changements ou des phénomènes. S'il s'agit d'une maladie, on ne saurait s'y dépouiller, avec trop de soin, de toute prévention, de toute idée étrangère
(1) CeUe pensée de Bacon sert d'épigraphe à la Logique de D. de Trai-y.
(2) On reconnaît que Cabanis a revu son ouvrage avant de l'imprimer en l'an XIl, puisque la Latif/iie des Calculs ne fut publiée qu'en 1798.
(3; Cabanis reproduit les mêmes réserves dans une lettre inédite à Biran, cf. ch. vu, § 3. Cabanis n'est donc pas disciple fidèle de Condillac.
aux faits qu'on a sous les yeux. Il faut voir ce qui est, et non ce qu'on imagine ; peindre ce qu'on a vu, sans y mêler aucune des conséquences qu'on en a tirées (1). L'analyse chimique ne peut pas toujours recomposer les corps, et les conclusions auxquelles elle conduit n'ont souvent pour appui que des probabilités. Les idéologistes comparent avec raison, dans l'analyse de déduction, la suite d'évolutions des idées, au jeu des petites boîtes renfermées les unes dans les autres ; le premier raisonnement, à la boîte qui renferme toutes les autres (2). Si l'on emploie un langage exact et si l'on ne sort point de la théorie, on peut donner une certitude entière à ses conclusions; dans les applications pratiques, on ne fait que des calculs de probabilité. Tantôt, c'est entre deux limites connues que se trouve la vérité dont on peut s'approcher de plus en plus : ainsi fil
lis 7
Métms, exprimant par ^ au heu de - le rapport du diamètre
à la circonférence. Tantôt le calcul rassemble, en faveur d'une opinion ou d'une conclusion, des motifs plus ou moins nombreux, plus ou moins graves : nous croyons que le soleil se lèvera demain, parce que l'expérience des siècles a prouvé que cet ordre est constant.
Dans l'enseignement, on commencera par les objets ou les premiers connus, ou les plus faciles à connaître, pour ne passer que graduellement et successivement à ceux qui demandent une observation plus profonde, des sens plus exercés, ou même de nouveaux instruments. On développera les idées dans leur ordre de génération ; on parcourra la chaîne qui les lie, en évitant de franchir tout intermédiaire que l'esprit ne supplée pas aussitôt et nécessairement. On mettra les jeunes médecins au lit des malades, on considérera les sujets avec eux, on dirigera leuiattention et leurs essais, an excitera leur intérêt, on piquera leur curiosité en passant de l'analyse à la synthèse et de la synthèse à l'analyse. On vante beaucoup la méthode analytique, et on a raison. Mais elle marche par toutes les routes qui conduisent à la vérité et préfère, pour chaque circonstance, la plus sûre, tantôt rassemblant les données pour en tirer les résultats, tantôt saisissant les résultats et laissant les données se ranger, d'elles-mêmes, autour d'eux; quelquefois même ne suivant pas
(1) Il ne faut donc pas, comme Cabanis, substituer les présomptions aux faits.
(2) C'est à D. de Tracy que Cabanis fait allusion (cli. v, § 2, eh. vi, § 3).