‹ Les idéologuesChapitre 23 sur 94 · CABAMS AVANT LE 18 BRI MAIRE · texte numérisé non relu

CABAMS AVANT LE 18 BRI MAIRE

la voie des inventeurs, de peur qiià force de vouloir fixer le génie ou régler son essor, on ne l'engourdisse et le glace (1).

Après ces considérations philosophiques, Cabanis passe aux branches diverses de la médecine, de Tanatoniie et de la physiologie, puis aux relations de la médecine avec la morale. La médecine et la morale, branches d'une même science, celle de l'homme, reposent sur une base commune. De la sensibilité physique ou de l'organisation qui la détermine et la modifie, découlent idées, sentiments, passions, vertus et vices, mouvements de l'àme ou maladies et santé du corps. C'est dans l'organisation que sont écrits les principes éternels qui fondent nos droits et nos devoirs. C'est par l'étude du rapport constant des états physiques aux états moraux que l'on peut conduire l'homme vers le bonheur, que l'on transformera le bon sens en habitude et la morale en besoin; que l'on agrandira les facultés, qu'on épurera et multipliera les jouissances ; qu'on fera embrasser, en quelque sorte, linfini dans une étroite et courte existence, par l'idée et la certitude d'un perfectionnement toujours progressif et toujours illimité {'2).

Puis après avoir esquissé quelques-unes des idées développées plus tard- dans le mémoire sur rinfluence des sexes et constaté les lois admirables des elioses dans le développement de la jeune fille, Cabanis passe à la pathologie, à la séméiotique, à la thérapeutique, à l'hygiène qui fait partie de la médecine et de la morale. Si la morale est l'art de la vie, dit-il, comment cet art pourrait-il être complet, sans la connaissance des changements que peut éprouver le sujet sur lequel il s'exerce, et des moyens capables de produire ces changements? x\ussi l'hygiène et, par conséquent, quelques notions d'analomie et de physiologie, devraient entrer dans tout système d'éducation, pour que les habitudes physiques soient appropriées au genre de nos travaux, aux dispositions morales que nous voulons cultiver en

(1) Cabauis semble répondre ù ceux qui, comme Cliateauljriaud et même Mni» ilc Staël ou J. de Maistre, reprocheut à Tanalyse condillacienue de supprimer Tenthousiasme et de contrarier le grénie. — En même temps il se sépare de Coudillac : « Si les ouvrages de Coudillac n'ont pas eu, à leur apparition, tout le succès (pi'ils méritent, c'est que l'auteur ne prépare et ne réserve au lecteur ni surprise, ui diflicultés. Chaque paraprraphe annonce le suivant, et la première phrase indique les autres ; la peine du lecteur est tellement ménai-'^ée, qu'il finit par n'en plus prendre aucune, et Ton a si bien pensé pour lui, que bientôt il ne pense plus guère luimême ».

(2) Ces idées rappellent Condorcet et annoncent les Rapports.

nous. De rinfliience des aliments, des climats, on peut tirer des règles applicables à tous les systèmes d'éducation. Bien plus, l'observation constante des siècles atteste que les dispositions physiques se transmettent des pères aux enfants. Quelques faits certains, plusieurs analogies d"un grand poids et l'ensemble des lois de l'économie animale, portent à croire que certaines dispositions morales se propagent également par la voie de la génération. Par conséquent, en traçant des règles de régime, on travaille au perfectionnement de l'espèce (1). > Laissons de côté ce que dit Cabanis de la chirurgie, de la matière médicale, de la chimie et de la pharmacie. En botanique, il s'élève contre l'abus des classilicalions (2) et se félicite de ce que les hommes les plus distingués qui la cultivent commencent à s'occuper des phénomènes qui caractérisent la vie des végétaux. En traitant de la médecine vétérinaire, il fait un devoir de donner aux animaux, qui partagent nos travaux, « qui font partie de la famille humaine », tous les soins qui peuvent rendre leur existence plus douce, et non seulement de renoncer à tout mauvais traitement sans objet, mais encore de chercher à les rendre heui'eux. Puis, tout en soutenant que les phénomènes vitaux dépendent de tant de ressorts incannus et tiennent à tant de circonstances, que les problèmes ne peuvent être posés avec toutes leui-s données, et se refusent absolument au calcul; en se demandant quel avantage on trouverait à traduire, dans une langue inconnue, ce que la langue vulgaire exprime clairement, il estime que les diverses parties de la physique animale ne se sont pas toutes également lefusées à cette application delà géométrie et de lalgèbre. C'est du perfectionnement des méthodes pliilosophiques qu'il fait dépendre celui des méthodes d'observation. Aussi la philosophie rationnelle et la morale doivent venir en aide à la médecine; la morale, sidentifier à chaque instant avec la médecine pratique.

(1) Cette idée de Ihérédité pin siolo!.'ique, qui tient une si grande place dans la science contemporaine, est reprise par Cabanis dans les Rapports.

(2) « La nature, dit-il, se plaît à parer les végétaux des plus belles et des plus riches couleurs, -à les imprégner des parfums les plus doux. Nous respirons une \ic nouvelle, avec les émanations des jardins et des bosquets, mais une manière froide et classique de considérer les plantes flétrirait ces heureuses impressions et laisserait bien peu de prise à la mémoire. Les prestiges de l'imagination, les souvenirs les plus chers au cœur, confondus souvent avec ceux des fleurs et de la verdure, n'empêchent pas que létude d'un catalogue ne soit toujours insipide et monotone ».

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