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CAHAMS AVANT LE 18 BRUMAIRE

les mélhoiles analytiques destinées à changer entièrement la face du monde intellectuel. En février 1798, il présentait à l'Institut, et la Décade annonçait à ses lecteurs, le Degré de certitude de la médecine, dédié aux membres de TÉcole de Paris. / La médecine, dit Cabanis, est la base de toute bonne philosophie rationnelle, car elle montre à nu l'homnie physique, dont Ihomme moral n'est qu'une partie ou une autre face. Elle fournit un fondement solide à la philosophie qui remonte à la source des idées et des passions. Elle doit diriger tout bon système d'enseignement et trouver, dans les lois éternelles de la nature, les fondements des droits et des devoirs de l'homme, tracer l'art de contluire, de perfectionner l'entendement et l'art du honheur. Enfin, elle est éminemment propre à dissiper les fantômes qui fascinent et tourmentent les imaginations, à détruire toutes les croyances superstitieuses.

Dans ï Introduction, Cabanis affirme que, si les êtres sensibles peuvent être malades ou sains, c'est que le « plan de la nature » l'exigeait ainsi. Cette expression est renonciation d'un fait : à savoir qu'il y a des rapports réguliers et constants entre les diverses parties de l'univers. Ailleurs, il parle de la nature comme de la force qui produit les mouvements propres à chaque corps, ou de l'ensemble des lois qui les régissent, ce qui l'a fait appelei" par Van Helmont Vordre de Dieu (1). Quant à la philosophie des causes finales, elle n'a jamais pu soutenir un examen sérieux, quoique peut-être l'intelligence bornée de l'homme ait bien de la peine à la rejeter entièrement. Contre les philosophes qui regardent les lois de l'instinct comme résultant de certains raisonnements rapides et inaperçus, Cabanis soutient que les animaux sont dirigés par un guide secret, antérieurement à tout essai sur le choix de leurs aliments et même x\e leurs remèdes; que l'instinct se fait d'autant moins entendre, que le développement des facultés intellectuelles est poussé plus loin (2). Il ne cberche pas à savoir si les animaux ont été mieux partagés, avec l'instinct, que l'homme avec l'intelligence, parce qu'en fait la perfectibilité indéfinie de notre espèce ouvre à la raison un champ immense de jouissances et de bonheur.

(1) Il faut remarquer encore une fois les expressions « le plan de la natuie » dont le sens sera développé dans la Lettre sur les Causes premières et « l'ordre de Dieu » (|ui montre qu'en 1798 Cabanis l'crivait le mot dont il aurait voulu, a-t-on dit. interdire rusage aux autres.

(2) Idées développées dans V Histoire des sensalioîis {Rapports, 134).

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On peut ramener à sept les objections contre la certitude de la médecine : 1" Les ressorts secrets de la vie échappent à nos roi^ards: 2' la nature et les causes premières de la maladie nous sont absolument inconnues ; 3" les maladies sont si variées, si susceptibles de complications, qu'on ne saurait tirer, de leur observation la plus scrupuleuse, aucune règle lixe qui serve à les faire toujours reconnaître ; 4° la nature des remèdes, leur mode d'action sur nos corps sont un mystère pour nous; 5° les expériences médicales sont encore plus dilticiles que l'observation des maladies ; 6" la théorie de la médecine n'est pas la même dans tous les temps, sa pratique change d'un siècle à l'autre; 7" l'exercice de la médecine demande tant de connaissances diverses, tant de sagacité, tant d'attention, tant de grandes qualités morales réunies, qu'on peut la regarder comme n'existant pas, ou plutôt, comme une arme dangereuse do l'ignorance et du charlatanisme. Cabanis examine chacune d'elles, non pour soutenir des préventions favorites, mais pour chercher sincèrement la vérité, qui, devant toujours à la fin s'élever sur les débris des opinions humaines, est la seule autorité qu'il puisse être à jamais honorable de reconnaître et de défendre (1).

L'homme ne connaît ni l'essence de la matière ni celle du principe secret qui détei'mine tous les phénomènes de l'univers. Les vraies causes, les causes premières sont aussi cachées pour lui que l'essence des choses, elles prétendues causes dont la connaissance l'enorgueillit, ne sont que des faits. Deux faits se trouvent-ils enchaînés l'un à l'autre dans un ordre successif, on dit que le premier est cause du second. Celui-ci devient cause à son tour, relativement à un troisième, et ainsi de suite jusqu'à cette « force spontanée », principe général du mouvement, puissance active et personnifiée chez la plupart des peuples sous des noms différents, mais dont il est impossible de nous faire d'autre idée que celle qui résulte directement des phénomènes de l'univers. Si on l'appelle « spontanée », on ne prétend pas exprimer sa nature, mais rendre l'impression qu'en reçoit l'intelligence boruée de l'homme en la voyant agir sans relâche, avec une activité toujours nouvelle et toujours renaissante d'elle-même (2).

(1) On retrouve la même idée chez tous les idéologues et chez leurs successeurs. Cf. ch. vu, § 4, A. Thierrj.

(2) Cabanis développe ces idées sur la cause et Teffet (Rapports, J, 138), ce

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D'ailleurs la connaissance de la cause première, à laquelle tant (le profondes méditations et tant de veilles ont été si inutilement tMuployées, n'est pas applicable aux besoins de Thomme, dont l'observation des faits est le partage et à qui elle sulTit (1). De nouveau Cabanis rappelle le passage dHippocrale, antérieur à l'axiome énoncé par Aristote. Après Hippocrate encore, il soutient que, pour assurer sa marche dans tonte science expélimentale. Ihomnie n'a besoin que de constater les faits, de leur donner, dans son esprit, l'ordre et les rapports qu'ils ont dans la nature et de n'en tirer que les conséquences qui s'y trouvent renfermées expressément. La certitude rigoureuse appartient exclusivement aux objets de pure spéculation; dans la pratique, il faut se contenter d'approximations qui sulTisent d'ailleurs à l'espèce liumaine, pour assurer sa conservation et son bien-être. La conclusion reproduit une partie de la leçon de clôture sur Hippocrate ii).

Eymard rendit compte, dans la Décade du lU fructidor an VI, (le l'ouvrage de Cabanis. « Le C. Cabanis, en portant ses méditations sur un sujet d'un intérêt si général, et par cette raison si digne de son esprit et de son cœur, a bien mérité de l'humanité : il a l'élégance et la pureté du style, une^ logique exacte et pressante, des vues philosophiques très profondes etriieureuse habitude des méthodes analytiques ». Après avoir cité les passages où Cabanis affirme que l'homme ne connaît l'essence de rien et ce que nous avons rapporté de la conclusion : .- Voilà, dit-il, les conseils et le langage de la vraie

([iii prouve que Biran u';i. pas été le prcMiiicr à parler de la doctrine de Hume. Qnaut aux causes premières, il eu est question au même pa5^aL'e et daiïs la Lettre .1 Fauriel.

(1) Cabanis ne sera pas toujours de cet avis.

(2) « Oui. dit-il, j'ose le prédire; avec le véritable esprit d'observation, l'esprit philosophique, qui doit y présider, va renaître dans la médecine; la science va prendre une face nouvelle. On réunira ses fragments épars, pour en former un système simple et fécond comme les lois de la nature . Après avoir parcouru tous les faits, après les avoir revus, vériliés, comparés, on les enchaînera, on les rapportera tous à un petit nombre de points fixes ou peu variables. Ou perfectionnera l'art de les étudier, de les lier entre eux par leurs analogies ou par leurs différences, d'eu tirer des règles générales, qui ne seront que leur énoncé même, mais plus précis. Ou simplifiera surtout l'art, plus important et plus difficile, de faire lapplieatiou de ces rèsrles à la pratique. Chaque médecin ne sera pas for<;é de se créer ses méthodes et ses instruments... Des esprits médiocres feront, peut-être avec facilité, ce que des esprits éminents ne font aujourd'hui qu'avec peine, et la praUque, dépouillée de tout ce fratras étranger qui l'offusque, se réduisant à des indications simples, distinctes, méthodiques, acquerra toute la certitude que comporte la nature mobile des objets sur lesr|uels elle s'exerce ».

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philosophie. Puissent-ils être généralement entendus, générale- 1 ment appliqués à tous les objets qu'il nous importe de connaître et d'étudier » ! Enfin Eymard, dans une emphatique péroraison, montrait combien les recherches des idéologues intéressaient un certain nombre de leurs contemporains (1).

Et la Société médicale, qui publiait en l'an VI des mémoires de Bichat, de Pinel, de Richerand, de Roussel^ se présente comme ayant, après l'auteur du Degré de certitude de la 'médecine, allié la médecine à la philosophie. Cabanis était alors représentant de Paris aux Cinq-Cents. A l'Institut il fut, au moment où l'on annonçait le premier volume des Mémoires de la classe^ chargé avec Hœderer, Lebreton, Fleurieu et Tracy, d'examiner les projets de pasigraphie. Aux Cinq-Cents, il réclama des monuments pour Descartes et Montesquieu, Condillac et Mably.

C'est en l'an VI que se place un événement dont le récit, reproduit par tous les historiens, nous semble avoir été inventé après coup, quand il était de bonne guerre de prêter aux idéologues tout ce qu'on croyait propre à les déconsidérer. Si l'on en croit Aimé Martin, les collègues de B, de Saint-Pierre se seraient ligués contre lui à l'Institut et lui auraient reproché de croire en Dieu. Chargé de faire, pour le 3 juillet 1798, le rapport sur le concours de morale, il l'aurait terminé par une déclaration solennelle de ses principes rehgieux. Aux premières lignes de sa lecture, un cri de fureur se serait élevé de toutes les parties de la salle, a L'idéologue Cabanis (c'est le seul que nous nommerons), emporté par la colère, s'écria : Je jure qu'il n'y a pas de Dieu et je demande que son nom ne soit pas prononcé dans cette enceinte! — Votre maître Mirabeau eût rougi des paroles que vous venez de prononcer,» aurait répondu B. de Saint-Pierre,

(1) « Grâce ii l'analyse des Bacon, des Locke, des Coudillac, grâce aux leçons éloquentes et si malheureusement interrompues de celui qui, eu marchant sur leurs traces, a fixé notre attention sur leurs ouvrages (Garât), tandis que la tyrannie a perdu ses plus puissants auxiliaires, la raison s'est armée d'une force irrésistible ; le mensonge, l'erreur et l'ignorance, qui égaraient les hommes dans leurs recherches et qui, dans Tordre social, les livraient en proie et comme de vils troupeaux au despotisme et à la superstition, ne seront plus entre les mains des prêtres et des rois des moyens d'aveuglement et d'oppression . La vérité a percé la nuit profonde ; la raison a dissipé les nuages ; la philosophie a brillé dans le ciel comme l'étoile du matin, et enliu l'astre radieux de la Uberté s'est levé sur le monde! 0 siècle d'éternelle mémoire! 0 temps de miracles, et que de nouveaux prodiges appellent encore ! Hâte-toi de faire naître les heureuses générations qui doivent nous succéder. ÎNous avons assisté à ce grand spectacle, nous avons vécu. »

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en se retirant, pour laisser rassemblée décider, non sii n'y a pas de Dieu, mais si elle permettra de prononcer son nom. Puis il aurait fait imprimer et dislribuer, i\ la porte de l'Institut, le morceau qui terminait son rapport.

Aimé Martin représente B. de Saint-Pierre comme l'adversaire des philosophes. Rien ifë justifie une telle assertion. Luinième nous dit ([ue d'Alembert fit avoir, à B. de Saint-Pierre, mille francs pour son manuscrit du Voyage à l'île de France. En outre, la Décade -^ le journal des philosophes » insère son écrit « à Virginie », rappelle que B. de Saint-Pierre, chargé de composer des Eléments de morale républicaine, tandis que Volney et Garât devaient traiter de la Déclaration des droits, delà Constitution et de l'histoire des peuples libres, fut nommé, avec eux encore, professeur aux Écoles normales. En 1790, elle donne un prospectus par lequel Bernardin annonce ses Harmonies de la nature « pour servir aux éléments de la morale et aux instituteurs des écoles préUminaires ». En 1797, c'est à elle qu'il envoie une lettre originale apportée par l'Océan dans une bouteille. Après cette fameuse séance, où il y aurait eu rupture complète entre lui et les philosophes, la Décade trouve que les élections de Paris (germinal an VII) se préparent bien et cite, parmi ceux qu'on songe à élire, Ginguené et Bernardin. Puis, quand les émigrés « se flattent avec impudeur d'ol)tenir leur radiation », c'est à \à Décade que Bernardin envoie « des expériences nautiques, des observations diététiques et morales proposées pour l'utilité et la santé des marins dans les voyages de long cours ». Aussi donne-t-elle, en frimaire, les vers faits « pour le mariage du G. Saint-Pierre, par son ami Ducis ». Elle constate avec plaisir, au moment où on ridiculise, pour les faire proscrire, la philosophie et les idées libérales, que Bernardin s'exprime tout autrement au Lycée : « Chacun, disait-il en brumaire an X, raisonne d'après son état, sa religion, sa nation et surtout son éducation, qui donne la première et la dernière teinture à notre jugement. Le philosophe seul accorde sa raison sur la raison générale de l'univers, comme on règle sa montre sur le soleil ». C'est encore à la Décade qu'il communique la lettre du G. Brard, le jour même où ses rédacteurs se défendent contre les odieuses accusations de leurs adversaires. Enfin, en l'an XII, quand la Décade et les doctrines qu'elle défend sont tout à fait en défaveur, c'est par elle que Bernardin se plaint des contrefacteurs

et annonce quïl ouvre une souscription, pour celui de ses ouvrages qui lui a donné le plus d'amis, Paul et Virginie: «Dieu, disait-il après avoir indiqué le format, le prix et les conditions \ de la souscription, ma fait la grâce de ne jamais manquer à mes engagements ».

Bernardin ne fut donc pas alors lennemi des philosophes (l). On pourrait d'ailleurs se demander comment l'Institut eût empêché de prononcer le nom de Dieu dans ses séances, quand de Lisle de Sales présentait Dieu, l'homme et la nature, comme ohjets d'étude pour la raison ; quand un membre de l'Institut l)riait, en vers « le Dieu très bon et très grand » d'augmenter le i)onheur de la France ; quand Mercier y défendait les idées innées» ([ue Grégoire y faisait l'apologie de Las- Casas et que Bouchaud donnait, comme assez exactes, les idées qu'a exposées, sur l'existence de Dieu, Cicéron dans les Tusculanes elle De Natura Deorum ou le De Officiis^ puis reprochait à Sénèque d'avoir nié, en admettant les dieux et une Providence, les peines réservées aux méchants dans une vie future. Dupont (de >'emours), traitant un mois après le jour où Cabanis aurait demandé qu'on ne prononçât pas le nom de Dieu, des bases de la morale, remontait à une intelligence suprême, à qui tous les rapports sont connus et soutenait que ce n'est pas seulement en qualité de rémunérateur et de vengeur du crime, que Dieu est utile à la morale, mais qu'il en est le fondement nécessaire comme sagesse souveraine et type immense de toute vérité. Enfin comment Cabanis, dont nous avons rappelé les études théologiques et philosophir[iies, eiit-ii pu interdire aux autres d'employer un nom dont il s'était servi lui-même, dans le Serment d'un mhleein et les Observations sur les hôpitaux, quand il avait trouvé, dans son second Mémoire, que l'inscription Je suis ce qui est, a été et sera, et nul n'a connu ma nature faisait parler d'une manière véritablement grande et philosophique la cause première, quand il venait encore, dans le Degré de certitude de la médecine, d'écrire que Van Helmont, prenant la nature au sens où il la définit lui-même, l'appelle 1' « ordre de Dieu»? (2)

(1) Voyez dans les Mémoires de Sainte-Hélène le jugement que porte Napoléon sur Bernardin. Voyez aussi le Bernardin d"Arvède Barine.

(2) ^'ous laissons encore de côté ce que dit Cabanis dans la Vie de Franklin et dans la Lettre sur les causes premières . Voyez ch. iv, § 4.

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Au début de l'an VII, Cabanis, dans une Lettre à un ami, soutient que ce n'est pas le moment de harceler la commission des linances sm' les projets qn'elle propose, pnis cinq jours après a\oir connnuniqué à l'Institut, en seconde lecture, son Mémoire sur les Tempéraments, il présente, aux Cinq-Cents, un remar- «juable rapport sur l'organisation des Écoles de médecine (29 brumaire). « La médecine, y disait-il, est fondée sur l'observation tl'une classe de phénomènes réguliers, sur l'étude de certains mouvements, qui se succèdent et s'appellent dans un ordre invariable, sur la connaissance pratique de certains effets que l'art, soit en imitant, soit en contrariant la nature, vient à bout de produire méthodiquement. Elle a des principes, que l'esprit peut saisir; ses connaissances peuvent former un ensemble mélhodiqu.e : elle est donc véritablement une science ; ses procédés peuvent être souniis à des lois, elle est donc véritablement un art. L'utilité de la médecine doit être considérée, à plusieurs points de vue, par le philosophe et par le législateur. Elle apprendra à soulager, à guérir les maux des êtres souffrants; elle tracera des règles sûres d'hygiène, appropriées à tous les tempéraments, à toutes les manières de vivre, à tous les climats ; elle surveillera les travaux publics, où la santé des citoyens est intéressée, dirigera toutes les mesures de police, dans les grandes maladies contagieuses ; elle inspectera les objets de subsistance que la fraude peut altérer, et motivera les jugements dans plusieurs ([uestions de droitcivil et commercial. Ses relations sont très intimes avec l'histoire naturelle et différentes branches de la physique, avec la philosophie rationnelle et la morale. Peut-être même saura-t-elle ramener, par l'effet immédiat de certaines impressions physiques, l'esprit égaré de l'homme au bon sens, à la vertu, au bonheur. Enfin, notre espèce est susceptible d'un grand perfectionnement physique; c'est à la médecine d'en chercher les moyens directs, de s'emparer h l'avance des races futures et de tracer le régime du genre humain. Aussi l'enseignement de la médecine doit-il avoir pour but, outre les progrès particuliers de la science, l'augmentation de l'action qu'elle exerce sur les autres travaux de l'esprit, notamment sur la philosopiiie rationnelle et sur la morale « dont le flambeau devient d'au-

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tant plus nécessaire que toutes les superstitions étant évanouies, il s"agit sérieusement d'établir, sur des bases solides, le système moral de Fbomme, et de faire une science véritable de la vertu et de la liberté ».

La création des Écoles de médecine a été un des grands bienfaits de la Convention ; elles ont produit de nombreux élèves, donné naissance à des ouvrages remarquables et attiré quantité d'étrangers. Aussi suffit-il de consolider et de perfectionner l'œuvre, en y joignant des cbaires d"anatomie pathologique et d'accouchement, de chimie appliquée à l'étude et à l'enseignement de la médecine. «Nous sommes sortis, disait Cabanis à ses collègues en les conjurant d'organiser cette instruction nationale, victorieux de tous les orages révolutionnaires; nous avons anéanti les armées des rois de l'Europe,... mais, je vous le dis avec le sentiment d'une profonde conviction, nous n'avons rien fait pour l'avancement de la liberté, pour le développement des idées et des habitudes répul)licaines, pour la conservation de notre nouveau gouvernement, si des principes solides ne remplacent les préjugés, si le bon sens et la saine instruction ne viennent joindre dans tous les cœurs, à l'énergie des sentiments libres, l'amour de l'ordre et le goût des utiles travaux. Cette révolution, qu'on peut appeler cehe des idées et des mœurs, c'est à vous de la préparer, de la commander, en quelque sorte, par vos lois ». Et affirmant qu'il ne dépendait plus d'aucune puissance d'enchaîner l'esprit humain, qu'un mouvement désormais invincible entraînait toutes choses vers le plus grand perfectionnement. Cabanis invitait les législateurs à hâter ce mouvement bienfaiteur et à lui donner une meilleure direction !

Aussi son influence grandit tous les jours. Boisjolin le cite avec Garât, parmi les métaphysiciens supérieurs, qui appliquent le raisonnement exclusivement aux faits qu'ils ont pu observer et découvrir. Quand la doctrine de la perfectibilité est attaquée dans la Décade par le rédacteur des affaires de l'intérieur, c'esl Cabanis qui la défend dans une lettre aussi intéressante qu'inconnue (1). Chef véritable de la seconde génération d'idéologues, il se fait le champion de Condorcet, le représentant le plus autorisé de l'école, dans le journal qui en est l'organe le plus

(1) Xous publions en appendice ce document qu'on peut regarder comme inédit, puisqu'il n'a été ni cité, à notre connaissance, par aucun de ceux qui ont étudié Cabanis, ni reproduit ou mentionné dans aucune édition de ses œuvres.

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