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ville de sens •. à chacune de ses vertus ; de réunir en lui toutes les perfections humaines; d'en écarter toute quaUté sensible ol de personnifier ainsi le néant. On peut supposer, dans l'univers, orjianisé de manière que toutes ses parties sympathisent entre elles, des centres partiels où le principe de lintelligence se rassemble et un centre commun où les mouvements aboulissent et soient perçus 1 .Ainsi pensèrent les stoïciens pour qui les êtres et en particulier les êtres vivants sont des parties du grand tout, et leur intelligence une émanation de rintelligence générale. Cluuiue partie de la matière, chaque être sensible et vivant jouait son rôle dans le système général; l'être intelligent et capable d.' réllexion devait connaître ce rôle et le rempUid'autant plus lidèlement qu'il était doué d'une intelligence plus parfaite et avait des moyens d'action plus étendus. Aujourd'hui, on pensera (luil y a vie et organisation, partout où l'organisation peut se former et se maintenir; qu'on ne saurait assigner de terme à la perfection que les lois éternelles {2) peuvent lui donner et qu'il y a peut-être cent fois plus de distance entre l'intelligence de certains êtres placés dans les autres mondes et celle de l'homme, relégué sur la terre, qu'entre l'intelligence de l'homme et celle du polype ou du zoophyte (3).
Ainsi se pose une autre question : ce système moral de l'homme parlage-t-il à la mort la destinée de la combinaison organique :' Oueslion plus ditficile, car les analogies sensibles semblent favorables à ceux qui nient la persistance du moi, que nous voyons se former et naître, croître et se perfectionner avec les organes, se conformer exactement à tous leurs états de maladie ou de santé, saffail)lir, vieillir et s'éteindre, au moment où cesse, dans les organes, toute manifestation du sentiment (4). Cependant on ne peut démontrer que la force vitale n'est qu'un produit. L'opinion qui en lait un principe actif de nature inconnue, mais nécessaire pom* expliquer les faits, a un degré de probabilité supérieure. Tout se réunit pour nous convaincre que la vie générale des animaux est concentrée dans un foyer et que la vie particulière des organes n'est elle-même qu'une émanation de celle qui anime tout le système. Ainsi l'affaiblissement
(1) C'est ce que Cabanis a, pour l'homme, supposé dans les Rapporta.
(2) Encore une expression dont s'est souvent servi Cabanis, cf. supra, l'i) Cf. § 2.
(4) Cabanis reprend encore les résultats des Rapports.
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de certains organes produit un surcroît d'activité dans les autres ; leur destruction détermine, dans d'autres, un eiïort régulier et symétrique, pour remplir les fonctions des organes détruits. La sensibilité est comme un fluide qui afllue vers les parties les plus libres de l'appareil avec d'autant plus d'abondance que celles qu'il trouve inaccessibles sont plus importantes (1). Le principe vital est une substance, un être réel qui, par sa présence, meut les organes et retient liés les éléments, mais par son absence, les laisse livrés à la décomposition. Indécomposable comme les autres principes élémentaires de l'organisation, émanation du principe général, sensible et intelligent de l'univers, il se réunira à cette source commune de toute vie et detout mouvement. La persistance du principe vital entraîne celle du moi, lien de tous les résultats intellectuels et moraux ; cependant on ne peut être aussi afflrmatif que sur l'intelligence de la cause première. Plus faibles encore sont les probabilités, s'il s'agit des idées, des sentiments, des liabitudes morales que nous regardons comme identitiées avec lemoi. Toutefois la négation ne peut être démontrée et serait incompatible avec la justice parfaite, dont l'idée est inséparable de la cause première; c'est là une raison morale qui a du poids et peut faire inclinei- la balance dans un état d'absolue incertitude de l'esprit. Mais l'ordonnateur suprême des choses ne peut exercer ses fonctions de rémunérateur et de vengeur que par des lois générales, dont la sanction n'est pas moins réelle et puissante, dès cette vie (2), quand même il n'y aurait pas de vie à venir. Les gens de bien, suivant la belle expression que Platon met dans la bouche de Socrate, doivent 'prendre confiance dans la mort qui ne peut leur apporter rien que d'heureux, mais aussi dans la vie qui n'a de véritables douceurs que pour l'homme vertueux, d'amertumes insupportables que pour le méchant (3).
Certes, la morale a des bases solides dans la nature humaine ; mais déduire les règles de notre conduite des lois de la nature ou de l'ordre, appeler vertu ce qui est conforme à cet ordre, vice ce qui y est contraire ; faire de chaque être un serviteur de la cause première, qui concourt avec elle à l'accomplissement du but total et exerce une partie de sa puissance, ce n'est pas éta-
(1) Mêmes idées supra, dans les Rapports et dans des travaux antérieurs.
(2) C'est ce que Cabanis a toujours affirmé.
(3) Cf. cil. Tii, § 1, ce que Cabanis dit de Galien.
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l)lir la morale sur une croyance religieuse, c'est la faire sortir tlo sou unique et véritable source, île la nature des choses en général et de la nature humaine eu parliculier ; c'est lagrandir cl leunoblir ; c'est donner à l'hoinuie une idée sublime de la dignité de son être et des belles destinées auxquelles il est appelé par l'ordonnateur suprême.
Au reste cette religion l'ut et sera toujours la seule vraie, la seule qui donne une idée juste et grande de la cause suprême, qui élève l'esprit et satisfasse le cœur sans égarer la raison, (|iii donne à l'homme bien plus que l'immortalité, eu lui montrant son existence liée au passé et à l'avenir, qui seule oflre à la vertu des espérances éternelles dont peut se satisfaire la i-aison. Le sacerdoce en est exercé par tous les hommes qui recherchent les lois de la nature et particulièrement celles de la nature morale. Son culte consiste à se conformer de plus en plus à ces lois, à cidtiver noire raison et nos penchants, à prali([uer toutes les actions utiles aux individus, à la patrie, au genre humain. Dans un moment où presque toutes les religions positives ont été si profondément ébranlées et où tant d'hommes éclairés prononcent l'utilité morale des religions, il y a des raisons de penser qu'un gouvernement puissant et ami de l'humanité, dit Cabanis qui ne semble pas avoir renoncé tout à fait à voir Napoléon travailler au succès de ses idées personnelles, pourrait établir, sur ce fond si simple et si riche, un culte et des solennités qui auraient un éclat et une pompe dont nos mesquines fêtes modernes n'ont jamais approché.
Tous ceux qui nous liront reconnaîtront, avec Sainte-Beuve, que la Lettre sur les Causes premières indique <' la i)réparation d'une ère nouvelle, qu'elle respire les plus admirables sentiments et agite les conjectures les plus consciencieuses » ; mais ils en feront honneur à Cabanis et verront en lui l'homme qui « devine et devance l'histoire desphilosophies, impartiale et intelligente ». Bien plus, s'ils se rappellent cet admirable ouvrage où M. Renan a exposé ses doutes, ses probabilités, ses certitudes, ils estimeront que le penseur, parti du stoïcisme, est quelquefois moins éloquent (1), moins « ondoyant et divers », mais qu'il n'a ni
(1) « Si la douleur n'était poiat un mal, dit Cabanis en combattant le célèbre paradoxe des stoïciens, elle ne le serait pas plus pour les autres que pour vousmêmes ; nous devrions la compter pour rien dans eux comme dans nous ; pourquoi donc cette tendre humanité qui caractérise les plus çrrands des stoïciens, bien mieux peut-être que la fermeté et la constance de leurs vertus? 0 Ciiton! pourquoi le
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moins (i"origii>alité, ni moins de largeur d'esprit que celui pouiqui le christianisme est « Tombre dont nous vivons encore ». Et s'ils pensent à Fauriel, ce sera pour lui savoir un gré infini davoir transmis à d'autres la bonne parole qu'il avait entendue.
C'est le 26 avril 1807 que Destutt de Tracy annonçait à Biran la première attaque de Cabanis, en termes qui montrent combien ce dernier était aimé de ses amis, et combien D. de Tracy, si froid en apparence, était affectueux et sensible (l). Un mois plus
vois-je quitter ta monture, y placer ton familier malade, et poursuivre à pied, sous le soleil ardent de la Sicile, une route longue et montueuse ? 0 Brutus ! pourquoi, d;ins les rigueurs d'une nuit glaciale, sous la toile d'une tente mal fermée, dépouilles-tu le manteau qui te garantit à peine du froid pour couvrir ton esclave frissonnant de la fièvre à tes côtés ? Ames sublimes et adorables, vos vertus elles-mêmes démentent ces opinions exagérées ; contraires à la nature, à cet ordre éternel ipie vous avez toujours regardé comme la source de toutes les idées saines, comme l'oracle de l'homme sage et vertueux, comme le seul guide sur de toutes nos actions » î Sainte-Beuve (Fauriel, p. 18o) a raison de dire que Cabanis s'élève à une éloquence véritable, à celle où l;i pensée et le cœur se confondent.
(1) « Mercredi dernier, étant depuis quelques jours en très mauvaise disposition, il s'est livré imprudemment à une application trop forte; il en est résulté un coup de sang avec des caractères graves, la connaissance a été perdue, la tète brouillée, la langue embarrassée et la. bouche tournée, mais tout cela n'a été qu'un éclair de deux minutes au plus par bonheur. Hiilierand ét:iit avec lui dans son jardin, il l'a ramené, soigné, et il était si bien lui-même qu'il a le premier caractérisé sa maladie et en a raisonné avec Richerand comme de celle d'un autre, pour décider ce (pi'il y avait à faire; deux petites applicatiDUS de sangsues, ipiehiues bains de pieds, quelques lavements, un purgatif ont tout rétabli; tout le jour il causait avec nous tous très gaiement et plus que nous ne voulions le lui permettre; le lendem:iin il est descendu chez sa femme, et le surlendemain dans son jiidin; il n'a plus (pi'uu peu de faiblesse et de l'embarras dans les entrailles où est le siège de tout le mal ; enfin il ne lui restera absolument aucune trace de cet événement qu'on doit regarder et qu'il regarde effectivement lui-même, plus comme un avertissement que comme un accident. Mais vous sentez tout ce (ju'exige de ménagements un tempérament robuste, mais fatigué, dont la débilité pi-end ce cours ; c'est là ce dont nous nous sommes occupés, et ce à quoi il se prête très bien ; ainsi j'espère qu'à quelque chose malheur sera bon, et qu'il va avoir plus de vrais soins de lui-même. Il a été vivement affligé de la vue de cette nécessité ; mais peu d'heures après le premiei' moment, il me disait que Condorcet avait eu un avertissement de ce genre précisément à la même époque de sa vie, vers cinquante ans, en 1790, que lui-même l'en avait soigné, et qu'il en avait si bien rappelé que les meilleurs ouvrages qu'il ait jamais faits sont ses derniers qui sont postérieurs. Cela lui faisait un vrai plaisir. Voilà les idées et les sentiments dont il est occupé, vous le reconnaîtrez là ; il l'est bien aussi que vous ne soyez pas en peine de lui et vous le reconnaîtrez encore à ce tendre intérêt mêlé de reconnaissance ; au vrai, comptez que je ne vous ménage point et <iue je vous dis la vérité tout entière, du moins telle que je la vois, et vous sentez bien que je suis assez affecté pour exagérer plutôt la crainte que l'espérance. Nous conserverons ce cher homme, nous dérouterons même, j'espère, cette détermination vicieuse de la nature; il sera toujours lui, et sera peut-être même plus fort dans quelque temps comme cela arrive à Pinel et à tant d'autres, car évidemment, il passe son temps critique qui, comme il le sait bien, est marqué dans les hommes comme dans les femmes ; les pauvres petits êtres comme moi n'ont pas des crises si marquées, mais la mienne est bien laborieuse dans ce moment par ses souffrances et par le prix i[uil attache à mes soins. Je ne vous dirai rien de plus aujourd'hui;
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tard (12 iiiaiK D. de Tracy n'était pas plus rassmv sur la sauté de C-abanis (1). En aoiVt (le 7) malade lui-même, il écrit à Biran que les nouvelles de Cabanis ne sont pas consolantos (2). Pris de la lièvre tierce et craignant pour la sant('' de la mère de son gendre, « l'adorable femme si indispensable aux deux familles », il appreiul à Riran que Cabanis est assez bien et qu'il cbasse. Kn décembre il lui en donne encore des nouvelles (3).
Les renseignements précis manquent sur les derniers mois
je vous doimerai, je vous assure, de ses nouvelles fréquentes, poui' reinpiM-hor fie le faire lui-même, car nous lui défendons d'écrire, au moins autant (juil est en notre pouvoir; il va ces jours-ci aller à la cannjagne chez M°io de Condorcet; nous faisons des inlriirues pour lui donner le ;;,'orit de la botanique, il s'y prête et ce sera un ijrand bonheur; evercice doux, application douce, c'est la i)erfection; cela avait presque balancé en Rousseau les mauvais effets de l'étude des sciences morales ». (Lettre communiquée par M. Navillc.)
(1) n Je vois sa délicatesse habituelle changée eu déliilité, et la vieillesse comraeucer pour lui dix ans plus tiM ([u'elle n'aurait dû, et je ne sonife absolument plus qu'à sa i-onservation si précieuse à tant de gens, sans plus prétendre du tout à l'espoir de lui \oir rendre de nou\eaux services à la masse entière de la société; surtout je me reproche de ne vous en avoir pas donné des nouvelles de jour en jour, cependant nous pouvez bien croire que si tout n'avait pas été sans non\eanx orages, je n'aurais pas manqué de vous en instruire. Le \rai est ([u'il est aussi bien ([u'il soit possible de le désirer après un tel événement ; il est vraiment et complètement dans son état habituel. Il vient d'aller faire une course de deux jours à quinze lieues d'ici avec la même vigueur ; il s'est fatigué le corps et reposi' la tète, et il est revenu mieux portant, doiinant bien et digéi'ant ; il est reparti hier pour |)asser un mois avec sa femme chez sa belle-sn'ur à Meulan, il a fait la route a cheval ; il se promènera beaucoup, je ne doute pas qu'il n'en revienne très bien. La nature a chez lui une force native très grande, et il y a des moments on je me tlatte qu'elle perdra la direction vicieuse qu'elle a prise un moment, et que cette crise passée elle fera ses fonctions mieux (lu'avant ; je vous assure que je ne manquerai pas de vous en informer, c'est avec vous surtout que j'aime à m'entretenir île cet excellent homme qui vous coimaît et par consé((uent vous aime bien ; il est profonfondément touché de votre intérêt ». (Id.)
(2) « Sa tète, pleine de l'esprit le plus aimable, est pourtant tonjoiu's faible et toujours portée à se troubler. Son neveu chéri se promettait bien le hoidienr de vous voir, il est diuis votre pays, il vous en a assurément bien parlé, vous en êtes actuellement au fait comme moi-même et mieux, car j'aime à me flatter que ma mélancolie influe sur la manière dont je le vois; ce qu'il y a de si'ir et ce qui m'afflige, c'est qu'elle m'ôte bien des moyens de lui rendre mes soins utiles et agréables ; il va bientôt aller à une campagne plus éloignée que celle-ci, et je le verrai partir avec une sorte de plaisir dans l'espérance qu'effectivement le genre de vie dont vous me parlez lui fera plus de bien «pie ma maussade société. Ce serait la vôtre, monsieur, qu'il lui faudrait et (jui serait sa guérison. Il ne peut ni lire, ni s'appliquer X. (Lettre inédite, communiquée par .M. E. Naville.)
(3j '< Notre excellent ami heureusement va bien, il chasse, il court, il se fortifie, mais cependant il est toujours incapable de la moindre application d'un moment, et la plus légère circonstance l'altère si visiblement que l'on peut craindre, à tout moment, des rechutes funestes et eu attendant il est à douze lieues de moi, et les autres me retiennent ici. Je ne sais quand il reviendra, je n'ose même le souhaiter tant il lui est nécessaire de jouir de la paix du désert, pourvu encore que rien ne le trouble ». Id.)
de la vie de Cabanis. Nous savons, par D. de Tracy, Ginguené et Mignet, qu'il passa Fliiver près du hameau de Rueil, allant à cheval avec son neveu visiter les malades des villages voisins. Une seconde attaque d'apoplexie fut suivie d'une affection de paralysie. Le o mai 1808, après une promenade pendant laquelle il avait eu, avec sa femme « les plus doux épanchements de cœur », il se mit au lit et dormit quelques heures. Vers une heure du malin, de sourds gémissements annoncèrent aux siens, éloignés par lui, une nouvelle attaque qui l'emporta.
Cabanis fut pleuré par tous ceux qui l'avaient connu, par les pauvres gens au milieu desquels il vivait, comme par les amis qui appréciaient sa valeur. Ses restes furent déposés au Panthéon. Mais ce fut l'Instilut qui lui rendit les plus grands honneurs. Le 21 septembre, D. de Tracy remplaçait Cabanis à l'Académie française et prononçait « l'éloge de l'homme qui lui était le plus cher et dont il fut tendrement aimé ». Il osait dire que Cabanis avait rempli la double tâche qu'il s'était proposée, de porter la philosophie dans la médecine et la médecine dans la philosophie : « Ce magnifique travail, disait-il des Rapports, sera à jamais un des plus beaux monuments de la philosophie de notre temps et l'un de ceux qui contribueront le plus à la gloire du siècle où nous entrons. Quelle simplicité dans la marche, quelle profondeur dans les résultats, quelle finesse d'analyse dans les détails et quelle vérité frappante dans l'ensemble » ! Et il ajoutait, pour augmenter les regrets que causait une perte aussi prématurée : « Il méditait le plan d'un grand ouvrage sur les moyens possibles d'améliorer l'espèce humaine, en profitant de toutes les connaissances qu'elle a déjà acquises pour accroître encore ses forces, ses facultés et son bien-ôtre. Il en avait rassemblé toutes les idées principales. Elles confirmaient ou étendaient les Vcérités répandues dans ses différents écrits, elles en étaient une application directe, il ne lui restait plus qu'à prendre la plume, c'était le monument qu'il croyait le plus propre à honorer et à illustrer sa mémoire ». Le déclin rapide de ses forces ne lui permit pas d'exécuter cette entreprise.
M. de Ségm" répondit à D. de Tracy, fit l'éloge de Cabanis, de son œuvre et surtout des Révolutions de la médecine, qui constituent un excellent morceau d'histoire philosophique. Puis vint la lecture d'un fragment de la traduction de Y Iliade, suivie par
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Une promenade de Fénelon, dans laquelle Andrieiix falsail un éloge enthousiaste de Cabanis (1).
En 1810, rinslltut faisait (lourer les Rapports parmi les ouvraiït's au\(fUtMs ou pouvait décerner le prix de morale et d'éducation.
On est unanime sur Ihomme. Nous ne l'apporterons pas les jugements de ses amis. 3Iais Kauriel, lié avec plusieurs de ses adversaires philosophiques, n'en parla jamais que comme de l'homme le plus parfait moralement qu'il eût connu. Manzoni ■« pour exprimer cette tleur de bonté, de douceur et d'airection qu'il avait reconnue dans l'ami de son ami » l'appelait « l'angélique Cabanis » 2 . Mignet rappelle le dévouement du médecin, la générosité du politique, l'élévation de l'écrivain et la modération du sage.
Comment a-t-on pu, se demanderont nos lecteurs, laisser dans l'ombre ou traiter avec dédain un penseur dont l'originalité semble indiscutable ? H faut, pour s'en rendre compte, se rappeler combien fut violente la réaction politicpie, religieuse et philosophique qui suivit la Révolution. Frayssiuous, dans ses
(1) G toi de qui .j'.ippiis cette toui'li.inte histoire ! Toi dout uous honorons aujounrinii la mémoire, Cher et hou Cabanis, je n'ai point i'iieuieux dou De ces traits éloquents, de ee uohit; abandiiu, Qui partmt de ton àmc et si tendre et si saije, Passionnaient toujours tes éc-rits, ton langa^'e ! Dans tes yeux, dans tes traits souriait la bonté ; Juste et fier, sans orgueil, simple avec diçnité, Toujours compatissant aux misères liumaines, Tu truérissais les maux, tu p;irtai,'eais les peines ; Du divin Fénelon aimable imitateur, Comme lui cher au pauvre et son consolateur, Du \Tai beau comme lui toujours ami sincère, Nourri des anciens, plein de ton vieil Homèi-e, Ton savoir, ton génie éternisent ton nom ; Tu nous rendais ensemble Hippocrate et Platon ; 0 ciel et tu n'es plus ! ta mort prématurée, Par tout ce qui t'aimait sera toujours pleurée. Hélas! dans nos amis nous-mêmes nous mourons, En leur donnant des ]ileurs, c'est nous que nous pleurons. Ah 1 du moins qu'un espoir adoucisse nos plaintes ; Leurs âmes, après eux, ne seront pas éteintes ; Croyons qu'il est un Dieu qui, lorsqu'on a vécu, Garde une peine au crime, un prix à la vertu ; C'est là que la bouté sera récompensée ; Un jour, j'aime à nourrir cette douce pensée ; Les mortels bienfaisants revivront réunis, Avec les Fénelon, avec les Cabanis.
(2) Sainte-Beuve, Faurie/, p. 162 et 188.
PiCAVET. 19
conférences à Saint-Sulpice, de 1803 à 1809, puis de 1814 à 1822, range Cabanis parmi les docteurs du nuUéi-ialisme qui, dans des ouvrages pleins du plus scientifique appareil, ont inventé, pour expliquer mécaniquement la pensée, des comparaisons « équivoques et pleines d'erreurs » (1) ; qui ont imaginé des systèmes aussi absurdes en métaphysique que funestes en morale. Sous la Restauration, Frayssinous fait partie du Conseil royal de Finstruction publique et « honore de ses conseils et de ses objections » le professeur et les élèves de lÉcole normale (2). Puis, chargé de la direction de l'instruction rattachée aux cultes, il montre presque autant d'éloignement pour les idéologues et de goût pour la philosophie de Lyon que son prédécesseur M. de Corbière (3). Ce dernier d'ailleurs devait penser comme ses coreligionnaires politiques, de Bonald et de Maistre, que les doctrines soutenues par Cabanis étaient abjectes et que leurs auteurs étaient les ennemis du genre humain. Royer- CoUard et ses amis, parfois en opposition avec ces adversaires acharnés des idéologues, étaient d'accord avec eux pour condamner leurs doctrines. Royer-Collard, qui proclamait Descartes et Condillac « des sceptiques », avait envoyé sur les différents points de la France, pendant son administration, de jeunes maîtres « véritables missionnaires de morale, dont l'influence aurait pu être utile, à une époque où il fallait en finir avec le scepticisme et refaire les croyances sur une base plus large et plus solide » (4). Cousin « voue sa vie entière à la poursuite de la réforme philosophique commencée par Royer-Collard » et voit, à côté de Condillac, « d'Holbach, La Mettrie et toutes les saturnales du matérialisme et de l'athéisme » (5). Aussi Damiron écrit-il son ouvrage sur la Philosophie en France au xix* siècle, pour combattre le sensualisme et ses conséquences morales, politiques, poétiques, religieuses, autant et plus que pour combattre l'école théologique (6). A la même époque, Aimé Martin publie les Œuvres de Bernardin de Saint-Pierre et présente, dans une Préface dont nous avons parlé à plusieurs
(1) Défense du Chrislianisme, Spiritualité de l'âme.
(2) Cousin, Fragments philosophiques, 1826, p. 3o3.
(3) Lycée, IV, 311 {De l'Enseignement de la philosophie).
(4) Ibid.
(b) Préface à a traduction de Tenneraann. Cf. Thurot, art. sur les Fragments de Cousin {Mélanges), avec les notes qui y sont jointes.
(6) Voyez' l'éloge des conférences de Frayssinous (p. 62) « (jui fit d'assez bonnes objections contre 'hypothèse sensualiste ».