DE TRACY IDÉOLOGUE, LÉ(.1SLATEUR, PÉDAGOGUE
Le iiiLMiie jour, 1). de ïracy transmettait deux autres circulaires. La première réclamait aux professeurs de grammaiie générale renvoi de leurs cahiers. Le cours comprendra l'idéologie, la grammaire générale, la grammaire française et la logique. Complément et couronnement du cours de langues anciennes, il sera une introduction à ceux de belles-lettres, d'histoire et de législation. Toujours le professeur marchera du connu à l'inconnu, en utilisant les connaissances acquises pailes élèves dans l'étude des langues anciennes, pour leur donner des leçons plus approfondies sur l'idéologie et la grammaire générale, en appli<juant ces connaissances à la grannnaire française, premier pas dans l'étude des belles-lettres. Enfin il en tirera les règles de l'art de raisonner (1). La seconde adressait la même invitation aux professeurs d'histoire. Leur cours doit donner une connaissance générale des événements qui se sont passés successivement chez les peuples qui ont mérité des histoiiens; faire observer la marche de l'esprit humain dans les différents temps et les différents lieux, les causes de ses progrès, de ses écarts, de ses rétrogiadations momentanées dans les sciences ot les arts, l'organisation sociale et la relation constante du bonheur des hommes avec le nombre et surtout avec la justesse de leurs idées. Il préparera ceux qui en auront le désir à pousser plus loin leurs recherches et présentera un tableau sommaire de l'histoire univei'selle, avec l'indication des sources où l'on peut puiser des connaissances plus approfondies sur chacune de ses parties, et de bons conseils sur la manière de se servir des auteurs et de les apprécier. L'histoire pourrait, en ce qui concerne la métaphysique, la morale, l'art social et l'économie politique, servir à perpétuer d'anciens préjugés plutôt qu'à faire découvrir les vrais principes; elle doit donc suivre l'étude des cours de gi-ammaire générale et de législation. Quelque profit que puisse donner l'étude de l'histoire grecque et romaine, il ne faut pas négliger celle des nations orientales, chez lesquelles on a découvert l'origine de la plupart des vérités et des erreurs qui nous sont venues par les Grecs et les Romains.
D. de Tracy annonçait, pour l'avenir, des détails plus précis
fl) C'est-à-flire rétiiile de ce qui constitue la certitude de nos connaissances, la vérité de nos perceptions et la justesse de nos déductions, en s'appuyant sur l'exnrnen de nos facultés intellectuelles, Teffet que produisent sur elles la fréquente répétition des mêmes opérations et l'usage des signes avec lesquels nous combinons et communiquons nos idées. C'est le résumé du précédent Mémoire.
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et se défendait d'avoir pensé à rétablir l'usage des dictées qui faisaient perdre tant de temps dans les anciennes écoles, mais espérait que quelques-uns des cahiers réclamés deviendraient d'excellents ouvrages élémentaires.
Après le 18 brumaire, fait avec l'appui de ses amis et Tapprobation de l'Institut, D. de Tracy fut nommé sénateur. La Constitution de l'an VIII ne le satisfit pas (1). Mais il continuait l'œuvre qu'il avait entreprise; le 16 pluviôse (février 1800), il présentait au Conseil un important rapport dans lequel il faisait connaître l'état exact de l'instruction publique et les améliorations qu'on pouvait y apporter. Les professeurs se servent, en général, pour les langues anciennes, des méthodes de Gail et Guéroult ; pour l'histoire naturelle, de Buffon, Jussieu, Daubenton, Lacépède, Cuvier; pour les mathématiques, de Bezout, Bossut, Legendre, Cousin ; pour la physique et la chimie, de Fourcroy, Brisson, Guyton, Haiiy ; pour la grammaire générale,, de Condillac, Dumarsais, Duclos, Court de Gébelin, Locke et Harris ; pour les belles-lettres, de Batteux, Blair, Condillac ; pour Ihistoire, de Bollin, Millot, Voltaire ; pour la législation, de Montesquieu, Hobbes, Filangieri, Beccaria, etc. Plusieurs cahiers de grammaire générale et de législation, disait-il, ont été trouvés dignes d'une considération particulière et le Conseil en a transmis le plan et les idées aux autres professeurs. En rappelant l'intluence heureuse de l'École polytechnique sur l'enseignement des mathématiques, il affirmait qu'on peut juger parla du bon effet que produiraient de semblables établissements pour les lettres et pour les sciences morales. Le cours de grammaire générale est un de ceux où le conseil a remarqué le plus de professeurs distingués par leurs lumières et leur zèle (^). L'état de l'instruction pubhque doit faire concevoir des espérances fondées; tout bouleversement ou même tout déplacement des écoles centrales serait une calamité pubhque. Toutefois on pourrait abolir la distribution des cours en trois sections et créer une seconde chaire de langues anciennes, admettre les élèves sans limites d'âge, adopter ]in plan d'études « conforme-
(1) '< Il n'y a, dit-il plus tard (C, 207), aucune mesure qui j.uisse empêcher les usurpations quand toute la force active est remise dans une seule main. La nomination des sénateurs, ajoutait-il, vicieuse dès le principe, a été rendue plus vicieuse encore, ainsi que leurs attributions, par les dis[)Ositions illégales qu'ils appellent les constitutions de l'Empire ".
(2) Cf. ch. I, § 2.