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LES CRU. INES DE L'IDÉOLOGIE AU XYIII*' SIÈCLE

Le seepticisiiie, ériulit ou littéraire (1), combat toujours les solutions métaphysiques, et, avec la science, concourt à faire de l'étude des phénomènes le centre des recherches philosophiques. De plus en plus l'astronomie est positive. Los mathématiques continuent leur marche en avant, mais font toutefois des progrés moindres que la physique, dont l'empire sur la nature devient de plus en plus étendu, de plus en plus assuré. La chimie est au premier rang, dés sa naissance. Les sciences naturelles, envahissant à la fois toutes les parties de leur vaste domaine, se divisent en une nudtitude de sciences particulières d3nt chacune occupe des centaines de chercheurs. Tandis que VEncijclopêdie enregistre des résultats bientôt dépassés, des audacieux, savants ou philosophes, s'aventurent sur un terrain qu'ils disputent à la métapiiysique. La philosophie des sciences s'essaye par les hypollièses, bien peu justifiées alors, de Maupertuis, de Buftbn, de de Maillet, de Robinet et de Bonnet. Plus encore qu'au xvu« siècle, les philosophes sont des savants qui distinguent la science de la métaphysique et s'accordent pour accepter tout système qui apporte une explication nouvelle et satisfaisante des phénomènes, pour l'abandonner quand les faits le démentent ou quand apparaît un système plus fécond, plus simple et plus près de la vérité phénoménale.

En tenant conq)te de la chronologie et du développement des doclrines, on peut ranger les philosophes du XYin-^ siècle en trois catégories : la première comprendrait Fontenelle, Montesquieu et Voltaire (2); la seconde, leurs continuateurs (3) ; la troisième, les philosophes étrangers qui ont pris ou donné des idées aux penseurs français (4j.

Fontenelle encourage ses contemporains à étudier les science^ et leur transmet, avec l'usage de la méthode cartésienne, la

(1) Fabricius donne de Sextus une édition définitive ; le niatliématicicii Huart t aduit en français les Ilypolyposes. Sur l'influence de Bayle à cette époque, voyez es références de notre article précédemment cité.

(2) On devrait joindre à Fontenelle les cartésiens fidèles, Boursier, André, d'Aguesseau, Terrasson, Poli^'iiac, Kéranflech et de Lignac ; les cartésiens lockistes, Buffler, Dumarsais ; les savants philosophes, Maupertuis et S'Gravesaude.

(:i) On y comprendrait Condillac, Vauvenari^ues, La Mettrie, Buffon et de Brosses, d'Alembert, Diderot, de Jaucourt, Fabbé de Prades, Helvétius, Rousseau et Raynal, d'Holbach et Grimm ; les économistes, Turi,'ot, Ouesnay, Gournay, Necker; les communistes, Mably, Morelly, dom Deschamps, etc., etc.

(i) Dun côté les philosophes qui se rattachent à l'Académie de Berlin, Frédéric II, Forint-y, de Béjuelin, Merlan, Sulzer, Beausobre, d'Argens, Prémontval, Toussaint, LeCatt, Wéguelln, Euler, Lambert, de Castillou, les Ancillon, Mendelssohn, Kant, etc.; d'un autre côté, les Genevois, Bonnet, Lesage, Sennebier, Prévost; les Italiens, Geno-

croyance au progrès et le respect pour le maître, l'amour de la tolérance et une tendance marquée vers le scepticisme. Montesquieu, qui loue Descartes et Newton, donne une philosophie de l'histoire romaine et une philosophie politique, dont on sinspirera souvent par la suite. Plus original qu'on n'a coutume de le dire en notre pays (1), Voltaire sépare de plus en plus la science de la métaphysique. Il préconise la religion naturelle, qu'il fonde sur le sentiment et identifie avec la morale. Par lui, l'Europe est gagnée à la cause de la tolérance, la France à celle de la liberté politique ; la philosophie est mise, pour le présent, en honneur, mais pour l'avenir, en péril.

Condillac, spirituahste et théiste, mais phénoméniste, pour parler un langage tout moderne qui résume, sans trop d'inexactitude, sa métaphysique, applique l'analyse à l'étude de l'histoire, de l'économie politique, de la grammaire et des mathématiques. En psychologie, il tente une systématisation des phénomènes qui, après avoir paru le dernier mot de la science, ne saurait plus être acceptée, quoique bien des détails méritent d'eu être conservés (2). Vauvenargues, s'il eût vécu, eût peut-être été, comme dit Sainte-Beuve, un Locke concis, élégant et éclatant, avec des hauteurs d'âme inconnues à l'autre. Au contraire, La Mettrie tire, des connaissances scientifiques, un matérialisme tantôt cartésien, tantôt stoïcien (3).

Buffon qui, avec Linné, attire l'attention sur les sciences naturelles, se rattache, par sa philosophie, à Leibnitz et à Aristote : la nature marche, selon lui, par des gradations inconnues d'une espèce à une autre, par des nuances imperceptibles d'un genre à un autre genre. De Brosses, son ami, expose, de la formation mécanique du langage, une théorie en partie épicurienne, en plus grande partie originale.

D'Alembert explique la généalogie des sciences, écrit l'histoire philosophique des progrès de l'esprit humain et remplace, dans ses Éléments de philosophie, l'ancienne logique et l'an-

vesi, Pagano, Filang'ieri, Beccaria, Galiani ; enfin les Anglais et Américains, Hume, Smith, Reid, Hartley, Bentliam, Dugald-Stewart , Franl<lin, etc. — Cf. Bartholmèss, Histoire de l'Académie de Berlin ; Louis Ferri, fa Philosophie en Italie au XIX' siècle; Ernest Lavisse, la Jeunesse du Grand Frédéric, etc.

(1) F. Picavet, Rev. ph., xxvi, 621 et Notes (13 et IC) à la traduction de la Critique de la Raison jjratique.

(2) F. Picavet, Introduction au Traité des Sensations.

(3) Cf. F, Picavet, La Mettrie et la Critique allemande. La bibliographie du sujet y est indiquée.

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