‹ Les idéologuesChapitre 44 sur 94 · ANDRIEUX 4H · texte numérisé non relu

ANDRIEUX 4H

les Élnnents de l histoire de France de Millot. Atleinl i)ar l;i maladie dont il niouriit, Chénier allait auprès de Daiinoii, avec lequel il s'était lie de pins en plus intimement, et déroulant « les infamies d'alentour et les palinodies qui le suffoquaient, son accent éclatait avec colère, son omI noir lançait la llamme, il était beau et tt-rrible » (1). A l'occasion des prix décennaux, il eut à faire un rapport sur le Catéchisme de Saint-Lambert, exclu du concours pai'ce qu'il avait été publié anléiieurement, et à proposer pour les prix le Cours de Littérature de La Harpe, le Cours d'instruction d'un muet de naissance de Sicaid, et les Rapports du Physique et du Moral de Cabanis. Il mourait en 1811. Chateaubriand, qu'il avait critiqué avec sa vivacité ordinaire, le lui lit bien payer, et se vengea sur « Chénier le régicide ■, non seulement du critique ù'Atala, comme le dit Sainte-Beuve, mais de ses amis Ginguené, Volnej ,Morellet, etc., qui ne l'avaient pas épargné. Selon la remarque de Fauteur d'une brochure -< qui a du bon », comme le dit encore Sainte- Beuve, l'iiouime qui avait fait l'Essai sur les Révolutions, alors qu'il se trouvait éloigné du mal, n'avait guère pourtant le droit de reprocher à Chénier « placé au lieu même de la naissance du mal et au centre de son activité », de s'en être laissé atleindie. Andrieux répondait au premier consul qui se plaignait de l'opposition du Tribunat : « Vous êtes, citoyen, de la section de mécanique et vous savez qu'on ne s'appuie que sur ce qui résiste ». C'est de lui aussi que >'apoléon disait : « Il y a autre chose que des comédies dans Andrieux » (2). M(Mubre de la troisième classe de l'Institut, il avait célébré Locke dans ses opuscules en vers et en prose (3j. Puis il avait donné au théâtre Hel~ vétius ou la Vejir/eance du sage, poème consacré par lui, écrivait-il (4) « à la gloire des sciences philosophiques ». La Décade annonçait l'ouvrage le jour où Ginguené publiait le deuxième

(1) Saiulc-Beme, Daunou, paçe 332.

(2) Jules Simon, Une Académie sous le Directoire, [i. 178.

(3) Locke à pas égaux et moins précipités, Par le chemin du doute arrive aux vérités. Ce Locke qui sonda l'abîme de notre être Ne nous suiiposa pas instruits avant de naître. Lliomme n'a rien appris,, dit-il, que par les sens, Les objets ont frappé ses organes naissants, Et dans l'entendement chaque image tracée Compose sa mémoire et devient sa pensée.

(4) Lettre inédite, an X (Papiers de l'Institut).

412 I/1I)K0L()G1E APPLIOIÉE

extrait du Génie du Christiamsine. « Andrieiix est d'autant plus estimable, disait-elle, qu'il y a plus de courage en ce moment à venger la philosophie de cette tourbe de détracteurs qui travaillent et réussissent, non pas précisément à éteindre les lumières, mais au moins à retarder leurs progrès ».

En 1804, le comte de Cessac, directeur de l'École polytechnique et membre de llnstitut, offrit à Andrieux la chaire de grammaire et de littérature qu'on allait établir à l'École. Andrieux accepta et divisa son enseignement en quatre parties : 1" la grammaire, sur laquelle il faisait un cours philosophique, tel qu'il convenait à des jeunes gens habitués à des études sérieuses et abstraites; 2" un' peu de rhétorique, mais surtout l'art de parler ; 3" l'art d'écrire. S'étendant peu sur la poésie, il faisait surtout des remarques générales. Il s'appliquait à bien distinguer, pour ses élèves, la prose et les vers, parce que les jeunes gens ne sont que trop disposés, disait-il, à admirer ces ouvrages où les images, réservées à la poésie, sont transportées dans la prose, parce que la prose poétique est fausse ; car, comme le dit très bien M. Jourdain, il n'y a que des vers et de la prose, tout ce qui est prose n'est point vers, et tout ce qui n'est point vers est prose (1). En dernier lieu venait une petite histoire littéraire de la France jusqu'à nos jours. Et dans le programme qu'il soumit au conseil de perfectionnement, il avait eu soin de dire qu'il ferait ressortir la morale de la littérature. Le conseil applaudit à cette idée et Andrieux devint le professeur de morale de l'École (2). Nous savons, par D. de Tracy (3), que le cours plut « aux idéologues » et contribua sans doute ainsi à continuer leur influence dans le milieu où A. Comte se trouva placé.

Andrieux apparaît d'ailleurs comme un idéologue dans les vers où il compare Cabanis à Fénelon (4), et dans son cours au Collège de France en 1828, où il parle d'observations physiologiques, assez bien vérifiées, qui établissent, d'une façon probable, que nous pensons dans le cerveau, et voit dans les noms de volonté, d'entendement et d'instinct, des étiquettes apposées

(1) Il semble bieu qu'Andrieux eût surtout en vue, dans cette eritiquc générale, le Génie du Clirislianisme. On comprend aisément pourquoi le romantisme, qui se réclame de Chateaubriand, fut m;d accueilli par «certains idéolog-ues ». C'était j)lutijt encore pour eux une question de fond qu'une question de forme.

i2) Lycée, I, p. 181.

(.3) Lettre inédite du 2.^ décembre 1804, citée ch. i, § 2.

(4) Cf. ch. IV, § 5.

MKNJVMIN CONSTANT ET LA SCIENCE DES REEK.IONS il3

pour se reconnaître, des noms inventas poni- faeililor des recherches; tandis qu'en réalité, comme le disait Hippocrate, dans l'homm.' tout conspire, tout x^oncourl, tout consent (1). L'année suivante, comme Daunou et Valette, il combat Cousin [-2).

Dès 1797, Benjamin Constant (3) critiquait, dans las Ih'octions politiques, l'opinion de Kant qui allait jusqu'à prétendre, qu'envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu'ils poursuivent n'est pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime (i/. Candidat à l'Institut, puis Irihun (5), lié étroitement avec M""^ de Staël, il fut l'ami de Cahanis et de Fauriel, de Daunou, de D. de Tracy et de Garât, compta p.niiii les opposants qui déplurent le plus vite et davantage au premier Consul v6j, mais se laissa séduire en 1814, pai- l'idée de faire de Bonaparte le défenseur de la liberté. Dès l'an X, il recommence pour la quatrième fois son ouvrage sur ies Heligions {7). Il lit alors les extraits du rwvi/«° du (liristianisme, dans lesquels Ginguené, c qui avait couunencé avec le désir de n'être pas trop sévère et de ne pas blesser l'auteui-, avait été graduellement emporté, par la force de la vérité et par laujour de la philosophie et de la République » (8). Puis à la lin de 180-2, il lit

(T. Lycée, I, p. 18:5. C'est l'i-xprcssioii de Cahanis.

(■!] « Les philosopiiis recherthiiit s'il y a «les idéi-s iiidépeudauUs du lanijai^n- ; certains d'entre eux prétendent que quelques-unes, par exemple, celles do ritillui, de l'espace, du temps sont innées. L'illustre Descartes a dit cela. Quant à moi je n'en sais rien ; je ne le crois pas ; cependant j'estime inliniment Descartes, mais il > a de l'extravagance à vouloir résoudre des questions insolubles. Ce que je sais, c'est qu'on ne possède une langue étrangère que quand on pense dans ctitte lanirue. Donc perfectionner la parole, c'^st perfectionner la pensée >-. {Lycée, IV, p. 464.)

\'i) L'auteur à' Adolphe, qui. au point de vue littéraire, a été précédé par de Sénan- • ourt, a été beaucoup étudié de nos jours, en raison même des documents nouveaux qui ont été mis eu lumière. Xous n'avons pour but que de faire connaître « l'idéoloi-'ue ... Sur B. Constant, cf. Sainte-Beuve, Lundis et Portraits contemporain.s ; Laboulaye, B. Constant, 2 vol. in-8 ; Fatruet, et<-.

1,4) F. Pieavet, Introduction à la Critique de la Raison pratique, p. V.

(o) Benjamin Constant avait rapprodié Sieyès et Rœderer.

f6l Voyez la Lettre de Benjamin Constant à Fauriel et celle de .Mme d,. gt^ël à Rœderer, publiées par Sainte-Beuve, p. 157.

i7) Sainte-Beuve, p. 161.

(8^ Siinte-Beuve, p. 161. — « Pour me distraire des autres folies, écrit aussi Bi-njamin Constant à Fauriel, je lis Chateaubriand. Il est difficile, quand on tâche pendant cinq volumes, de trouver des mots heureux et des phrases sonores, de ne pas réussir quelquefois: mais c'est la plupart du temps un galimatias double ; et dans les plus beaux passages, il y a un mélange de mauvais goût qui annonce l'absence de la sensibilité comme de la bonne foi. Il a pillé les idées de l'ouvrase sur la Littérature dans tout ce qu'il dit sur l'allégorie, sur la poésie descriptive ^t sur la sensibilité des .Inciens, avec. cette différence que ce que l'auteur de ce dernier ouvrage attribue a la perfectiljilité, il l'attribue au christianisme. Ce plagiat ne l'a

M4 L'IDEOLOGIE APPLIQUEE

les Rapports du physique et du moral et en paile avec un véii- Lable enthousiasme ; mais déjà il indique, en termes qui se l'approchent beaucoup d'ailleurs, « aux imprécations près », de la Lettre sur les Causes premières, qu'il ne traitera pas son sujet comme Dupuis et Volney (1). Et en 1808, après la mort de Cabanis, il joint ses regrets à ceux de Fauriel et déplore que « les hommes de cette espèce semblent disparaître de la terre ». Lié avec Villers, le défenseur de Kaut, il séjourne en 1803 quelque temps à Metz auprès de lui avec M™*" de Staël (2). Au commencement de 1804, il lui écrit que V Essai sur V esprit et l influence de la ré formation de Luther lui a rendu le courage de continuer l'ouvrage qu'il a lui-môme entrepris. Puis il publie en 1809 son Imitation de Walstcin. En 181:2, il lui arrive, « une ridicule et désagréable chose ». Un professeur allemand, auquel il comnumique le plan et plusieurs paities de son ouvrage sur l'histoire et la marche des religions anciennes, s'empare de l'idée et de la forme, avec ime telle exactitude que l'annonce de son cours en contient, mot pour mot, les titres des livres et des chapitres (3). A la hn de 1813, il est distrait de son travail par « une expédition politique » : il compose une brochure sur l Esprit de conquête et l'usurpation (4). Puis vient la chute de Napoléon : « Voilà donc, écrit-il à Villers, la grande tragédie finie par une parodie, aussi sale de la part du premier acteur que la tragédie avait été sanglante. L'homme de la destinée, l'Attila de nos jours, celui devant qui la terre se taisait, n'a pas su mourir : je l'avais tou-

pas empêché de faire des allusions très amères, et àleur tour ces nilusiousne l'ont pas empêché de croire que c'était un devoir d'amitié que tie le protéger et même de le louer ». (Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire.)

(1) » Il y a, dit-il, une partie mystérieuse de la nature que j'aime à conserver, comme le domaini' de mes conjectures, de mes espérances et même de mes imprécations contre quelques hommes ».

(2) Villers écrit à M^c de Staël, le 25 juin 1802, après avoir vu à Paris, Fauriel, les Suard, Stapfer : « Mou exposition de la philosophie de Kant a du moins un trait de commun avec votre dernier ouvrage [La Littérature considérée daiis se* rapports), c'est qu'il était trop fort pour le public à qui il était destiné », M"' de Staël lui répond que Loci»e est très conciliable avec Kant, et qu'elle étudie Tallemand avec soin. Le 16 novembre 1802, elle lui écrit qu'elle lit le mémoire de Degérando couronné à Berlin, et qu'elle va îi\ire panntrc Delphine, puis le 20 juillet 1803, qu'elle a fort envie de faire un voyage en Allemagne; enfin le lo octobre, qu'elle sera à Metz dans dix jours. Elle y arriva le 26 octobre et en repartit le 9 novembre. (Briefe an. Ch. de Villers.)

(3) Voir à l'appendice, la curieuse lettre que Benjamin Constant écrit à Villers pour le prier d'intervenir et d'empêcher qu'on ne croie « que sou ]ilau a été traduit de l'annonce d'un cours allemand » .

(4) « Le nom du monstre, écrit-il à Villers, n'est pas prononcé, mais je ne crois pas que jamais on l'ait si bien analysé et montré plus vil et plus odieux ».

BENJAMIN CONSTANT ET LA SCIENCE DES REEICIONS iUi

jours (lit, mais on ne me croyait pas et tout le monde reste confondu ». Benjamin Constant rentre à Paris, dû il est le 13 avril el annonce à Villers « (luil est possiblt? et probable ([iie nous aurons de la liberté (1) ». Il travaille, par des brocliures et des articles de journaux, u à ce qu'elle soit sage et réelle ». Mais le letablissemenl de la censure, l'interdiction des divertissements publics, les dimanches et jours fériés, qui semblaient présager le retour des dîmes, les récriminations contre les acquéreurs de biens nationaux, les menaces des ultra-royalistes avaient alarmé u les constitutioniiels » et favorisé le retour de Napoléon. A.vec lui Benjamin Constant essaya de faire ce qu'il n'avait pu réaliser avec eux : il rédigea en grande partie ïActe additionnel aux Constitutions de rEmi)ire. Après la deuxième restauration, il défendit, dans la J/m^/"ye, les doctrines libérales et rentra à la Chambre des députés en 1S18 avec Manuel et La Fayette.

En 1824, il commença la publication de VàReVujion considn-ce dans sa source, ses formes et ses développements (^\ On a voulu n'y voir qu'un transfuge de l'école : « L'érudilinii germanique, alors en bonne voie, a-t-on écrit (3), lui avait fait honte de d'Holl)acb, de Diderot et de Dupuis ». Il est vi-ai (pie Benjamin Constant a combattu le système de Dupuis, faux selon lui, parce que si la niétaphysicpie et la physique sacerdotales sont devenues celles des philosophes, il ne s'ensuit pas (|iic la nudlitude n'ait reconnu, dans les idées religieuses, ([ue des abstractions perfectionnées. En outre, l'histoire des difiix n'est celle de la nature que pour les hommes qui l'ont étudiée, el la foule ne l'étudié pas. Enfin si l'homme, dans l'enfance de l'état social,

fl) Ea parcourant ces lettres, on s'explique les jug-ements si (liltéreuts que porte Benjamin Constant sur Napoléon et sur les Bourbons ; il ne se soucie guère des personnes et ne les apprécie qu'autant qu'elles peuvent donner la liberté. C'est un point de vue qui lui est commun avec la plupart des idéoloL,'ues.

(2) Sainte-Beuve rapproche la lettre de Benjamin Gonstmt sur le Génie du Cluistianisynede celle qu'il écrivit alors à Chateaubriand: « Je remercie votre Excellence de vouloir bien, quand elle le pourra, consacrer quelques instants a la lecture d'un livre dont, j'ose l'espérer, maL'ré les différences d'opinion, quelques détails pourront lui plaire... Vous avez le mérite d'avoir le premier parlé cette langue, lorsque toutes les idées élevées étaient frappées de défaveur, et si j'obtiens quelque attention du public, je le devrai aux émotions que le Génie du Christianisme a fait naître, et qui se sont prolongées parce que la puissance du talent imprime des traces ineffaçables. Votre Excellence trouvera dans mon livre un hommage bien sincère à la supériorité de son talent et au courage avec lequel elle est descendue dans la lice, forte de ses propres forces, etc. ».

(:i I Mémoires du duc de Brof/lie, Revue des Deux-Mondes, l^r avril 1886, p. 334.

remarque la transition de la lumière aux ténèbres, la succession des jours et des nuits, Tordre des saisons, il ne démôle pas les révolutions des astres, leur marche directe ou rétrograde et Seurs stations momentanées, la correspondance de la tei"re dans ses formes avec les formes célestes et les variations (|ue subit cette correspondance durant une longue suite de siècles (1). En réfutant Dupuis, B. Constant croit avoir réfuté Volney. S'il ne dit rien de Diderot, il juge sévèrement le Système de la nature, « qui l'a frappé de terreur et d'étonnement » ; car, insuffisant pour expliquer beaucoup- de phénomènes, il repose sur une supposition tout aussi gratuite que le spiritualisme dogmatique. De même B. Constant critique Helvétius et le système de l'intérêt bien entendu.

Mais s'il combat Dupuis, dont les idées d'ailleurs n'avaient pas été acceptées par l'école tout entière, il ne ménage pas plus les Allemands. S'il attaque Volney, il ne méconnaît pas sou mérite; s'il critique le Système de la Nature, il estime, « l'antagoniste intrépide d'une arrogante autorité ». S'il se réclame, par politesse, de Chateaubiiand et s'il j-end hommage à son caractère et à son talent, il lui reproche, après Ginguené, d'avoir fait valoir lutilitc du christianisme pour la poésie, comme si un peuple cherchait, dans sa croyance, à procurer une mythologie à ses versificateurs ; d'avoir commis, dans les Martyrs, un anachronisme d'environ quatre mille ans, en présentant, comme simultanés, le polythéisme d'Homère et le catholicisme de nos jours. Quand il sinspire des philosophes allemands, c'est qu'ils admettent une doctrine chère à Tui'got, à Condorcet, à Cabanis, à savoir que tout est progressif dans l'homme. De même, si W christianisme est la plus satisfaisante et la plus pure de toute les formes que le sentiment religieux peut revêtir, c'est qu'il est perfectible.

Par d'autres cotés encore, B. Constant se rattache à Cabanis, à D. de Tracy et même à Dupuis et à Volney ; il combat La Mennais et de Maistre, de Bonald et Ferrand, d'Eckstein et les misérables sophistes qui s'intitulent défenseurs de la rehgion et ne sont pas moins perfides envers les gouvernements qu'envers les peuples. Il nest guère plus indulgent pour les prêtres et la morale sacerdotale que d'Holbach, Helvétius ou leurs succes-

(1)1, 299; II, 382. Ce dernier mot, dit-il, décèle toute la fausseté du système.

BENJAMIN CONSTAiNT ET LV SCIENCE DES KELICIONS il7

seiirs. Ce quil dit des climats, rappelle Cabanis, auquel nous songeons encore à propos de rinscriptioii célèbre du temple disis et de Téloge du stoïcisme,' « tUan sublime de Tàme, fatiguée de voir la morale dans la dépendance dhommes corrompus et de dieux égoïstes ». Comme le disaient Di^^gérando et Cabanis, comme l'ont cru Fauriel et Cousin, a tout sert h Tintelligence dans sa marche éternelle. Les systèmes sont des instruments, à l'aide desquels l'homme découvre des vérités de détail, tout en se trompant sur l'ensemble; et quand les systèmes ont passé, les vérités demeurent» (1).

On couq)rend fort bien, en se rappelant la lettre de Benjamin Constant sur les Rapports, la marche suivie par son esprit. Cabanis avait déjà à peu près reconnu qu'il est impossible de détruire, dans la masse des hommes, l'idée fondamentale sur laquelle reposent toutes les religions positives, et cherché une religion siuq)le et consolante qui n'y produisît que du bien. Benjamin Constant, instruit par une expérience plus longue, pense de même, mais trouve que le stoïcisme étoufTe le germe de beaucoup d'émotions douces et profondes. La religion est bien pour lui, comme le disent les Allemands, la langue par laquelle la nature parle à l'homme, mais elle est aussi soumise à une progression régulière, à laquelle les prêtres obéissent aussi bien que les tribus ([u'ils dominent. Le christianisme est donc supérieur au stoïcisme. N'a-t-il pas été d'ailleurs, comme dirait Cabanis, la religion des « Turgot et des Franklin <> ? Ne donne-t-il pas au stoïcisme la vie et la chaleur qui lui manquent? N'est-il pas le seul qui puisse, avec la liberté politique et religieuse, produire tous les progrès et toutes les vertus. Ainsi, parti comme Cabanis de la doctrine de la perfectibilité et préoccupé d'obtenir la liberté politique. Benjamin Constant arrive au christianisme en dépassant le stoïcisme (2).

A peu près à la même époque, Biran terminait une évolution semblable, mais bien plus mouvementée, (lui, de Cabanis et de

(1) S'il cite les .Ulemands et non Cabanis, c'est fjue c'eût été une mauvaise recommandation d'invoquer l'homme dont « on flétrissait alors le matérialisme ", et que l'AUemairue, comme eu d'autres temps TAnirleterre, était à la mode.

(2) Par cette conception même, Benjamin Constant est conduit à parler favorablement de Chateaubriand qui devint pour lui un précurseur, en même temps qu'il était à certains momt-uts un allié précieux ; à juger avec faveur Platon « sans lequel li; <-liristianisme fût redevenu une secte juive », à citer Cousin, son traducteur, qui, selon le Cathollr^ue, a exposé une théorie « au bout de laquelle se trouverait le système de M. Constant ■. (IV, 472 ; V, 184 et 186).

PiCAVET. 27

D. de Tracy, l'avait conduit à Bonnet et à Condillac, puis au stoïcisme et enfin à un christianisme voisin du mysticisme.

Le sentiment religieux distingue l'homme des animaux (1) : il ne faut pas plus létouffer que la pitié, l'amour et toutes les émotions involontaires. Naissant du besoin que l'homme éprouve de se mettre en communication avec la nature qui l'entoure et les forces inconnues qui lui semblent l'animer, il fait entrer la morale dans la religion, en modifiant heureusement les notions de Dieu, de spiritualité et d'immortalité. Mais le fond n'est pas les formes, le sentiment rehgieux n'est pas les institutions religieuses. Toute forme positive, môme satisfaisante pour le présent, contient un germe d'opposition aux progrès futurs ; le sentiment religieux s'en sépare et en cherche une autre. Par cette distinction s'explique la suite des phénomènes rehgieux dans les annales des diflerents peuples ; par elle s'explique le fait que certaines formes religieuses paraissent ennemies de la liberté (2) — tandis que le sentiment religieux lui est toujours favorable, — et le triomphe des croyances naissantes sur les croyances anciennes. Par suite. Benjamin Constant ne confond pas les époques, toutes progressives, des diverses rehgions; il écarte les explications scientifiques, placées à tort avant le sens populaire ou littéral. Séparant les religions dominées par les prêtres, de celles qui demeurent indépendantes de la direction sacerdotale, il montre que « les rehgions qui ont lutté avec le plus de succès contre leur puissance, ont été les plus douces, les plus humaines, les plus pures ».

A coup sûr, l'œuvre était prématurée, puisque l'histoire des diverses religions est, aujourd'hui encore, incomplète et qu'on commence à peine à voir ce qu'elle devrait être (3). 3Iais c'est une incursion heureuse des partisans de la perfectibihté sur ce domaine, et il eût été à souhaiter, ici comme ailleurs, qu'on se lut davantage inspiré de leurs rechej-ches. Certes Creuzer, amélioré par Guignaud et si souvent cité (4), lui est inférieur en netteté et en précision, sans le dépasser beaucoup en érudition.

(1) Avant de Quatrefages, il fait de l'homme un animal religieux.

(2) « Naguère, dit-il, le despotisme le plus complet que nous ayons connu s'était emparé de la religion comme d'un auxiliaire complaisant et zélé ». — Cf. ch.v, § 4.

(3) Bibliolhèque de l'École des Hautes-Études , Sciences religieuses, Paris,

(i) Benjamin Constant critique l'un et l'autre avec beaucoup de sens.

J.-H. SAV ET L ÉCONOMIK POF JTIQrE 41t)

Enfui le livre méi'itorait d'être relu à notre époque : on pourrait croire qu'il a été écrit pour nosjconlemporaius (1).

Jean-Baptiste Say, éliuiiué du Tribunal, ne se réconcilia jamais avec Napoléon. 11 avait eu, comme Daunou, son dîner, non aux Tuileries, mais à la Malmaison et refusé de justitier les mesures linanciéres ([n'allait prendre le gouvernement. Il refusa de même les fonctions de directeur des droits réunis, parce qu'il jugeait ce système funeste à la France (:2). Opposant ii'réconcilial)le, Say doit être compté parmi les idéologues. Rédacteur à la Décade (3), il y analyse la Vie de B. Franklin., écrite par luimême et traduite par Castéra, donne les Conseils de Leptomènes sur les élections, y pai-le d'Horace Say, « qui avait faille plan d'un ouvrage sur l'entendement humain, et, pour l'exécuter dignement, avait commencé par analyser Locke et Condillac », etc. (4). Mais il y a surtout fait un Extrait qui le montre bien en com-

(^l) '< Une atfitatioii mystérieuse, un désir de croire se manifestent de toutes parts. Partout vous discernez des sectes... enthousiastes, parce que le besoin d'enthousiasme est de tous les temps... méthodistes anirlais (lisez Armée du Salut), habitants des cimetièri-s, voulant à tout i>rix renouer la communication avec le monde invisible et le commerce avec les morts (lisez Spiriles), en Allemagne toutes les philosophies impréirnées de mysticisme (cf. le dernier roman de Bour;,'et et les articles auxquels il a donné lieu). Kn France même, s'élèvent du sein de cette iréuéralion sérieuse et studieuse, des elforts isolés, secrets... Pleins de respect pour toute opinion reliirieuso, quelle qu'elle soit, ils parlent avec la même vénération de reau bénite et de l'eau lustrale [Vuei Cérémonies houddhisles, Lotus, Aurore, Initiation . Rcmarc|uez comment l'instinct de cette rénovation saisit nos prosateurs et nos poètes. .\ ((ui demandent-ils des etfets? \ Tironie, aux apophtegmes philosophiques, comme Voltaire ? Non, à la méditation vague, à la rêverie, dont les regards se tournent toujours vers l'avenir sans bornes et vers l'infini. Beaucoup se perdent dans les nuages ; mais leur élan vers les nnaircs est une tentative pour approcher des cieux. Us sentent que c'est ainsi que s'établira leur correspondance avec un public nouveau, public (|ue l'incrédulité fatigue et qui veut autre I hose, sans savoir peut-être encore ce qu'il veut cf. le Discours de réception de M. de Vogué et son allocution auv étudiants). Il faut donc revenir à la religion imposée ou à la religion libre... par conséquent respecter la progression de la religion... réclamer la liberté reliiriçuse illimitée, infinie, iiidi\iiluelle,... qui multipliera les formes religieuses, dont chacune sera plus épurée que la précédente... Laissez le torrent se diviser en mille ruisseaux... ils fertiliseront la terre qu'il aurait dévastée ».

(2) « Bonaparte, écrira-t-il plus tard, a fait rétrograder la marche de la civilisation. C'est, dira-l-il encore, l'ignorance de Téconomie politique qui l'a conduit à Sainte- Hélène. 11 na pas vu que le résultat inévitable de son système était d'épuiser ses ressources et d'aliéner les aflections de la majorité des Français ».

(3i J.-B. Clément, dans la Notice de la huitième édition, dit qu'Andrieux et Gin- .'uené lui offrirent la rédaction en chef. Cela ne semble guère s'accorder avec les liéclarations que nous avons rapportées (ch. i, § 4). D'un autre côté, il ajoute qu'il abandonna la direction en 1799. Or J.-B. Say '< remplacé par Giuguené » le 20 nivôse an VIII, y traduit le 20 messidor an IX quehiues anecdotes sur la vie de Gœthe, et en l'an X la Décade écrit: " .Nous étions les mêmes que nous sommes encore ». Ce qui semble incontestable, c'est qu'il collabora à la Décade aussi longtemps qu'il fut permis d'y écrire librement.

(i) M. Léon Say {Débats du 8 juillet 1890} a donné quelques pages d'une Auto-

420 LIDÉOLOGIE APPLIQUÉE

inunion didées avec ses collaborateurs. Il s'agissait des Élt'ments de législation naturelle ^q Perreau: « Voici encore, disait J.-B. Say, un bon ouvrage, sorti de ces écoles centrales dont ceitaines gens affectent de dire tant de mal ». Et, après avoir montré qu il y était traité de Tliomme comme individu, de ses obligations envers lui-même et de ses rapports avec ses semblables, il ajoutait : « C'est au même auteur que le public doit un autre ouvrage estimé, les Etudes de l'homme physique et moral. Celui-ci ne peut qu'ajouter à sa réputation; et après avoir assuré la marcbe de ses élèves, il est fait pour éclairer celle des professeurs ses confrères ». A l'occasion de ce premier ouvrage, vanté par J.-B. Say, Boisjolin, tout en soutenant que Fauteur avait eu tort de vouloir faire de Voltaire un athée, disait: « La science de la métaphysique est ainsi dirigée de nos jours en France; il n'est plus permis de la détournei- de son objet et de l'égarer dans le labyrinthe des discussions théologiques, si l'on veut obtenir l'estime des bons esprits qui, à l'exemple de quelques métaphysiciens supérieurs, tels que Garât, Cabanis, etc., n'appliquent le raisonnement qu'aux faits observés et découverts ». Pour un des concours de l'Institut, J.-B. Say composa Olbie ou Essai sur les moyens d'améliorer les mœurs d'une nation. Deux ans plus tard paraissait, en deux volumes, le Traité d'Economie politique « le meilleur, disait D. de Tracy, qui ait encore été fait(l) ». Comme la plupart des idéologues, il pense par lui-môme et critique ceux dont l'autorité est la plus grande, Condillac « et le babil ingénieux du livre, où il fonde presque toujours un principe sur une supposition gratuite » ; Rousseau et son Contrat social, Voltaire et Dupont de Nemours. Mais il cite, de Condillac, la remarque judicieuse qui fait du raisonnement abstrait un calcul avec d'autres signes; Pascal et Locke, Condillac. Tracy et Laromignière qui ont prouvé que « faute d'attacher la môme idée aux mêmes mots, les hommes ne s'entendent pas, se disputent, s'égorgent »; Cabanis, d'Alembert et Sennebier, pour « montrer que le calcul ne saurait être appliqué à l'économie politique »; Tm-got « dont les opérations administratives, faites

biographie qui nous font regretter vivement que J.-B. Say se soit arrêté si vite. A notre prière, il a bien voulu rechercher s'il n'existait aucune trace d'une correspondance entre Say, installé à Auchy, et ses amis restés à Paris. Il n'a rien retrouvé.

(l) « Observez, ajoutait-il {Commentaire, 280j qu'ayant écrit ceci il y a treize ans, je n'ai pu citer que la première édition de M. Say, et que la deuxième édition de cet excellent ouvrage est encore supérieure à la première ».

J.-B. SAY ET I. hX.ONOMIE POLITIQI H 121

ou projetées, sont au iiouihie des plus belles qu'aucun lioniuie (i'État ait jamais conrues ; Beccaria, Veiriet Sniilh « avant lequel il n'y avait pas décononiie politiqile », mais (jui a pu apprendre quelque chose des économistes français et a laissé certains points obscurs ou mal éclairés. Comme Condorcet et D. de Tracy, il croit au progrés lent, mais infaillible des lumières, aux progrès présents et futurs de la raison publique. Comme le dernier, il estime ([ue la moi'ale ne paraît pas pouvoir être l'objet d'un enseignement public et que la bonne conduite des hommes ne saurait être le fruit ([ue d'une bonne législation, d'une bonne éducation et d'un bon exemple. Comme lui encore, il laisse une place considérable à la déduction (1). C'est aux faits généraux (^) qu'il fait surtout appel : s'il les fonde sur l'observation des faits particuliers, il veut, non seulement tfu'on en soit témoin soiuiéme, que les résidtats soient constanmient les mêmes, mais encore, « qu'un raisonnement solide montre pourquoi ils ont été les mêmes •>, Bien des faits particuliers ne sont pas complètement avérés, ne prouvent rien ou prouvent le contraire de ce <lu'on veut élablii-1

l'ar J.-B. Say, dont le succès fut européen, les doctrines et la métliode des idéologues se transmirent à bien des pensem's qui n'ont pas su toujours combien ils relevaient de l'école. Citons Cliarles Comte, le gendre de J.-B. Say, le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales avant ^lignet, l'ami de A. Thierry et l'auteur du Traitr de Ucfidation; Dunoyer, qui a surtout insisté, dans la Libertt- du travail, sur ce fait que « les forces productives relèvent, comme les produits, de l'économie politique, etc. » (3).

Bastiat comparait le Traitt' de J.-B. Say aux ouvrages de Laroniiguière, pour la facilité avec laquelle on va d'une idée à une idée nouvelle, et il écrivait, en 18:25, qu'il n'avait jamais lu sur les matières d'économie politique que Smith, Say, de Tracy et le Censeur. Il rappelait encore, en 1845, la théorie de D. de Tracy qui réduit l'industrie à deux branches, le travail qui transfoi-me et celui qui transporte (4). M. Joseph Garnier, dans son

(1) Tout en prenant l'Économie politique pour une science d'observation, il la distingue de la botanique et de Thistoire naturelle, qui recueillent et classent des observations : elle doit déduire des lois générales de l'observation des faits.

(2) Cf. i:h. IV et ch. vi, ce que nous avons dit de Cabanis et de D. de Tracy. (.3) Voyez D. de Tracy, ch. vi, § 4.

(4; Œuvres complètes. Correspondance et Mélanges, I, p. 17 et 432,

Traité d'Éconotnie politique, cite D. de Tracy à côté de Comte, de Rossi, de Basliat, de Dunoyer, parmi les économistes les plus remarquables qui ont continué l'œuvre des physiocrates et d'Adam Smith (1). Enfin John Stuart Mill, qui appartient à l'école par bien des côtés, fait de J.-B. Say, qu'il vit à Paris en 1820, un portrait des plus flatteurs (2).

La Décade annonçait, le jour môme où Ginguené donnait son dernier Extrait du Génie du Christianisme, un ouvrage du citoyen Brillât-Savarin, ex-constituant et membre du tribunal de cassation. Dans les Vues et projet d Économie 'politique, l'auteur appelait l'attention sur différents objets essentiels à une bonne administration et à la prospérité publique et demandait qu'on formât une classe d'aspirants auprès des préfets civils et maritimes, des commissaires du gouvernement et des administi'ations des tribunaux (3). Compatriote de Bichat, de Montègie, de Richerand, il avait étudié à Dijon, en môme temps que le droit, la chimie avec Guy ton de Morveau, la médecine domestique avec le père du futur duc de Bassano. Pendant la Terreur, il s'était • réfugié en Suisse, puis en Amérique. Attaché ensuite à l'état-major d'Augereau, dont Cliérin était le chef, commissaire du Directoire à Versailles en 1798, il y connut Montucla, l'auteur de VHistoire des mathématiques, qui lui montra des fragments de son Dictionnaire de Géographie gourmcuide. Magistrat distingué et savant, il fit partie, comme Degérando, de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale et y présenta un irrorateur de son invention. Ami d'Andrieux et partisan des néologues et des romantiques, médecin amateur et prenant

(1) 8° éd., p. 6o4. Il rappelle In division en industrie tai)ricante et en industrie commerçante; il remarque que D. de Trary a pu dire avec raison : tout le bien des sociétés humaines est dans la bonne application du travail, tout le mal dans sa perdition; et il éclaircit par un exemple cette assertion. Il le cite encore en définissant le mot Économie; il s'appuie de sou autorité pour soutenir la légitimité du prêt à intérêt et l'appelle un des plus solides penseurs de notre époque ; il cite même un passage de sa Grammaire pour étnblir ce qu'il faut entendre par science et par art (p. 52, 66, 78, 109, 539, 627).

(2) '( Eu passant par Paris, je demeurai quelque temps chez M. Say, Témineut économiste, ami et correspondant de mon père, avec qui il s'était lié pendant une visite qu'il fit en Angleterre, un an ou deux après la paix. Il appartenait à la dernière génération des hommes de la Révolution française ; c'était un beau type du vrai républicain français ; il n'avait pas fléchi devant Bonaparte, malgré les séductions dont il avait été l'objet; il était intègre, noble, éclairé. Il menait une vie tranquille et studieuse, au bonheur de laquelle contribuaient de chaleureuses amitiés privées et l'estime publique ».

(3) N'est-ce pas « sous forme éminemment pratique » l'École d'administration de 1848 et l'école actuelle des sciences politiques ?

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grand plaisir à assister aii\ thèses (1), gourmet éinérite et consultant, il fut invité par Richerand à faire imprimer ses Mrdita-fions gastronomiques. Voué par état à des études sérieuses, il craignit bien un peu d'être considéré « connue ne s'occupant que de fariboles », par ceux qui ne connailraient de son livre que le titre; mais il se rassura en songeant ([ik" trente-six ans de travaux publics et continus suffisaient à lui établir une réputation contraire. Et il fit paraître (18-25) ce livre spirituel et charmant, ingénieux et original, sous une forme légère et frivole, ([ue tout le monde voulut lire, connue li' lui disait Richerand, mais qui rejeta complètement dans l'diubre « l'économiste et le jurisconsulte ». Il y a cependant, dans l(f Physiologie du goût, un idéologue. (Vest lui qui range, suivant >« un ordre analytique, les théories et les faits ». étudie « l'origine » de la gastronomie et fait l'histoire philosophique de la cuisine, qui parle de la gastronomie analytique et de ses recherches sur les effets des aliments, découvre, dans la langue de l'hounne, les mouvements de spication. de rotation et de verrilion, inconnus aux animaux, ♦'t donne, sur le sommeil et les rêves, en citant Rœderer et en discutant Gall, des réflexions et des observations qui rappellent Cabanis et sont encore bonnes à consulter.

C'est l'homme élevé par le xvur siècle qui, « ayant posé les bases théoriques de la gastronomie, pour la placer parmi les sciences », et <• défini avec précision ce qu'on doit entendre paila gourmandise, en la séparant de la gloutonnerie et de l'intempérance », reproche aux morahstes intempérants, d'avoir voulu voir des excès là où il n'y a « qu'une jouissance bien entendue ». On retrouve même l'économiste pour lequel « la gourmandise est le lien qui unit les peuples, par l'échange réciproque des objets qui servent à la consommation journalière ».

Les sciences mathématiques, physiques et naturelles continuent à suivre la méthode qu'avait adoptée à leur exemple l'idéologie et maintiennent avec elle leur union. Il faudrait,

(1) Il fait l'apologie des médecias ses compatriotes et cite la description de la mort par Richeraiid, la Physiologie (les passions d'Alibert et la Chimie appliquée à l'agriculture de Cbaptal.

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