AU L'IDÉOLOGIE, LA PHYSIQUE ET LES MATHÉMATIQUES
pour être complet, faire l'histoire du mouvement scientifique dr notre siècle. Nous nous bornerons à quelques noms. Nous avons déjà parlé de Lacroix et de son opinion sur l'analyse et la svnthèse. Professeur à la Faculté des sciences, après avoir défendu les écoles centrales, il a laissé des Essais sur l'enseigneme?it, dont on recommande encore la lecture aux élèves de nos classes de philosophie (1). Sainte-Beuve a vu avec surprise que Biot, « loué comme un chrétien des premiers temps », par le comte de Chambord, a écrit en 1803 m\ Essai sur T histoire générale des sciences pendant la Révolution française, où il maintenait fermement la doctrine de la perfectibilité, et critiqué en 1809, dans un article sur linfluence des idées exactes dans les ouvrages littéraires, le système des causes finales de Bernardin de Saint-Pierre. Il eût été bien plus étonné s'il avait connu, comme nous, d'abord le professeur enthousiaste des écoles centrales, et le rédacteur convaincu de la Décade. Mais Lancelin, dont l'œuvre est fort ignorée, nous montrera mieux encore combien l'idéologie était intimement mêlée aux sciences.
Dix pages de Damiron, un mot de Cabanis, une courte notice dans la Décade, une curieuse lettre que nous avons trouvée dans les cartons de l'Académie des sciences morales , voilà ce que nous avons, avec son ouvrage , assez difficile même à rencontrer, sur Lancelin dont le nom ne figure dans aucune histoire de la philosophie, dans aucun Dictionnaire biographicjiie ou philosophique (2). Né en Normandie en
(1) Paul 3a.net, Élé7nenls de philosophie scientifique et morale, p. 438 sqq.
(2) Voyez Damirou, Essai, etc. I, p. 150-161 (Damiron est trop élogieux pour Lancelin qu'il appelle un esprit net, rieroureux et étendu, un raisonneur habile). Cal)auis signale {Rapports du plnjsique et du moral, I, xvi; la première moitié de l'écrit de Lancelin qui présente les bases mêmes de la scieuce sous quelques nouveaux points de vue, après avoir rappelé les leçons de Garât, les travaux de 1). de Tracy, de Degérando et de Laromiguière. La Décade (10 thermidor an XI) dit que l'ouvrage de Lancelin est un de ceux dont la conception seule doit mériter des éloges, puisqu'il est impossible de songer même à les entreprendre sans posséder des connaissances aussi variées qu'étendues. Partisan décidé du système de ia perfectibilité, voué exclusivement au culte de la ithilosophie, et admirateur jusqu'à l'enthousiasme des hommes de génie qui ont reculé les bornes de l'esprit humain, Lancelin a entrepris de marcher sur les traces de Bacon et des deux principaux auteurs de Y Encyclopédie en présentant l'ensemble et la génération des sciences ». Le journaliste ajoutait avec raison, quoi qu'en eût dit Lancelin, que les grands modèles lui étaient familiers et qu'il avait longtemps médité leurs opinions et leurs principes. 11 applaudissait à la résolution qu'avait prise Lancelin, de travailler pour la postérité, à un monument digne d'un homme et d'un Français. La lettre de l'Institut est datée du 16 vendémiaire an VI. Lancelin réclame son Mémoire pour le revoir, pense à l'intituler « Des moyens de créer, de perfectionner les sciences et d'accroître
* les forces de l'esprit humain ou Influence démontrée des signes sur la formation des