UO L'IDÉOLOGIE COMPARÉE ET LES SCIENCES NATURELLES
infinies de ce principe et le rôle immense qu'il joue dans la natm^e. M. Ludovic Cai'rau a principalement signalé les réserves avec lesquelles Lamarck fait du transformisme une théorie que les spiritualistes seraient disposés à accepter : lincapacité de la matière à sentir; la nature, instrument de la volonté suprême; la distinction de l'idée et de la sensation. Pour M. Perrier, Lamarck n"a jamais voulu dire « qu'un animal finit toujours par posséder un organe quand il le veut», mais il attribue les transformations des espèces à l'action stimulante des conditions extérieures, sous la forme de besoins, et explique ainsi ce que nous appelons des adaptations. M. Perrier a mis en lumièn^ encore l'impoitance de la théorie des causes actuelles, substituée à celle des cataclysmes ou des catastrophes universelles, les hésitations de Lamarck sur l'homme, « eu qui on pourrait ne voir qu'un quadi'umane inodilié, si son origine n'était dillérento de celle des animaux, mais qui cependant, n'étant séparé des animaux supérieurs, au point de vue psychologique, que par une différence de degré, doit en descendre, comme eux-mêmes sont issus des plus simples » (1). La théorie transformiste de Lamarck a donc été présentée sous toutes ses faces et nous nous bornerons à en rappeler brièvement les points essentiels. Lamarck distingue ce qu'il appelle les parties de l'art — distributions systématiques, classes, ordres, familles, genres, nomenclature — des lois et des actes de la nature, qui n'a fait que des individus se succédant les uns aux autres et ressemblant à ceux qui les ont produits. Insistant sur l'étude des rapports, il compare non seulement les classes, les familles, les espèces, mais aussi les parties qui composent les individus, organes du sentiment, de la respiration, delà circulation, etc. Ainsi il voit, dans les animaux, une série rameuse, irrégulièrement graduée, qui n'a point de discontinuité dans ses parties ou qui n'en a pas toujours eu, s'il est vrai que, par suite de la disparition de quelques espèces, il s'en trouve quelque part. En un temps très long la nature a produit tous les corps organisés, commençant parles plus simples, qui résultent de générations spontanées
(1) M. Perrier ne cite que Hacivel et dit comme M. Carrau, après avoir affirmé que Lamarck, jiliiiosoiilie et jtsychologue, voit daus l'homme uue émnnatioii directe du Créateur, que cette coucessiou serait eucore aujourd'hui suffisaute pour rallier au transformisme bien des esprits que domiueut de respectables croyances ; mais il affirme à tort, contrairement à Martins, que Lamarck ue voit d'autre cause de destruction des espèces que l'homme iui-mème.
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dans les lieux et eiiconstaiices convenables. Les facultés et le mouvement organique établis dans ces ébauches, ont peu à ix'u développé les organes et diversifié les êtres. Auv animaux les plus impartails, qui ne se meuvent ([ue par suite d'excitations extérieures, qui nont que Tirritabililé sans sentiment ni volonté, se superposent ceux qui, éprouvant des sensations, oui lui sentiment très obscur de leur existence, avec une volonté dépendante et entraînée; puis ceux qui ont irritabilitt', sensations, sentiment intime de l'existence, faculté de former des idées confuses avec une volonté déterminante, assujettie néanmoins à des penchants qui les portent vers certains objets particuliers; enûn les animaux les plus parfaits, qui ont des idées nettes et précises, les comparent et les combinent pour en former des jugements et des idées complexes. Chaque faculté ajoutée résulte de l'addition d'un organe spécial, d'une complication de lorjianisation. La nature crée l'organisation, la vie, le sentiment, multiplie et diversilie les organes et les facultés par la seule voie du besoin, qui établit et dirige les habitudes. Ce que nous faisons pour les animaux domestiques, la nature le fait avec beaucoup d<' temps pour tous les êtres : le climat, la nourriture, la nature et la (putlité des lieux, en un mot, la diversité ou le changement du milieu produisent de nouveaux besoins, qui nécessitent d'autres hahiludes, amènent le développement de la partie dont ou se sert plus fréquemment ou font naître, par les efforts du sentiment intérieur, de nouvelles parties (1). Le changement ainsi produit, allongement du cou chez la girafe, de la langue chez le fourmilier, apparition des cornes, passe dans tous les indi\idus ([iii se succèdent et sont soumis aux mêmes circonstances. Donc la nature a produit successivement toutes les espèces, a connnencé par les plus imparfaites ou les plus simples pour terminei- par les plus pai faites, en conq)liquant graduellement leur
(Ij Laniairk résuiiU' sa théorie dans les deux lois suivantes : 1" Daus tout animal qui n'a point dépassé le terme de ses développements, l'emploi plus fréquent et soutenu dun orL'ane quelconcpie, fortifie peu ;ï peu cet ors:ane, le développe, lagrandit et lui donne une puissance proportionnée à la durée de cet emploi ; tandis que le défaut constant d'usatre de tel organe, raffaiblit insensiblement, le détériore, diminue progressivement ses facultés et tinit par le faire disparaître ; 2" tout ce que lii nature a fait actpiérir ou perdre aux individus, par Tintluence des circonstances où leur r.ice se trouve depuis longtemps exposée et par conséquent pail'intlueuce de remploi prédominant de tel organe ou par celle d'un défaut constant iliisage de telle partie, elle le conserve par la génération aux nouveaux individus «lui en proviennent, pourvu que les changements accjuis soient commans aux deux sexes ou à ceux qui ont produit ces nouveaux individus.
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organisation. Les animaux se sont répandus dans toutes les régions hal)itables du globe. Chaque espèce a reçu, sous Tin- Jluence des circonstances dans lesquelles elle s'est trouvée, les habitudes que nous lui connaissons et les modihcations de ses parties que robservation nous montre en elle. Et pour renverser cette conclusion, il faudrait prouver que chaque point du 4>lobe ne vai'ie jamais dans sa nature, son exposition, sa situation, son climat, puis qu'aucune partie des animaux ne subit, même à la suite de beaucoup de temps, de modilication par le changement des circonstances !
Aussi intéressante et moins connue est la psychologie de Lamarck, qu'on ne saurait d'ailleurs séparer de sa physiologie. Il s'est plu tout particulièrement à développer la seconde et la troisième partie de son ouvrage (p. 18). Par sa méthode, il se rattache à l)(;scarles, à Condillac, à Cabanis, à Buffon (1). Mais il a son originalité. Létude des invertébrés l'a conduit au transformisme, et lui a fait trouver la cause de la vie : c'est un phénomène organique, résultat des relations qui existent entre les parties du corps, les tluides qui y sont contenus, la cause excitatrice des mouvements et des changemenis qui s'y opèrent. Par la cbaleur, les molécules vivantes sont distendues et éloignées les unes des autres : de cet état particulier de tension ou or^«.wzp naît lirritabilité. Par l'action de l'électricité, l'orgasme cesse, le muscle se contracte. Aussi Lamarck ne saurait admettre, avec Cabanis et son disciple Richerand, que vivre c'est sentir, que la sensibilité et lii-ritabilité sont des phénomènes de môme nature ; car si cela est vrai pour l'homme et les animaux les plus parfaits, vivre est à peine sentir pour les animaux sans vertèbres, qui ont un système nerveux; ce n'est pas sentir pour
(1) L'analyse, envisageant d'abord un objet dans son entier, en examine la masse, l'étendue et"^ l'ensemble des parties, la nature et l'nriçine, les rapports avec li's autres objets coiums. Elle le divise ensuite en parties principales, qu'elle étudie séparément, quelle divise et subdivise, jusqu'à ce qu'elle arrive aux plus petites, <lont elle rbeniie les caractères sans néirliger les moindres détails; puis, elle en déduit les conséquences, et peu à peu la philosophie de la science s'établit, se rectifle et se perfectionne. Autant que personne Lamarck admire le génie de Condillac, ses pensées profondes et ses découvertes (H, :]51). A\ec ses contemporains, il admet ([ue les .-.ctes intellectuels prennent tous uuissauce dans les idées et que toute idée, comme l'ont pensé Aristote, Locke, Condillac (Lamarck cite même Xaigeon), est originiiire d'une sensation (III, c. 7j. Avec Cabanis, dont il cite plus d'une fois l'intéressant ouvrage i[m, parla foule de faits et d'observations qu'il renferme, fournit les meilleurs moyens d'avancer cette partie des connaissances humaines, il admet que le physique et le moral ont une source conmmue, que la sensibilité j)liysique est la source de toutes les idées.