L'IDÉOLOGIE ET^LA MÉDECLNE
physiques et mécaniques. Sur l'attention, sur les classifications, il a émis des idées analogues à celles qui ont fait la gloire de Lamarck. Enfin il a songé à une Physiologie comparée et à une idéologie comparée qui aurait peut-être dirigé les esprits dans une voie féconde en résultats intéressants pour la connaissance de l'homme. A tous ces titres, son nom mérite d'être conservé dans l'histoire de la philosophie et de la science françaises.
L'année même où Damiron et Cousin voulaient « en finir avec le sensualisme », Broussais venait au secours d'Andrieux, de Valette et de Daunou, qui combattaient avec une égale vaillance, sinon avec un égal succès. Ami de Bichat et disciple de Pinel, médecin militaire sous l'Empire, il avait, par son enseignement au Val-de-Grâce et à la rue du Foin, détruit l'influence de Brown, celle de Pinel, et fait accepter sa Médecine physiologique. L'irritabilité (1), mise en exercice par les agents extérieurs, provoque les organes à l'accroissement de leurs fonctions ; modifiée par une action excessive ou défectueuse de ces agents, elle produit la maladie, qui ne disparaît que si Ton diminue, par des débilitants, rirritabilité trop considérable, ou que si l'on augmente, par des stimulants, l'irritabilité trop faible (2).
Devenu chef d'école et le maître préféré d'une ardente jeunesse, Broussais crut qu'il était de son devoir de défendre la philosophie, alliée aux sciences et surtout à la médecine, qu'attaquaient, avec une violence presque égale, l'école théologique et l'école éclectique. Nétait-ce pas travailler du môme coup à maintenir l'intégrité « de son empire » et à ramener ceux de ses adversaires qui étaient disciples de Cabanis, voire même ceux qui estimaient encore Pinel"? Broussais vit très bien qu'il s'agissait d'une séparation de la philosophie et des sciences (3).
(1) Voyez les questions que se pose Cabanis à propos des rapports de rirritabilité et de la sensibilité, ch. iv , § 1.
(2) « Broussais, dit Mienet, construit toute la science de l'organisation rivante et malade avec un seul phénomène, comme Condillac avait fondé sur une faculté unique, la sensation, toute la science de l'entendement buniain ».
(3) «Introduits, dit-il, dans le sentier de Tobservation, par les idées de Descartes sur la Méthode et par les conseils de Bacon, éclairés sur la nature de l'instrument qui sert pour cet objet par les travaux de Locke et de Condillac, les Français procédaient à rajrandissement de toutes les connaissances... physique, chimie, histoire naturelle... le tour de la médecine était arrivé avec Haller, Chaussier, Pinel, Bichat. Nous observions tous de concert, nous profitions des avis de Condillac, pour perfectionner notre langage scientifique... le judicieux et profond D. de Tracy (ailleurs il dit de « D. de Tracy, rélève de Cabanis qu'on devrait l'étudier, l'apprendre et le relire encore avant d'écrire sur les facultés intellectuelles » ), dont le