BROUSSAIS
Broussais, dont les parents avaient été massacrés par les chouans, s'attaquait aux jésuites et aux prêtres, au fanatisme et au christianisme, H qui tend à l'orgueil et à l'intolérance »; à l'homme d'esprit qui a célébré le sentiment religieux, et qui, tout en l'expliquant fort mal, lui a fait faire fortune ; et à l'autre célébrité (1), qui chanta le christianisme et le trouva plus poétique que la mythologie ». Mais c'est surtout contre lesKantoplatoniciens, comme il appelait Cousin, JoufTroy, Damiron, qu'il dirigeait une argumentation serrée et pressante qui ne répugnait même pas au dédain et à l'injure. Il leur reprochait de mettre inutilement une àme dans le cerveau, comme un joueur de clavecin à son instrument et de créer une idolâtrie physique, en relevant le « panthéon de l'ontologie ». Reprenant les idées de Cabanis et les mêlant à sa théorie de lirritabilité, il expliquait, dans \ Irritation et la folie, tous les phénomènes intellectuels, par l'excitation de la pulpe cérébrale. Un courant externe, venant des sens, met le cerveau en communication avec le monde et y apporte l'impression des objets ; un courant interne , venant des viscères, met l'individu en communication avec lui-même et fait connaître ce qu'exigent les instincts. En réagissant contre cette double excitation, le cerveau transforme les impressions en idées, les tendances instinctives en actes volontaires, comme l'estomac, réagissant contre les excitations des aliments, les transforme en chyle.
Le livre eut un succès prodigieux. « Le sensualisme, disait Damiron, qui consacrait à Broussais trois fois plus d'espace qu'à Cabanis, n'y a pas gagné un bon argument de plus, mais il y a gagné du courage, il a repris de la vie, et quoique ce soit là, pour M. Broussais, un mérite plus oratoire que rationnel, il ne faut pas moins lui en faire honneur ». Les survivants de l'école idéologique le joignirent à Daunou: «L'ouvrage écrit avec talent, disait Valette, sera fort contre M. Cousin, parce qu'il défend la méthode expérimentale ». « Ce savant et ingénieux ouvrage, disait Thurot, peut offrir aux spiritualistes, qui affectent de rejeter toutes les lumières de la physiologie, de
complément seul peut assurer au genre humain la ronservation des connaissances qu'il a eu tant de peine à se procurer ; les savantes recherclies de Cabanis donnaient à, notre patrie la prépondérance philosophique... la physiologie et la médecine dictaient des lois à l'idéolog-ie et semblaient éloigner pour jamiis la possibilité de rinvasion de notre science par les systèmes éphémères des écoles philosophiques ». (Ij Benjamin Constant et Chateaubriand.