L'IDÉOLOGIE ET LES NOVATEURS
sages conseils et d'utiles leçons ». Broussais, à l'Académie des sciences morales et politiques, défendit jusqu'à sa mort, contre Damiron, Joufifroy et surtout contre Cousin, la pliilosophie dont II s'était fait le champion (1).
Mais Damiron avait dit, du système de Gall, en l'opposant a celui de Broussais, que nul, par ses conséquences, ne convient mieux au spiritualisme. De fait Gall, surtout dans son Traité des dispositions innées de l'cime et de Vcsprit^ avait combattu, tout en les citant plus d'une fois avec éloge, D. de Tracy, Helvétius et Lamarck ; il avait fréquemment fait appel à Malebranche et aux Pères de l'Eglise, et soutenu que son système ne conduisait ni au matérialisme, ni au fanatisme. Broussais voulut enlever cet appui aux éclectiques ; il adopta le système de Gall et appuya, sur ces nouvelles doctrines, les conclusions du Traité de ^Irritation et de la folie. L'ouvrage parut après sa mort en 1839 (2'j. Sans être un philosophe original, Broussais a donné une nouvelle popularité (3) aux doctrines de Cabanis et de D.. de Tracy, rendu aux médecins le goût des recherches psychologiques, conservé et préparé un public à ceux qui ont de nos jours fait revivre la psychologie physiologique (4).
Quand disparaissaient Daunou et Broussais, l'école, qui semblait morte, s'était déjà transformée, grâce à sa vitahté prodigieuse, de manière à fournir des doctrines nouvelles à une époque nouvelle. On a remarqué que quelques-uns de ceux qui ont fondé ou voulu fonder des écoles ont emprunté aux idéologues leur point de départ (o); il reste à marquer la filiation incontestable et précise des doctrines.
(1) Juli's Simon, Viclor Cousin. Broussais cite avec éloge Degéraiulo el Dupiiis, puis qiuiud Birau fut pris coininu adversaire des idéologues, il combat « ce poète qui u'est pas toujours iutelligible »,
(2) Le papier trouvé alors, et publié pour mettre Broussais, comme Cabauis en opposition avec lui-même, établit que Broussais, déiste, avait comme Cabanis '< le sentiment d'une eause et d'une force première qui lie tout et entraîne tout ». Il n'y a là rien de contradictoire avec le Traité de l'irritation, où la même pensée a été d'ailleurs introduite par la 2<" édition.
(3) Cf. les sousi'rijiteurs au monument de Broussais dnns la seconde édition.
(4) Cf. Miguet, Notices et Mémoires; Damiron, op. cit.; Dubois d'Amiens, art. Broussais dans le Diciionnaire philosopliique; Louis Peisse, la Médecine et les Médecins, et F. Picavet, ait. Broussais (Grande Encyclopédie).
(o) Ravaisson op. cil. '»5, - la tAclie était selon une formule empruntée par
lU lilMN KT SAINT-SIMON iol
La réhabilitalion du peuple, rainélioralion de la classe la plus uombreuse et la plus pauvre ont préoccupé la plupart de ceux <iui ont participé à la Hévoluliou aussi bien que Condorcet. 31ais Saint-Simon tnuivait, en 1813, (|ue les quatre ouvrages les plus marquants, pour la science de Thomme, étaient ceux de Vicqd'Azyr, de Cabanis, de Bicbat, de Condorcet, et se proposait de résumer celte science en un seul ouvrage, conq)renant deux parties, chacune de deux sections. La première partie porterait sur l'individu humain, la seconde sur l'espèce humaine ; les seclions de la première devaient être un résumé physiologique et |)sych()logique dans lecjuel l'auteur suivrait et discuterait Vicqd'A/Nr; celles de la seconde formeraieni une Esquisse de l'hisloire des progrès de l'esprit humain jus(]u"à ce jour, et à partir de la génération actuelle, dans lacpudle seraient examinées les idées de Condorcet. INmiI-ou annoncer plus clairement le projet de continuer les idéologues, en « liant, cond)inant, organisaiil, c()nq)lélant les idées de Vicq-d'Azyr, de Bichat, de Cabanis, de Condoi'cet, [)()ur eu loinnM' un lout systématique »? De pins c'est le docteur Burdin, dit-il, (|iii lui a fait connaître l'importance de la physiologie. Dans une conversation, souvent rap- |)elé(', il lui aurait dit que les sciences avaient commencé par être conjecturales poiu- tinii' toutes par être positives, que l'astronomie et la chimie le sont déjà; que rien ne sera plus facile au premier homme de génie que de rendre positive la physiologie, en coordonnant les travaux de Vicq-d'Azyr, de Cabanis, de Bichat, de Condorcet. Du même coup il rendra positives la morale, la politique, la philosophie et perfecliounera le système religieux, toujours fondé, comme l'a démontré Dupnis, sur le système scientifique. Burdin recommandait d'établir des séries de comparaison entre la structure des corps bruts et celle des corps organisés, entre l'homme et les autres animaux à différentes époques ; des séries des progrès de l'esprit humain. C'est en 1798 que Bui'din proposait ainsi à Saint-Simon de faire en connnun ce qu'ont réalisé ou indiqué D, de Tracy, Cabanis, Draparnaud, etc. (1). Qu'était-ce donc que ce Burdin auquel doivent
Saint-Simon ;i Comlorcrt... le liut de Frmrier fut le iiiôine... la pensée ([ui inspira Pieiri; Leioux et Jean iieyiMuil fut relie de la peifectibilité univeisellt! .. o4, la doctrine fondée pai' A. CouiLe eut une double origine... les théories saiul-simonienues... celles des phrénologistcs et particulièrement de Bi'oussais ».
lij Cf. les chapities précédents. lîemai(iuez aussi rajtpcl à Dupuis, la mention de Bacon, Newton et Locke « colosses scieutilifiues », la citation du Discours prélinii-