L'IDÉOLOGIE ET LES NOVATEURS
tant Saint-Simon et Comlc? La Décade nons donne snr lui quelques renseignements. En l'an VIII, Moreau le cile en rappelant les travaux de Cabanis. En lan XI, il annonce le Cours d études médicales^ en cinq volumes de M. Burdin « médecin déjà connu par plusieurs travaux » et va faire des expériences galvaniques dans son cabinet pneumatique (1), tandis que la Décade insère une lettre de ce dernier à propos de la i"age. Il était très naturel que l'ami des idéologues recommandât l'étude de Vicq-d'Azyr, qu'a loué Cabanis, de Cabanis qui le citait, de Bicliat et de Condorcet. S'il s'est adressé à un philosophe pour mener à bonne fin l'œuvre qu'il tente, c'est que D. de Tracy n'a pas encore fait (1798), pour la partie idéologique, ce que Cabanis a fait pour la partie physiologique. Si Saint-Simon n'en entend plus parler ensuite, c'est que le projet auquel il songeait a été en grande partie réalisé (2).
Charles Fourier, l'auteur du système phalanstérien, rappelle par <( l'attraction passionnelle » Hclvétius et d'Holbach, tandis que le but même qu'il veut atteindre, le bonheur de l'humanité, le rattache d'une façon générale aux philosophes du xvni" siècle. Ainsi en est-il de Pierre Leroux et de Jean Reynaud : tous deux, par la place considérable qu'ils font à la perfectibilité, relèvent de Turgot, de Condorcet et de Cabanis ; mais l'auteur de la Réfutation de V éclectisme et de r//«;?2«««7e sin spire peut-être plus de D. de Tracy et de Laromiguière par sa trinité — sensation, sentiment, connaissance — , tandis que celui de Terre et Ciel, de Zoroastre, fait plutôt songer au Cabanis de la Lettre sur les causes premières.
Nous venons d'indiquer une des sources, et non des moins importantes, de la philosophie positive : la loi des trois états formulée en ses grandes lignes par un de ceux qui marchaient dans la même voie que les idéologues. Nous la voyons apparaître et se former lentement chez Turgot (3), d'Alembert et
uaire de d'Alembert à Y Encyclopédie, etc., l'éloge des Éléments de physiologie de Richeraud. Nous laissons de ciMé les iiici)héreiices prodigieuses de l'iiomme qui prenait daus des cours, des 4ivres, des couversatious, la science nécessaire à ses constructions, et s'adressait à l'empereur, en raison <c de sou caractère généreux » poui- imprimer à la iiolitique u un caractère positif ».
(1) Cabanis cite lui-même Burdin, cb. iv, § 2.
(2) 11 ne faut pas dire avec M. Ravaissou que la conversation eut lieu eu 1813. Saint-Simon dit, page 43: « U y a quinze ans que M. Burdin m'a tenu ce discours et fait cette proposition que j'ai acceptée ». Et Enfantin ajoute : « les quinze années font remonter à 1798 le commencement des travaux de Saint-Simon ».
(3) C'est ce qu'établit M. Ravaisson. — Nous avons montré dailleuis que les idée-
FOLRIEU, LEROl X, REYNAl D, COMTE, LITTUÉ iaS
Conilorcot, chez Cabanis, D. de Tracy et Tluirot, Ampère, Degérando, Lancelin, etc. Il y en a d'autres. On a parlé de Broussais. Mais Comte exprima les idées fondamentales du Cours en 1822, dans le St/slème de politique positirc, puis en 18-26 dans des leçons, interrompues par une maladie mentale et reprises en 1829 en présence de Fourier, de de Blainville, de Broussais et d'Esquirol » qui accueillirent avec honneur cette nouvelle tentative philosophique > (1). De fait, netail-ce pas une heureuse réponse à ceux qui parlaient « d'écoles » sensualiste, éclectique, tht''ologi(iue (2), que de trouver pour la première, le nom nouveau et fort expressif de « positive », et de laisser dédaigneusement celui de « métaphysique et de théologi(iue » ù celles qui rappellent f enfance de l'humanité? De ce côté donc Comte ne doit rien .^ Broussais. Ce qu'il lui doit, c'est ce que Broussais lui-même devait à Gall et à Cabanis ou à Bichat — et nous sommes ramenés ainsi encore aux idéologues — c'est la subordination de la psychologie à la physiologie. Quant à la « physique sociale >> dont la constitution lui paraît nécessaire pour compléter la philosophie des sciences », c'est une tradition tout idéologique : l'Institut, et plus spécialement D. de Tracy, après Condorcet, ont travaillé à donner, à la science sociale, la certitude des mathémalhi(iu<'S et de la physique. De môme, la classification des sciences fait penser à l'Institut et à l'école polytechni(iue, à d'Alembert, à D. de Tracy, à Lancelin, à Draparnaud. Et Comte, le compatriote de Draparnaud, a été élève de l'école polytechnique (3).
Mais si Comte continue incontestablement les idéologues (4), on s'aperçoit que, comme Fourier et Saint-Simon, il s'en distingue
loîues étaient loin «le considi-nT Tuigot romino « un ivveur » ainsi i(ae l'auraient dit, selon M. Rav.iissou, Comte, Saint-Simon, Burdin. A. Comte lait rommenrer, ronime Condorcet et dAlenibirt, avec Bacon, Descartes et Galilée, « la philosophio positive ».
(1) La première leçon fut imprimée au commencement de 1830.
(2; yuoa relise cette première leçon, après Damirou et Broussais, et Ion verra que la loi des trois états était une arme redoutable contre les « éclectiques ».
(3) Voyez ce que nous avons dit de lécole polytechnique, cli. m, § 2 et la lettre de Caltauis (ch. v, § 5); sur Audrieux et Ampère professeurs à l'école polytechnique, cf. § 1. Si Comte s'est réclamé de Hume, c'est qu'il a voulu, comme bien d'autres alors, <( se faire des ancêtres étranurers ". Dans sou Calendrier, il fait fiçurer Descartes, Bacon, Mont liirue, Locke, Diderot, Cabanis, Foutenelle, Montesquieu, Buflon, Leibnitz, Adam Smith, Condorcet, Bichat, Broussais, Gall, Lamarck, d'Alembert, Galilée, etc. N'est-ce pas en souvenir des idéologues qu'il voit en Bonaparte >< un des principaux rétrogradeurs </? Ampère, qui y ligure eu 1819, eu est écarté eu 1851 '( à cause de son infériorité morale ».
(4jJLe^mot positif ss trouve très souvent chez D. de Tracy et Thurot.