LES DISCIPLES DE CAIJAMS ET DE D. I>K THACY
par une .singulière ignorance en « idéologie » et en liistoire, quil semble vouloir compenser par une <- confiance illimitée •> en ses propres forces. On croirait qu'en ces temps de réaction dogmatique, le doute' est absolument proscrit par toutes les écoles : toutes affirment leurs doctrines comme le résultat direct d'une révélation divine et considèrent comme « infidèles » ceux qui ne les acceptent pas sans examen. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, on comprendra aisément que Lillré, élevé par un père dont les tendances étaient celles des idéologues (I), et exercé lui-même à la méthode et aux recherches scientifiques, ait rencontré, dans le positivisme, la philosophie de toute sa vie : n'essayait-il pas de répondre par voie scientifique à toutes les «piestions que peut, sinon poser, du moins résoudre l'esprit humain ?
Tandis que Sainl-Siuion et Fourier, Leroux, Reynaud et Comte prenaient aux idéologues une partie de leurs théories pour les liansformer, selon les besoins des générations nouvelles, d'autres écrivains, qui avaient été leurs disciples fidèles, sen éloignaient pour se rapprocherdes doctrines j)hilosophiques et religieuses, remises en honneur après la Restauialion. Tels furent Droz et Thurot, lîirau et Anq)ère, dont létude nous fait voir et quelle fut de 179G à 1810 l'influence de Cabanis et de D. de Tracy, et combien puissante encore elle est. après cette époque, sur ceux (jui ne croyaient pas toujours la subir.
Droz (1773-iS.^iO) (2), professeur à l'école centrale de Besançon, publia un Essr/i s/a- l'art oratoire et fut candidat à ITnslitut, s'établit en ISO!) à Paris, où il se lia avec Picard, Andrieux et Cabanis, composa, sur le conseil de ces deux derniers, le roman de Lina, puis ï Essai sur l'art d'être heureux elVÉloffe de Montaigne. En 18:23, il faisait paraître un ouvrage intitulé De la p/iilosophie morale, ou des différents systèmes sur la science de la vie, que JoufTroy signalait comme « une conversion à l'éclectisme » et pour lequel Damiron le mettait à côlé de Royer- Collard et de Cousin. Après son Règne de Louis XVI, il donnait des Pensées sur le Christianisme et les Aveux d'un philosophe chrétien, où il exposait, avec l'histoire, les raisons d'une conversion qui rappelle celle de Biot. Ce moraliste éclectique et chré-
(1) Voyez à l'Appendice, la curieuse lettre où lou trouve chez le père les deux ati'ections du fils, le positivisme ft li' vieux français.
(2) Voyez les Notices de Sainte-Beuve {Lundis, 111) et de Miguct.
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lion se jiisliliait de oompi^ser des écrits sur rai)plioalion de la morale à la politique, en invoquant la « révolution paisible, ItMite. mais silre, que le temps opr>re et ([ui conduit le genre humain vers de meilleures destinées ». Cest lui (]ui présidait la commission chargée de jugei- le concours sur les Lorons de /)///A»v>/i///> deLaromiguière, après avoir souscril au monument de Broussais, en raison sans doute de l'énergique apologie, faile par ce dernier, de l'homme (juil avail lui-même autrefois loué avec une si chaleureuse émotion il).
François Thnrot [±) (1708-18:î:>) ne s'éloigna jamais aussi complètement de Cabanis et de l). de Trac\ , et nous parait d'ailleurs avoir une autre valeur (jne Droz, <> d'une rai-e habileté dans la pratique de l'art d'être heureux •• : c'est un de ces hommes nuxlestes. dont on utilise les travaux et qu'on ne cite guère. Nul plus que lui .T, n'a aussi heureusement contribué aii progrès des études philosophiiiues et grannnaticales; nul peut-être n'a été aussi ouhlié. (juand, pour ne plus relever des idéologiu^s, on s'est adressé aux Écossais ou aux Allemands. Élève de l'école des ponts et chaussées, sous-lieutenant des ponqMers de Paris, précepteur à Auleuil et rt'çu chez M""* Helvétius. il suivit aux Écoles normales les cours de Sicard et de Garai. |»iiis fut chargé, par la conunission executive d'instruction puhli(iue, de tiaduire Vllcnnès de Harris. La traduction, accompagnée de remaniues et d'un Diacours préUminiiirc, où étaient magistralement expoposés les progrès de la science grammaticale et la liaison de la philosophie et de la grammaire, était dédiée à Garât, dont Thurot faisait le plus magnifique éloge « comme philosophe et comme littérateur ». Cahanis, I). de Tracy, Daunou parlèrent avec grande estime de l'ouvrage et de l'auteur. Celui-ci, tout en
(1) u Toujours, dis:iit-il, Cabanis rendait mi-illeurs ceux avec lesquels il eonversiiit, parce ija'il les supposait bons ronim- lui ; parce qu'il avait uue entière persuasion quf la vérité se répandra sur la tern- ; <t parce (|ue nul soin, pour la cause de riiumauité, ue pouvait lui paraître pénible. Ses paroles, dou'eineut animées, coulaieut avec une élé;,'ante facilité. Lorsque, dans son jardiu d'Auteuil,.je réroutais avec délires, il rendait vivant pour moi un de ces philosophes de la Grèce qui, sous de verts ombri;.'es, instruisaient des disi-iples avides de les entendre ».
(2) Hennés ou Hecherc/iei ijhilosophiques sur la rjrammaire universelle, Paris, au IV; Vie de Lturent le Magnifique, au VIII; Apologie de Sacrale, 1800; les Phéniciennes d'Euripide, 1813; le Gorgias, ISlîi; Œuvres philosophiques de Locke, lS21-182o; la Morale d'ArIslole, 1823; la Politique d'Aristote 1824; Manuel dÉpictete, etc., 1826; De l'Euîendemenl et de la Raison, i^ii) ; Œuvres posthumes, 1837 ; Mélanges de feuFr. Thurot, 1880.
3; Si 1-e n'est sou neveu Charles Thurot, philolo^^ue et philosophe comme lui, d'une ga"aude distluctiou, sans cesse reproduit et si rarement cité.