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V68 LES DISCIPLES DE CABAMS ET DE D. DE THACY

vantant Bacon, Locke, Condillac, mentionnait déjà Platon comme un des plus beaux génies de la Grèce. Dans <• les ténèbres du moyen âge », il relevait les noms de Siinplicius, de l'iiiloponus, d'Ammonius, de Boèce, dAlcuin, signalait les discussions religieuses du xvi" siècle comme une cause de progrès pour notre langue et jugeait fort favorablement les travaux de Port-Royal, de Boubours, de Birffier, de Dangeau, de Dumarsais, de Girard, de de Brosses, de Turgot et de Court de Gébelin.

En février 1797, Tburot ouvrit au Lycée des étrangers un cours de grammaire générale et comparée, dont nous avons le programme et quelques leçons (1). On y trouve, dit Daunou, un plan nouveau, des observations judicieuses, des aperçus ingénieux. Dans la première leçon, il recberche l'origine et trace Ihistoire de la grammaire, montre comment l'analyse, l'analogie et l'étymologie ont concouru à la formation des langues, comment la grammaire se lie à l'idéologie. Très justement, il soutient que c'est, non par l'étude de la langue et de la grammaire latines, mais par celle de sa propre langue que cbacun doit commencer, parce que c'est pour celte dernière qu'il y a plus de données, plus de moyens naturels et acquis. Dans la seconde, il examine le rapport des éléments et des formes du langage avec nos facultés intellectuelles, leurs actes, leurs babitudes et les divers ordres d'idées qu'elles nous font acquérir et que nous avons besoin d'exprimer. La perfection de l'art de la parole, dit-il, dépend essentiellement du degré de certitude qu'ont acquis la métapbysique (lisez Yidéologie) et sm-tout la logi(iue. Et, plus loin, résumant les opinions des spirituaHstes et des matérialistes, il ajoute : « Il me semble que celui qui, en pareil cas, a le noble courage d'avouer qu'il ne sait pas, est au moins le plus prudent ». La troisième leçon porte sur l'institution des signes; la quatrième et la cinquième, sur les diverses classes de mots. La cinquième, la sixième et la septième devaient comprendre l'application des principes au français et l'analyse de morceaux de prose et de vers; la buitième et la neuvième, la comparaison du français avec le latin et le grec, puis avec quelques langues modernes.

A l'invitation de Lecoulteux de Canteleu, dont il avait instruit les fils, il traduisit la Vie de Laurent de Médicis par Roscoe,

(1) Œuvres posthumes et Nouveaux mélanges.

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parce que » l'histoire est l'école des peuples, à qui elle ollVe un cours complet de la scieuce expériuientale du cœur humain " et qu'elle a des résultats, il'où Ion peut tirer des conséquences inluiiment utiles au bonheur et au perfectionnement de l'espèce humaine. Traitée par des honunes de génie avec la méthode riiïoureuse qu'ont déjà quelques sciences de laits, elle l'ournirait un corps complet de doctrine propre à l'omler le bonheur social sur sa véritable base, c'est-à-dire sur la connaissance positive des rapports qui lient les hommes entre eux.

Partisan de la liberté, adversaire des « systèmes absurdes de théolojïie ou d'une niétaphysi(pie subtile et obscure», Thurot accueillit avec bonheur les ouvrages de Cabanis et de l). de Tracy. Deux articles enthousiastes lurent, pai' lui, consaciés eu l'an VIIl aux premi<'rs Mnttoii'fs; de Cabanis, pour signaler les progrés qu'ils faisaient faire à la raison humaine, en répandant sur la scieiu-e positive (I) de la morale une lumière également précieuse et incontestable. Rai)pelant les erreurs capitales do Condillac (2), d'Helvétius, de Bonnet, ([u'a rectiliées Cabanis, dont il loue les connaissances profondes en physiologie et l'esprit aussi juste qu'étendu, il estime que la science de l'homme y a été traitée à un point de vue entièrement neuf; <|u ini champ immense et bien séduisant a été ouvei't a l'esprit d'analyse et de recherche, liaidimenl (.'{ , il aflirme (|u'un grand pas a été lait, en rattacliant les observations (pii regardent l'instinct à l'analyse philosophitiue ; que le passage où le cerveau est comparé à l'estomac et qu'il cite en entier, est une analyse aussi ingénieuse que sévère, capable de jeter «piclques Imjiières sur le mode d'association «les impressions et des idées (i). Puis, après avoir analysé les doctrines neuves et audacieuses, « qui rétrécissent prodigieusement l'empirt' des qiudités occultes et des abstractions vagues, tout en laissant toujours inexplicable le principe d'action, où dès lors il est permis de placer les rêves dont l'imagination des esprits faibles aime à se nourrir », il s'indigne contre les gens médiocres qui sont incapables de goûter

1) Thurot distiuirue très nettement, et dès 1799, les trois ordres de connaissances : positif, mttai)liysique, tiiéolojrique.

1,2; Il n'est donc pas, lui non plus, simplement un disciple de Condillac.

(3) Le mot est àsiimaliT clnz un homme ijuia usé, même abusé An peut-être.

f4) Thurut dit que la philosophie rationnelle a désespéré de combler la lacune entre les impressions et les idées, et ajoute qu'elle a raison, s'ils'ajrit de remonter à l'essence et à la cause première des phénomènes. Il se place dont connue Cabanis à un point de \ue positif, non métaphysique.

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un ouvrage « qui nest pas un des moins beaux monunienLs de la philosophie de ce siècle » (1).

Il y a presque aulant d"admiralion et d'enthousiasme, sinon de confiance, dans le compte rendu de Vldi'olofju; (2). Acceptant routes les doctrines dont D. de Tracy a été « l'heureux promoteur », dans ce livre qui, contenant sur les signes tout ce qu'on sait (\e positif {3) et d'essentiel, « fera époque dans l'histoire de la philosophie française, il affirmait, comme lui, que celle-ci est extrêmement éloignée de tout esprit de secte ou de parti et qu'elle doit entrer dans tout ce qui se fait de bien, puisqu'elle n'est que l'application éclairée et méthodique de la raison aux divers objets dont l'esprit humain peut s'occuper ».

Thurot devenait en 1SU2 directeur de l'Ecole des sciences et belles-lettres, fondée par des professeurs de l'École polytechnique, Lacroix, Poisson, etc., et d'autres amis « des saines études ». Il s'y occupa surtout des langues, de la littérature et de l'histoire. C'est peut-être à cette époque qu'il composa son Discours sur rutilité des langues anciennes (4), surtout pour les jeunes gens destinés à des professions libérales. Ce qu'il convient de développer, ce sont les germes de bonté, de sensibilité, de générosité que la nature a jnis dans l'enfant. Les sciences exactes y sont impropres ; l'italien, l'anglais, l'allemand ont bien leurs mérites, mais ne peuvent suppléer aux langues anciennes comme moyen de perfectionner le goût et de développer les facultés de l'esprit. L'étude des admirables productions du génie de Corneille, de Racine, de Bossuet, de Voltaire, deBuffon et de tant d'autres écrivains, ([ui font la gloire de notre nation, ne peut ou ne doit nous dispenser de celle des chefs-d'œuvre d'Ho-

(1) '< Laissnns-li'S. dit-il, verser le ridicule et la calomnie sur ces spéculations sublimes, le philosophe ne diigue pas apercevoir les vains et stériles etJorts qu'ils font pour le détourner de ses nobles travaux :

Il poursuit en paix sa carrière, Versant des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.

(2) '< Un cri presque général de proscription s'est élevé, dans ces derniers temps, contre la philosophie et les philosophes, et comme Tidéoloirie est la base essentielle de toute saine philosophie, elle a dû avoir sa part de défaveur ».

(3) Cf. ce que nous avons dit de l'origine de la « philosophie positive ><.

(4) «Il parait, dit Dauuou, avoir été composé vers le commencement du xix' siècle, plus de dix ans peut-être avant les invasions désastreuses de 1814 et de I8I0 qui ont achevé d'importer eu France les systèmes germaniques de philosophie et de littérature ». Ou sera de l'avis de Daunou eu lisant Fanalyse de la traduction par Coray d'un Traité d'Hippocrate, où Thurot exprime des idées analogues.

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intTO, de Virgile, de Cicéion, de Déiuoslhèiie et des aiilres Grecs ou HoiiKiins célèbres, pas plus que Télude de ceux de Michel- Ange, de Hapliaelet des peintres ou des sculpteurs modernes ne peut tenir lieu, à un artiste, de celle de l'Apollon du Belvédère, du Laocoon ou des autres restes de l'art antique (1).

En même ten^ps, TUurot surveillait l'impression des lidpporls et les annonçait dans le Citoi/en /'ninrais, en insistant, pour rassurer les esprits timides ellVayés par ce qu'on leur montre de funeste et de dangereux dans le matérialisme, sur la distinction de la science humaine et de la théologie qui a pour domaine '- un abîme sans fond où se perd et s'anéantit l'intelligence de riionime ». «* Le langage de Cabanis, disait-il, traitant en médecin et en philosophe des divers organes de l'homme, de l'inlUience des sexes, est beaucoup plus chaste que celui de Chateaubriand dans le chapitre dr la chasteté; Ir f;iil prul paraître singulier aux hommes à qui leuis préjugés religieux on aiilres inspirent des idées si déplorables et si étranges sur ce ([u'ils a[)pellent la philosophie et les philosophes ».

Thurot éi)ousa en IStKJ M"' Tatlet, lille d'iui agentde change. La même année il ht Ivoh Ejrlrails ûe la Granu/iairr di^ ]). de Tracy (-J). A partir de 1804, Thurot comme Daunou et bien d'autres, a moins de confiance, d'enthousiasme et de décision. En annonrant la seconde édition de Vlcirolofjic, il parle de la Loi/ique, qui donnera à ledilice total une grande solidité. Lauteur aura rendu un service important à Ja philosophie et mérité la reconnaissance de ceux qui s'intéressent au perfectionnement de l'étude de 1 homme et des méthodes propres à diriger son esprit. ^Mais Thurot ne sait quel sera le « jugement définitif de la postérité ". Bien plus hésitant encore est-il en analysant la traduction de la Bibliothèque d'ApoUodore : « Je ne sais si je me trompe^ mais il me semble que l'esprit philosophique... pourrait, s'il était transporté, pour ainsi dire dans

(Il Thurot a Imt bii'u vu où il convient de rouserver l'étude di'S laugues aucieunes. Sur rettr (jucstioii d'uu iuti'ièl actuul, cf. les Mémoires de la Société pour l'enseignement secondaire, où se trouve aualysé, exposé et discuté tout ce qui a paru sur cette question.

(2; " Supérieure à plusieurs égards à l'Idéolof/ie, elle ai)pi'ofoiidit, simj)li(ie et rapproche, sur un sujet important et difficile, toutes les idées fondamentales qui accélèrent et assurent la marche de l'esprit humain dans sa carrirre iiidélinie. Aux idées de ses prédécesseurs, Tauteur donne une certitude, une clarté, une importance et une étendue nouvelles par les siennes propres, qui constituent la partie la plus originale, la jilus intéressante et la plus considérable de son livre ».

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