LES DISCIPLES DE CABANIS ET DE D. DE THACY
rériulition, lui donner en quelque sorte, une face nouvelle » (1). Toutefois, pour publier et expliquer Y Apologie de Socrate d'après Platon et Xénophon, Thurol s'inspire encore des préoccupations qui sont celles de tous les amis de la philosophie : Socrale, dit-il en faisant allusion « aux déclamations violentes ou aux accusations atroces », a été victime de son amour pour la philosophie, honorée depuis par les hommes éclairés et vertueux de tous les temps et de tous les pays, persécutée et outragée par les méchants ou les insensés.
Devenu libre parla fermeture de l'école des sciences et belleslettres, qui « n'avait pas enrichi son directeur )),Thurot collabora îïu. Mercure. Parlant d'une traduction de V Iliade par Saint-Aignan, il redevient affirmatif pour juger Cabanis « distingué par l'étendue et la variété des connaissances, autant que par les plus rares qualités de l'âme, par un talent éminemment flexible, le goût le plus pur et le sentiment le plus profond du beau ». A cette époque (1809), il se rapproche, comme Daunou, de Napoléon en lutte avec le pape (2). Puis, il loue les professetu-s de l'ancienne Université et afArme « qu'à un signal des chefs illustres que le choix du souverain a mis à leur tôte, les maîties français, formés par elle, donneront à notre instruction publique tout léclat et le développement dont elle est susceptible ». Mais il dit, en même temps « qu'il faut s'adresser aux autres nations de lEurope et non aux livres de l'ancienne Université pour ranimer et propager l'étude et le goût de la littérature ancienne ».
A cette époque se place sa querelle avec Gail, mécontent qu'on lui eût préféré Coray pour le prix décennal de traduction : Thurot aurait pu, s'il l'avait voulu, être bien « spirituel et mordant » (3).
(1) Nous voilà aux ;oeM/-^/;'e dout nous avons parlé plus haut.
(2) « L'autorité publique, dit-il, n'est pins disposée à servir les fureurs des liypocrites qui deciamaieut coutrc la philosophie, eUe rejrarde de plus haut le couflit des opiuions humaines, bien sûre que relies qui sont vaincs et insensées finiront par se dissiper et par sévanouir sans retour pour faire place à celles qui sont fondées sur la raison et la vérité d.
(3) Après avoir cité uu passage où Gail raconte que, pour traduire une expression d'Hippocrate, il a vu Portai, Halle, ChaussiiT: « C'est dommage, dit-il, qu'il n'ait pas songé à M. Piuel, car c'était te seul qui put lui donner de salutaires avis dans la situation où il se trouvait ». Puis il attribue à Gail le passage suivant : «Je ne puis me battre pour trois raisons : 1» Il n'y a pas un seul armurier dans tout le pays grec et latin; 2° d'ailleurs je ne sais pas si on prend une épée par la pointe ou par la poignée ; S" mes parents m'ont élevé avec l'horreur du duel, et dans un duel on peut tuer un traducteur tout comme un autre». Enfin, ilénumùre toutes les récompenses de Gail et indique tout ce qui lui manque pour être un helléniste : « Jamais mérite aussi mince ne fut plus magnifiquement récompensé ».
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Adjoint à Laromiguière, il parle « de la main puissante qui nous a ilt'livrés des hommes IV-roces et grossiers qui travaillaient en n'volution, qui a rétabli, par de solennelles institutions, la culture des langues et de Ihistoire des Grecs et des Romains, bienlait dont la postérité ne devra pas être moins reconnaissante que la génération actuelle <«. Puis après avoir édité les Phmiciennes d'Euripide, il annonce, en 1814, la deuxième édition de V Economie politique de J.-B. Say « qu'avait empêchée la police d'un gouvernement qui prenait à tâche d'étoufler toutes les vérités utiles ». Il ne pardonne pas à Napoléon « d'avoir déclaré solennellement qu'il ne fallait attribuer qu'à l'idéologie la cause des maux que faisait son aveugle et féroce ambition «. Professeur au Collège de France, il expliipif Platon, Xénophon, Marc-Aurèle, et cherche, dans Homère, les liadilions philosi)|)liiques ou religieuses de la Grèce autiipie, puis fait inq)rimer le Gorgias. En IS18, il ouvre son cours, à la Faculté des lettres, par un Discours sur la philosophie où Dauuou a vu les germes du grand ouvrage qu'il devait publier douze ans plus tard, mais non le développement de doctrines (pie nous avons déjà signalées et (pii étaient appelées à un singulier succès. Toutes nos connaissances réelles, positives et utiles, viennent de l'observation, par laquelle nous déterminons la succession invariable des faits ou des événements que nous olfre la nature ou la société : l'esprit ne fait que flotter d'erreurs en erreurs, quand il suppose des faits dont aucune expérience, aucune observation n'attestent la réalité. L'alchimie n'a fait place à la chimie, à une science positive, que quand elle a renoncé à la pierre philosophale et au grand œuvre, pour observer les phénomènes et examiner les composés, afin d'en connaître les parties. Il en est de même pour les autres sciences : « Toute science réelle, toute connaissance positive ne consiste qu'en des séries plus ou moins étendues de faits, soigneusement observés, et dont l'ordre et la succession ont été constatés par des expériences nombreuses et diverses, qui nous mettent à même de prévoir, dans bien des cas, avec certitude, ce qui doit suivre de telles ou telles circonstances données ou connues, circonstances qui ne sont elles-mêmes que des faits, de la réalité desquels nous sommes assurés soit immédiatement, soit d'une manière indirecte ». Avons-nous eu tort de dire queThurot a eu des idées qu'on ne lui a pas attribuées et que le positivisme na fait que continuer l'école idéologique?
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En présence d'un ministère libéral, ïliurot revient aux espoirs de sa jeunesse : il croit au triomphe de la vérité et de la tolérance, au progrès de la raison générale, à Famélioration sensible et prochaine des destinées humaines. Déjà il se rattache aux Écossais pour l'observation intérieure. Il exposait Ihistoire de la logique et ses anciens progrès, analysait en entier \Organum et le Traité de Porphyre, donnait les règles de l'induction et étudiait les sources de nos connaissances, conscience, perception, témoignage et induction, critiquait la sensation transformée de Condillac, l'application que Condorcet et Laplace avaient voulu faire du calcul des probabihlés au témoignage, et s'inspirait beaucoup, tout en le jugeant hbrement, de D. de Tracy, dont il analyse la logique « supérieure à celle de tous ses prédécesseurs ». Puis il surveillait une Édition de Locke et donnait sa démission de professeur adjoint à la Faculté, traduisait, au profit des Grecs, la Morale et la Politique d'Aristote, le Manuel (y¥.\i\ctète et le Tableau de Cébès, la Harangue de Lycurgue contre Léocrate. Dans la Revue Encyclopédique, il examinait les Paradoxes de Condillac et les Fragtnents philosophiques de Cousin « qui se présenta avec la ferme résolution de réformer les doctrines philosophiques, sans savoir quel autre système il devait y substituer ». Et il rappelait ([ue l'Université impériale avait eu pour mission de « favoriser tout ce qui tendait à décrier les opinions philosophiques et politiques du xvin* siècle; que des hommes de beaucoup de mérite (1) avaient secondé ces vues sans le vouloir, et que Cousin n'avait fait que suivre ces impulsions diverses en attaquant Locke et Condillac. Thurot relevait les expressions, « triste philosophie, philosophie de la sensation, sensualisme » de l'écrivain « trop orateur et pas assez philosophe (2) », qui présentait comme nouvelles des choses anciennes, et comme des découvertes de valeur, des opinions assez communes. Dans ses écrits, il n'offre, ajoutait Thurot, aucune observation importante qui lui soit propre et paraît avoir trop dédaigné celles qui ont été faites avant lui ; il croit, par des expressions mystiques et hgurées, résoudre des questions qu'elles ne font qu'obscurcir, et prend des mots pour des choses. Cet article ne plut pas et ne pouvait plaire à Cousin (3): Thurot fut
(1) Royer-Collard.
(2) Cf. ce que dit Taiue, cli. viii, § o.
(:j) Charles Thurot rappelle (jup. Cousiu parlait dédaigucascmeiit eu 1833 de
niANcois nu i;(n .i6o
passé sous silriK'e dans I AVsv// où Damirou faisait cependant une place à Lanceiin, à Azaïs, à Béranl, à Kérafr\ . Tlnirot d'aillenrs no désarme pas plus que Daunou ou Bioussais. En 18^8, il signale avec plaisir un ouvrage de Toussaint « qui appartient à l'école française, sur laquelle on sest ap|)liqué, dans ces derniers temps, à jeter beaucoup de défaveur », et il applaudit au dessein de Tauteur ([ui veut ramener l'idéologie, à être, comme toutes les autres sciences naturelles, une science de faits.
Kn février 18:)(), paraît l'ouvrage qui lui assure, dil Daunou. un rang distingué parmi les écrivains de notre âge, V Introduction à lu p/iiliisnp/tir 1). On \ aperçoit l'homme que l'étude des philosophes anciens et modernes a rendu moins al'lirmatif et (jui a suhi, en une certaine mesure, I inlhience de la réaction philos(q)lu(iue et religieuse; mais aussi l'ancien disciple de Cahauis et de l). de Tracy, l'adversaire de l'éclectisme, .\ristole et Platon, Cicéron et Socrate, Bossuet et Pascal, Turgot et Condorcet, Condillac. Descartes et saint Augustin, Leihnitz et Reid, Ilinne et Lock»'. Hohbes et Berkeley, Laromiguière et Fleui y, .M.dehranche et Dugald-Stewart, Huffior et Bacon, d'Alembert et Lacroix, Euler et Hartley, Pinel et .\ncillon, Housseau et Hutcheson. Kénelon et Voltaire, Smith et Arnauld sont connus de Thurot et lui fournissent presque tous «( (juelques précieuses indications ». Ainsi, dans la première section, (fui est, dit-il, un traité abrégé des sensations, il suit Keid et ado|)fe la distinction de la perception et de la sensation, ainsi ([ue les perceptions aciiuises. Plus loin, il maintient que le physique et le moral i-estt'ront toujours séparés l'un de l'autre pai' la " distance incommensurable » qu'il y a entre un fait de conscience et une modification de la matière ■'. Mais il ne va pas plus loin que la conception (le deux ordres distincts de phénomènes et ne comprend pas « ce que serait pour I àme une existence distincte et séparée du corps», séparée même des pouvoirs ou facultés qui la font distinguer.
1.1 (Kiléiniqu)- suscitée par cette préface, mais eu pruntnit beaucoup saus le dire. (1 La première juirtie traite de l'euteuilemeut, la seroude de la raison. Trois sections Sont, pour la i)rfmieri', consacrées, l'une à la l'onnaissance des f;iits les plusgénéraux, seusiitiou, perception, iutuitiou, impression, sentiment, conscienee, toucher, iroùt, odorat, ouie, vue, peneiitions airjuises, sentiment, instinct et linliitude, organisation ; l'autri' a la seieuce, ahstraetion i-t lançage. notions et conceptions, propo- -ition, grammaire générale tt métapiiysique ; la troisième à la volonté, sentiment et p ission, sympatliie, perception morale, sentiment religieux, influence de la léirisl.itiou sur la >ertu et le houlu.ur. La deuxième partie traite de la raisou, de la vérité et de ses caractères, de la imtliode et du r.iisoiinem'iit.
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Toutefois il croit à rimmoitalité, parce que le sentiment qui nous porte à espérer des récompenses ou à craindre des peines futures, selon que nous aurons obéi ou non h la loi morale, est indestructible (1). Avec Benjamin Constant, il traite de rinllucnce du sentiment religieux sur la vertu et le bonbeur; avec Malebrancbe, il admet une cause première toute-puissante et tout intelligente.
ïhurot pense en plus dun point, autrement qu'en 1800 ; il na pas cependant abandonne l'école. C'est à Cabanis et à D. de Tracy qu'il renvoie pour Fbabitude : ce sont les Rapporls, incontestablement Tune des plus estimables productions de la pliilosopbic du xvm'' siècle et écrits avec beaucoup de talent, par un ami sincère de l'humanité et de la vertu, qu'il cite pour prouver la nécessité d'allier la pliysiologie à l'idéologie. Avec D. de Tracy, qu'il met en logique au-dessus des péripatéticiens et de Condillac, il préfèi-e le nom d'idéologie à celui de psychologie ou de métaphysique, il fait une place à part à la sensation de mouvement, critique Montesquieu, et voit dans les besoins la source des droits, dans les moyens, celle des devoirs de l'homme. Il se justilic d'avoir trailé de la politique, en invoquant le Coimnentaire sur Montesquieu et le volume où D. de Tracy a exposé, « avec autant d'intérêt que de méthode », les principes de l'ordre social et de l'économie politique. C'est sur Daunou, « un des plus savants honnnes, des esprits les plus distingués et des meilleurs écrivains de notre temps », qu'il s'appuie pour condamner l'intolérance et exposer les garanties individuelles. De même Dunoyer et Charles Comte, Bentham et Dumont de Genève, Broussais lui-même, auquel il reproche d'avoir voulu ramener l'idéologie à la physiologie, sont cités et loués comme des penseurs savants, ingénieux et sagaces.
Par contre, Thurot se plaint qu'on ait inventé un mot pour faire imaginer aux femmes et aux gens du monde que les spusualistes oui conq)osé des ouvrages obscènes ou au moins des traités de gastronomie. Il n'aime pas ceux qui parlent avec admiration d'eux-mêmes et de leurs doctrines, avec dédain et mépris des opinions opposées, pour lesquelles ils emploient des termes propres à les faire regarder comme immorales et dangereuses. Il ne s'est pas plus élevé à ces hautes spéculations métaphysiques sur l'absolu, l'infini, (|ui ont si fort occupé les AUe-
(l) Cf. la Croyance à l'hninorlalUc de M. Pieuauviur. [Crilique jj/i., passiin.)
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inaiuls, parce qu'il y a Imiivé beaucoup de choses au-dessus ' de son intelligence et d'autres très anciennemenl dites. Il s'élève contre ceuv qui imaginent, pour des choses connues, des expressions nouvelles ou inusitées, fonnes à priori, sensibi/itr \nive, catégories de l'entendement pur, raison pure et en contluisent d'autres à dire que <* le moi se pose lui-même », ci parler d'intuition intellectuelle, à ressusciter des termes scolastiques et barbares, au lieu d'employer la langue philosophique de Descartes, de Pascal, de Bossuet et de Malebranche. Et il se demande si on le placera dans les « sensualistes, ou dans les éclectiques », en renuuvpuuU toutefois » que tout homme exerçant un métier, un art, une profession ne peut s'empêcher d'être éclectique, c'est-à-dire de choisir les procédés qui lui paraissent avoir le plus d'avantages ou le moins d'inconvénients ».
La Révolution de Juillet 18:>0 parut à Thurot une revanche et un»' continuation de 1780, mais il déplora bientôt, avec D. de Tracy et Daunou, <( que le triomphe de la justice et de la liberté fût ajourné indélinimenl et (lu'il n'y edt rien de changé que la substitution de la branche cadette à la branche aînée. Il mourut en is:{:> du choléra, laissant, dit Charles Thurot, la réputation d'un esprit émiiiennnent « sage, tempéré, équitable, convaincu qu il faut recheicher la vérité pour elle-même et pour l'amélioration de la condition humaine ». Ajoutons qu'il n'a pas été un penseur sans originalité et qu'il a eu le mérite assez rare d'unir intimement la [)hilologie et l idéologie, au grand profit de lune et de l'autre.
Le père de Thurot, admirateur de Locke, avait préparé son fils à devenir le disciple de Cabanis et de D. de Tracy. Ampère ne fut pas dans les mêmes conditions. Sa mère était très pieuse, et sa première communion fut « un des grands événements de sa vie ». Son père, juge de paix à Lyon avant 179.3, fut guillotiné et recommanda à ses enfants « d'avoir toujours devant les yeux la crainte de Dieu, qui opère, en nos cœurs, l'innocence et la justice ». Ampère subit d'autres influences, La lecture de YÉloge de Descartes, par Thomas, lui donna le goût des sciences physiques et philosophiques ; la prise de la Bastille fit sur lui une impiession profonde; XEncyclopêdie, « où il avait même étudié le blason », lui fit connaître la philosophie duxvm" siècle.
Chrétien etlibéral, philosophe et savant, voilà ce que fut toute
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sa vie Ampère; mais il mit au piemierplan, LanlôL riiu cl luiilùt l'autre de ces personnages. Après la mort de son père, il sortit de « l'espèce d'idiotisme » où il était tombé, par la botanique, dont les lettres de Jean-Jacques lui donnèrent le goOt, et par la poésie latine, italienne et grecque. Avec des amis, il lit le Traité de chimie de Lavoisier, pour lequel il éprouve une admiration qui augmente en lui le goût de l'analyse, recommandée par Lavoisier après Condillac. Amoureux de M"* Carron, d'une famille catbolique et royaliste, il l'épouse religieusement le 15 août 1799, et civilement quelques semaines plus tard. Ballancbe, dans le cbarmant épitbalame en prose par lequel il célèbre ce mariage, nous apparaît lui-même comme ayant subi l'influence du xvm" siècle. Dieu y revient souvent, mais l'auteur a soin de nous dire que >< le spectacle d'une vie beureuse, par la pratique de ses devoirs, est le meilleur ouvrage que l'homme puisse offrir à la divinité ».
En décembre 1801, Ampère est professeur de physique et de chimie à l'école centrale de Boui-g. Sa femme, devenue mère et très soutfrantc, resta à Lyon. C'est alors qu'il prononça ce Discours publié par M. A. Bertrand (1), qui y voit l'ébauche de Y Essai sur la philosophie des sciences. Ampèi'e parle des progrès de l'esprit humain dans nos siècles modernes; il distingue les propriétés de lôtre matériel et les modifications de la substance intelligente, qui donnent naissance à deux classes de sciences, où l'on observe même gradation et mêmes divisions (:2). Puis il travaille à un Essai sur la théorie mathnnatique du jeu, auquel s'intéressent Ballanche et Degérando. Sa fenune est de plus en plus malade et aux prises avec des difficultés d'argent. Ampère revient aux idées religieuses (3). Il apprend que, dans les lycées, il y aura une classe de mathématiques transcendantes
(1) Annuaire de la Facullé des lellres de Lyon, IH»^ auuéc.
(2) Ce sont les sciences cosinolDgiqvics et iiiioli)i;iques de ïEssui.
(3) « L'état de mou esprit, écrit-il ;i sa feiiiiiK^, est siuirulier : il est cdiiime un lioniine (lui se noierait dans son cracliat et <iui chercherait inutilement uni; hrauclie iiour s'accrocher. Les idées de Dieu, d'éternité, dominaient parmi celles (|ui llottaieut ilans nnui imairiuatiou; et après hien des pensées et des rétievious siuLTulières, dont le détail serait trop long-, je me suis déterminé à te demander le psimtier de François de la Harpe «pii doit être à la maison, broché, je crois en papiei- vert, et un livre d'heures à ton choix » . Et quelques jours plus tard, il lui écrit « ([u'il va demuin prier pour elle et son fils >^ ; puis encore, « (pi'il entend sonner un(; messe où il veut aller demander la i:uérison de sa Julie '.. Et en réponse, Julie lui redemande ses heures (pi'il;avait prises pour aller faiie ses Pâques. «C'est, dit-il. (pi'il s'en sert habituellement » .
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et il se prépare au l'oncouis. Degéraiulo écril en sa fa\(Mir une «* lettre iraiiii ■> aux examinateurs, l)elauil)r(' el Villar. Ils lui disent que sa place est à Lyon. Nonniié an l\cée, il revient auprt's de sa fennnc mourante : le lo mai ISOo, il va à l'église de Polémieux, poiu- la première fois depuis la mort de sa sœur, entend la grand'messe le 19, ilemande le ±1 l'adiesse d'iui eedésiastique, lui parle le :Î8 dans sou conlessionnal, obtient le G juin labsolulion el éei'it le 7 (pie u co jour a décidé du reste de sa vie ». Puis il note, le 1 1, une « conunuuion spirituelle », assiste le t juillcl à « la messe du Saint-Esprit - el le 13 écrit des lignes que Sainte-HcuNc couq^tare au pairheniiu de Pascal (1).
Le II il avait perdu sa feunne.
Avec ses amis lyonnais, il l'orme une société catholique pour étudier scientiliquement les bases de la religion chrétienne, les preuves de son origine divine et de la révélation. Ballam he et lui y déploient une très grande activité. Ampère convertit Bredin. P)arret, plus tard jésuite, lui écrit en IS(K^).( (ju'après Dieu », c'est lui qui a agi puissamment sur l'esprit de son frère, et il l'engage à tenter la nu'ine entreprise auprès de son cadet. Mais le chagrin le consunu' : il voudrait chercher im soulagement à sa douleur en changeant de situation et de lieu. Vm attendant, il s'occupe .. pres(iue exclusivement de recherches sur les phénomènes varies, intéressants, que l'intelligence humaine ofl're à l'observateur soustrait à l'inlluence des habitudes ... Il travaille, pour rinstitul, à un Mémoire sur la décomposition de la pensée, dont M. B. Sainl-Hilaire a publié les fragments. D. de Tracy avait donné son Idf'olof/ir et sa Grammaire; Cabanis, les [{apports ; Biran, V Influcncf de l' llabiludc; I)(^gérando,
1) ■ Miill/i /l>it/e//a peccalori.i ; speranlem niilrin in Domino mifievifordia circuindabil.
"■ Finnuho super leoculos meon elinslvuam te in via hac qua r/rndieris. Amen ».
'I Mou Dii'u ! je vous rrincrric de rn'avoir i-ri'i-, rachctô t'I éfliiin'! de \otre divine luinitre iMi ini' faisant naître dans le sein de rEiriise catlioliiiur. Je vous remercie de niavoir rapitelé à vous après mes éiraremenls ; je vous remercie de me les avoir panlounés. Je sens que vous vouiez que je ne vive que pour vous, que tous mes niomeuts vous soieut consacrés. M"6terez-vous tout J)oidieui- sur cette terre? Vous en êtes le maître, ô mon nieu! mes ci'imes m'ont mérité ce châtiment. Mais peut-être écoiiterez-vous encore la voix de vos iniséricoi-di-s.
" Mulla flaqella peceatoris ; speranlem uutem in Domino misericordia circum- ■la/jil. J'espère en Vous ô mon Dieu! Mais je serai soumis à voti'c; ari'ét, quel qu'il soit; j'eusse préféré la mort. Mais je ne méritais pas le ciel, et vous n'avez pas voulu me iilonsrer dans l'enfer. Daiimez me secourir, pour qu'une vie passée dans la douleiu- me mérite une lionne mort dont je mi; suis rendu indigne.
' 0 SeiL'ueur! Dieu de miséricorde! DaiuMiez nie réunir dans le ciel à ce que vous m'aviez permis d'aimer sur la terre ».