TXS DISCIPLES DE CAP.AMS ET DE D. DE TKACV
religieuse est passée (1). De Lyon, où il passe ses vacances, il écrit à Biran qu'il a discuté sur la naissance du sentiment du moi. Il croit à un moi nouménal, dont l'existence est prouvée de la même manière que celle des autres substances, et cherche à mettre hors de doute « cette existence, hase de l'espérance en l'autre vie ». Ampère et Biran diffèrent sur un seul point : le dernier confond le sentiment de l'effort et la sensation musculaire (2).
Ses amis trouvent Ampère changé. « L'année dernière, écrit Bredin, c'était un chrétien, aujourd'hui ce n'est plus qu'un homme de génie, un grand homme,... il a l'orgueil de sonder les mystérieuses profondeurs de l'intelligence humaine,... il ne voit, dans la civilisation, que le développement des forces et des facultés, un moyen d'avancer les sciences, la liberté civile, l'indépendance des nations » (.'{). Peut-on mieux signaler l'influence de Cabanis et de D. de ïi'acy?
Revenu à Paris, Ampère reprend ses discussions avec Biran; mais celui-ci retourne à Bergerac. La tristesse et le doute le reprennent. « Vous qui concevez si clairement qu'il n'y a point d'opposition entre la bonté du Créateur et la damnation des réprouvés, écrit-il à Bredin, tâchez de me convaincre ». Il ne doute pas de rimmortalité de l'âme, « dont la révélation peut seule démontrer la certitude, mais l'enfer est dans son âme ». Ballanche voudrait qu'il revînt à Lyon, pour enseigner, au « Salon des arts de Camille Jordan », la philosophie ou la génération de toutes les sciences humaines, et pour se faire un nouveau foyer. Mais Ampère refuse de retourner dans les lieux où se sont écoulées son enfance et ses années de bonheur. Avec Biran, il
(1) « Cacliez ;i in;i mère, érrit-il cti ISO"» à Brodiii, les douti^s dont je suis touimcnté. Vous savez, mieux que i>eisouue, .i quel iiniiit j'ai nu iï la révélation de la reliiriou oatliolique njmaine. Eu arrivaut à Paris, je tomljai dans un état d'esprit iiisupiiortable. Oh ! que je reirrette le temps où je vivais de ces pensées peut-être chlnic:'i<iues ». Ressaie de se protéirer contre le doute : u Défie-toi de ton esprit, écrit-il à la même époque, il ta si souvent trompé. Comment pouirais-tu encore compter sur lui? Quand tu t'efforçais de devenir idiilosophe, tu sentais déjà
■ combien est viiin cet esprit, (jui cousiste en une certaine facilité à produire des pensées brillantes. Aujourd'hui que tu aspires ;ï devenir chrétien, ne sens-tu pas quil n'y a de bon esprit que celui qui vient de Dieu... La doctrine du monde est une doctrine de perdition. La tiirure de ce monde passe... Travaille eu esprit d'oraison... Que mon Ame, à partir d'aujourd'hui, reste unie à Dieu et à Jésus-Cl'.rist. Bénissezmoi, mon Dieu ». (Correspondance ef souvenirs, I, 12,14, 1C, 17, 22; Journal, p. :i.^i.)
(2) Cf. Bertrand, ch. m.
(3) La Philosophie des deux Ampère, p. 194; Correspondance et souvenirs, p. 2:^ et 24.
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s'occupe beaucoup île iiu'tai)hysi(|ut'. L'ouviaj^e tic ce dernier est une métaphysique toute spirituelle, connue celle de Kant, peutêtre plus éloiiruéo eiK'ore de tout ce qui tient au niatérinlisnie. Quant à sa propre manière de concevoir les phénomènes intellectuels, elle est, dit-il, plus simple et plus d'accord avec les faits. Contre ses amis de Lyon, il défend la métaphysique, qui lui a rendu ([m'Upiefois la paix et le i-epos de l'àine, qui lui paraîtra toujours un sujet trop digiu' d'étude pour qu'il l'abandonne. Le seutimeul reli<;ieux s'est presque éteint en lui, et a lait place à l'incertitude: il Hotte entre les pensées les plus contraires. Ses relations continuent avec I). de ïracy, avec Biran auquel il reuil conq)te de son cours, moitié mathématique, moitié métaphysi(iue à l'Athénée (1). Faisant à I). de Tracy et surtout à Degérando qmdrpies emprunts, il constitue la psychologie ou l'étude des déterminations, des actions, des idées, des coordinations. Il y rattache la morale, l'économie, l'idéologie, la iogi([ue, et distribue les phénomènes en cinq systèmes: intuitif ou actuel, connnémoratif, volontaire, créditif et intellectuel. En même temps il expose une classilication de toutes les sciences, en prenant pour caractère le ra|)port qui lie les idées dont se compose chacune d'elles. Degérando lui demande un petit travail pour son Tableau des prof/rès de La p/tUosophie depuis 1789 et lui fait contracter un nouveau mariage. Malheureux, avec une femme indigne, « qui le juge fou, insensé, entiché de principes ridicules, parce qu'il a dans la tète et dans l'âme des idées et des sentiments qui lui send)lenL le beau moral et la vertu, parce (juil ne songe pas unif[uement à l'argent », Anqjôre se tourne de nouveau vers Dieu et le prie avec ardeur, mais il se rappelle les contradictions, les impossibilités qu'il a cru voir dans le christianisme. Il regrette le temps ou il croyait fermement et où il songeait à cacher sa vie dans un monastèi-e. 11 envoie à Riran l'exposition de ses primipales idées psychologiques et revient à la science chérie, qui lui a déjà rendu une fois le repos; il visite D. de Tracy, après avoir été cinq mois sans voir personne. Puis il n'aperçoit plus les raisons qui le portaient à croire que la i-eligion catholique est inspirée par Dieu et qui lui avaient suffi autrefois pour convertir Bredin ! Et ce dernier, qui le voit, eu septembre 1808, encore tout dominé par un senti
(1^ Correspondance, i'7, 3i, :]8 ; ia Pliilosophie des deux Ampère, y. 220.