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L'IDÉOLOGIE EN ANGLETERRE

sensation toutes nos connaissances. De son côté, Cousin parlait de l'enseignement superficiel et au fond sceptique et sensualiste de Thomas Brown, recommandait, pour la chaire de logique et de métaphysique, Hamilton, en qui il reconnaissait « un auxiliaire» dans la lutte contre le sensualisme, tandis que Broussais voulait faire nommer Georges Combes, auteur d'un Traité de phréno- /o///e et chef des phrénologues écossais. La lutte se continuait en Ecosse entre les deux écoles françaises (1).

Elle n'était pas terminée. John Stuart Mill, élevé par son père (2) dans les idées du xvin" siècle, séjourna un an en France»» au grand prolit de son éducation -> (1820). Il demeura quelque temps chez J.-B. Say, »< le beau type du vrai républicain français, intègre, noble, éclairé ». A Montpellier, la patrie de Draparnaud et de Comte, il suivit les cours de chimie d'Anglada, de zoologie de Provençal et « celui qu'un représentant accompli de la philosophie du xviu" siècle, M. Gergonne, faisait sur la Locjlquc sous le nom de Philosophie des sciences », Puis, il lisait Condillac et le Traité de législation où Dumont de Genève exposait les principales doctrines de Bentham, l admirateur d'Hehétius. « Ce fut une des crises de l'histoire de son esprit». Ensuite vinrent les Essais de Locke, l'Esprit d'Hehétius, les Observations sur l'hotmnede Hartley « qui lui firent sentir l'insuffisance des généralisations purement verbales de Condillac, des tâtonnements et des sentiments si instructifs de Locke au sujet des expUcations psychologiques (3). Berkeley, Hume, Beid, Dugald-Steward , la Cause et E/f'et de Thomas Brown, Y Analyse de l'influence de la religion naturelle sur le bonheur temporel de l'humanité, tels furent, dit-il, les Hvi'es qui eurent un effet considérable sur les premiers progrès de son esprit. Aussi « les philosophes du xvm^ siècle étaient les modèles que ses amis et lui se proposaient dimiter », et ils espéraient ne pas faire moins queux. Le même effet vivifiant que tant de bienfaiteurs de l'humanité ont éprouvé à la lecture des Vies de Plutarque se produisait en lui devant la Vie de Turgot par Condorcet (4). En voyant Turgot se tenir en dehors des Encyclopé-

(1) Peisse, Frar/ments de philosophie par W. Haniiltou ; Rétlioré, CriUque de la philosophie de Thomas Broirn; Stnart Mill, la Philosophie de Hamilton; P. Picavet, article Th. Broirn {Grande Encyclopédie).

(2) Voyez P.ibot, Psychologie nnr/laise.

(3) Cf. Cabauis. qui critique Coudillac comme Mill. Lewes ou Bain.

(4) (c Œuvre si bien faite, dit-il, pour éveiller le plus pur enthousiasme, puisque

JOHN STlAPxT MILI. ly?

distes, parce «lue loule secte est nuisible, « il leiionrait au nom dutilitaire et cessait tratlicher un esprit de secte ». Quand vint, en 18-26, « une crise dans ses idées », ce furent les Mémoires de Marinontel qui jetèrent luj ra\()ii de soleil dans les ténèbres où il était plongé. Vers 18-21», « il est singulièrement frappé de l'enchaînement des idées dans la théorie de l'ordre naturel du progrès humain des saint-simoniens, et surtout d'Auguste Comte, <• élève de Saint-Simon >. Quand il a écrit sa Logique (1837), il lit les deu.v premiers voUimes du Cmirs de philosophie positive dont il |)ro(ite beaucoup; mais il se sépare de Comte qui, « comme sociologisle », perd de \ue la liberté et l'individualité (1). La Lo(iiqw' est une atlaiiue contre les philosophes de l'école intuitive. Les vues (jue Mill développe dans les Pritiripes dKeonuf/iie politique, sont en partie des idées éveillées rn lui par les doctrines saint-simonienncs. Kulin il prend corps à corps Hamilton, ■■ la grande loiteresse en Angletene de la métaphysique inluilionniste ([ui caractérise la réaction du WK" siècle contre le xviii' b et soutient ([ue Brown. sur lequel Hamilton a » décoché de préférence ses traits », est m\ penseuiactif et fécond qui a rendu bien plus de services à la philosophie (2).

A leur tour les livres de Stuart Mill, complétés par ceiiv de Bain, de Spencer, de Lewes qui continuent tous Brown, ont, en France, été analysés, cités, traduits par MM. laine, Cazelles, Ribot(3), etc., qui ont, non sans succès, voulu remettre en honneur la philosophie de l'evpérience. N'est-il pas bon d'apprendre à ceux qui l'ignorent (jue Broun, et même Mill, Bain, Spencer et Lewes, dans une certaine mesure, relèvent de nos idéoloKues?

iimis y trouNous uin' dts vit-s les plus saj.'^es et les plus nobles, racoulôc p,ir Ir plu.s sai:c t-t le plus imble des lioinmes •>.

(1) Cf. Dauiiou, Say, D. de Traey.

ri) Mes Mémoires, trad. Cazelles. p. 'Vl. .j.j,(il, 07, lO.J, 108, l:ii, VM. :>()1, 202, 216, 236.

(3) Pour les tra\au\ fraurais sur Mill. .f. F.M'ieavet, lievue phil. wm, 222.

l'iCAVtT.

LA TROISIEME (jENERATlON D'IDEOLOGUES

L'IDÉOLOGIE Sl'lUlTLALISTE ET CHKÉTIENNE

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