CHAPITRE Mil
Les hommes de la Révolution avaient déliiiit l'ancien régime pour y subsliLuer une organisation administrative et judiciaire, politique et financière, religieuse et universitaire qui n'eût rien de commun avec le passé. Mais bientôt on saperçut qu'on ne change pas impunément du jour au lendemain les institutions, et que « la chute de ces grands corps ne peut être que très rude ». Il y eut réaction; on restaura le pouvoir exécutif, la religion, l'Université, même les Bourbons. Quelques-uns voulurent rétablir en entier l'ancien ordre de choses. Bien peu soutinrent que l'édifice social devait être de toutes pièces reconstruit sur un plan nouveau. Et de fait, qui pouvait encore, après vingt ans d'expériences, toutes plus décevantes les unes que les autres, croii'e à la valeur absolue des constitutions, même des plus satisfaisantes pour l'esprit?
Même chose arriva en philosophie. On avait voulu « recréer Tentendement », on avait supprimé les questions capitales de l'ancienne philosophie, on avait, à la façon des sciences physiques et naturelles, commencé l'exploration d'un vaste domaine qu'on avait cru parcourir rapidement. A dire vrai, le début était heureux, et les tentatives devaient être fécondes pour les sciences morales. Mais bien des générations se consumeront à rassembler des vérités de détail avant que l'humanité ait une vue claire de l'ensemble. En attendant, il faut vivre, et pour vivre « avoir au moins une morale par provision ». L'ancienne philosophie, alliée de la religion, en fournissait une dont on n'ignorait pas les inconvénients, mais que Ton connaissait et qui avait guidé, tant mal que bien, de nombreuses générations. On y revint comme