I.UiOMK.lIlERK ri
cette doctrine originale et paradoxale? quels moyens de persuasion niel-elle en œuvre?
La Lauffui' des calculs est un ouvrage de pur raisonnenienl et il n'y faut pas chercher des méthodes pom' l'art expérimental, pour l'analyse descriptive ou pour tout ce qui n'est que sensations simples. Le raisonnement est au sens ce que sont au bras un levier d'une longueur indélinie, à l'œil un puissant télescope. Les leviers et les télescopes de l'esprit sont les méthodes, et les méthodes, ce sont les langues. La science est une suite de raisonnements : le raisonnement suppose un jugement multiple portant sur des idées complexes et générales. Les idées complexes supposent les signes; les idées générales ne sont que des dénominations : nous ne pouvons donc raisonner qu'avec le secours des signes. En outre le raisonnement est une traduction, une substitution, une transformation qui ne peuvent se faire sans signes : le raisonnement suppose le langage, et l'art de raisonner a été nommé lor/iquc, c'est-à-dire discours. Si l'on ne peut faire en morale et en politique les heureuses transformations qui. en mathématiques, nous conduisent, des mots les plus abstraits, à des mots sous lesquels on ne trouve que des sensations ou des sentiments purs, c'est aux vices de la langue qu'il faut s'en prendre : avec plus de simplicité, avec le secours de l'analogie, on raisonnerait dans toutes les sciences comme en mathématiques. La langue des calculs possède l'analogie, la simplicité, la détermination rigoureuse des signes, les trois qualités qui font la perfection d'une langue de raisonnement. De ces conditions, la plus indispensable est la détermination des signes. Or il est possible de déterminer les signes sans le secours de
'< Le ûTcuie le plus iniissant est obligé de parrourir nue à une, et sans jamais franchir d'intervalle, fonte la série de propositions identicjues.
« Et cependant quand on sait la première proposition, on sait la seconde ; quand on sait la seconde, on sait la troisième, etc.; en sorte qu'il semble qu'on parvienne à savoir une science entière, sans a\oir rien appris.
« Ce passasse dune proposition identique à une proposition identique, ou le raisonnement, c'est la même chose.
'< Le raisonnement n'est qu'un calcul : donc les méthodes du calcul s'appliquent à toute espèce de raisonnement, et il n'y a qu'une méthode pour toutes les sciences.
'< Or les opérations du calcul sont mécaniques, donc le raisonnement est mécanique dans toutes les sciences.
« Dire que le raisonnement est mécanique, c'est dire qu'il porte sur les mots, sur lessisrnes; donc une suite de raisonnements ou une science n'est qu'une langue,
'< Mais une science se compose d'idées générales ; donc les idées générales ne sont que des signes, des mots, des dénominations »,
534 L'iOËOLOClE Sl'IlUTrAI.ISTK ET CIIUl'ïIRNNE
lanalogie dans toutes les sciences ; elles pourront donc avoir des démonstrations aussi rigoureuses que l'algèbre sans avoir une langue aussi bien faite.
D'ailleurs dans tout raisonnement on soustrait, on ajoute ou l'on substitue comme dans la science du calcul; on substitue une expression à une expression différente en conservant la même idée, comme dans le calcul, les sommes, les différences, les produits, les quotients ne sont que des expressions abrégées qu'on substitue à d'autres expressions moins commodes, mais renfermant le même nond)re ou la môme idée. Hobbes a dit que le raisonnement est un calcul, Condillac l'a prouvé; mais il n'a pas ramené les deux expressions, raisonnement et calcul, 'a une identité absolue et immédiate. Il fallait dire, non que le raisonnement consiste dans des compositions et des décompositions, mais qu'il consiste dans des substitutions : l'identité du mot aurait montré l'identité d'idée.
Le raisonnement ne différant pas du calcul, il suffit d'examiner la marcbe suivie dans la science du calcul pour apprendre à raisonner. On va de l'addition à la multiplication. En passant par le cas particulier de l'addition, où les sommes partielles sont égales entre elles, on voit la multiplication dans l'addition : l'inconnu est la même chose que le connu. De même en métaphysique et dans la langue de Condillac, l'imagination est un point de vue de la réflexion, la réflexion un point de vue du raisonnement, le raisonnement un point de vue de la comparaison, la comparaison un point de vue de la sensation. On trouve les mômes rapports entre la liberté morale, la volonté, le désir et l'inquiétude, le besoin et la sensation (1). Mais les mathématiques sont une science faite, la métaphysique, une science à faire. En effet, il n'y a pas de langue universellement adoptée parles métaphysiciens; on ne peut, en métaphysique, assigner, comme en arithmétique, le rang du chaînon auquel on s'est arrêté, parce que les parties diverses de la métaphysique n'ont pas été systématisées, parce qu'elles ne remontent pas à un principe commun et unique (2).
Mais, dira-t-on, vous êtes obligé de parler d'une identité partielle et votre langage est contradictoire ou frivole ? L'identité est totale dans les équations où une môme quantité est exprimée
(1) Plus tard, Laromiguière substitue son système k celui de Condillac.
(2) Laromiguière reprend les idées du pi'emier Mémoire lu à l'Institut.
LAilOMICl lÈUK a3o
on deux manières, ou tlaus loule proposilion qui définit; partielle, quand le second membre de la proposition, l'attribut, se borne à énoncer un point de vue du premier membre ou du sujet. Il n'y aurait frivolité que s'il s'agissait de l'idenlité des expressions et non de celle des idées. De cette vérité d'observation, 1(1 chalcio' dilate tous les co)ys et le froid les resserre, Lavoisier conclut qu'il n'y a pas de contact dans la nature : les deux propositions sont identi([ues, le raisonnement n'est pas frivole. Démontrei', c'est faire voir qu'on n'a qu'une seule et même idée sous deux formes diverses. L'idée, qu'on voit à découvert dans la proposilion fondamentale, se montre déjà un peu voilée dés la seconde proposition ; le voile s'épaissit à la troisième, à la quatrième, et bientôt les opérations, les raisonnements ne se font plus qu'avec les signes. En pensant t\ ces propositions, nous avons le sentiment de leur liaison avec les propositions précédentes et le souvenir ou la certitude que, par ce moyen, elles se lient à la proposition fondamentale dont l'idée cependant a cessé d'être présente à l'esprit. « Je viens de faire connaître, dit Laromiguière en terminant la seconde partie de son ouvrage, les pièces d'un procès, d'un grand procès. Il ne s'agit pas de quelque intérêt ordinaire, il s'agit des intérêts de la raison. Mon rôle est fini, j'attendrai le jugement (4) ».
Dans une courte conclusion, il fait l'éloge de cette Langue des Caleuls, que l'Europe doit à la France, et que la France doit à Condillac, dont les vues si nouvelles, les principes si naturels, les conséquences si inattendues ne peuvent manquer d'appeler l'attention des bons esprits et l'œil sévère de la critique. L'étude de la langue du raisonnement, ajoute-t-il, est celle qui convient le mieux à l'être dont la faculté de raisonner est le plus noble caractère, qui peut par elledonner à son intelligence des accroissements sans fin : « C'est un microscope qui nous rend l'objet que sa petitesse dérobait à nos sens : c'est un télescope qui le rapproche, quand il est trop éloigné : c'est un prisme qui le décompose, quand nous voulons le connaître jusque dans ses éléments : c'est le foyer puissant d'une loupe qui resserre et condense les rayons sur un seul point : c'est enfin le levier d'Archimède qui remue le système planétaire tout entier,
(1) Cette phrase n'est que dans la seconde édition, m;iis elle pr(''p;ire la conclusion et ne change rien à la pensée.
•iliU Ll\)VA)]AM.Ui SPIUITLALISTE ET CIIIJETIENNE
quand c"est la main (Je Copernic ou celle de Newton qui le dirige (1)».
Quand FUuiversité lut créée, Laromiguière, désigné comme professeur de philosophie pour la faculté des lettres de Paris, apprit, par son ami Desrenaudes (^), que les éludes philosophiques ne figuraient pas dans l'enseignement des lycées. Desrenaudes, frappé des objections de Laromiguière, les lui demanda par écrit et les soumit à Fontanes, qui fut convaincu (3).
Le 26 avril 1811, Laromiguière ouvrait son cours à la faculté des lettres par un Discours sur la Langue du raisonnement (-4). Il réunit les tendances et les doctrines signalées dans les ouvrages antérieurs. L'amateur du beau langage veut qu'on étudie les poètes et les orateurs; l'idéologue pense que la méthode philosophique, indispensable dans les sciences, est nécessaire dans les ouvrages de pur agrément; l'homme qui a modifié le condillacisme dit que nos idées sensi]:)les, et non toutes nos idées, viennent des sens, que nous apprenons à regarde?' et non à voir, à écouter et non à entendre. Aristote et Hobbes, Leibnitz et Malebranche, mais surtout Descartes, mis bien audessus de Bacon (o), sont placés à côté de Condillac ou un peu au-dessous à un rang fort honorable. Comme dans les Para-
(1) Voilà encore un côté qui reste plus tard dans Tombre et p:ir lequel Laromiguiêre'se rapproche de D. de Tracy, de Cabanis et de Condorcet.
(2) Voyez sur Desrenaudes, ch. vu, § 1.
(3) Cf. ch. I, § 2 et vu, § 1. Le fait est rapporté par Mallet, par M, Paul Janet, par Mig-net. Man^ras, ce singulier professeur de philosophie, qui, suppléant plus tard Millon à la faculté « se promenait », en parlant des philosophes anciens à travers <>, le vaste lazaret des maladies intellectuelles » et faisait de son cours « tine clinique philosophique »,im\i eu ajoutant que cette comparaison est plus amusante (?) qu'exacte, parce que les philosophes sont des malades qui, ignorant leurs maladies, veulent f/uérir les autres, a soutenu que c'était îiprès avoir vu la façon dont il faisait sou cours de philosophie à Saint-Barbe, quel'évèque de Casai avait réclamé auprès de Fontanes l'adjonction de la philosophie aux autres matières d'enseignement. Desrenaudes et l'évcque de Casai ont pu intervenir auprès de Fontanes, mais si ron veut se reporter à ce que nous avons dit (ch. i, § 2) de renseignement sous l'Empire, on verra que l'organisation des études philosophiques fut plutôt théoritpie que réelle.
(4) « Les hommes éclairés qui composaient le Conseil de l'Université, nous dit Laromiguière lui-même, avaient arrêté le jjrogramme suivant :
« Le professeur de philosophie approfondira les principales questions de la logique, de la métaphysique et de la morale. Il s'attachera spécialement à montrer l'origine et les développements successifs de nos idées. 11 indiquera les causes principales de nos erreurs. Il fera connaître la nature et les avantages de la méthode philosophique ».
(o) Nous recommandons cet éloge de Descartes, dans lequel Laromiguière s'exprime comme d'Alembert, Condorcet et Cabanis, et plus encore comme ThurotetD. de Tracy, à une époque où Royer-Collard combattait Descartes, à ceux qui font des idéologues les adversaires de Descartes.
doxes, Laroniiguit>ro prend les langues, non seulement comme" des moyens de communiquer la pensée et comme des formides pour retenir les idées prèles à nous échapper, mais comme des méthodes propres à suggérer des idées nouvelles. 11 fait consister Tart de penser dans Tart d'ordonner nos sensalions. Considérant le raisonnement dans l'esprit, antérieurement à l'époque où l'on s'est servi des signes, où l'on a acquis cette hahitude devenue une seconde nature, par laquelle la pensée est aujourd'hui une parole intérieure (1), il y voit le sentiment simple de l'identité entre plusieurs jugements ou rapports. Dans le discours, le raisonnement est l'expressiou d'une suite de jugements renfermés les uns dans les autres, le passage du connu à l'inconnu, la liaison d'un principe à sa conséquence, une synonymie continuelle d'expressions diverses, une suhstitulion do mots ù d'autres mots, une succession plus ou moins prolongée de propositions identiques.
L'auteur du Projet et des Mémoires ahorde le sujet qui devait être traité dans le dixième livre du premier de ces ouvrages et croit que Bacon et Malehranche se seraient épargné leurs savantes recherches et leurs longues énumérations, s'ils s'étaient occupés plus spécialementde l'influence des langues. Il parle du mouvement des organes, sollicité dahord par la nature, bientôt soumis à la volonté, qui se porte sur les objets et nous donne les premières idées de l'attention qui dirige les organes et fait trouver l'idée cachée et perdue dans la sensation. L'enfant, privé de toute activité, interne ou externe, serait incapable de diriger ses sens, de donner son attention, d'acquérir aucune connaissance, de prendre son rang parmi les intelligences. L'idéologue qui a éclairci les questions en expliquant les mots analyse des sensations et idée, s'attache de môme à rendre clair chacun des termes du programme qu'il doit remplir. Il recommande de ne jamais faire usage d'un mot qui manquerait de précision ou de justesse. Enfin il veut que l'objet entier du cours soit ramené à une idée fondamentale, qui soit l'idée même de la méthode : « Avec une bonne méthode , l'esprit s'élève insensiblement de vérité en vérité; conduit par l'analogie jusqu'à la source de la lumière, il goûte enfin le plaisir inexprimable de se reposer au sein de l'évidence ».
(1) Cardaillac développe cette expression, que M. Victor Egger a prise pour sujet d'une thèse fort intéressante, cf. § 4.
o38 L'IDÉOLOGIE SPIRITUALISTE ET CIIRËTIENNE
Laroiiiiguière fit ses leçons pendant les années 1811, 1812, 1813 (1). Ouvertes cFabord à un petit nombre d'élèves, elles furent bientôt publiques, et avec la publicité, dit M. Janet, vinrent le succès et la gloire. Ce n'est pas seulement (2), une jeunesse ardente aux études qui préparent une heureuse et honorable vie, quon voyait se presser sur les bancs de l'école ; tout ce que la capitale a d'esprits éclairés et élégants, dans les deux sexes, s'y rendait souvent en foule. « Il pénétrait de ses clartés, dit Mignet, enveloppait de ses raisonnements, enchantait par ses talents et gagnait à ses doctrines les auditeurs de plus en plus nombreux et ravis, qui accouraient entendre tout ce qui sortait de cette bouche d'or, comme rappelait Tabbé Sicard ». Laromiguière, « qui n'aimait pas à se montrer », a été obligé de constater lui-môme ce succès en 1833, alors qu'il pouvait parler de son cours et de sa philosophie comme de « choses entrées dans le domaine de l'histoire ». Nos leçons, écrivait-il, ont été écoutées avec une attention pleine de bienveillance; le pubhc nous a su gré de reproduire des idées qu'il avait trop longtemps été forcé de négliger et dont l'oubli ramènerait les nations à la barbarie ; la jeunesse ne s'effraya pas de nos recherches métaphysiques. Sa curiosité leur prêta de l'attrait et une sorte de charme ; l'auditeur le plus étranger à ces recherches entendit avec intérêt l'histoire des mouvements et des affections de son âme; le savant sembla nous tenir compte de quelques vues nouvelles sur les principes de l'intelligence ; le célèbre écrivain , alors grand maître de l'Université, M. de Fontanes, se plut à nous dire qu'il goûtait la simplicité de notre langage et la clarté de nos explications ».
Jouffroy, qui n'avait pas entendu Laromiguière, n'hésite pas à le placer à côté de Royer-Collard, comme ayant ressuscité la philosophie du xvni« siècle dans un langage admirable de clarté et d'élégance, entraîné à sa suite une partie de la jeunesse, laissé l'École normale pleine du souvenir de ses paroles et de l'ardent intérêt qu'elles avaient inspiré. Damiron, dont le témoignage n'est pas plus suspect que celui de Jouffroy, s'exprime de même (3). Victor Cousin, qui substitua son
(1) Cf. Himly, Livret de la Faculté des LeUres de Paris.
(2) Garât, Mémoires de Suard, II, 3o.
(3)« A Toir ses idées, dit-il, exprimées avec taut d'élég-ance et d'exactitude, exposées d'une humeur si facile, si tolérante, si véritablement philosophique, on aime-
inlliience à celle du maître qui avait dirigé ses premières études philosophiques, nous a transmis les indications les plus précises sur l'enseignement de Laromiguière. En 1S19, il écrit que les succès du professeur ont été grands (1). En 1S37, il prononce sur la tombe de Laromignière un discours dans lequel il se fait le disciple du maître qui vient de mourir (i). Mais c'est surtout dans la préface de la seconde édition des Fragments, qu'il a exprimé avec bonheur l'impression produite par le cours de 18H et 1812 (3). Laromiguière continuait Garât et précédait Cousin, Jules Simon, Caro, dont les cours ont charmé des auditeurs que n'attiraient guère les recherches spéculatives, et fait naître plus d'une vocation philosophiciue. Pourquoi renon(^M-t-il à un enseignement qui avait eu tant de succès? Le gouvernement d'alors lui avait-il imposé des conditions auxquelles sa fierté refusait de se soumettre, ou sa santé demandait-elle du repos? C'est à la seconde hypothèse qu'il est préférable de s'en tenir (4).
En 1813, Laromiguière fit paraître la première partie de ses Leçons de philosophie (5). Dictées sommairementet de mémoire,
rait à les adopter, à adhérer à uue philosoiihie qui se préseuto avec tant d'agrément ft de bon goût ».
(1) « Tel est TefTet d'un easeignement et d'un style (lui comluisent toujours le lecteur ou l'auditeur de i-e ((u'il sait mieux à ce qu'il sait moins, ou ignore tout à fait ...
(2^ « G beaux jours, disait-il, de la philosophie à TÉrole normale et à la Faculté des lettres de l'Acadcmie de Paris, quand M. LaromiiTuiére enseignait avec tant d'éclat et de charme.., Qui "ous rendra l'éloquence de celui que va recouvrir cette tombe... ces improvisations dont le style le plus iieureux n'offre encore ([u'une image alfaiblie, ces incomparables leçons où dans une clarté suprême, s'unissaient sans effort les grâces de Montaigne, la sagesse de Locke et quehpiefois la suavité de Fénelou?... Sa parole exerçait une fascination véritable. J'ai vu des hommes vieillis dans ces méditations s'imairiner, en entendant .M. Laromiguière, que leur esprit souvrait pour la i)remicre fois à la lumière, tandis qu'à côté d'eux les plus simples, trompés j)ar cette lucidité merveilleuse, croyaient comprendre parfaitement les plus profonds mystèies de la métaphysique ».
(3) « Il est resté, dit-il, et restera toujours dans ma mémoire, avec une émotion reconnaissante, le jour où, pour la première fois en 1810, élève de l'École normale, destiné à l'enseignement des lettres, j'eutendis .M. Laromiguière. Ce jour décida de toute ma vie : il m'enleva à mes premières études qui me promettaient des succès paisibles pour me jeter dans une carrière où les contrariétés et les orages ne m'ont pas manqué. Je ne suis pas Malebrauche ; mais j'éprouvai en entendant M. Laromiguière ce qu'on dit que .Malebrauche éprouva en ouvrant par hasard un Traité de Descaries... l'Écoie normale lui appartenait tout entière ».
(4) '< Uue infirmité dont il souffrit quarante ans sans se plaindre, dit Saphary, Téloigna d'un enseignement dont les succès sont mémorables ». Et Mignet nous apprend que cette maladie des plus opiniâtres et des plus douloureuses était une inflammation intermittente delà vessie, dont les crises de plus en plus rapprochées et alarmantes amenèrent sa mort.
(o) Leçons de philosophie ou Essai sur les facultés de l'âme, par M, Laromiguière, professeur de philosophie à la faculté des lettres de l'académie de Paris, tome le', Paris, Brunot-Labbe, 436 pages. - .
UO L'IDÉOLOGIE SPIRITI ALISTK ET CIIRKTIENiNE
* elles étaient incomplètes, toutes ne s'y trouvaient même pas. Mais il n'avait pu oublier les idées essentielles qui étaient, disaitil, plus justement encore quil ne le croyait, en trop petit nomI)re. Il s'estimait trop récompensé si les bons esprits y apercevaient quelques traces de la méthode, si la critique trouvait que l'ouvrage pouvait faire naître ou fortifier le goût du vrai et de la simplicité. Le volume traite, en quinze leçons, des facultés de l'àme considérées dans leur nature. Dans la première, il est question de la méthode et de l'objet du cours de philosophie ; dans la seconde, du principe des facultés de l'àme et de l'influence du langage sur nos opinions; dans la troisième, du système des facultés de l'àme d'après Condillac; dans la quatrième, de son propre système; dans la cinquième, des principes des sciences. Cette leçon se termine par l'examen critique du système de Condillac, continué dans la sixième. La septième contient des éclaircissements sur la méthode, sur son système des facultés et en particulier sur la liberté et sur l'attention ; la huitième, l'examen des objections qu'on pouvait lui adresser. Dans la neuvième et dans la dixième, il montre que Condillac est spiritualiste, et se demande, dans la onzième, ce que c'est que la métaphysique. Il traite des définitions dans la douzième et la treizième, des opinions des philosophes sur les facultés de l'âme dans la quatorzième ; enfin il cherche, dans la dernière, s'il a fait quelques progrès depuis l'ouverture du cours de philosophie.
En post-scriptum, il annonce qu'il considérera, avec la seconde partie, la faculté de penser dans ses effets, mais que, des deux points de vue très distincts, l'un qui porterait sur les produits de l'entendement, l'autre sur les produits de la volonté et serait le sujet de la morale, il ne traitera que le premier. Successivement, il parlera, dit-il : 1° de la nature, des causes, de l'origine, des différentes espèces et de la classification de nos idées ; 2° des idées qui ont pour objet des êtres réels, les corps, l'âme. Dieu ; 3° des idées dont l'objet n'a point de réalité ou dont la réalité est contestée; des substances, des essences, des possibilités, des causes, des rapports, du temps, de l'espace, de l'infini, etc. Les belles questions, ajoutait-il, ne nous manqueront pas; elles offrent plus de variété et d'intérêt que celles qui nous ont occupé jusqu'ici.
Biran critiqua ce premier volume pour bien établir qu'il n'avait plus rien de commun avec les idéologues. Fort justement, il