‹ Les idéologuesChapitre 80 sur 94 · I.FTTRR l>E n. CONSTANT V VUJ.KRS · texte numérisé non relu

I.FTTRR l>E n. CONSTANT V VUJ.KRS

LETTRE DE HENJAMIN CONSTANT A VIELERS

(ioltingiMi, sept, otier cet. ISli.

Mon iluT Villers, il nrarrive une ridicule et désagréable chose, pour Uniuelle jinvoiiue votre assistance, sans trop savoir si elle pourra me servir à rien. J"ai coniniunitiué à Toelken le plan et plusieurs parties de mon diable de Polythéisme; et Toelicen, avec la plus grande bonhomie, s'est emparé non seulement de l'idée en général, mais de la forme avec une telle exactitude, que l'aniionce du cours iju'il veut donner cet hiver contient mot pour mot les titres de mes livres et de mes chapitres. Les idées, je les lui aurais cédées tant qu'il aurait voulu, parce que tout tient à la mise en oeuvre ; mais il m'est fAcheux que la forme littérale et d'un bout à l'autre se trouve dans un petit imprimé de manière que si mon ouvrage parait, quelque docte critique, qui aura eu connaissance de l'annonce de Toelken, croira que j'y ai pris mou plan. C'est an point qu'il a copié des titres auxquels, de son aveu, il n'avait jamair^ pensé jusqu'ici, comme par exemple le suivant : « De la religion comme pure forme et de son intluence sur la morale ». Toute la dernièiv partie et beaucoup de la première est une traduction de ma table des matières. L'excellent Toelken n'y entend pas malice, car il ma beaucoup pressé de lui en communiquer davantage, en me disant que ce que je lui en avais fait connaître lui avait déjà beaucoup servi, et qu'il y avait puisé une suite d'idées (pii lui seraient très utiles. Je connais toute la misère des réclamations littéraires, mais il luiiiiporte pourtant, autant que quelque chose de cette nature est importante dans le siècle de la bataille de Smolensk, qu'on ne croie pas que le plan entier (jui m'a occupé et donné assez de peine, ait été traduit par moi de l'annonce d'un cours allemand. Je ne pense point à engager Toelken à refondre son annonce, parce qu'il est bien libre diniUquer sur quoi il veut professer. Mais il m'a offert de déclarer dans son cours que je lui avais communi(iné mes recherches: ce n'est pas dans son cours que je désire qu'il le fasse, parce que je tiens peu à ce qu'une trentaine d'auditeurs le sachent. C'est dans cette annonce même, qui sera plus répandue, et ma demande est juste, car il me disait qu'il avait pris < den ganzen Kern meines W'erks ». Il est de très bonne foi et sans aucune mauvaise intention, faites-moi donc le plaisir, cher Villers, de le faire prier de passer chez vous, de lui dire le fond de ma lettre en changeant la forme, et de vous faire montrer par lui son annonce imprimée. Vous y reconnaîtrez dans la marche et dans les propres paroles ce que je vous ai déjà dit plusieurs fois sur le plan et la marche de mon ouvrage. Voyez alors si vous pouvez l'engager à dire ce qui, loin de lui nuire, pourra le servir, qu'il a employé et qu'il emploiera dans son cours les communications que je lui ai faites. En

effet, s'il veut constater dans cette annonce la connaissance qu'il a eue de mon travail, je lui en communiquerai davantage. Je crois que la négociation que je remets à votre amitié sera facile, car Toelken n'a point pris mon plan par amour-propre ni pour s'en faire nn mérite, mais parce qu'il Va trouvé bon, et la manière dont il s'est exprimé avec moi me le prouve, puisqu'il me proposait de traduire mon livre tout de suite, si je ne croyais pas le pouvoir faire paraître en français. Ce n'est donc pas une réclamation hostile, mais une demande amicale et juste que je vous confie. Je ne désire qu'une petite phrase qui serve de réponse à l'accusation de plagiat, si elle avait lieu pour l'avenir, à peu près ceci : « Un de mes amis, M. B. de C, m'ayant communiqué le plan et différentes parties d'un ouvragfî dont il s'occupe depuis longtemps sur l'histoire et la marche des religions anciennes, je ferai usage dans mon cours, de son consentement, de la comnumication qu'il m'a faite ».

Si contre toute attente Toelken se refusait à cette justice, je serais obligé de constater ma priorité, et d'engager une querelle littéraire, ridicule à mes yeux, odieuse aux siens, et indifférente au public, de sorte qu'il y aurait perte pour tout le monde. Mais cela n'arrivera pas, grâce à l'intégrité de Toelken et à votre bonne et habile intervention. V'ous lui ferez sentir aisément, après avoir lu vous-même son annonce, quil n'est d'aucun avantage pour lui, qu'on croie que j'ai pris là-dedans la division de mon livre, et que les communications que je lui promets en échange du témoignage que je lui demande lui seront utiles.

Mais que votre amitié se dépêche et agisse aujourd'hui, car son annonce est imprimée, et il attend qu'on la lui renvoie de chez l'imprimeur corrigée pour l'expédier à Leist et la répandre. Ne lui montrez pas ceci, parce qu'il se chocpicrait peut-être, et arrangez cette grande et petite affaire avec, votre bonté pour moi. Je vous permets même, (juand vous l'aurez arrangée, de vous moquer de l'indélébile qualité d'auteur.

Je vous embrasse. B.

P. S. — Expliquez à Toelken pourquoi je ne lui ai pas parlé moimême de tout ceci en lui faisant comprendre que l'amour-propre a sa pudeur. Peut-être au reste sera-t-il lui-même bien aise de me nommer parce qu'une communication manuscrite a toujours quelque intérêt de plus. Je ne lui demande que ce que Creuzer a senti qu'il devait à Bottiger pour une confiance du même genre que celle que j'ai eue pour Toelken. (Isler, Briefe an Ch. de Villers, Hamburg, 18S3.)

VAlX)rrF.I\. f.AMARCK RT IlTTRl': 590

VAl OIELIN ET LAMAUCK JLT.ÉS PAR LK u LYl-KE ■.

Vaiiquoliii était profosseur de cliiniie an Muséum (riiisidiiv naturi'llo et membre de la section de cliimie à l'Institut, et Lamarciv, membre de la section de botanique à l'Institut et professeur de zoologie au Muséum. Le premier, élevé à l'ombre toute-puissante de Fourcroy, fut investi de toutes les dignités dans lesquelles Fourcroy dédaigna de descendre ; le second ne brills que de son propre éclat et ne tint ses places que de son talent. Celui-là cultiva la science et la fortune à la fois; celui-ci, debout chaque jour pour la science, dès cinq luMires du uuitiii, oublia la fortune et vécut oublié du pouvoir. Le premier fut plus vanté en France (ju a l'étranger ; le second est encore plus célèbre à l'étranger qu'en France et comme les éloges obtenus loin de nous ne sont dictés par aucune considération intf'ressée, Lamarclv, de son vivant, a été pour ainsi dire jugé pai- la postérité. Vautiuelin lit beaucoup de travaux, mais presque toujours sur le même modèle;... Lamarck,plus ingénieux (lu'exact, plus profond que sévère, n'a pas laissé, jusque dans ses écarts, iriinitrinier dr nouvelles impulsions à la science, l'eu façonné à l'intrigue et aux ménagements de l'ambition, il exjjrima ses grandes vues avec hardiesse, et sans les accommoder aux goûts des pouvoirs divers qui ont passé successivement devant lui, il lutta contre des adversaires (jui, devenus plus puissants (jue lui, ont semblé l'éclipser de l'éclat que leur prêtaient le journalisme et les faveurs ministérielles; mais ses opinions, d'abord ridiculisées, reprennent faveur, aujourd'hui qu'on les juge loin des ministères.

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