LETTRE DE M. I.ITTRK PÈRE A LA « DÉCADE
[In journal, ([ui me tombe sous la main, me rappelle ce conseil de Bacon, et me fournit l'occasion de le suivre. Ce journal est celui des Bàiimetils civils et des (D'Is , qui, dans son numéro 24, rapporte les époques de diverses inventions ou usages, tirés de l'ouvrage du conseiller allemand Beckmann. J'y lis : « En lliMS, on commen(,;a à mettre en français les actes de justice qui étaient en latin avant ce temps là ». Cette expression, les actes de justice, est peu exacte. Il fallait les actes publics, ce qui est fort ditîérent. C'est en 1539 et non en lo:{8 que fut rendue cette ordonnance. Elle est datée de Villers-Cotterets, et comprend, outre la disposition relative aux actes publics, divers règlements pour abréger les procédures et pour rogner les attributions monstrueuses des tribunaux ecclésiastiques.
Il ne faudrait pas conclure des paroles de Beckmann, qu'avant 15.39, tous les actes publics étaient écrits en latin. On trouve dans tous les chartriers,etdans tous les recueils oii l'on a eu pourobjet de rassembler
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de semblables pièces, un très grand nombre d'actes en langue vulgaire, qui sont du xv", du xiv«, et même du xiii« siècle.
Presque toutes les ordonnances royales sont en français. — Beaumanoir, qui recueillit et publia en 1283, les coutimies du Beauvaisis, les donna en français. Les Assises de Jértisalem sont en français. Les lois de police, connues sous le nom d'Éiablissemenls de Saini-Louis, et qui sont du milieu du xui*' siècle, sont en français, et l'ouvrage de Pierre de Fontaines, notre plus ancien jurisconsulte, est écrit dans la môme langue. Cet ouvrage est de 1226 et contient la jurisprudence du pays de Vermandois.
Les bonnes lettres mêmes furent cultivées en langue vulgaire, dès le xin« siècle ou au commencement du xiv^ ; et sans compter les poètes qui remontent beaucoup plus baut, on trouve parmi les livres qui en 1300 faisaient partie de la bibliothèque de Charles V, des traductions d'Aristote, de Tite-Live et de Valère Maxime.