‹ Les idéologuesChapitre 83 sur 94 · I.KTTUES DE LAIIUMIGLIEHI'; A VALETTE · texte numérisé non relu

I.KTTUES DE LAIIUMIGLIEHI'; A VALETTE

8 novembre 1819.

Vous m'avez donné la plus agréable des nouvelles; je sais un i^rc infini à ceux qui ont eu le bftn sens de préférer l'esprit ;i la lettre et de juger qu'une irrégularité vaut mieux quelquefois que la stricte observation de la règle. Vous voilà donc mon confrère et mon digne confrère en philosophie. Cette pauvre philosophie a grand besoin de se recruter. Je n'en désespérerais plus si elle faisait une douzaine d'acquisitions pareilles k la vôtre, mais il ne faut pas y compter. J'ai peur que votre louable ambition d<^ bien faire et votre modestie n'exagèrent les difficultés. Vous voyez devant vous une bibliothèque tout entière à dévorer et mille obstacles à surmonter, (iardez-vous de trop lire, et quant aux obstacles, c'est nous qui les plaçons maladroitement sur une route que la nature avait tracée elle-même et qu'elle avait rendue facile à parcourir. Je vous conseille d'employer les vacances à l'étude exclusive de Locke et de Condillac. Une fois que vous serez

familiarisé avec ces deux auteurs, et que vous vous serez approprié leur méthode, la lecture des autres philosophes ne sera pour vous qu'un jeu. Vous admirerez le génie de Bacon, vous vous étonnerez de la profondeur de Hobbes, mais vous les jugerez l'un et l'autre. Vous jugerez aussi, en les admirant, Descartes et Malebranche; après quoi viendront les philosophes écossais et allemands, que vous aurez acquis le droit d'apprécier à leur juste valeur. Une chose que je ne saurais trop vous recommander (vous m'avez permis de vous donner conseil), c'est de vous arrêter longtemps sur les belles pages qu'on rencontre quelquefois dans Bacon, on dans Pascal, ou dans Malebranche, ou dans Condillac. Il faut les lire et relire cent fois. Le temps est ainsi mieux employé au profit de la raison et du goût que celui qu'on donnerait à mille pages de tel philosophe que je ne veux pas nommer, comme vingt vers de Boileau vous rendront plus poète que mille vers de Chapelain ; mais nous parlerons de tout cela plus amplement à votre retour. J'espère qu'on vous laissera libre tout l'hiver et peut-être toute l'année. Si, en entrant en fonctions, vous possédez bien les deux auteurs dont je vous ai conseillé la lecture pour les vacances, je vous préviens que le suppléant en saura plus que le professeur, plus que tous les professeurs, mais certainement plus que je n'en sais, ce qui n'est pas beaucoup dire à la vérité. Adieu, mon très cher Valette, je vous embrasse de tout cœur.

a septembre 1820.

J'ai tardé à vous répondre, mon très cher Valette, parce que j'aurais voulu vous envoyer en quelque sorte votre brevet de nomination, mais nous en avons l'équivalent dans la promesse de ceux ([ni les rédigent et qui les expédient. J'ai vu deux frères dont l'un est le principal arbitre de votre sort (Cuvier). J'ai fait parler un inspecteur général ; j'ai assisté à l'examen des élèves qui se présentent pour l'école normale et à l'occasion de votre élève Charma qui a répondu comme un ange, j'ai parlé de'son maître et tout le monde étaft prévenu que ce maître devait être professeur au cinquième collège. Vous devez donc avoir les plus grandes espérances, je ne crains pas même de dire la plus grande certitude.

Vous demandez l'origine de Vidée du bien et du mal moral. Cette idée vient du sentiment du bien et du mal moral.

Mais le sentiment du bien et du mal moral n'en présuppose-t-il pas l'idée? Non: le sentiment du bien et du mal moraine présuppose que l'idée d'un acte de notre volonté et l'idée de la loi. Le sentiment môme du rapport entre ces deux idées est le sentiment même du bien et du mal moral; du bien moral si le rapport est de conformité, du mal moral, si le rapport est d'opposition.

Sentiment du rapport de conformité entre un acte volontaire et la

LETTPxES INÉDITES DE LAROMU-lll-RE A SAPllARY 60:i

loi ou sentiment du bien moral, c'est la même chose. Sentiment du rapport d'opposition entre un acte volontaire et la loi ou sentimiiil du mal moral, c'est la même chose.

Par 1 action des facultés de l'entendement appliquée à nos divers sentiments moraux, ces sentiments deviennent autant (Vidées ou de perceplions.

I.a conscience est donc seniinieiii de rapport, avant trètre p(>rceplio)t de rapport, jugement senti, avant d'être jugement perçu.

Pour expliquer dune manière un peu complète et suflisamment étemlue ce qui concerne le sentiment moral, il faudrait parler de la sympathie, de l'ordre, du beau, etc. Il faudrait faire intervenir la liberté, il faudrait même remonter jusqu'à Dieu, auteur des lois morales; je n'entre pas dans ces considérations.

La ciMiscience consiste-t-elle uniquement dans la connaissance de la loi? Non certes : conscience est plus que science. La conscience est ou sentiment ou idée, je veux dire un sentiment ou idée de rapport, et comme tout rapport suppose deux termes, la connaissance de la loi ne suffit pas pour les faire naître.

Tout ceci demanderait de plus amples développements, mais vous les trouverez sans moi. Adieu, mon très cher Valette, mon très cher professeur du collège d'Harcourt, je vous embrasse avec la plus tendre amitié.

LETTRES INÉDITES CO.M.MLNIQL'ÉES PAR .M. SAPilAHY ITLS

i:; mai 1826.

Vous devez avoir reçu, ou vous recevrez incessamment un exemplaire de la quatrième édition des Leçons de philosophie. .l'en ai changé le titre qui annonçait une suite à l'ouvrage. Ce que je promettais dans les éditions précédentes, je ne le tenais pas. Dans celle-ci, le titre n'annonce rien au delà de ce que j'exécute tant bien que mal.

J'ai été bien malade et bien longtemps malade, je suis mieux depuis deux mois, et cela durera autant qu'il plaira à celui qui est le maitre de la santé et de la maladie.

Les premières idées du juste et de l'injuste se montrent au commencement de la vie. Les idées morales qui sont l'objet des maximes de Larochefoucauld, de La Bruyère, des romans de >!■"« de Staël, etc., sont inconnues à nos bons montagnards. Ils n'ont pas l'esprit assez aigu pour pénétrer les finesses de Marivaux on de l'hôtel de Rambouillet. Les causes physiques et occasionnelles de la mémoire ont toujours été et seront toujours inconnues. J'ai négligé toutes ces causes dans cette nouvelle édition.

Nous avons trois facultés relatives à la connaissance et trois rela-

GOi APPENDICE

tives au bonhfîur. Je crois que les bêtes manquent et de liberté et de raisonnement ; ou il y en a si peu que ce n'est pas la peine d'en parler.

Mon libraire a fait d'un seul coup deux éditions des Leçons, l'une in-8 que je prends la liberté de vous offrir, l'autre in-r2 et en trois petits volumes à l'usage des étudiants. Si vous ou votre libraire en demandez à M. Brunot-Labbe, il s'empressera d'en faire l'envoi.

J'ai soigné le style de mon mieux. Vous remarquerez quelques changements par ci par là. Vous trouverez aussi à la sixième leçon du deuxième volume un morceau sur Kant, qui surprendra ceux qui ne connaissent cet auteur que de réputation.

Vous entendez mon ouvrage aussi bien que moi. Il y a plaisir d'avoir des lecteurs tels que vous. Ils sont bien rares.

Recevez, mon cher Saphary, l'expression de mon estime et de mon

attachement bien sincère.

17 juillet 1826.

Votre vivacité m'a fait bien peur, mon cher compatriote, et je n'a pas été surpris qu'on se sentit blessé. Heureusement les choses ont mieux fini qu'elles n'avaient commencé, et je vous en félicite. Une autre fois ne soyez pas si prompt, et étonnez-vous, non pas quand vous entendrez des absurdités, mais quand vous entendrez des choses bien raisonnables. Le monde est ainsi lait, vous vous y accoutumerez. Je vous dis ceci pour prévenir les leçons que vous recevrez de l'expérience, elles ne vous manqueront pas ; soyez-en sûr.

Je vous prie de croire que je ne suis pour rien dans la rédaction d'un certain manuel. Je serais moins pressé d'un désaveu, si quelqu'un allait m'attribuer celui dont vous vous occupez. Je le tiens d'avance pour infiniment meilleur. C'est un service que vous rendrez sliidiosœ juventiiti. Je vous en remercie en son nom.

La doctrine du sentiment, source de connaissances quand il est élaboré par l'action de l'esprit, peut recevoir des développements sans fin; car tout est là. La comparaison des diverses manières de sentir, relativement à la formation et à la perfection de l'intelligence, est riche en détails intéressants. La comparaison d'homme à homme, de la sensibilité d'un individu à la sensibilité d'un autre, mène à une foule de vérités pratiques; car rien ne varie plus que la sensibilité, la sensibilité morale surlout; on peut en indiquer les degrés depuis sa grossièreté la plus brutale jusqu'à une susceptibilité ridicule. Quel fond à la diversité pour des idées morales !

Vous êtes mal instruit au sujet du rédacteur de la nouvelle philosophie. Je doute qu'il partage certaines opinions qui vous révoltent justement. C'est avec un vrai plaisir que je vous embrasserai à votre arrivée.

Croyez, mon cher confrère et compatriote, que je suis très flatté de

I KTini s INKniTES DE LAUOMKiUlERE A SAPHAin (;o;i

rap[»robation que vous donnez à mes idées et à ma méthode. Je vous • i-einercie mille fois de ce ([ue vous me dites à ce sujet, et je vous euibrasse de tout mou cœur.

12 septembre 1820.

.Mon cher philosophe, le doyen de la Faculté est absent deiniis trois semaines; il sera bientôt de retour ; mais s'il vous répond, il vous dira ce que je vous ai dit, qu'il est indispensable de présenter deux thèses, une de philosophie en latin, l'autre de littérature et en français. Vous me demandez si au lieu de la thèse de littérature, vous ne pourriez pas traiter une question de philosophie, ayant quelque rapport à la littérature, je ne le crois pas. Faites le contraire; traitez une question de littérature ayant quelque rapport à la philosophie ; on s'en contentera peut-être. Si vous deviez venir à Paris dans le courant de septembre, il vous serait facile de savoir a quoi vous en tenir, tant sur la l'orme des tlièses que sur le fond. Je ne sais pas si vous jugez bien les choses de cinquante lieues; je ne sais pas même si vous pourrez bien les juger sur les lieux. Vous pourriez vous faiic illusion eu supposant (piOn soit ennemi de certaines doctrines. Pour moi, je suis trop ignorant pour avoir un avis, et surtout pour vous en donner un. Je fais profession de ne rien comprendre à biendeschoscs qui se disent ou qui se taisent.

J'ai oublié de vous remercier du moment agréable que m'a procuré la lecture de vos vers montagnards. Je n'oublierai i)as de vous dire combien je suis flatté d'un disciple tel ^[ur vous, d'un disciple qui vaudra, s'il ne vaut déjà mieux que le maître. Adieu, mon très cher Saphary, je vous embrasse de tout mon cœur.

3 mars 1827.

Mon cher Saphary, vous m'avez dit [dus li'une fois que vous étiez une mauvaise tète, et je n'en voulais rien croire; actuellement il n'y a pas moyen d'en douter. Passe encore, si la division avait pu se faire ; j'aurais eu ma part et vous la vôtre, au hasard d'en laisser arriver quelques bribes à ces Messieurs. .Mais vous donnez tout et ne gardez rien. Vous me traitez comme le lion se traitait lui-même. Il ne faut avoir ni la tète mauvaise, ni le cœur trop bon. Ainsi vous méritez uu double reproche, et je vous le fais. Keste votre esprit : ici le trop ne nuit pas ou, pour mieux dire, il n'y a jamais trop; et je compte sur vous non seulement dans vos intérêts, mais encore dans les miens. Vous m'allongerez, raccourcirez, corrigerez, embellirez, et j'en ai grand besoin Adieu, mon cher Saphary, je vous remercie du superbe pâté, et je vous

embrasse.

13 avril 1827.

Mon très cher philosophe, j'ai lu et relu votre programme. A la seconde lecture, il m'a paru meilleur qu'à la première, et il sera encore

meilleur à la troisième. Voilà Teftet du bon el du vrai. La forme, quoique vous en disiez, vaut le fond. Je vous garantirais pour l'ouvrage que vous avez projeté, un style excellent, s'il fallait une garantie après ce que vous venez de faire en quatre jours. Un auteur est bien heureux, de vous avoir pour interprète. Sous vos heureuses mains, le cuivre devient or. En plusieurs endroits et particulièrement au sujet de lamémoire, vous embellissez, vous fortifiez. Je suis sûr qu'en reprenant mes idées, vous les exprimez mieux que moi. Ne croyez pas que j'en sois jaloux, puisque vous me donnerez une seconde vie. Say, dans son Économie politique, a mieux fait peut-être que Smith; et Condillac, sans aucun doute, a mieux fait que Locke. Faites mieux que moi, mon cher Saphary, ou plutôt, faites, ce sera toujours mieux. Vous le pouvez, avec votre application et votre excellent esprit, si vous le pouvez, c'est une affaire faite.

Je remercie vos jeunes gens de leur ingénieux dessin. L'emblème d'un soleil donnant sur des nuages pour former larc-en-ciel, ou fécondant des germes pour leur faire produire des fleurs et des fruits, sont {sic) charmans. Témoignez-leur toute ma reconnaissance.

Huit heures de travail par jour, et la tête de mon Auvergnat; il y aurait du malheur, s'il n'en vient quelque chose d'aussi bon que le meilleur fruit, et d'aussi brillant que les plus belles couleurs.

Adieu, mon cher Saphary, je vous embrasse, et suis très reconnaissant delà préférence que vous me donnez sur Charles Villers et G'®.

2 mai 1827.

Vous devriez, mon cher Saphary, avoir envoyé une douzaine d'exemplaires de votre programme à M. Brunot-Labbe. Tous ceux auxquels je l'ai fait lire en sont extrêmement contents, et désirent l'avoir. On l'a même fait demander à Nancy; mais votre libraire a répondu qu'il était destiné à vos élèves exclusivement. Vous ferez une chose bonne pour vous et pour les autres en le répandant tant que vous pourrez dans toutes les académies. Je suis persuadé que M. de Courville partagera les sentiments de votre recteur et les miens, et que justice sera faite à votre zèle et à votre excellent opuscule. En ajoutant, comme vous l'avez projeté, deux feuilles d'impression bien rédigées, comme vous savez le faire, ce sera plus 'qu'un programme, ce sera un très bon petit traité, qui tout en faisant désirer vivement un ouvrage plus complet, en tiendra lieu en quelque sorte.

Après l'analyse des facultés de l'entendement et l'explication de l'origine de nos connaissances, il est naturel de se demander si les connaissances acquises par le travail de l'esprit sur les divers modes de la sensibilité, sont en effet de vraies connaissances, si elles sont bien sûres, et vous voilà dans la théorie des certitudes. Quant aux

LETTRKS IN't'niTES DE I.VUOMIGUIÈRE A S.VIMIAUV 007

polypes, on peut répondre que les âmes n'étant créées qu'au nio-. ment où il existe des orixanisations suffisamment développées pour exécuter des mouvements volontaires, dès le moment qu'une section de polype devient un polype réel, elle reçoit un principe moteur, comme le fœtus d'un enfant reçoit dans le sein de la mère l'adjonction d'une àme, dès qu'il est suffisamment développé pour obéir à ses ordres. Courage, mon cher Saphary, vous ôtes jeune, laborieux; vous avez l'esprit juste et pénétrant, vous savez distinguer le vrai de ce qui n'en a qu'une fausse apparence; vous savez écrire, ce qui est le grand point. Je vous annonce les succès les plus brillants; et je vous embrasse

avec une tendre amitié.

27 juin 1827.

Vous avez devant vous, mon cher Saphary, Paris et Toulouse, et à Paris la possibilité de deux ou trois chaires. Je voudrais que vous puissiez professer en dix endroits à la fois. La propagation du bon sens serait décuplée; mais comme il ne faut pas s'attendre au miracle de l'ubiquité, ce sera à Paris que vous viendrez, et que se liouve votre véritable place. D'après l'amitié (lue vous a témoignée M. de C..., je ne doute pas que les choses ne s'arrangent à votre grande salisfaction et à la mienne, c'est-à-dire que vous ne soyez des nôtres.

Votre plan est très beau, très complet, et vous le remplirez dignement. Vous avez eu un moment de jouissance en arrivant à la conclusion, tiue la certitude a le même fondement que la connaissance... c'est là le fruit de la découverte de la vérité.

Celui qu'elle laisse froid ne l'a pas trouvée, dit Rousseau. Descartes ne l'avait pas assez distinctement aperçue quand il a débuté par son fameux, je pense, donc je suis ; et comment savez-vous que vous pensez ? C'est parce que je le sens. Il fallait donc vous exprimer différemment, et dire je sens, donc j'existe ; ou bien je sens ma pensée ; donc je pense; je sens mon existence, donc j'existe.

Je verrai l'épreuve avec un grand plaisir et un grand intérêt, je vous embrasse de bon cœur.

22 août 1827.

Je vous trouverai encore à Nancy, mon cher Sapliary, car vous ne devrez en partir qu'au commencement de septembre. Je lus votre beau programme au moment même qu'il me fut remis et presqu'aussitôl il fallut le donner à lire aux amateurs de la bonne philosophie. M. Marrast en a été singulièrement satisfait, comme de tout ce que que vous lui dites d'aimable. Il lui tarde de vous voir pour faire plus ample connaissance avec vous, en discutant quelque point de la science des sciences. Votre libraire tarde bien à communi([uer les trésors de son magasin à -M. Brunot-Labbe. Je sais qu'on sest inutilement présenté au quai des

Augustins, Courage, mon digne émule, vous avez de la santé, du talent et de l'ardeur; avec ces dons précieux de la nature, on va aussi loin qu'on veut. Je vous exhorte à beaucoup travailler les développements que vous donnerez à votre programme qui est déjà un développement lui-même. Il faut du temps pour atteindre la perfection, et quoique, à raison de la continuité de vos méditations, une de vos semaines en vaille deux ou trois de tout autre, ce ne sera pas trop de quelques années pour porter votre œuvre à son point de maturité. Quand j'aurai le plaisir de vous voir, nous causerons de tout cela, comme aussi de votre destinée pour l'an prochain. Adieu, je vous embrasse en Aristote.

22 août 1828.

Mon cher Saphary, mon cher et illustre professeur, les montagnes et tous les échos de l'Auvergne doivent être occupés à faire retentir votre nom, comme il a retenti dans les vastes salles de la Sorbonne. Voilà qui s'appelle un triomphe, deux triomphes, tels que n'en connaissait pas jusqu'ici le collège de Hourbon. Vous l'avez tiré du néant; vous en êtes véritablement le créateur. Pourquoi n'étiez vous pas ici pour jouir de votre oeuvre?

Tous vos amis partagent votre gloire. Marrast, que j'ai vu hier soir, ne se possède pas. Je n'ai pas vu le Ministre, ni M. de Courvillc, mais je sais qu'ils sont enchantés devons. Et le bon M. de Maussiondoit être bien fier d'avoir dit tant (rfe) bien du pau vre suppléant à douze cents francs. Je cours à la Sorbonne, oi!i pour des licenciés et des docteurs, je suis occupé toute cette semaine, depuis neuf heures jusqu'à cinq. Je vous embrasse avec joie.

2 septembre 1835.

Mon très cher Saphary, nous avons reçu les perdreaux, nous les avons mangés, trouvés délicieux. Quelqu'un a observé qu'il n'était pas surprenant qu'ils eussent un goût si délicat, vu qu'ils étaient de contrebande, la chasse n'étant permise que du premier septembre. Cela n'a pas empêché M. Lebrun, qui dînait avec nous, de les dépecer avec son adresse ordinaire. Je vous remercie, nous vous remercions tous d'avoir violé les lois de la chasse. On en viole tant d'autres!

Je suis enfin quitte des bacheliers. Ce pauvre M. de la Haie était recommandé à tout le monde et cependant il n'a pas été heureux, le père est convenu qu'il était un peu faible.

Comment se porte votre excellente femme, comment se porte le gros poupart, cet enfant de l'Auvergne et de la Normandie ? Sait-il bien faire rouler son cerceau? Commence-t-il à dire papa, maman ? Sa mère a-t-elle beaucoup de plaisir à l'entendre, à deviner ce qu'il veut dire, et vous, dans ces premiers accents, voyez-vous un grammairien et un philosophe futur ? Croyez-vous qu'un jour, il rempor-

LETTRKS INEDITES DES LAIIOMICIIEIUSTES m)

tora 11' prix de Montliyon, comme M. Damiron qui vieiil d'oblenii- 4.000 francs pour la troisième édition de son Histoire de la philosophie? Je lui souhaite mieux que tout cela, je veux qu'il ait le calme de la maman et la tète du papa.

Je vous embrasse tous avec une tendre amitié.

LETTUE INÉDITE DE M. Di: ClIAnUIEK COMMUNIQUÉE PAU

M. SAPIIAUY FILS

Paris, 7 septembre 1843.

Agréez mes lelicitations sincères: votre triomphe se confond avec celui du bon sens, de la vérité, du génie; vous avez désormais noble~ ment associé votre nom à celui de M. Laromiguière. Permettez que je serre celte main qui a su cueillir des lauriers pour une tombe vénérée.

M. le Ministre de l'instruction publique, M. Droz et .M. Bessières ont eu avec moi, à votre sujet, des entretiens dont je vous dois communication, du moins en substance.

Monsieur le Ministre, informé de la pensée généreuse que vous avez manifestée à .M. Bessières, relativement à l'emploi des quinze cents francs, fonds du prix remporté par vous, m'a chargé de vous dire qu'il applaudit à votre intention d'iionorer la mémoire de M. Laromiguière; mais (ju'à un monument, chose bornée de sa nature et dans l'espace et dans le temps et dans l'utilité, il vous verrait avec plaisir préférer une plus grande diffusion des Leçons de Philosophie : lui-même est décidé à donner l'exemple sur ce point. Je n'ai pu m'empèclier de reconnaître que cette destination des sommes dont vous et lui pouvez disposer, présente, plus que toute autre, un caractère de perpétuité, d'avantage pour la science et de véritable gloire pour M. Laromiguière. M. le Ministre m'a parlé de vous. Monsieur, de M. Laromiguière, et du bien a faire en cette circonstance, d'une manière si parfaite que j'ai senti se réveiller pour lui mon ancienne amitié ; je ne doute pas ([ue si vous l'eussiez entendu, vous n'eussiez avec moi cédé au sentiment que je viens de vous exprimer de sa part. Si vous y cédiez, en effet, d'après cette esquisse, trop décolorée de sa conversation, ne croiriez-vous pas dans vos convenances de lui écrire quelques lignes pour l'instruire de votre adhésion?

Quant à M. Bessières, je ne vous parlerai pas de la joie que lui a causée votre succès : il vous a écrit. Mais comme je suis certain que sa lettre ne renferme pas un mot sur ses intérêts, votre cœur comprendra et excusera le mien si je me permets de vous rappeler la position gênée de votre ami. M. Laromiguière achèverait de vous chérir, s'il vous voyait, au lieu d'élever un marbre à son nom, soulager son neveu du fardeau trop lourd de l'édition qui se prépare. Je m'arrête.

PicAVET. ;i9

Pour M. Droz, que de pages seraient nécessaires à l'énoncé, bien imparfait encore, de tout ce qu'après tant d'années de séparation, il m'a inspiré de vénération et de tendre reconnaissance ! — J'étais heureux de l'entendre me parler du passé, du présent, de l'avenir, car ce véritable sage embrasse dans son amour du bien tous les temps et tous les hommes. Ce qu'il m'a dit de vous, Monsieur, est bien honorable! vous trouverez à la fois, je n'en doute point, encouragement et récompense dans les rapports nouveaux qui me paraissent pouvoir s'établir entre vous et lui. Il partage l'opinion dont M. le Ministre de l'instruction publique m'a rendu l'organe près de vous.

Adieu, Monsieur; conservez-moi un souvenir, et ne doutez jamais de Testime et de la considération distinguées, dont je vous prie de vouloir bien recevoir ici l'assurance.

A Monsieur le Directeur de. la Revue de Paris.

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