‹ Les idéologuesChapitre 84 sur 94 · MONSIEUR LE RÉDACTEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE RÉDACTEUR

Nous ne pouvons laisser sans réponse un article de votre journal du 9, dans lequel sont étrangement dénaturées les intentions de trois anciens professeurs qui ont été entendus au sein de la commission de l'Instruction publique.

Sur les cinq titulaires des chaires de philosophie des cinq collèges royaux de Paris, trois ont pensé qu'il était utile de plaider devant la commission, la cause de l'enseignement de la philosophie compromise par la personnification de cet enseignement en un seul homme, et par l'identification de toutes les doctrines en une seule doctrine qui, à tort ou à raison, a fait éclater des orages sur l'Université dont on se fait aujourd'hui les paratonnerres.

Les professeurs que vous nommez n"ont eu d'autre objet que de défendre la dignité, l'indépendance du professorat et la liberté de toutes les doctrines philosophiques renfermées dans les bornes de la religion et des lois, mais nécessairement froissées par toute opinion individuelle, qui tendrait à s'imposer par d'autres moyens qu'une libre conviction.

Vous réduisez, Monsieur, un important débat à des proportions bien mesquines quand vous parlez de vanités inquiètes. Il ne s'agit ici ni d'éclectisme ni de sensualisme. Notre cause est bien au-dessus des petits intérêts de personnes et de systèmes qui se sont trouvés sous votre plume, c'est la cause de l'indépendance de l'esprit humain, c'est avant tout la cause de l'Université elle-même. Il n'a pas été question, comme vous le supposez, des doctrines de Laromiguière, selon vous tombées en discrédit. D'autres doctrines se sont chargées de faire la fortune de celles-là. Vous pariez bien légèrement d'un homme dont le Conseil

LETTRES INÉDITES DE LAROMICUIÈRE A L'AHHÉ IXOQVE^ GH

royal a dit quil avait hunoré VUnivevsUé par sa vie, comme il l'avail. illustrée par ses écrits, récemment adoptés pour rinstruclion publique.

Du reste nous ne voulons d'aucune école à l'exclusion de toute autre.

Hespect à Ions les cultes, liberté dans les opinions pltilosopliiques, voilà nos deux, maximes. Nous avons toujours pratiqué la première et nous lutterons de toutes nos forces pour la seconde. Tels sont nos sentiments. Sans être les délégués de nos confrères, nous n'avons pas craiut d'être désavoués par eux, lorsqu'en terminant nos réclamations, auprès de. la commission, nous lui avons présenté quelques observations générales dans l'intérêt du professorat. Nous ne nous arrêterons pas à quelques insinuations qui nous laissent hors d'atteinte et qui ne peuvent nuire qu'à leur auteur. Nous comptons sur votre loyauté. Monsieur, pour l'insertion de cette réponse dans votre procliain numéro. Recevez, Monsieur le Rédacteur, l'assurance de notre considération.

Valette, Saphaiiv, Gibon.

Paris, i;{ juillet 1844.

LETTRES DE M. LAlKJMKiLTÈlîE A i/AlUîÉ ROQUES (COMMUNIQUÉES

Page 1