‹ Les idéologuesChapitre 85 sur 94 · PAR MM. CROZES ET SÉGUY · texte numérisé non relu

PAR MM. CROZES ET SÉGUY

14 septembre 1827.

Je vous dois mille remerciements pour la lettre (pie vous m'avez adressée et pour le programme dont vous l'avez accompagnée. Si je suis flatté des choses agréables que vous me dites, je ne le suis pas moins de hi manière dont vous présentez une doctrine ([ne vous avez bien voulu m'emprunter. En rapprochant les idées vous leur avez donné plus de force et plus d'évidence ; vous avez eu l'art de faire une copie supérieure à l'original. De tous ceux qui ont adopté mes principes et qui les ont enseignés, nul n'a saisi ma pensée mieux que vous; nul ne l'a exposée avec autant de précision et de netteté. Je dirais que tout est bien, que tout est vrai dans votre thèse; mais l'intérêt que j'ai à ce jugement le rendrait suspect. Cherciions donc à épiloguer.

10 En parlant de la méthode, il eût été bien, je crois, de distinguer l'analyse descriptive de l'analyse de raisonnenumt. Cette distinction est capitale.

2° Vous dites: « L'existence de l'idée est le princijte d'oîtron déduit toutes les existences ». J'aurais préféré : e L'existence de l'idée, ou plutôt, l'existence du sentiment, source de toutes les idées et de toutes les connaissances, est le principe d'où l'on déduit etc. ». Par cet énoncé, vous vous trouvez toujours sur la môme ligne, et vous perfectionnez en même temps l'argument de Descartes : Je pense, donc je suis ; car Descartes ne sait qu'il pense que parce qu'il a le sentiment de sa pensé*. Il devait dire : « Je sens, donc je suis » ; mais il s'en est

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bien gardé, parce que le sentiment n'était pour lui que la sensation.

3° Relativement à l'ordre que vous assignez aux idées ontologiques (expression que je n'aime guère, et qu'il serait temps de laisser dans l'oubli), ne pensez-vous pas que l'idée du mode précède celle de la substance; l'idée d'acte, celle de pouvoir, etc.? Notre œil analytique peut améliorer l'ordre de toutes ces idées.

4° Je fais une observation parallèle sur l'ordre que vous assignez aux attributs divins. Après l'éternité, n'est-ce pas l'indépendance qu'il faudrait nommer; et la spiritualité ne suppose-t-elle pas l'intellicence, etc. Il faut bien noter que cet ordre est relatif à la faiblesse de notre esprit; car en Dieu il n'y a ni antériorité, ni postériorité.

50 L'ordre physique, de même que l'ordre moral, annonce une intelligence suprême ; de ces deux ordres, je ne crois pas que l'on puisse tirer deux arguments différents. Je vous écris tout ceci en courant, et sans y attacher la moindre prétention. Votre esprit procède si bien que je ne pouvais relever que des minuties...

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