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SIXIÈME LETTRE

19 mai 183".

Vous êtes le plus aimable des hommes, parce que vous en êtes le plus indulgent. Au lieu de me gronder, de me quereller, vous m'accablez de caresses. 11 faut, moucher professeur, quejc vous dise unechose queje pense de vous, et qui vous donnera un peu plus de courage que vous n'en avez. D'après tout ce que j'ai vu de vous, il ne vous suffit pas de quelques notions superficielles qu'on trouve dans tous les livres. Votre esprit a besoin d'aller au fond des choses, parce que là seulement il peut se satisfaire, parce que là seulement sont les raisons primitives, les vrais principes, sans lequels toutes nos connaissances sont une affaire de pure mémoire. Ne vous laissez pas surtout éblouir par une facilité d'élocution, qui ne prouve que l'habitude de répéter certaines formules, et qu'à force de les répéter on finit parles croire.... Si j'osais me citer, je vous dirais de relire à la page 423 du deuxième volume des Leçons, quelles sont les conditions indispensables pour se flatter défaire ([uelques progrès dans la science que nous cultivons. Mais surtout, après

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y avoir bien pensé; croyez-vous en vous-même, fussiez-vous en opposition avec les plus grands esprits. Ce conseil, je ne le donnerai pas à un jeune homme de vingt ans, qui doit éviter toute présomption ; mais je le donne à votre esprit juste, à votre expérience, au peu de fruit que vous avez souvent retiré de la lecture de ces prétendus grands esprits.

Je vous dirai, mon cher, qu'un libraire est venu me demander une sixième édition, et que nous nous sommes facilement arrangés. Cette nouvelle édition contiendra un discours sîir Videntilé dans le raisonnement, qui suivra immédiatement la langue du raisomiement. La sixième leçon du premier volume sera terminée par quelques réflexions sur le génie philosophique. Vous croyez bien qu'un des premiers exemplaires vous sera adressé.

Outre les raisons, les mauvaises raisons d'une paresse habituelle, je suis accablé d'infirmités qui me permettent rarement de prendre la plume. Ajoutez que j'ai quatre-vingts ans passés. C'est l'âge où mourut Platon, et les Grecs admiraient qu'il eût vécu quatre-vingt-un ans, qui sont juste le carré de neuf. Vous savez le rôle que jouaient les nombres dans l'école de Pythagor^, dont Platon était un disciple. Ne soyons ni à Apelle, ni à Céphas; soyons à la vérité si nous pouvons. Je vous embrasse avec un tendre attachement.

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