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III. — LES FORMES DU RELIEF BRITANNIQUE

Comme dans les pays de l'Europe centrale qui ont la même architecture, le relief britannique se distingue à la fois par son morcellement et par sa faible altitude. Sur un petit territoire, il nous offre une juxtaposition de compartiments élevés et de compartiments abaissés, de hautes terres et de basses terres. Ce contact fréquent, cette opposition répétée de highlands et de lowlands peuvent être considérés comme l'originalité du pays : source de contrastes locaux, elle multiplie les petits cadres naturels, les individualités régionales (fig. 5).

Les hautes altitudes avec les neiges éternelles et les cimes décharnées manquent aux Iles Britanniques; on ne trouve pas de hauteurs supérieures à 1 350 mètres en Écosse (Ben Nevis, 1 343 m.), à 1 100 mètres en Angleterre (Snowdon, 1 085 m.) et en Irlande (Macgilhcuddys Reeks, dans le Kerry, 1 1 040 m.). Pas de hautes plaines comprises entre des chaînes. Toutes les plaines sont des régions basses : plaine centrale d'Irlande, vallées des Lowlands écossais, plaine anglaise. La différence entre les régions hautes et les régions basses provient toujours d'une différence de roches. Les régions hautes, les massifs, sont constituées par des roches anciennes, souvent très dures; les régions basses, les plaines, par des roches plus récentes, parfois très jeunes, moins résistantes. Les massifs de l'Ouest britannique appartiennent aux formations archéennes et paléozoïques; la Plaine anglaise appartient à la cuvette germanique, que les sédiments des mers secondaires et tertiaires ont peu à peu comblée. Mais, quelle que soit la nature de ces matériaux, leur relief a évolué selon les lois générales de la dénudation. Partout il met en lumière le rôle prépondérant des roches dures. On peut dire que les parties les plus hautes du sol britannique ne sont pas celles qui ont été le plus soulevées, mais celles qui ont le moins souffert des attaques de la dénudation. D'anciennes régions hautes de l'architecture peuvent donner des dépressions; d'anciennes régions tectoniquement basses peuvent donner des reliefs, si leurs matériaux sont durs. En Irlande, le bassin houiller du Kilkenny, qui occupe une position synclinale, forme un haut plateau (fig. 6). Au milieu même des roches anciennes, dans les massifs de l'Ouest, on observe de fréquentes venues de roches éruptives très résistantes; elles sont à l'origine de formes hardies et de saillies pittoresques, bosses et pitons mis en relief par l'enlèvement des matériaux moins durs qui les enveloppaient : tels, en Basse-Écosse, le North Berwick Law (pl. VI, A), le Largo Law, Bass Rock; tels aussi les rochers sauvages du site d'Édimbourg, Arthur's Seat et Castle Rock. Dans le Pays de Galles, les plus hauts sommets, le Snowdon, le Cader Idris, l'Arenig, sont des masses de roches éruptives très anciennes, particulièrement résistantes. Partout, quand un plateau s'isole, quand une cime hardie se dresse, quand un escarpement se détache au-dessus de pentes et de surfaces plus régulières, ce sont des roches dures qui créent le relief : granité des monts Cheviots en Écosse, du Dartmoor dans le Devon, des monts Mourne en Irlande; masses ignées de la Charnwood

CONFIGURATION, STRUCTURE ET RELIEF

forest, du Caer Caradoc, du Wrekin, du Malvern au milieu des plaines des Midlands; crêtes de Vieux grès rouge dans l'Irlande méridionale; assises puissantes du calcaire carbonifère dans la chaîne Pennine; assises du calcaire oolithique dans les Cotswold; assises de craie dans les Chiltern et les Downs.

FiG. 5. — Le relief des Iles Britanniques.

Le grisé recouvre les régions d'altitude supérieure à 200 mètres. Ces régions hautes se trouvent essentiellement dans le Nord et l'Ouest de Tarchipel. — Échelle, 1 : 6 500 000.

Cette opposition entre roches dures et roches tendres oppose le paysage des massifs au paysage des plaines. Dans les massifs, les rivières qui travaillent en roches dures n'ont pas pu s'ouvrir de larges vallées; elles coulent au fond de couloirs étroits, entre des versants encore très inclinés, de telle sorte que les

vallées sont parfois les seuls lieux où l'on ait l'impression de la montagne : telle est la vallée de la Garry, dans les Grampians, aux gorges sauvages de Killikrankie; telles sont les vallées d'Écosse et d'Irlande, débouchant dans l'Atlantique par les énormes entailles qu'elles ont creusées dans le flanc des hauts plateaux. Au contraire, dans les plaines, qui sont des bassins ou des fossés de roches plus tendres, les horizons s'abaissent, les vallées s'élargissent, et de leur union naissent des plaines. Les vallées, encaissées dans les massifs, s'épanouissent dès qu'elles les quittent : ainsi la Dee et la Severn à la sortie des montagnes galloises; la Tees, la Wharf e, l'Aire à la sortie des montagnes Pennines. A l'intérieur même des massifs, c'est à des différences de roches que se ramènent les différences de relief. Entre les roches dures des Highlands et des Southern Uplands, les plaines d'Écosse occupent une série de dépressions ouvertes dans les couches plus tendres du Vieux grès rouge, du Carbonifère et du Rouiller. Entre les deux highlands du Nord et du Sud, la plaine irlandaise s'étend sur des couches solubles de calcaire; et les sillons bas, qui partagent les mêmes highlands en massifs isolés.

Vallée delà Nore

Castiecomer

Carlow Vallée du Barrow

Tul lov

Ouest

Est

FiG. 6. — Coupe à travers le bassin houiller de Castiecomer (Kilkenny, Irlande), d'après Hull.

1, Granité des monts «ie Wicklow ; 2, Calcaire carbonifère; 3, Schistes de Yoredale; 4, Grès meuliers; 5, Couches du Houiller. — Exemple d'inversion de relief. L'ancien pli en creux (synclinal) est maintenant un plateau élevé.

Longueur de la coupe d'Est en Ouest : 50 km.

suivent des bandes du même calcaire; à la faveur d'une moindre résistance des roches, ce sont des sillons de plaine, qui s'insinuent dans la montagne. Et de même, dans la partie septentrionale de la plaine anglaise, c'est sur les marnes tendres du Trias que s'étalent les surfaces basses et presque plates du Cheshire et des Midlands.

Ce travail de l'érosion, qui modèle et sculpte le terrain, engendre, quand il est terminé, des surfaces presque horizontales. A plusieurs reprises, au cours des siècles, il a presque entièrement nivelé le pays; à plusieurs reprises, le pays s'étant de nouveau soulevé, ces surfaces horizontales ou très peu accidentées ont atteint des niveaux élevés où nous les observons aujourd'hui. Ces grandes surfaces aplanies, s'étageant à des altitudes différentes, constituent le trait dominant de la topographie. Qu'on s'élève au-dessus des profondes vallées de l'Écosse et qu'on atteigne les sommets des Highlands : on arrive sur de larges plateaux aux molles ondulations, où le regard cherche en vain des cimes; les points les plus hauts s'y élèvent à peine au-dessus des points les plus bas; tout le relief s'y confond dans la régularité et la monotonie de cette surface déserte. Si l'on voulait, du Ben Macdui dans les Grampians, descendre vers le Moray firth sans quitter les sommets, on suivrait une pente presque insensible, inférieure à celle de nombreuses voies ferrées. En Irlande, si l'on s'avisait d'unir par un plan les sommets des principaux groupes montagneux, on obtiendrait une surface

l'Iiot. Geol. Survey !5CoUand..

A. CIRQUE GLACIAIRE I CORRY), DANS LE MASSIF DE liLAVEX (iLE DE SKYE) .

Masses sauvages et escarpées de roches éruptives (gabbro et granité); ravinements torrentiels et éboulis; sur le fond du cirque, un petit lac, à demi comblé par un delta.

Pliot. Geol. Survey Scolland.

B. LE fil.EX TILT, AU NORD-EST DE RLAIR ATHOLL (cOMTÉ DE PERTh).

Vallée glaciaire en forme d'auge.

G. L'.. l. I, Pl.. V.

Pliot. r.eol. ^^urvey Scotlaml.

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