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LA TEMPÉRATURE

Dans les pays océaniques l'influence des vents de mer s'exerce pendant toute l'année sur la marche des températures. Elle se révèle d'abord par l'atténuation des variations de température : elle diminue la chaleur des étés, comme aussi le froid des hivers. L'amplitude annuelle, c'est-à-dire la différence entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid, s'élève à 20° à Strasbourg et 15°,9 à Paris; elle n'est plus que de 14o,2 à Greenwich, 10o,7 à Dublin et 7°,9à Valentia. A la même latitude, la température de janvier, qui atteint 5°,4 à Cork, s'abaisse à — 0o,4 à Berlin et — 4o,4 à Varsovie; elle est de + 3° à Aberdeen (Ecosse) et de — 20° à Nain (Labrador). C'est sur les côtes et dans les archipels de l'Écosse occidentale qu'on trouve le type de ces climats réguliers, sans extrêmes : en été, un soleil sans chaleur qui ne permet guère aux céréales de mûrir; en hiver, des brouillards et des pluies fines, pas de froidure ni de frimas, peu de neige, si ce n'est sur les montagnes, pas de rivières gelées. D'une saison à l'autre, la température varie peu : à Thurso, au Nord de l'Écosse, la différence ne se sent guère entre l'hiver et l'été.

La douceur des hivers est un trait propre au climat marin (fig. 20). Sur une carte des températures, on voit l'isotherme 0° s'avancer en un long crochet jusqu'à la latitude du cap Nord et entourer les Iles Britanniques comme d'un

golfe d'eau chaude. Grâce à ce dégagement de chaleur atlantique, les hivers restent particulièrement doux. En janvier, l'île de Wight et le Devon ont une température moyenne aussi élevée que Riva sur le lac de Garde. Jersey égale Fiume; Barnstaple, Pau. Sur la côte occidentale d'Irlande, l'hiver n'est pas plus rude qu'à Naples. Bien plus, sous l'influence du courant d'air océanique qui remonte vers le Nord-Est, on assiste, le long des côtes occidentales, à une curieuse inversion de température en latitude; on voit les moyennes mensuelles augmenter du Sud vers le Nord; la moyenne du mois le plus froid s'élève de 50,6 à Bordeaux à 6o,3 à Brest, 7°,7 aux îles Scilly, 7^,2 à Valentia, 6° aux Hébrides : les Hébrides ont un hiver plus doux que Bordeaux. Ce caractère des hivers s'imprime sur la vie rurale. De longues périodes de gelée n'interrompent pas, comme dans l'Europe centrale, les travaux des champs. On peut s'occuper au

FiG. 20. — Isothermes de janvier (à gauche) et de juillet (à droite), d'après Bartholomew.

En janvier, les isothermes ont une direction presque Nord-Sud, révélant l'influence des vents tièdes de l'Océan sur les rivages occidentaux. Les régions les plus froides se trouvent à l'intérieur des terres et du côté du continent européen. En juillet, les températures les plus fraîches se trouvent dans le Nord-Ouest, et les températures les plus chaudes, dans le Sud-Est.

dehors assez loin dans l'arrière-saison. Grâce à ces longs automnes, le paysan flamand peut utiliser sa terre à ces cultures dérobées qui ont été pour lui le prélude de l'assolement moderne. Sous ce climat modéré, les bêtes sortent tôt de l'étable et restent au pâturage sans craindre le froid; les vaches hollandaises entrent en pâture dès le milieu d'avril, et elles y demeurent nuit et jour jusqu'en novembre; au début de mai, c'est le tour des vaches frisonnes. En plusieurs régions britanniques, les bêtes à cornes passent tout l'hiver en plein air.

Pendant ces hivers doux, la neige et la glace sont rarement des phénomènes de longue durée. A Greenwich, il y a, moyenne annuelle, quatorze jours de neige; certaines années, il n'en tombe pas. Dans le Sud-Ouest de l'Angleterre et l'Ouest de l'Irlande, il est rare qu'elle demeure plus d'un jour sur le sol. A Édimbourg, elle paraît vingt et un j ours par année moyenne, tantôt plus fréquente, comme en 1782 (quarante-sept jours), tantôt moins, comme en 1856 (trois jours).

FiG. 21. — Type de temps d'été froid : août 1924 (Document de l'Offlce National Météorologique

de France).

A gauche, isobares moyennes; à droite, températures moyennes. Une zone de hautes pressions, 765 mm. (anticyclone atlantique), se trouve à l'Ouest de l'Espagne; une zone de basses pressions, 755 mm., couvre tout l'espace entre l'Angleterre et riïlande. Les pluies fréquentes qui tombent sur l'Europe occidentale et centrale entraînent un refroidissement du sol et de l air.

FiG. 22. — Type de temps d'hiver chaud : février 1923 (Document de l'Ofiice National Météorologique

de France).

A gauche, isobares moyennes; à droite, températures moyennes. Une profonde dépression barométrique couvre les Iles Britanniques et s'avance, en s'atténuanl un peu, à travers la France jusque sur l'Italie; par elle, l'influence océanique amène sur ces régions une forte hausse de température. Par contre, l'anticyclone, établi sur la Scandinavie, correspond à DO froid vif.

GÉOOKAPIIIE U.MVERSELLE.

Iles Britanniques.

A Bruxelles, on considère comme une exception l'hiver de 1907, qui permit de patiner deux semaines sur la glace naturelle. Même aux Pays-Bas, on compte peu de jours de glace; à Groningue et à Leeuwarden, leur nombre n'atteint pas la moitié de celui de la Prusse orientale. Même dans les hivers particulièrement rigoureux, comme en 1890-1891, les ports de Terneuzen, Flessingue et Rotterdam échappent à l'embâcle. « Dans l'Ouest de la Hollande, dit Elisée Reclus, les eaux intérieures sont rarement prises pendant plusieurs jours par une gelée épaisse; les scènes gracieuses qui se jouent sur la glace sont moins fréquentes que ne le ferait supposer dans les musées la multitude des toiles qui représentent traîneaux et patineurs. »

L'influence océanique est le grand facteur de différenciation climatérique : en hiver, elle prime l'influence de la latitude. Un voyageur qui se rend en cette saison de la Cornouaille aux Shetland n'a pas l'impression d'un grand changement; Saint-Kilda a la même température alors que Penzance; le cap Wrath, que l'île de Wight. En janvier, la moyenne est de 3°,7 à Cambridge et de 3°,1 à Thurso. Aussi les isothermes d'hiver s'orientent-elles Nord-Sud, opposant l'un à l'autre un côté océanique et un côté continental. Le vrai contraste s'établit entre les positions océaniques et les positions continentales, entre les contrées occidentales et les contrées orientales. Dans les Iles Britanniques, le climat océanique ne domine vraiment que sur l'Irlande et sur les parties occidentales de la Grande-Bretagne. Tout le Sud-Est de l'Angleterre appartient déjà à une variété de climat continental; on y souffre de grosses chaleurs en été : à Twaite (Sufîolk), le 17 mai 1833, le thermomètre atteignait 30° centigrade à l'ombre et 43° au soleil; les porcs amenés au marché de Botesdale mouraient de chaleur, from the heat ofthe sun. Et de même, en hiver, sévissent parfois des froids intenses : l'hiver de 1813-1814 fut si rigoureux dans l'Angleterre méridionale que la Tamise gela.

On reconnaît partout les mêmes différences entre les régions occidentales et les régions orientales, en Écosse, en Irlande et sur le continent. Aux Pays- Bas, l'Ouest est plus océanique, l'Est plus continental ; les maxima d'été atteignent 35° sur les frontières de Prusse à Winterswijk et à Maëstricht; ils ne dépassent pas 31° à Flessingue et au Helder. En hiver, l'inverse se produit; le nombre des jours de gelée décroît de 80 à Winterswijk à 42 au Helder et 31 à Flessingue. L'amplitude annuelle est de 17°,32 à Assen, sur les plateaux de la Drente, et de 15°,25 au Helder, sur le bord de la mer.

En Belgique, nous retrouvons la même opposition entre le littoral et l'intérieur : le littoral avec ses hivers plus doux (moyenne hivernale, 2°,6), ses étés plus frais (16°,3), ses cinquante jours de gelée; l'intérieur de la Campine avec ses hivers rigoureux (0°,9), ses chauds étés (17°,1), ses quatre-vingt-quatorze jours de gelée. La date de la première gelée recule de l'intérieur vers la mer, du 5 octobre à Bastogne (Ardenne) au 10 novembre à Bruxelles et au 16 novembre à Ostende. A cause de la fraîcheur des étés, la moisson dans la Plaine Maritime retarde d'une dizaine de jours sur la moisson des plaines brabançonnes, moins nuageuses et plus ensoleillées. Massart a montré que la douceur des hivers permet à certaines plantes de coloniser la côte, alors qu'elles disparaissent à l'intérieur : Phleum arenarium et Asparagus officinalis, habitants des régions méditerranéennes, ne se rencontrent en Belgique que dans les dunes proches de la mer; et c'est seulement en Flandre que le Mélèze (Larix decidua) forme de beaux boisements; partout ailleurs il ne peut résister aux gelées de printemps.

LE CLIMAT ET LA VÉGÉTATION

///. — LA PLUIE ET L'HUMIDITf:

Dans leur régime et leur répartition, les pluies révèlent, avec presque autant de fidélité, les influences océaniques (fig. 23). Dans tous les pays riverains de la mer du Nord et de l'Atlantique, c'est en automne et en hiver, c'est-à-dire aux époques de grande fréquence des bourrasques, que les pluies tombent le plus. Ce régime de pluies de la saison froide et particulièrement d'octobre caractérise toute la lisière atlantique de l'Europe depuis 30° jusqu'à 70° de latitude Nord; il se traduit à la fois par l'abondance des précipitations et le grand nombre des jours pluvieux; il domine l'hydrographie, car c'est alors que les rivières ont leurs hautes eaux. Les mois les plus secs, mars, avril et mai, coïncident avec le ralentissement de la circulation des dépressions et avec la fréquence des vents du Nord et du Nord-Est.

A mesure qu'on s'éloigne de l'Océan, on s'achemine peu à peu vers le régime des pluies d'été, qui l'emporte dans l'Europe centrale. On le voit déjà s'esquisser sur le Sud-Est de l'Angleterre, où l'on remarque en juillet et en août un maximum secondaire de pluie, provoqué par les nombreux orages de la saison. En Belgique et dans les Pays-Bas, les averses de la saison chaude se multiplient sur les provinces de l'intérieur, de sorte qu'au mois de juillet les cartes pluviométriques montrent un accroissement des précipitations de l'Ouest vers l'Est : à Bruxelles, le maximum a lieu en été; à Furnes, en automne. De même, aux Pays-Bas, c'est en juillet et en août que les contrées orientales du Groningue, de l'Overijssel, de la Drente, du Nord Brabant ont leur maximum de pluie.

Mais ces maxima d'automne et ces maxima d'hiver ne déterminent pas, comme dans les régions tropicales, une saison pluvieuse par opposition à une saison sèche. En réalité, tous les mois sont pluvieux. Les vents océaniques maintiennent toujours, en toute saison, des chances de pluie; il n'est point de saison sacrifiée, et chacune d'elles reçoit un équitable contingent de pluie. A Dublin, les jours de pluie se répartissent presque uniformément : 26 p. 100 en hiver, 24 au printemps, 24 en été, 26 en automne. Il en est à peu près de même pour la quantité de pluie tombée, ainsi que le montre le tableau suivant :

PROPORTION (p. 100) DE LA PLUIE ANNUELLE PAR SAISON

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