‹ Les iles britanniquesChapitre 22 sur 118 · PRINTEI»IPS ÉTÉ AUTOMNE HIVER · texte numérisé non relu

PRINTEI»IPS ÉTÉ AUTOMNE HIVER

Braemar CÉcosse) . .

Armagh (Irlande) . .

Londres (Angleterre) Bruxelles (Belgique).

Groningue (Pays-Bas)

Ce sont les régions les plus exposées aux vents océaniques qui reçoivent les plus grandes quantités de pluie; les régions les plus sèches sont celles que leur éloignement ou leur position en arrière d'un écran soustrait à cette influence. Ces différences de pluviosité engendrent réellement les différences de climat; en elles réside le principe de distinction entre les climats locaux. Il existe, du côté du vent, dans l'Ouest des Iles Britanniques, une région océanique, pluvieuse; comme elle contient les hauts massifs, l'altitude s'unit à l'orientation pour faire

d'elle la zone la plus arrosée de l'Europe occidentale. Il existe, du côté sous le vent, dans l'Est, une région continentale, plus sèche.

Les pluies les plus abondantes tombent sur les hautes terres de l'Ouest : on en recueille de 1 m. 50 à 2 mètres sur l'Ouest des Highlands, le District des Lacs, les montagnes du Pays de Galles, le Dartmoor (Devon), ainsi que sur les massifs irlandais du Donegal, du Mayo, du Galway et du Kerry. Parmi ces régions elles-mêmes, les plus arrosées sont celles qui se trouvent sur le trajet ordinaire des bourrasques : rÉcosse,par exemple. Les étendues recevant plus de 1 m. 50 de pluie couvrent en Écosse une surface trois fois plus grande que dans le reste des Iles Britanniques. Si l'Irlande reçoit plus d'un mètre de pluie même dans sa partie orientale, elle le doit à sa position avancée dans l'Atlantique, sur le passage des dépressions du large. Lorsque, dans cette zone océanique, des reliefs se dressent brusquement, ils attirent de puissantes condensations; là se groupent des stations qui comptent parmi les plus abondamment arrosées de l'Europe : le Ben Nevis, 3 m. 80; Glencoe, 4 m. 70; Stye (Cumberland), 3 m. 60; Beddgelert (Galles), 2 m. 95.

En arrière des massifs qui arrêtent les vents pluvieux de l'Océan, s'étendent des zones abritées qui sont relativement sèches. En Irlande, tandis qu'il tombe plus de 1 m. 50 de pluie sur les monts Wicklow, Dublin et l'estuaire de la Lifîey, que ces montagnes dominent vers le Sud-Ouest, n'en reçoivent que la moitié. Entre les deux côtes de l' Écosse, le contraste est saisissant : plus de 2 mètres de pluie sur l'île de Skye, 0 m, 60 sur les bords du Moray firth; de là, les ciels plus clairs et plus lumineux qui ont fait de ces rivages un bon terroir pour les céréales; de là, les étés plus secs et moins frais des vallées de la Spey et de la Dee où s'abritent les délicieuses villégiatures de Kingussie, d'Aviemore, de Braemar et de Balmoral (pl. XIV, A).

En Angleterre, tout le Sud-Est échappe souvent aux influences océaniques. Éloigné du trajet ordinaire des bourrasques, soumis à des conditions déjà continentales, il forme une région de sécheresse relative; nulle part sur ses côtes la chute de pluie n'atteint 1 mètre; Londres n'en reçoit que 610 millimètres, Oxford, 580 millimètres. Depuis le Humber jusqu'à l'estuaire de la Tamise, une large zone reste au-dessous de 600 millimètres; le minimum, 0 m. 50, se trouve à Spurn head (Yorkshire). Alors que les parties occidentales d'Irlande et d'Écosse ne connaissent pas de profondes fluctuations dans leur régime de pluie, la plaine anglaise tend à se ressentir des inégalités du régime continental; elle souffre parfois de périodes d'extrême sécheresse. Tandis que, durant l'année sèche de 1921, l'Ecosse recevait 97 p. 100 de sa moyenne de pluie annuelle, tout le pays situé au Sud d'une ligne Plymouth-Yarmouth n'en recevait que 60 p. 100; à Londres, cette année fut la plus sèche observée depuis un siècle et demi, et, durant le mois de juin, il ne tomba qu'un peu plus du quart de la pluie habituelle.

Sur le continent, dans la Belgique et les Pays-Bas, on s'écarte encore davantage de la tyrannie des vents océaniques. La répartition des pluies dépend bien plutôt des différences d'altitude que des différences d'orientation. Si l'on trace une ligne de Mons à Maëstricht, on sépare deux zones : au Nord-Ouest, dans le bassin de l'Escaut et les plaines des Pays-Bas, une zone de moindre pluie où la hauteur d'eau annuelle varie de 500 millimètres à 800 millimètres; au Sud- Est, dans le bassin delà Meuse, une zone de plus forte pluie où la hauteur d'eau

LE CLIMAT ET LA VÉGÉTATION

annuelle varie de 700 millimètres à 1 300 millimètres. La distinction de ces deux zones procède nettement du relief; et, à l'intérieur de chacune d'elles, les régions hautes se distinguent par des maxima de pluviosité. Aux Pays-Bas, on observe ces maxima de pluviosité sur les plateaux de la Veluwe et de la Drente

FîG. 23. — Carte de la réparlilion des pluies sur les Iles Britanniques (année), d'après Bartholomew

et MiLL.

1, Moins de 625 mm.; 2, De 625 à 750 mm.; 3, De 750 à 1 000 mm.; 4, De 1 000 à 1 SCO mm.; 5, De 1 500 à 2 000 mm.;

6 Plus de 2 000 mm.

(700 à 750 millimètres), en Basse-Belgique, sur les plateaux de Flandre orientale (750 à 800 millimètres). Dans la Haute-Belgique, c'est à Hockai, en pleine Ardenne, que se trouve le maximum de pluviosité (1 330 miHimètres),

lY. — UÉTAT DU CIEL

Si l'on ne considère dans les pays de l'Europe occidentale que la température et la pluie, on risque de donner de leur climat une image fort imparfaite. L'hiver n'est pas plus froid, l'année moyenne n'est pas moins chaude, la pluviosité n'est pas plus forte dans certains districts de l'Angleterre méridionale que sur les bords de la Méditerranée. La température moyenne des trois mois d'hiver dans les îles Fœr-Œer est à peine moins élevée que sur les rives du lac de Garde. Et pourtant quel contraste entre le ciel clair de la Méditerranée et le ciel gris des pays de la mer du Nord! C'est bien dans l'état du ciel que réside l'originalité de ces contrées nébuleuses et mouillées.

Peu de journées s'écoulent sans crainte de pluie dans les parages de l'Ouest. En Irlande, sur le lac de Killarney, on considère comme belle une journée qui n'apporte que deux ou trois ondées. Dans les Hébrides et dans l'Ouest des Highlands, il pleut cinq jours sur sept (dans le Kent, trois sur sept). Au lieu des averses courtes et violentes des régions méditerranéennes, ce sont des pluies fines, opiniâtres, qu'on voit descendre en longs filaments sous les nuages bas que chasse le vent. Les Hollandais les appellent des motregen. Elles s'éternisent durant de longues journées, donnant le ton aux paysages et aux impressions qu'ils inspirent : bruines serrées et maussades, atmosphère mouillée dans laquelle on ne sait guère distinguer les jours humides des jours pluvieux; une constante incertitude du temps, qui fait dire au proverbe : « S'il ne pleut pas, prenez votre parapluie; s'il pleut, faites comme il vous plaira »; des changements soudains au cours de la même journée; le rapide défilé des nuages alternant avec de courtes échappées de lumière. Rien de varié et de mouvementé comme les ciels de Hollande. Les nuages s'y pressent, s'y accumulent sous le souffle des grands vents : flocons légers qui estompent l'horizon ou masses noires qui crèvent au ras du sol; lorsqu'un remous de l'air déchire ce vaste décor, on voit, du ciel nettoyé, tomber une lumière éclatante qui se joue dans les eaux tranquilles.

En hiver surtout, même quand il ne pleut pas effectivement, le brouillard souvent s'étale sur toutes choses. Dans les légendes, Skye est l'île des Nuages; Mull, l'île sombre. Pour les Gaels, le brouillard comptait parmi les éléments de la nature. De tout temps, les marins ont redouté ces mers mornes toutes couvertes de buées, cette Libersee ou mer visqueuse des Orcades. C'est que l'air chaud de l'Atlantique, arrivant sur des eaux plus froides, y condense son humidité en fines gouttelettes; les nuages épais se confondent avec l'eau de la mer; les navigateurs marchent en aveugles dans cette atmosphère bouchée qui chemine avec le courant océanique; il arrive que, de Terre-Neuve jusqu'à la Manche, on ne voie pas une seule fois le soleil au cours de la traversée. Sur terre, même par beau temps, un voile vaporeux se répand, laissant à tous les objets des contours indistincts. Ces brouillards rendent désagréable la vie à l'extérieur; on évite l'existence en plein air, si facile dans les pays du soleil; on habite des maisons aux larges fenêtres pour mieux profiter de la lumière; on s'efforce d'y créer un intérieur gai et clair; on aime vivre chez soi, dans l'intimité du foyer.

Pour exprimer l'état du ciel par des chiffres relativement précis, on peut calculer le nombre d'heures pendant lesquelles le soleil brille chaque jour; c'est ce qu'on appelle l'insolation; elle permet de définir un caractère essentiel du

LE CLIMAT ET LA VÉGÉTATION

climat. Dans les Iles Britanniques, les régions les plus ensoleillées se trouvent au Sud-Est et au Sud : à Hastings près du Pas de Calais, le nombre des heures de soleil s'élève à 40 p. 100 de ce qu'il serait s'il n'y avait aucun nuage; à Torquay, 39; à Jersey, 44. Au contraire, c'est dans l'extrême Nord-Ouest que se cantonnent les stations les moins ensoleillées : Stornoway, 29; Glasgow, 25; Ben Nevis, 17. Dans les îles de la Manche, l'insolation est 60 p. 100 plus forte que dans les Orcades. Jersey est la seule station britannique qui jouisse pendant certains mois de la moitié des heures possibles de soleil (55 p. 100 en août); en juin, le soleil y brille trois heures de plus par jour qu'à Deerness (Orcades); et ce fait est d'autant plus digne de remarque que, à Deerness, situé à 10° de latitude plus au Nord, le soleil de juin demeure au-dessus de l'horizon deux heures de plus qu'à Jersey : ainsi se traduit dans le climat des Orcades l'influence de leur position sous un ciel agité et sur le passage des bourrasques. Par contre, au mois d'août, régnent sur les côtes méridionales de l'Angleterre de beaux temps clairs, chauds et calmes : sur cette lisière ensoleillée, comparée par les Anglais à une « Riviera » méditerranéenne, les stations balnéaires se pressent depuis le Kent jusqu'au Devon.

11 est impossible, quand on parle des conditions de lumière, de ne pas évoquer les ciels lugubres qui planent sur les centres manufacturiers et les agglomérations urbaines. On constate à Glasgow, à Newcastle, à Londres des durées d'insolation beaucoup plus faibles que dans le Nord de l'Écosse. Des observations précises ont montré que les fumées d'usines troublent l'atmosphère aux dépens de l'insolation; on peut voir un grand courant de fumée s'élever du Lancashire, traverser les landes de la chaîne Pennine et venir se mêler aux fumées du West Riding; les poussières qu'il transporte peuvent en deux ou trois heures noircir une couche de neige. Les brouillards de Londres sont célèbres. Des nuées opaques s'abattent sur la ville; l'odeur acre de cette buée épaisse et jaunâtre prend à la gorge; au milieu de ces ténèbres humides, l'obscurité règne en plein midi; il faut tenir les lampes allumées, parfois durant plusieurs jours; déraillements, tamponnements, collisions, tous les accidents de la circulation se multiplient; parfois toute circulation s'arrête. Ce véritable fléau résulte d'une coalition entre l'atmosphère brumeuse et la fumée des milliers de cheminées de la grande ville. Aussi, comparée à d'autres villes de l'Angleterre du Sud-Est, Londres reçoit en été 15 p. 100, en hiver 50 p. 100 d'heures de soleil en moins. Cet énorme avantage en faveur de l'été vient de ce que, durant cette saison, les foyers domestiques ne brûlent pas. C'est ce brouillard noirâtre qui couvre les maisons et les édifices de cette patine noire qui laisse si peu de clarté et de joie dans l'architecture de Londres.

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