I'.. t. I, Pl. Mil
l'Iiol. V;il(?ntine.
A. liALLATEIi, DANS LA VALLEE DE LA DEE
Stiition d'oté, dans les liighlands du comté d'Aberdeen.
Phot. Preston.
B. LES JARDINS DE L AIÎIÎAYE DE TRESCO fiLES SCILLY).
Exemple de végétation subtropicale.
G. U., t. I, Pl. XIV.
LE CLIMAT ET LA VÉGÉTATION
le ton au paysage sur d'immenses étendues de plaines et de montagnes. Les tourbières hautes atteignent leur maximum d'épaisseur sur les plateaux élevés qui reçoivent les plus fortes chutes de pluie; sur le continent, elles emplissent, sous le nom de Fagnes, les larges dépressions du Massif Ardennais; dans les Iles Britanniques, elles étalent leur noir manteau spongieux, déchiré par les ravins et percé par les crêtes rocheuses, sur les surfaces planes des hautes terres d'Écosse, d'Irlande, du Pays de Galles et de la chaîne Pennine (fig. 24). Sur cette tourbe, quand elle est bien drainée, la bruyère s'étend à perte de vue, associée souvent au myrtille; dans les fonds humides, la masse imbibée d'eau ne donne plus guère asile qu'aux végétaux aquatiques, aux carex, aux scirpes et aux souchets ainsi qu'aux linaigrettes dont les panaches sèment de taches blanches les abords des mares d'eau noirâtre. Les tourbières basses se sont formées au voisinage du niveau de la mer, sur le fond des larges vallées et sur les plaines mouillées; elles occupent une partie de la plaine irlandaise (bogs), la lisière de la baie de Morecambe {masses du Lancashire), le district des Fens autour de la baie de Wash, les anciens estuaires du Norfolk dans la région des Broads et les zones les plus basses du delta néerlandais (pl. XIII, B).
Les landes du sable sont aussi le domaine de la bruyère. Mais elles se
distinguent des landes de la tourbe en ce qu'elles accueillent les arbres; il est rare que les deux associations ne s'enchevêtrent pas l'une dans l'autre; bien souvent, la lande n'est qu'une dégénérescence de la forêt; de même, parmi les forêts actuelles, beaucoup dérivent du reboisement de la lande. Cette formation végétale se rencontre dans les Iles Britanniques partout où affleurent des sols secs, perméables et pauvres : dans l'Est-Anglie sur les crags pliocènes; dans les bassins de Londres et du Hampshire sur les sables éocènes; dans le Weald sur les sables infracrétacés; dans les Midiands sur les grès bigarrés; dans l'Ouest sur les roches cristalUnes del'Exmoor et du Dartmoor; dans les Highlands de l'Écosse orientale. On la retrouve en Belgique, sur les sables de la Flandre et de la Campine, et aux Pays-Bas, sur les sables et les graviers qui s'élèvent dans
GÉOGRAPHre u.NJVERSELLE. — Iles Britanniques. 9
FiG. 24. — La répartition des landes dans les Iles Britanniques.
l'intervalle dss grandes vallées. En montagne comme en plaine, les paysages 1 de lande sont simples et sévères, mais ils ont de la grandeur dans les horizons ' et bien des nuances gracieuses dans le détail. Dans l'Est des Highlands, la lande couvre beaucoup de versants même au-dessous de 600 mètres; durant l'hiver, ce sont les tons secs et grisâtres des toufîes de bruyères qui dominent; mais, avec le printemps, on voit se succéder d'autres couleurs, le vert clair des graminées, le violet brun chaud des airelles, puis les teintes rouges ou roses des fleurs de bruyères; parfois des tapis de gazon étalent au milieu de la lande leurs pelouses toutes semées de plantes fleuries : trèfles, campanules, lotiers, polygalas, potentilles; çà et là, des buissons de genévriers et d'ajoncs, des massifs de fougères et des bouquets de pins et de bouleaux.
Les formations naturelles, bois et landes, ont partout reculé devant les cultures de l'homme. Mais, si les bois ont presque disparu, les landes conservent toujours un large domaine; devant elles, la charrue s'arrête; la proportion des i terrains incultes étonne en des pays si peuplés. C'est que le sol maigre et sec des landes ne convient guère aux plantes nourricières de l'homme et de ses animaux domestiques; de plus, les étés humides et frais refusent parfois le soleil aux grains qui mûrissent; l'abondance des pluies d'automne et de printemps entrave la préparation des terres et les semailles. Ces inconvénients du climat s'exagèrent encore sur les hautes terres de l'Ouest britannique : les vents y font fureur sur les sommets; les brouillards et les nuages ne laissent passer qu'une lumière diffuse, une faible chaleur; les moissons, toujours tardives, deviennent incertaines; aussi la limite des cultures descend jusqu'à 250 et 200 mètres : c'est à cette altitude qu'on peut fixer la zone limite entre les lowlands et les highlands. | Toutes ces causes agissent fortement pour diminuer l'étendue des terres arables dans les Iles Britanniques, en rendant impossible, surtout dans l'Ouest, la mise en culture des landes. L'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande ont proportionnellement beaucoup plus de terrains incultes que tout autre pays de l'Europe j occidentale, la Norvège exceptée; ils couvrent les trois quarts de l'Écosse et de l'Irlande, la moitié du Pays de Galles, le quart de l'Angleterre; dans certaines régions, ils revendiquent presque tout le territoire : 96 p. 100 dans le Sutherland, < 85 p. 100 dans le Connaught. « Aller en enfer ou en Connaught », dit un proverbe.
Ces influences climatériques combinées avec l'influence du relief ont déterminé, dans l'évolution agricole, la remarquable opposition entre l'Ouest britannique et l'Est britannique : l'Ouest avec ses montagnes et ses landes, orienté vers la pâture plutôt que vers le labour, à cause de l'humidité de son atmosphère et des faibles températures de ses étés; l'Est avec ses plaines et ses sols meubles, orienté plutôt vers le labour que vers la pâture, à cause de son climat continental» plus chaud en été, plus sec. La différence paraît avoir été notée déjà par César, j qui constate une agriculture avancée dans les régions côtières et la prépondérance de l'élevage à l'intérieur.
La répartition des plantes cultivées dépend, dans une large mesure, de ces | conditions générales. Les champs de blé se concentrent surtout dans les districts | orientaux soustraits aux influences directes du climat océanique et plus ensoleillés : par exemple en Irlande autour de Dublin, en Ecosse autour d'Edimbourg, et en Angleterre dans la région comprise entre le Wash et Londres; les huit comtés orientaux de l'Angleterre, représentant 11 p. 100 du territoire de j l'île, contiennent à eux seuls 42 p. 100 de la superficie cultivée en blé dans la '
LE CLIMAT ET LA VÉGÉTATION
Grande-Bretagne : le blé y occupe du sixième au quart des terres arables. L'orge, qui peut endurer plus d'humidité que le blé, possède une plus large extension que lui : elle occupe plus de place que lui dans le Pays de Galles et en Écosse; certaines variétés précoces se sont répandues jusque dans les îles du Nord. L'avoine, qui peut mûrir par des étés assez humides et frais, est la grande céréale des régions de l'Ouest et du Nord : elle couvre deux fois plus de terrain que le blé et l'orge dans le Pays de Galles et l'Écosse du Sud-Est, trois fois plus dans le Nord-Ouest de l'Angleterre et dans l'Est de l'Écosse; elle compte seule comme céréale dans le Nord et l'Ouest de l'Écosse. Elle est la céréale écossaise par excellence; le porridge, mélange de lait et de farine d'avoine, forme en Écosse, dans les chaumières comme dans les palais, la base traditionnelle du breakfast.
Bien d'autres plantes sont limitées ou exclues par le climat : la betterave, la luzerne, le houblon, la vigne. L'absence de la vigne est un trait de paysage par lequel la Grande-Bretagne et les pays de l'Escaut s'opposent aux pays méridionaux de la Loire, de la Seine, de la Moselle et du Rhin. On ne fait de vin ni en Belgique, ni en Angleterre. La vigne, l'arbuste des coteaux ensoleillés, disparaît; elle recule devant l'atmosphère trop fraîche, devant les ciels embrumés de l'arrière-saison; plus de coteaux exposés au soleil, tapissés de pampres, égayés par les chansons des vendangeurs : nous sommes dans le domaine de la bière, la boisson germanique.
Ce qui tend à dominer, partout oîi cessent les landes, c'est la verdure de l'herbe. L'humidité constante de l'air, la modération des chaleurs d'été, la rareté des sécheresses favorisent la croissance des graminées et des légumineuses et surtout le développement de leurs parties vertes. Cette aptitude à l'herbe s'accroît à mesure qu'on se rapproche des influences océaniques; elle a servi les desseins de l'homme, car nulle part au monde il n'a pu aussi facilement, voulant renoncer à la production des grains, remplacer les céréales par les pâtures : les pâtures permanentes qu'il a établies tendent à devenir, dans les Iles Britanniques et même dans certaines contrées riveraines de la mer du Nord, le trait dominant du paysage cultivé.
Ainsi les caractères du climat océanique se reflètent dans la nature des associations végétales, spontanées ou cultivées; ils s'expriment même par la présence de plantes d'affinités toutes méridionales. La douceur des hivers donne aux côtes de la Manche occidentale une température moyenne de janvier aussi élevée qu'au littoral de la Provence. Aussi la végétation y revêt parfois des allures subtropicales. Dans les îles Anglo-Normandes, les magnolias fleurissent en pleine terre; les myrtes, les fuchsias, les camélias deviennent des arbres. Les aloès prospèrent sur les côtes de Cornouaille et dans les îles Scilly; on rencontre des figuiers autour de Dorchester. En Irlande, dans le Tipperary, le laurier atteint 7 à 10 mètres de hauteur; il est encore dans l'île de Bute (Écosse) un bel arbre qui fleurit. Autour de Killarney et de Glengarifî, dans l'Irlande du Sud-Ouest, la vie végétale évoque l'exubérance des pays chauds. Sous la même influence des hivers mordorés, on voit s'avancer le long des pays océaniques et jusqu'à des latitudes très septentrionales les arbustes toujours verts qui périssent dans l'Europe centrale aux mêmes latitudes. Certaines bruyères remontent jusqu'à l'Irlande (Erica ciliaris), jusqu'à l'Écosse (Erica teiralix) et même jusqu'à la Norvège (Erica cinerea). L'ajonc (Ulex eiiropœus) s'avance jusqu'en Écosse, alors que la gelée le tue en Suède, par 58° de latitude. Quant au houx, arbrisseau élégant, aux feuilles luisantes, si les hivers rigoureux le font
périr sur les sommets de l'Ardenne et dans la plaine du Rhin à Cologne, il pénètre le long de l'Atlantique jusqu'en Écosse et en Norvège, jusqu'à 62° de latitude. La culture elle-même a profité de ces douceurs océaniques favorables aux plantes délicates; dans les îles et les presqu'îles, baignées par l'air tiède qui les protège contre la gelée, les champs de primeurs s'étendent dès l'annonce du printemps, et leurs récoltes se succèdent dans l'ordre de précocité : les premières pommes de terre nouvelles poussées en terre britannique viennent de Jersey; puis on voit arriver sur les marchés des grandes villes celles de Cornouaille, celles du Kerry et de Waterford, celles de la côte écossaise de l'Ayrshire (pl. XIV, B).
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