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III. — L'ÉCOSSE

Le nom d'Écosse, sous sa forme latine (Scotia) ou sa forme germanique (Scotland), n'a été appliqué à une partie du territoire de l'Écosse moderne que vers la fin du x^ siècle; il est de provenance étrangère : il vient des Scots, peuplade irlandaise, qui habitait le Nord-Est de l'Irlande (l'Antrim actuel) et qui, vers le début du vi^ siècle après J.-C, émigra vers l'Écosse occidentale (l'Argyll actuel). Ce courant de migration irlandaise ouvrit la route à un courant de propagande chrétienne; vers 563, saint Colomban, faisant voile d'Irlande, aborda l'île d'Iona, dont il fit le centre de rayonnement de ses missions en Écosse; parvenue en Écosse, la foi nouvelle se répandit si vite que tout le pays situé au Nord de la Clyde et du Forth s'unit bientôt en une véritable communauté spirituelle. Au ix^ siècle, les reliques de saint Colomban furent transférées de l'île d'Iona, petite terre perdue dans l'Atlantique, jusqu'à Dunkeld, sur les confins des Llighlands et des Lowlands de l'Est : Dunkeld devenait la capitale rehgieuse de l'Écosse. Ainsi sous l'influence des Scots d'Irlande s'ébauchait une première unité écossaise. Ce fut en même temps une première ébauche d'unité politique; car des princes scots avaient réussi vers 843 à grouper sous leur autorité tous les habitants de l'Écosse septentrionale, qui étaient probablement aussi de race celtique.

Le centre de gravité de cette primitive Écosse se trouvait en terre celtique dans l'Ouest. Si elle a grandi en un État fort, elle le doit à l'élément germanique

PEUPLES, ÉTATS ET NATIONS

qui déplaça le centre de gravité et le transporta dans l'Est. Des tribus anglosaxonnes avaient pris pied sur le territoire de l'Écosse, au Sud de la Tweed; de là, elles s'étaient glissées vers le Nord, le long du littoral, jusqu'à l'estuaire du Forth; c'est là que vers 630 le roi Edwin de Northumbrie avait placé sa forteresse d'Édimbourg pour défendre ses États contre les Celtes d'Écosse. Progressivement, les éléments anglo-saxons gagnèrent vers le Nord, occupant et colonisant les territoires actuels de Lothian, de Fife, de Forfar et d'Aberdeen, tous situés dans le domaine du roi des Scots. Cet élément germanique allait devenir le noyau autour duquel toute la puissance écossaise se rallia. Les conditions géographiques s'y prêtaient : un climat plus clément que dans l'Ouest, une plaine fertile, le voisinage de la mer du Nord. Sur les terres maigres, sauvages et brumeuses de l'Ouest, l'Est l'emporta bientôt grâce à ses belles récoltes, à ses villages populeux, à ses villes; il devint le foyer vital du pays. Pour ces raisons, nous avons vu les rois des Scots transporter au ix® siècle leur sanctuaire religieux et leur capitale politique à Dunkeld, en plein domaine de colonisation germanique; autour d'eux leurs fidèles et leurs sujets se laissaient gagner par la civilisation germanique, par la religion venue de Rome, par les coutumes féodales, par la langue anglaise. Bientôt, au x^ siècle, même les éléments anglais du royaume des Scots ont pris l'habitude de s'appeler Écossais et de nommer leur I pays Écosse. Ainsi il existe alors en Grande-Bretagne deux royaumes anglais, ayant chacun son arrière-pays celtique : l'un, le royaume d'Angleterre, avec ses Gallois et ses Irlandais, avec sa capitale à Londres; l'autre, le royaume d'Écosse, avec ses Celtes des Highlands et sa capitale à Dunkeld, Dunfermline ou Stirling (pl. XV, B).

A peine constitué dans sa presqu'île qui l'isole et en arrière des montagnes qui le défendent, le royaume d'Écosse s'oppose au royaume d'Angleterre. Une lutte de frontières commence, qui va durer plusieurs siècles. Il s'agissait essentiellement de la possession des plaines riches des Lowlands orientaux. Le flux et le reflux des batailles y laissa longtemps les limites incertaines. Les mêmes routes naturelles, qui suivent la côte par Berwick et Dunbar, revirent sans cesse les armées; après deux siècles de disputes et de combats, la frontière des deux royaumes se trouva, vers le milieu du xii'^ siècle, fixée dans la zone presque déserte des Cheviots, qu'elle n'a plus quittée; cependant, jusqu'en plein xvii^ siècle, la guerre y persiste à l'état chronique, guerre de raids et de razzias le long d'une marche frontière perpétuellement en alerte.

Le voisinage des deux royaumes d'Angleterre et d'Écosse dans la même île posait la question de la suprématie insulaire. Il était difficile à l'Angleterre, quoique plus puissante et plus peuplée, d'absorber l'Écosse : sa base d'opérations se trouvait trop éloignée; à la fin du xviii^ siècle, en hiver, Londres était à quatre jours et demi de voyage d'Édimbourg; à plus forte raison la distance entravait-elle les relations au moyen âge. Aussi l'Écosse put-elle vivre librement dans sa presqu'île et développer son originale personnalité, faite de l'association et de la solidarité entre les Highlands et les Lowlands, entre la montagne et la plaine. La nation écossaise grandit et s'épanouit, une dans sa variété. Elle eut sa littérature, sa réforme religieuse, sa politique extérieure, ses intérêts économiques. Aussi, lorsque le hasard des lois successorales appela au trône d'Angleterre en 1603 le roi d'Écosse, Jacques, l'Écosse ne pouvait songer à s'unir à l'Angleterre; elles demeurèrent toutes les deux des royaumes indépendants.

LES ILES BRITANNIQUF.S.

égaux SOUS la même couronne et qui, l'un vis-à-vis de l'autre, se conduisaient en étrangers.

C'est au début du xviii^ siècle, sous la pression de nécessités économiques, que les liens déjà établis entre l'Écosse et l'Angleterre par la géographie, la religion et la langue, devinrent des liens politiques. D'un commun accord, les deux États s'unirent en 1707 en un seul royaume, le Royaume-Uni de Grande- Bretagne, avec le même souverain, le même parlement, le même régime douanier. A partir de cette date, l'Écosse, qui trafiquait beaucoup avec la Hollande, cessa d'être un souci pour les marchands de la Cité. D'autre part, elle vit ouvrir à ses propres hommes d'affaires tous les marchés anglais en Europe et aux colonies. Les deux pays n'en font désormais plus qu'un seul pour étendre et exploiter l'Empire britannique. Désormais on rencontre les Écossais à l'avant-garde de la colonisation, pionniers dans le Nord-Ouest américain, trappeurs dans les territoires de la baie d'Hudson, squatters en Australie. Mackenzie et Fraser, qui explorèrent les Montagnes Rocheuses, étaient des Écossais; Écossais aussi Richardson et Ross, célèbres par leurs expéditions polaires; Écossais, J. Bruce, Mungo-Park, Alexander, Livingstone, Grant, qui ont tant fait pour notre connaissance de l'Afrique.

Malgré cette collaboration nationale des deux États britanniques, on ne peut pas dire que l'Écosse se soit fondue avec l'Angleterre. Profondément loyaliste, elle n'en conserve pas moins sa fierté d'être elle-même. Aucun Écossais ne veut être dit anglais. L'originalité de l'Écosse se conserve jusque dans les institutions politiques; il y subsiste des particularités dans le gouvernement local; quand le Parlement britannique vote une loi générale, il doit en voter une pour l'Angleterre et le Pays de Galles, une autre pour l'Écosse. Dans le cabinet britannique, il y a un secrétaire pour l'Écosse, un avocat-général pour l'Écosse. L'Écosse a ses églises nationales, issues de la confession presbytérienne, qui représentent presque les deux tiers de la population. En Écosse, l'instruction publique dépend des autorités locales. Il y a pour l'Écosse une haute cour de Justice avec un code de procédure particulier, ainsi que des services officiels particuliers pour l'agriculture, les pêcheries, la géologie. L'Écosse garde ainsi certains éléments d'autonomie. Enfin elle conserve toujours des adeptes du vieux langage gaélique, surtout dans les montagnes et dans les îles de l'Ouest; en 1911, 183 998 Écossais parlaient à la fois le gaélique et l'anglais, 18 400 le gaélique seul (0,4 p. 100 de la population totale) (fig. 42).

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