III. — LA VIE RURALE
Aussi loin qu'on remonte dans l'histoire, l'Irlande nous apparaît comme un pays de petites exploitations. Ce fait, antérieur à la colonisation britannique, a survécu à toutes les transformations de la propriété; il explique l'attachement du paysan irlandais à la terre qui le fait vivre.
Le régime agraire. — Sous l'influence de l'accroissement extraordinaire de la population, le morcellement de la terre irlandaise semble avoir atteint son maximum durant la première moitié du xix^ siècle. Le nombre énorme des paysans qui se partageaient et se disputaient la terre avait réduit à d'infimes surfaces l'étendue des exploitations; en 1843, plus de la moitié des fermes irlandaises ne dépassaient pas 3 hectares. Il y avait parmi elles des exploitations naines, insuffisantes pour nourrir une famille. Ces conditions misérables, fort répandues dans les districts stériles du Connaught, du Kerry et du Donegal, aboutirent à une véritable « congestion » du pays; on dut créer en 1891, pour les améliorer, le service officiel du Congested District Board, qui étendit son contrôle sur le sixième du territoire de l'Irlande et le neuvième de sa population. Il entreprit systématiquement d'agrandir les tenures, et il compta de vrais succès, comme le remembrement complet de l'île de Clare. Mais, par la force des choses, à cause du développement des pâtures, qui exigea des fermes plus étendues, et surtout à cause de l'émigration, qui fit partir de nombreux candidats à la terre, toute la fin du xix^ siècle marqua un arrêt et même un recul du morcellement des exploitations.
Au reste, cette évolution n'a pas changé le caractère traditionnel de la société rurale, qui se compose toujours de petits cultivateurs. Voici quelle était la situation en 1920 (l'acre valant 40 ares 46) :
L IRLANDE