Allemagne, 60 millions d'habitants
4. France, 40 millions; Italie, 39 millions; Espagne, 22 millions; Norvège, 2 600 000.
GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. — Iles Britanniques.
quefois en tête, toujours aux premiers rangs, qu'il faut chercher le poste des Iles Britanniques; elles extraient 23 p. 100 du charbon et fabriquent 13 p. 100 de la fonte du monde entier; elles font tourner 36 p. 100 des broches qui filent le coton, et elles possèdent 32 p. 100 du tonnage des navires qui flottent sur les mers.
Cette source étonnante de travail et de richesse ne jaillit pas uniquement sur le sol britannique; elle surgit, en filets innombrables, au delà des mers, à travers le monde. Un empire immense, qui couvre le quart des continents et embrasse le quart de l'humanité, s'est greffé sur le petit archipel européen; on y extrait 72 p. 100 de l'or du monde, 42 p. 100 de l'étain ; on y récolte 28 p. 100 de la moisson universelle du blé; on y recueille 77 p. 100 de la laine. Plus de cent millions d'hommes parlent l'anglais; ce peuple insulaire, qui n'a pas eu raison chez lui de la langue des vaincus, a porté la sienne en conquérante sur tous les points du globe. Le rôle de ce groupement d'hommes dans la vie universelle n'est pas à l'échelle de son habitat européen; il propose à la géographie le passionnant problème d'une destinée, longtemps confinée en un coin écarté de l'Europe, maintenant élargie jusqu'aux limites de la Terre.
Parmi les terres européennes si riches de formes et d'articulations, l'archipel britannique représente la partie la moins massive et la moins compacte, la plus européenne. Le continent s'y morcèle en îles et en îlots. Autour de deux masses principales, la Grande-Bretagne (229 850 km^) et l'Irlande (82 420 km^), gravitent de minuscules archipels, comme les Scilly, les Hébrides, les Orcades et les Shetland; sur les côtes occidentales, les îlots dispersés se comptent par miniers. A l'intérieur des îles, même les plus petites, la mer s'insinue profondément par les baies et les estuaires; le domaine terrien se réduit en presqu'îles et en pointes; l'étreinte des flots semble partout solliciter les hommes à la vie maritime. En réalité, elle les isole. C'est dans l'isolement que commence l'histoire de la Grande-Bretagne; la mer se montre d'abord hostile. « En sa qualité d'île, dit Vidal de la Blache, la Grande-Bretagne a reçu plus tard que les nations continentales le contre-coup des événements qui se passaient en Europe; plus tard et autrement que la Gaule, l'influence romaine et le christianisme; plus tard et plus graduellement que les contrées rhénanes, les invasions germaniques. Elle est devenue une puissance commerciale plus tard que les Hanséates et un foyer industriel plus tard que les Flandres. » Les Anglais vécurent longtemps comme des laboureurs et des pâtres avant de devenir des marins. Et, même après avoir rompu l'encerclement des flots, ils conservent obstinément les démarches instinctives de la mentalité insulaire : l'attachement aux vieilles institutions, l'hésitation à imiter autrui, le goût de l'isolement parmi les étrangers, la volonté de garder leur race pure de tout mélange, l'idée fixe de ne jamais se créer des liens avec le continent, la défiance de toute relation qu'on ne pourrait pas rompre au moment utile. Aux yeux de la plupart des Anglais, le tunnel sous la Manche serait la fin de l'état insulaire. Le jour où le premier avion parti du continent atterrit sur le sol britannique, tous les journaux n'eurent qu'un cri : « La Grande-Bretagne n'est plus une île » {Britain, no more island).
La mer qui isole les terres britanniques n'en a transformé les conditions d'existence que lorsqu'elle fut elle-même touchée par les courants de civilisation maritime. L'archipel demeura excentrique tant que la Méditerranée fut