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V. — LES RELATIONS ÉCONOMIQUES DE L'IRLANDE

En fait, toute l'économie irlandaise se présente depuis des siècles comme une province de l'économie britannique. Plus proche du continent européen, plus riche en relations, la Grande-Bretagne a toujours devancé l'Irlande dans l'évolution matérielle; elle a toujours pesé sur elle de tout le poids de sa fortune, de ses ressources, de sa civilisation. Métropole puissante, elle l'a considérée comme un domaine colonial, succursale de ses grandes entreprises mercantiles, auxiliaire de son développement industriel. L'Irlande connaît les avantages de cette dépendance économique, puisqu'elle possède à ses portes, pour certains de ses produits, l'énorme marché britannique. Mais elle en a souffert aussi, ayant vu tuer chez elle toutes les initiatives qui pouvaient menacer d'une concurrence le travail de la métropole, comme l'industrie de la laine.

Les mines de houille irlandaises contiennent environ 175 millions de tonnes de charbon. Mais, comme leurs conditions d'exploitation sont malaisées et souvent la qualité du combustible inférieure, l'extraction ne donnera pas de bénéfices tant que la houille britannique parviendra à bon marché dans les ports irlandais. Quant au combustible, l'Irlande dépend des houillères écossaises pour ses comtés du Nord, des houillères du Cumberland et du Lancashire pour ses comtés du Centre et du Sud. Le charbon britannique représente plus du quart (en valeur) des matières premières importées en Irlande. Alors que la consommation de charbon par tête est de quatre tonnes en Grande-Bretagne, elle ne dépasse pas un demi-quintal en Irlande. Quant aux minerais métallifères extraits en Irlande, c'est au delà du Channel qu'on les transporte pour les traiter : le minerai de fer de l'Antrim se dirige vers les fonderies de l'Ayrshire et du Pays de Galles; le minerai d'aluminium, vers les usines de Kinlochleven et de Foyers sur les bords du canal Calédonien. Le peu de pyrites de cuivre produit par l'Irlande s'expédie à Swansea et dans le Lancashire.

Pour les produits agricoles, la vraie richesse de l'Irlande, c'est le marché britannique qui règle l'économie irlandaise; ses fluctuations se traduisent par les vicissitudes de la production. Quand l'économie pastorale de la Grande-Bretagne se développe, celle de l'Irlande en pâtit; tantôt son bétail ne se vend plus, comme en 1666 et en 1678; tantôt, comme au début du xviii® siècle, elle ne peut

Géographie universelle. — Iles Britanniques. 15

ÉTUDES RÉGIONALES

plus exporter sa laine. « On croyait sans doute, dit un pamphlet de 1731, que l'Irlandais était un genre d'animal tout à fait différent des autres hommes et que son estomac était conformé pour digérer la laine. » Quand la Grande-Bretagne s'industrialise, que sa population s'accroît et qu'elle a besoin de grains, l'Irlande augmente ses emblavures, comme en 1786 et au début du xix^ siècle. Lorsque, au milieu du xix^ siècle, l'Angleterre ouvre ses ports aux blés étrangers, r Irlande fait retour à la pâture, et elle trouve dans les grandes villes et les centres industriels de Grande-Bretagne un débouché pour les produits de son élevage. Depuis plus de trois siècles, entre ports irlandais et ports d'en face s'effectuent des transports de bétail sur pied, tels qu'il n'existe actuellement dans le monde aucun courant commercial de cette nature plus ancien et plus puissant. Chaque année, des centaines de milliers d'animaux franchissent la mer pour atteindre en Grande-Bretagne les centres de consommation ou les lieux d'engraissement. On peut, dans un tableau succinct, donner une idée de cet énorme trafic.

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