‹ Les iles britanniquesChapitre 41 sur 118 · PÉRIODES BÊTES A CORNES MOUTONS PORCS · texte numérisé non relu

PÉRIODES BÊTES A CORNES MOUTONS PORCS

D'autres pays expédient en poids plus de viande à la Grande-Bretagne que l'Irlande; mais elle est, par excellence, le grand fournisseur du bétail sur pied. Au bétail il faut ajouter les autres produits agricoles : beurre, fromage, lait condensé, volaille et œufs, pommes de terre, lard et jambons. Comme l'Irlande vit de l'agriculture et qu'elle exporte ses produits agricoles vers la Grande-Bretagne, on peut dire que, sans la Grande-Bretagne, elle ne pourrait pas subsister. Elle vit en satellite, attendant de sa puissante voisine les ordres et les commandes, tenant d'elle tout le jeu de ses importations et de ses exportations. Sur le total des importations irlandaises, 77,1 p. 100 provenaient de Grande-Bretagne en 1909-1913, 88,1 p. 100 en 1918, 78,3 p. 100 en 1920. Sur le total des exportations irlandaises, 96,1 p. 100 se dirigeaient vers la Grande-Bretagne en 1909-1913, 99,9 en 1917, 94,4 en 1918, 88,7 en 1920. Dans l'ensemble, pour la période écoulée de 1909 à 1920, l'Irlande a fait avec la Grande-Bretagne une proportion de son commerce extérieur variant de 85,5 à 94,4 p. 100. Il est peu d'exemples d'une pareille solidarité économique.

La mer elle-même qui entoure l'Irlande n'est pas irlandaise, mais britannique. Aux côtés de la marine britannique, il n'y eut, dès les débuts, aucune place pour une marine irlandaise. A la fin du xviiie siècle, il fut interdit aux navires irlandais de transporter d'une colonie à l'autre les produits coloniaux. En 1728, l'Angleterre avait accaparé les deux tiers du commerce maritime de l'Irlande; en 1778, les sept huitièmes; au miUeu du xix^ siècle, elle en avait pris la totalité. Dès lors tous les produits irlandais partirent de l'île sur des navires anglais ; tous les produits du dehors arrivèrent en Irlande sur des navires anglais. Pratiquement, de nos jours, c'est encore par la marine britannique que l'Irlande prend

L IRLANDE

contact avec le monde, et même le plus souvent par l'intermédiaire des ports britanniques. Sans doute Belfast, Dublin, Londonderry, Cork reçoivent directement des cargaisons de blé et de maïs d'Amérique. Mais, à l'exportation, les ports britanniques s'interposent presque toujours entre l'Irlande et l'étranger. Les ports d'exportation de l'Irlande à destination de l'Amérique ne sont pas Limerick, ni Galway, ni même Dublin, mais Liverpool et Glasgow. Beaucoup de ports irlandais, qui ont des lignes sur Liverpool et Glasgow, n'en ont pas entre eux : c'est par la Grande-Bretagne que l'Irlande communique avec l'Irlande, Entre l'Irlande et l'Amérique, il n'exista, jusque vers 1920, aucun service direct de paquebots : les émigrants irlandais passaient par Liverpool. Le commerce du monde longe l'Irlande presque sans l'effleurer. Cette servitude économique se relâchera sans doute par l'efîort de l'État libre d'Irlande. L'Irlande nationale a le désir de prendre en mains propres son commerce extérieur : depuis 1920, des services directs unissent l'Irlande à certains ports du continent (France, Espagne, Belgique) ; et, surtout, une ligne régulière l'unit à New York. Naturellement, c'est avec la Grande-Bretagne que les services sont le plus denses et le plus fréquents. Pour ne parler que des communications rapides, les lignes les plus importantes sont les suivantes : 1° de Larne à Stranraer (57 km. 5); 2° de Belfast à Fleetwood, Heysham et Liverpool; 3° de Dublin et Kingstown à Holyhead (112 km.); 4° de Rosslare à Fishguard (100 km.).

Maintenant que l'Irlande forme, pour la plus grande partie de son territoire, un État quasi indépendant, tous ces liens qui l'unissent à la Grande- Bretagne ne paraissent pas devoir se briser. Aucun Irlandais sérieux ne peut y penser. L'Irlande vit de la Grande-Bretagne; c'est à elle qu'elle vend ses bestiaux, son beurre, sa bière; c'est d'elle qu'elle reçoit ses capitaux, son charbon, ses étoffes, ses farines, ses engrais, ses machines; il y a entre les deux îles un lien économique puissant, et il ne peut être question pour l'Irlande de vivre à part. Ce que l'indépendance politique apportera, ce sera le moyen de rendre cette association plus équitable en donnant aux Irlandais une plus grande participation dans l'exploitation de leur richesse et de leur travail. L'avènement du nouveau Dominion signifie plus de liberté et plus de justice dans la gestion des intérêts moraux et matériels de la nation irlandaise; mais il ne saurait détruire les fondements de sa vie économique. Certains liens de vassalité qui unissent l'Irlande à la Grande-Bretagne l'ont placée dans la situation d'une sorte de colonie d'exploitation; du fait du statut de Dominion, ces liens tomberont. Mais il en est d'autres qui tiennent leur force de la nature même des choses, de la proximité géographique des deux pays et de leur structure économique; iieux-là dureront, et leur consistance ne changera que dans la mesure même où changeront les milieux économiques de la Grande-Bretagne et de l'Irlande^.

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1. Pour l'évoluLion politique et nationale de l'Irlande, voir chapitre iv, p 82-87.

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Appendice. — Une statistique d'août 192.5, publiée en 1926, montre l'existence d'environ 300 000 personnes pouvant parler l'irlandais dans les sept comtés de Donegal, Mayo, Galway, Clare, Kcrry, Cork et Waterford : c'est une diminution de 137 500 par rapport à 1911. La langue gaélique ne cesse donc pas de perdre du terrain en Irlande.

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