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LES HIGHLANDS

Les paysages. — La masse de roches cristallines, qui compose les Highlands ou Hautes Terres, est partagée en trois morceaux par deux grandes dépressions, l'une étroite et continentale, le Glen More, l'autre large et envahie par la mer, le Minch. Le Glen More suit une fracture, orientée Nord-Est- Sud-Ouest, très ancienne dans l'architecture du pays, toujours agitée par des tremblements de terre; il sépare les Highlands du Nord-Ouest des Highlands du Sud-Est, qu'on

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appelle aussi Grampians. Le Minch, détroit long de 240 kilomètres et large de

50 kilomètres en moyenne, isole les îles Hébrides : c'est un fossé d'eiïondrement, d'origine assez récente (pl. XI, A).

Sauf quelques pics hardis qui dominent le plateau, sauf les échancrures profondes des cirques glaciaires qui mordent dans les sommets de l'Ouest, les contours de ces hauts plateaux présentent une étonnante régularité de surface.

51 l'on suppose comblées toutes les vallées des Grampians, on obtient un plateau presque uniforme, doucement incliné vers le Sud-Est, comme l'indique l'altitude des hauts sommets, de l'Ouest à l'Est : au Nord, le Ben Nevis (1 465 m.) et le Ben Macdui (1 435 m.); au Centre, le Ben Lawers (1 328 m.) et le Lochnagar (1 256 m.); au Sud, le Ben Lomond (1 064 m.), le Ben Vorlich (1 075 m.), le Ben Ledi (960 m.). Ces immenses étendues des sommets, couvertes de landes, presque sans arbres, constituent le paysage propre aux Highlands. Sauf sur les pentes les plus raides, un vaste manteau de tourbe les recouvre; les ruisseaux naissent dans la tourbe et y creusent leur lit; cachés dans la masse noire, ils y enfoncent leurs eaux en des chenaux et des tunnels dont la voûte fragile s'écroule sous les pas (pl. I et II; XIII, B, et XXIII, B).

Il existe entre l'Ouest et l'Est des Highlands des différences de modelé et de pittoresque, qui tiennent surtout à ce que l'action glaciaire a été plus longue et plus énergique dans l'Ouest et à ce que le massif, plus élevé, s'y compose aussi de roches plus résistantes. Partout on voit dans l'Ouest les cirques glaciaires déchiqueter les versants arrondis des sommets, et leurs formes fraîches, leurs crêtes étroites, leurs rochers pointus introduire des aspects sauvages et hardis parmi les masses tranquilles de la vieille montagne (fig. 40). Dans l'île d'Arran, on compte dix cirques sur le Goat Fell, tous orientés vers l'Est et le Nord- Est, avec leurs arêtes et leurs escarpements. Le flanc septentrional du Ben Nevis s'ouvre en de larges creux où parfois la neige persiste jusqu'en été. Nulle part le contact de la montagne et de la mer ne donne plus de beautés sauvages : morceaux de montagne détachés en mer sous forme d'îles et de presqu'îles, longs bras de mer pénétrant dans les vallées et prenant la place des anciens lacs avec le même nom de loch, falaises gigantesques battues par les vagues d'une mer constamment agitée. Les formes varient avec les roches; les plus curieuses apparaissent dans les coulées de basalte, qui parfois, comme dans l'île de Skye, forment sur plus de 150 kilomètres un rempart énorme dressé à près de 300 mètres au-dessus des flots (pl. XXIII, A). Au large de Mull, l'île de Staffa présente ses fameuses colonnades de basalte, à travers lesquelles les vagues ont creusé la grotte de Fingal : la voûte s'élève à 20 mètres au-dessus de l'eau; à marée haute, la mer s'y précipite tumultueusement; à marée basse, on peut, de roche en roche, pénétrer jusqu'au fond.

Une ceinture d'îles et de presqu'îles entoure les Highlands de l'Ouest : Bute et Arran, Cantyre, Jura et Islay; longue rangée des îles de Sleat, d'Eigg, de Coll et de Tirée, terminée parles écueils de Skerryvore; plus près de la côte, Mull et Skye, les Inner Hébrides; au delà du détroit du Minch, les Outer Hébrides : Lewis, Harris, North Uist, South Uist; enfin, au delà du détroit de Pentland, les Orcades et les Shetland. Les îles Hébrides forment un alignement si régulier qu'elles apparaissent comme une seule île, à laquelle les Écossais ont donné le nom de Long Island; en réalité, elles se composent de nombreux morceaux de terre, entre lesquels les vagues s'avancent avec violence; parfois le domaine de

Pliol, Geol. Survey Scollaiid.

A. LES CUILLIN HILLS (iLE DE SKYE).

Masses de roches éruptives, disséquées par des cirques glaciaires.

Pliot. Geol. Survey Scotland.

li. LA VALLÉE DE LA LEVEX, DANS LES HIGHLANDS,

A LA LIMITE DES COMTES D INVEIIXESS ET D AnGYLL. Ku loin, profil ri'-gulicr de la surface des Higlilands; dans la vallée, des lacs {/ocfis) et un barrage hydro-électrique (trop petit pour être visible ici).

G. U.. t. I. Pl.. .\XIII.

Phol. Geol. Survey Scotlaml.

A. LE STRATH GLASS, A l5 KILOMETRES SUD-OUEST DE BEAULY (cOMTÉ d'iNVERXESS) .

Large vallée des Highlands de l'Est, au fond plat, remblayé par des alluvions caillouteuses. Méandres actuels de la rivière et méandres abandonnés.

Phot. Valentine.

B. LA VILLE DE STIRLING ET SON SITE, VUE PRISE DE L AIÎBEY CRAKi.

.\u premier plan, un méandre du Fortb, avec de belles prairies; au second plan, la ville appuyée sur un roc éruptif ; au fond, plateaux réguliers couverts de landes.

G. U.. I. I. Pl. XXIV.

FiG. 40. — Paysage des Highlands, comté d'Inverness, au Nord-Est du Ben Nevis. assif puissamment disséqué par des cirques glaciaires aux flancs très escarpés; de petits lacs dans les cirques; au Sud,

la large vallée du Glen Spean, avec l'extrémité du loch Laggan. it de la Carte d'PIcosse à 1 : G3 360 de i'Ordnance Survey of Scotland, feuille 63, Glen Roy. (Reproduit avec l'autorisation du « ControUer o£ H. B. M. Stationery Office ».)

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l'eau et le domaine de la terre se confondent et s'enchevêtrent; dans North Uist, autour de Lochmaddy, une distance d'un kilomètre à vol d'oiseau exige un trajet de cinq ou six parmi les détours des criques (pl. VII, B). L'empreinte de la glace se retrouve partout dans le paysage, dans les lignes de lacs et de bras de mer orientées Sud-Est-Nord-Ouest (fig. 41), dans les bosses moutonnées, dans les amoncellements de cailloux et la multitude des lacs. « Tout est tourbe, eau, roche, dit Geikie, roche, eau et tourbe. » Au Nord de l'Écosse, pour atteindre les Orcades, il faut traverser le détroit de Pentland, large de 10 kilomètres, véritable défilé oîi les courants de marée s'avancent avec tant de violence que l'îlot de Stroma disparaît parfois sous les embruns. Les Orcades, au nombre de vingt-huit habitées et de vingt-neuf inhabitées, sans parler des îlots et des écueils, rappellent par leur Vieux grès rouge la constitution de la terre écossaise du Caithness qui leur fait face. Un bras de mer, large de 80 kilomètres, au milieu duquel surgit l'île escarpée de Pair Island, les sépare des Shetland. Avec leurs schistes cristallins et leur Vieux grès rouge, les Shetland sont un autre fragment .d'Écosse, plus élevé, plus sauvage et plus découpé que les Orcades; des firths, des sounds, des voe les pénètrent en tous sens. A 50 kilomètres à l'Ouest de Scalloway, s'isole au milieu de l'Océan l'île Foula, qui domine les flots par des falaises à pic de 500 mètres. « Des oiseaux, écrit Élisée Reclus, voltigent en nuées autour des escarpements; les chasseurs qui veulent s'emparer des œufs ou des petits sont obligés de se faire attacher par une corde aux créneaux de la roche d'où ils descendent en tournoyant dans le vide. »

Dans l'Est des Highlands et surtout dans l'Est des Grampians, il y a moins de saillies et d'accidents rocheux sur les hauts sommets, moins d'entailles dans la roche vive, moins de lacs, plus de douceur et de maturité dans la surface générale des plateaux, et même des plaines, assez largement ouvertes au bord de la mer; au large, pas de terres émiettées, pas d'îles, et, sur la côte, peu d'indentations et d'échancrures. On ne trouve de grands estuaires que dans le profond rentrant du littoral oîi s'allongent les firths de Dornoch, de Cromarty et de Moray; et encore difîèrent-ils essentiellement des lochs de l'Ouest; des alluvions forment leurs côtes basses, leur fond se comble, et leur débouché se barre par des langues de sable. Le Dornoch firth se réduit de jour en jour par l'accroissement de ses plages sableuses; les bateaux n'y circulent que par des chenaux compliqués au miUeu des bancs de sable. A l'entrée du firth d'Inverness, deux pointes de sable, l'une partant de Fort Rose, l'autre portant Fort George, s'avancent l'une vers l'autre à travers l'estuaire. Dans la topographie littorale, comme dans le relief du sol, les Highlands de l'Est offrent les caractères d'une évolution plus avancée (pl. VIII).

Deux systèmes de vallées débitent l'ensemble des plateaux écossais en de nombreux blocs et massifs : les unes longitudinales, orientées Nord-Est-Sud- Oucst, comme les lignes de l'architecture, les autres transversales, orientées Nord-Ouest-Sud-Est, comme la pente générale des Highlands. Quelles que soient leur orientation et leur origine, elles appartiennent à deux types de modelé que le langage populaire sait bien distinguer : les siraths et les glens. Tandis que le glen est par excellence la vallée de montagne, le strath est la vallée inférieure, plus large, plus basse; la rivière y perd sa pente torrentielle; parmi les tertres, les buttes et les croupes de graviers, de sables et d'argiles, elle s'attarde parfois en marécages et dessine des méandres; les grands lacs ont disparu; les aspects

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FiG. 41. — Paysage clans les îles Hébrides, sur la côte occidentale de l'île de Lewis.

Exemple de modelé du relief par la glace. Les directions générales correspondent à la marche de l'ancien glacier. Extrait de la carte d'Écosse à '1 : 63 360 de l'Ordnance Siirvey of Scotland, feuille 105, |Ue de Lewis (Reproduit avec

l'autorisation du « Controller of H. B. M. Stationery Office ») . ClocRAl-HiE UNIVEBSEILE. — Iles Britai.niquej

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montagnards font place à des traits plus aimables et plus riants, à des franges de bois, à des prairies, à des champs, à des clôtures d'arbres et à des cottages; les straths appartiennent essentiellement au paysage des Highlands orientaux. Au contraire, les glens sont lés vallées étroites de la montagne, aux horizons tristes, sans végétation, hérissées de chaos pierreux, mouillées d'eaux lentes et noires, parfois occupées par de grands lacs allongés. Ces lacs, œuvres de la glace, s'étalent dans les bassins rocheux qu'elle a creusés; loch Lomond, loch Morar, loch Marée, loch Assynt, chacun est la parure d'unglen; leurs nappes d'eau sombre, leurs parois et leurs îles de roches moutonnées et polies, les rideaux d'arbres qui ombragent leurs rives, les landes désertes qui montent sur leurs versants, la silhouette déchiquetée des sommets creusés par les cirques, tous ces traits composent un paysage d'une grandeur austère et triste (pl. IV, B; V; VII; XXIV, A; XXVII, A).

L'ÉCONOMIE MONTAGNARDE. — Pays de moutagues au sol maigre sous une latitude déjà septentrionale, les Highlands se prêtent assez mal à l'agriculture. Les terres arables se confinent sur les bandes alluviales des vallées et le long des plages soulevées des estuaires et des baies; au-dessus de 300 mètres, les cultures ne sont plus possibles; les espaces incultes couvrent d'immenses territoires. A Kingussie, dans le comté d' Inverness, les landes occupent près des neuf-dixièmes de la paroisse. Dans le Sutherland, la terre arable ne s'étend que sur 2 p. 100 à peine de la superficie du comté. On ne voit vraiment les champs et les pâtures prendre de place dans le paysage que sur la lisière Orientale du pays, sur les plaines côtières et sur le fond des larges vallées. Presque toujours ces terres sableuses, graveleuses, peu épaisses, trop perméables, pauvres en éléments nourriciers ne peuvent donner que de maigres récoltes. Sauf dans les bonnes exploitations de l'Est du pays, les sols ne reçoivent, en fait d'engrais, que la litière coupée dans les landes; en maints endroits, les petits tenanciers ou crofters rapportent de la lande à l'étable des mottes de gazon et des paquets de bruyères; au printemps, on vide les étables; le terreau et le fumier, accumulés pendant l'hiver, sont répandus sur le champ voisin de la maison. On y ajoute aussi parfois ^ — les maisons des crofters n'ayant pas de cheminée — la suie qu'on ramone j sur les murs. Pareilles terres ne peuvent pas porter de riches moissons. A ces | médiocres conditions de sol, il faut joindre les inconvénients d'un climat trop humide qui souvent compromet les semailles à l'automne et au printemps, et, faute de soleil, les récoltes en été. Mais l'Est présente de grands avantages sur l'Ouest, à cause de ses étés plus chauds, de ses ciels moins brumeux et de ses i pluies moins abondantes; le blé, qui dans l'Ouest ne s'avance pas au Nord du I firth of Clyde, s'avance dans l'Est jusqu'au comté de Ross. L'avoine réussit dans le comté d'Aberdeen à des altitudes dépassant 500 mètres, d'autant plus fortes qu'elle profite, à cette latitude, d'une plus grande longueur des jours d'été.

L'avoine, la grande céréale écossaise, couvre 35 p. 100 des terres cultivables dans le Sutherland, 20 dans F Inverness, 33 dans le Banfî; elle donne la farine que l'on consomme couramment en bouillie. On peut ajouter la pomme de terre (5 ou 6 p. 100) et un peu d'orge (4 ou 5 p. 100). Tout le reste des terres cultivables est consacré aux récoltes qu'on destine à l'alimentation du bétail; dans le Sutherland, les raves occupent 13 p. 100, et les prairies, 40 p. 100 des terrains en culture. Ces proportions sont plus fortes encore dans beaucoup d'autres comtés : 48 p. 100 d'herbe dans le Banfî, 60 dans l' Inverness. Partout, depuis

l'écosse.

un demi-siècle, les récoltes fourragères n'ont pas cessé de s'accroître. En réalité, l'économie pastorale est la vocation particulière de ce pays d'herbe et de landes.

Les Highlands entretiennent de grands troupeaux de moutons; une grande partie des landes se répartissent en un petit nombre d'immenses fermes à moutons, qui dans le Sutherland occupent la moitié du territoire; les bêtes, élevées dans la montagne, sont transportées pour l'engraissement dans les plaines fertiles du comté d'Aberdeen; un courant de bétail s'établit ainsi entre la montagne et la plaine. L'exploitation du mouton est la grande ressource de la montagne; ce sont les comtés les plus montagnards, Sutherland, Ross, Inverness, Perth, qui possèdent le plus de bêtes à laine. Par contre, ce sont les terres plus basses et plus fertiles des straths et des plaines de l'Est qui comptent le plus de gros bétail : dans les comtés de Banfî et d'Aberdeen, où se presse la plus forte population bovine de toute l'Écosse, d'énormes récoltes de raves et de foin permettent l'engraissement des Aberdeen-Angus et des Shorthorn destinés au marché de Londres et des grandes villes. Cette économie pastorale, conforme aux aptitudes naturelles du pays, s'est constamment développée depuis la fin du xviii^ siècle.

D'autres transformations se sont accomplies dans l'utilisation du sol. Les plantations de bois commencent à devenir un aspect familier des Highlands. Les arbres ne peuvent pas réussir partout, à cause des rafales des vents de mer et à cause de l'étendue des sols tourbeux. Mais les mêmes grands propriétaires qui créèrent les grands pâturages à moutons ont entrepris d'immenses plantations; entre 1774 et 1826, le duc d'Atholl fit planter 14 millions d'arbres, surtout des mélèzes, qui constituent autour de Dunkeld plus de 4 000 hectares de forêts. Le mouvement de reboisement ne s'est pas arrêté; dans le seul Sutherland, la superficie boisée a passé depuis 1870 de 3 500 hectares à près de 15 000. Le long des voies ferrées, on peut voir maintenant, dans les gares, des chargements de bois; la forêt se reconstitue lentement et reconquiert peu à peu son ancien domaine. Malgré tout, la solitude règne sur le pays, et on peut dire qu'elle s'accroît de tout ce que l'homme enlève pour son plaisir au domaine du pâturage. D'immenses étendues de landes sont devenues des réserves de gibier pour la chasse des grouses et des cerfs, des deer-forests dont l'accès est interdit au bétail; beaucoup de sheep farms ou de pâturages communaux disparaissent en d'énormes domaines de chasse, que se disputent à prix d'or les seigneurs anglais, les commerçants et les industriels enrichis, et même les millionnaires américains. Cette exploitation du désert mis en location rapporte bien davantage au propriétaire que le pâturage des moutons. Dans le seul comté d' Inverness, les deerforests couvrent 38 p. 100 de l'étendue totale. Le Sutherland se partage presque entièrement entre dix grandes chasses. Aussi la densité de la population y descend aux chiffres infimes des solitudes alpestres; les Highlands, qui représentent les six dixièmes de la superficie de l'Écosse, ne contiennent que le dixième de sa population. On ne compte que 4 habitants par kilomètre carré dans le Sutherland, 8 dans l' Inverness, 9 dans l'Argyll, 10 dans le Ross. Peuplement trop fort pour la pauvreté du pays et qui rend nécessaire l'émigration; depuis le milieu du xixe siècle, les Highlands ont perdu annuellement une moyenne de 20 000 émigrants, partis vers le Canada, la Nouvelle-Écosse, les États-Unis et l'Australie. Cependant la densité s'accroît dans les îles du Nord et dans les comtés orientaux : Orcades, 24 habitants par kilomètre carré. Shetland, 17, Aberdeen, 58, Elgin, 34. Ces différences dans la distribution des hommes nous ramènent

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à la distinction fondamentale entre les Highlands de l'Ouest et les Highlands de l'Est : à l'Ouest, une montagne compacte, ne renfermant de territoires inférieurs à 175 mètres qu'en lisière des côtes et des basses vallées; à l'Est, une montagne largement ouverte et des vallées s'évasant en plaines sous un climat moins humide et plus ensoleillé.

Les centres urbains des Highlands. — Dans les régions rudes et stériles de l'Ouest tournées vers l'Océan agité et brumeux, en dehors des villages et des bourgs de paysans-pêcheurs qui s'égrènent le long des plages soulevées (pl. VI, B), les agglomérations sont rares; seules quelques petites villes se trouvent aux terminus des voies ferrées, aux points d'escale des bateaux, aux points de débarquement dans les îles, aux meilleures rades de pêche : Campbeltown, Rothesay, Oban, Portree, Stornoway (pl. XXVI). Entre tous ces lieux habités, les communications par terre le long du littoral sont difficiles; seules trois voies ferrées transversales y poussent leur tête jusqu'à Oban, Mallaig et Kyle of loch Alsh, afin d'établir une Maison rapide avec les grandes îles de Mull, de Skye et de Lewis. La vraie route est la mer; c'est par mer que le pays se rattache au fo^^er de Glasgow, dont il dépend : chemin vicinal et régional, circulant le long des chenaux, à l'abri des îles, comme sur les côtes norvégiennes.

Lorsque des Highlands de l'Ouest on arrive devant la côte orientale, sur les bords du Moray firth, on découvre un paysage nouveau. Autour de Dingwall, de Beauly, d'Inverness et d'Elgin, on voit les reliefs s'adoucir, les champs et les vergers s'étendre sur les plaines, les fermes se presser derrière les rideaux d'arbres, non loin de la nappe tranquille du grand firth qui s'allonge dans la verdure. La vie agricole et la vie maritime se déploient; les villes ne manquent pas. Les neuf dixièmes de la population des Highlands se concentrent sur cette lisière heureuse. Auprès des marchés ruraux, de petites cités ont grandi : Ballater, Grantown, Dornoch, Inverness. Le long des straths au climat doux et sec, les stations d'été se cachent dans la verdure : Braemar et Balmoral dans la vallée de la Dee, Kingussie dans le Strathpey, Blair Atholl sur la Garry.

C'est la mer qui joue le grand rôle dans cette concentration des hommes et cette formation des villes. Auprès de ses eaux poissonneuses, les ports de pêche se succèdent depuis Aberdeen jusqu'à Wick et, au delà, jusque dans les Shetland, sur les rivages de la mer du Nord, cette méditerranée germano-scandinave. L'archipel éloigné des Shetland contient 26 000 habitants; c'est beaucoup pour un pays si pauvre; sur ces terres isolées et sans arbres, si froides et si fraîches à la fois que le printemps commence seulement en avril et que l'été se termine déjà en août, si écartées dans le Nord que les nuits d'été demeurent claires et les jours d'hiver presque sombres, il y a peu à attendre du sol : c'est la mer qui nourrit les hommes. Les bateaux des Shetlanders se mêlent, en grand nombre, à la flotte internationale qui, chaque année, vient pêcher le hareng dans leurs eaux. Du l^r juin au 15 juillet, la pêche se pratique surtout dans le Nord des Shetland; sur les rives d'un petit havre appelé Balta sound, une bourgade temporaire de cabanes en planches s'est bâtie le long des wharfs; on y voit aflluer une foule de 8 000 à 9 000 personnes, surtout des femm.es, venues de Norvège, d'Écosse et d'Angleterre pour nettoyer, saler et caquer le hareng; près de 1 500 bateaux anglais, écossais, hollandais, suédois, norvégiens et allemands y apportent leur pêche quotidienne; pendant six semaines, c'est la fièvre.

l'écosse.

le travail; vers la mi-juillet, les lieux se vident, les ateliers ferment, et la solitude renaît. Mais, du 15 juillet au l*^' septembre, c'est Lerwick, situé plus au Sud, qui devient le centre des pêcheries; il possède lui-même plus de mille bateaux; la même animation y règne; les mêmes bateaux, les mêmes ouvrières y viennent; avec septembre, avec les journées trop courtes et les mauvais temps, la vie s'éteint, les barils de harengs partent pour les pays de la Baltique. Et de même, dans les Orcades, Kirkwall arme une centaine de bateaux qui suivent le hareng jusqu'à Lowestoft, sur les côtes d'Est-Anglie (fig. 17).

Thurso, qui fut jadis le centre du commerce entre l'Écosse et la Scandinavie, n'est plus aujourd'hui qu'un port local expédiant de gros chargements de pavés, extraits de ses carrières de Vieux grès rouge (Caithness flags). C'est à Wick que commence la série des ports dépêche écossais, qui se poursuit jusqu'à Aberdeen; la pêche du hareng y dure de la fm de juillet jusqu'au début de septembre; elle amène partout une animation extraordinaire, doublant parfois la population de certaines villes par l'afflux des ouvrières qui viennent travailler dans les usines de salaison. Wick (8 500 hab.) vit de la pêche du hareng; son faubourg, Pulteneytown, fut construit en 1808 par la British Fisheries Association; il possède un port en eau profonde où sa flottille de pêche peut pénétrer à toute heure de la journée. C'est le même mouvement, à la même saison, qu'on retrouve dans les ports de Buckie (8 900 hab.), de Cullen, de Banfî, de Macdulï, de Fraserburgh (9 000 hab.), de Peterhead (12 000 hab.); partout le hareng est roi; partout il règle la vie des hommes et leur fortune.

La seule grande ville de la Haute-Écosse, et la plus septentrionale des Iles Britanniques est Aberdeen (18 000 habitants en 1801, 44 000 en 1851, 158 000 en 1922). Elle occupe une position classique sur la tête d'un estuaire à marée (la Dee), tout près du point où une autre rivière (le Don) vient atteindre la mer; elle commande ces deux vallées qui pénètrent loin dans les Grampians. L'essor moderne de la ville date de la construction de ses deux bassins à flot qui assurent sécurité et régularité au trafic des bateaux de commerce et de pêche. Plus de 250 chalutiers à vapeur d' Aberdeen fréquentent le Great Fisher bank. A côté des saurisseries et des saleries de hareng et de morue, qui représentent la pêche traditionnelle de l'Écosse, Aberdeen pratique le commerce du poisson frais, que des trains rapides vont distribuer dans les villes méridionales. Pour toutes les pêcheries écossaises, le port concentre le tiers du poisson débarqué. Marchands de poisson, industriels du poisson sont maîtres dans la cité. Le poisson est la grande source de travail et de revenu : harengs saurs, kipper ou bloater, expédiés en boîtes; harengs salés entassés en tonneaux; haddock fumé préparé pour les breakfasts britanniques, poissons fins transportés dans la glace. Aberdeen est, avec Hull, Grimsby, Yarmouth, et Lowestoft l'un des grands foyers de pêche de la côte orientale de Grande-Bretagne : par cette grande ville, les Highlands se rattachent étroitement à la vie générale de la mer du Nord (pl. XII).

En arrière de cette façade orientale qui prend jour sur les grands chemins de la mer, les Highlands demeurent assez isolés, assez réfractaires aux influences du dehors. Les vagues d'invasions étrangères sont venues battre leur pied sans les submerger. Forteresse du gaéfique, le cinquième de leur population se sert encore de la vieille langue (fig. 42). Longtemps, jusqu'au xviii^ siècle, ces montagnards ont conservé intactes leurs anciennes mœurs, leurs organisations en clans que distinguaient la couleur des vêtements et les cris de guerre, leurs luttes intestines,

leurs vendettas. On dépeint alors les Highlanders comme une population de pasteurs pillards et razzieurs dont les habitants des basses terres, « les mangeurs de pain », avaient à se garder; parfois même les domaines de la plaine voisine étaient tenus de payer aux chefs de clan une sorte de tribut appelé black mail. C'est au xix^ siècle surtout que les vieux usages pastoraux ont disparu devant les fermes modernes à moutons, les cohortes tumultueuses des touristes -et des chasseurs, et les voies ferrées. Cette évolution s'est faite lentement, car l'originalité de la nature s'alliait à la force du passé pour barrer la route à la vie nouvelle. Le Sutherland n'a pas eu de routes avant le xix^ siècle; jusqu'en 1811, on ne traversa qu'en bac le firth de Dornoch et l'Oykell. Le canal Calédonien, construit le long du Glen More, de 1804 à 1822, avec ses vingthuit écluses, n'a jamais été qu'une route locale, au lieu d'être, comme on l'avait espéré, un grand chemin entre les deux mers. Le chemin de fer des Highlands ne fut ouvert qu'en 1863; il n'arrivait à Thurso qu'en 1874. Les voies ferrées d'Est en Ouest datent de peu : celle de Strome Ferry de 1870, celle d'Oban de 1880, celle de Mallaigde 1901. Toutes ces nouveautés n'ont point encore effacé l'âpre originalité des hautes terres; on respire encore, dans leurs landes solitaires, parmi leurs chaumières enfumées aux murs de pierres sèches, aux toits déterre ou de roseaux, l'atmosphère paisible et salutaire des vieux pays.

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