A. LE CONFLUENT DE LA TWEED ET DE L ETTHICK, PRES DE SELKIRK
Entre les deux rivières, Sunderland Hall et son beau parc. Paysage mi-boisé, mi-agricole (prairies et champs). Au fond, liauteurs avec pâturages à moutons.
Phot. Mitchell.
B. GLENKENS (gALLOWAYI.
Vallée fertile dans l'Ouest des Southern Uplands. Village groupé sur une croupe au-dessus de la vallée humide. Montagnes pastorales.
G. U.. t. I, Pl. XXVIII.
l'écosse.
brèches et de grès rouges du Permien et du Trias : elle livre passage à la voie ferrée de Carlisle à Glasgow. La Nithdale se creuse au milieu de bandes de Carbonifère, de Rouiller, de Permien et de Trias; la voie ferrée de Dumf ries à Glasgow la suit. Plus à l'Ouest, la longue dépression, occupée par le loch Ryan et la Luce bay et presque entièrement envahie par la mer, s'étale sur des dépôts de Carbonifère et de Permien. Cette orientation commune des vallées, des dépressions et des baies du Nord-Ouest au Sud-Est est un trait remarquable des Uplands de l'Ouest. La présence de grosses masses de granité au milieu des schistes anciens leur donne une topographie plus élevée et plus accidentée, en opposition avec les contours plus arrondis et les sommets plus aplanis des Uplands de l'Est. Ces caractères montagnards s'accentuent encore davantage, partout où les anciens glaciers ont marqué leur empreinte : l'action glaciaire est le signe propre des Uplands de l'Ouest. Dans les massifs du Cairnsmore of Carsphairn, du Cairnsmore of Fleet, du Rinns of Kells et du Merrick (842 m.), les hautes vallées se terminent à des cirques rocheux aux formes escarpées et sauvages, à de petits lacs dormant parmi les éboulis; un peu plus bas, des moraines aux tertres chaotiques les emplissent. Les massifs du Carrick et du Galloway furent aussi des centres de glaciation; on y retrouve les aspects ordinaires des Highlands : les versants semés de blocs erratiques, les bassins rocheux abritant des nappes d'eau, des surfaces nues et sans arbres balayées par les rafales des vents de mer (pl. XXVIII, B).
Dans l'Est, une seule grande vallée, celle de la Tweed, forme le tronc commun de toute l'hydrographie; elle étale le réseau de ses vallées afïluentes sur un large territoire de roches tendres appartenant au Vieux grès rouge et au calcaire carbonifère et enclavées au milieu des schistes anciens; les troncs principaux s'orientent Sud-Ouest-Nord-Est, et non plus Nord-Ouest-Sud-Est, comme dans l'Ouest, de sorte que la masse du plateau, partagée en deux par la large dépression de la Tweed, se décompose en deux massifs de direction perpendiculaire à la côte, les hauteurs de Lammermuir et les monts Cheviots; mais partout, l'érosion glaciaire ayant peu agi, les lignes du relief conservent leur tranquillité; ce sont les profils réguliers des hautes surfaces aplanies. Sur les hauteurs de Lammermuir (580 m.) on ne découvre jusqu'à l'horizon que des surfaces unies, sans bosses rocheuses, sans escarpements, toutes couvertes de landes où paissent des troupeaux de moutons à tête noire. Pas de reliefs violemment accidentés, si ce n'est le long des vallées profondes et des côtes; dans l'épaisseur du plateau, la mer a tranché de majestueuses falaises; à St. Abb's head, elles se dressent jusqu'à 170 mètres en des murailles verticales, déchiquetées par les ravins, éventrées par des grottes.
De même orientation Sud-Ouest-Nord-Est, les monts Cheviots s'étendent au Sud de la Tweed. Des schistes anciens les constituent avec du Vieux grès rouge et du granité, et surtout avec des masses résistantes de roches éruptives anciennes, laves et tufs; ils atteignent 550 mètres au Carter Fell, 650 mètres au Peel Fell et 810 mètres au mont Cheviot, large masse de granité en partie couverte de tourbe; ils tournent vers le Sud de longues croupes aplanies, revêtues de landes de gazon et de tourbe; vers le Nord, ils tombent plus vite, et, dans leurs versants pittoresques, les jolies vallées de l'Edgerston Burn et du Jed Water font pénétrer la fraîcheur des bois. Le charme des Cheviots est dans la paix de leurs horizons immenses, dans les coloris saisonniers de leurs bruyères
ÉTUDES RÉGIONALES
et dans la verdure de leurs vallées aux eaux claires. Nul pays d'Écosse n'a inspiré plus de poètes et plus de romans; mais peut-être le doivent-ils surtout à leurs souvenirs historiques et à leurs ruines guerrières, car ils occupent le border écossais, le champ de bataille séculaire de deux peuples.
Du sommet des Cheviots et des Lammermuir hills, les montagnes s'abaissent vers les larges vallées qui mènent à la Tweed l'Adder, la Leader, la Gala, la Garrow, l'Ettrick, la Teviot, la Kale. Les paysages de ces régions basses rappellent les aspects des Lowlands. Des hauteurs isolées, des saillies de roches ignées, culots volcaniques ou capes de basalte couronnant un socle de grès, surgissent partout : tels Bonchester hill, Rubers Law, Dunian, Penielheugh, Minto hills, Eildons. Dans son cadre de hautes landes, cette dépression accidentée de la Tweed avec ses terres meubles et fertiles contient le principal centre de peuplement de l'Écosse méridionale (pl. XXVIII, A).
Par rapport aux Highlands, l'originalité des Southern Uplands consiste dans leur moindre isolement, dans leur facilité d'accès. Voisins de régions fertiles et peuplées, traversés par de longues dépressions que suivent les routes et les voies ferrées, ils ont échappé à la stagnation de la vie montagnarde; ils ont vu naître, surtout dans l'Est, des foyers industriels et des centres urbains; la nature s'y montre plus accueillante aux hommes. On y compte 25 habitants par kilomètre carré, alors que la densité ne dépasse pas 10 dans les comtés purement montagnards des Highlands. Cependant il faut distinguer entre l'Ouest plus sauvage, plus rugueux, plus humide, moins cultivé, moins peuplé, et l'Est plus ouvert, plus adouci, plus sec, plus riche.
L'ÉCONOMIE DES SouTHERN UpLANDS. — L'Oucst dcs Southcm Uplauds forme une grande presqu'île entre le firth of Clyde et le Solway firth. Tout l'éloigné de la culture des grains, tout l'oriente vers la pâture : les fortes pluies d'automne, le manque de soleil, la douceur du climat océanique qui permet au bétail de rester en pâture pendant presque toute l'année. Partout, dans les plaines et les vallées jusqu'à 200 mètres d'altitude, parmi les campagnes fraîches et bocagères, derrière les rideaux de chênes, de hêtres, d'ormes et de frênes, se dispersent les petites fermes d'élevage. Le paysan travaille à produire de la viande et du lait. Tantôt il engraisse les jeunes bêtes à cornes pour le marché de Liverpool, tantôt il entretient des vaches laitières; des crémeries, avec des services d'automobiles pour le ramassage du lait, se sont fondées le long des routes et des chemins de fer, dans le Wigtown et sur la côte du Kirkcudbright; elles fabriquent du beurre et engraissent des porcs. Certains cantons plus écartés, comme les Rhinns et les Machers, se spécialisent dans la confection du fromage.
Quand on s'élève au delà de 200 mètres, le paysage change; la nature se fait plus fruste et plus pauvre; les bouleaux et les conifères remplacent les chênes; les fougères et les digitales emplissent les anfractuosités des versants rocheux; on découvre des landes infinies de bruyères à travers lesquelles des murs bas en pierres sèches dessinent d'immenses pâturages : c'est le domaine des Mil sheep farms, le séjour des troupeaux de moutons. Mais, malgré ces ressources pastorales, il règne, sur ces plateaux et ces hautes vallées, une atmosphère de solitude : peu d'habitants; une densité qui dans certains districts du Galloway s'abaisse à 3 ou 4 habitants par kilomètre carré; une tendance à la dépopulation et à l'émigration vers les villes; pas d'industries, pas ou peu de vie urbaine.
l'écosse.
A de basses altitudes où les Alpes conservent encore des vergers et des champs de céréales, il n'y a plus ici que des landes solitaires. Le Lanark possède les deux villages les plus élevés d'Écosse : Leadhills à 450 mètres et Wanlockhead à 460 mètres; mais ils n'existent que par des mines de plomb et d'argent. Toute la population se groupe dans les vallées (dales) et dans les plaines côtières;
j c'est là aussi que se réunissent les petites villes et les bourgs ruraux : Dumfries (ISOOOhab.) sur la Nith, avec ses fabriques de tweeds et d'étolïes de laine; Kirkcudbright et Wigtown. La proximité de la côte irlandaise (35 km.) a tiré du
j silence l'extrémité du pays. On avait construit en 1834 à Portpatrick un port et une jetée pour assurer un service régulier avec Donaghadee; mais, mal protégé contre les tempêtes, Portpatrick n'est plus que le point d'atterrissage
I du câble télégraphique venant d'Irlande. C'est à Stranraer, au fond d'une baie bien abritée, le loch Ryan, que se trouve le point d'attache des steamers qui
I mènent en deux heures à Larne, le port des voyageurs de Belfast.
I Les Uplands de l'Est sont traversés par les routes qui de tout temps ont
mené d'Angleterre en Écosse; ils regardent vers la mer du Nord. Sous un ciel moins brumeux, ils possèdent plus de plaines fertiles. Aussi connurent-ils assez tôt la vie de relations, le travail industriel et le peuplement urbain. Vallées et plaines côtières possèdent de bonnes terres à champs et à prairies. En aval du confluent de la Teviot, la Tweed arrose l'un des terroirs féconds de l'Écosse, le Merse. Sur la côte, les champs de blé, d'avoine, d'orge, de pommes de terre et de
I raves, les grosses fermes aux bâtiments massifs, les pâtures pleines de bétail donnent l'impression de la culture intensive. Les comtés de Berwick et de Roxburgh sont à peu près les seuls des Southern Uplands à produire le blé et l'orge; dans celui de Berwick, les deux tiers de la superficie totale sont en cultures, proportion inconnue dans les autres comtés. Cette exploitation de^la terre fait, depuis des siècles, la valeur du pays; sur les neuf abbayes que le roi David fonda en Écosse, au xii^ siècle, quatre se trouvent dans le bassin de la
I Tweed, à Kelso, Dryburgh, Melrose, Jedburgh; au xiii^ siècle, Berwick, qui exportait vers les Pays-Bas les produits de son arrière-pays, tenait le premier
> rang parmi les ports écossais.
I En dehors des petites plaines agricoles, la fortune de ces comtés de l'Est
repose sur les landes et les pâturages de la montagne, sur leurs troupeaux de moutons. De temps immémorial, on connaît la race des moutons Cheviot. Les landes couvrent 70 p. 100 de la superficie totale dans le Peebles, 78 dans le Selkirk, 51 dans le Roxburgh. La densité des moutons atteint des chiffres étonnants : 1 244 pour 1 000 acres (420 hectares) dans le Roxburgh, 1 072 dans le Selkirk, 1 085 dans le Berwick, 891 dans le Peebles; dans les comtés de l'Ouest qui se consacrent aux bêtes à cornes, elle tombe à 376 dans le Wigtown, 682 dans le Kirkcudbright, 817 dans le Dumfries. Si les troupeaux de moutons gardent pareille importance dans les comtés de l'Est, c'est que la manufacture de la laine, très ancienne, y a résisté victorieusement à la concurrence du Yorkshire; les rivières abondantes et rapides fournissaient leur force motrice aux usines; quand la houille remplaça l'eau, la bonne qualité de la laine cheviot et l'hérédité de l'expérience technique maintinrent dans ces montagnes l'antique industrie. Beaucoup de villes du bassin de la Tweed fabriquent des étoffes de laine : Peebles, Galashiels, Selkirk, Hawick, Jedburgh, Kelso, Innerleithen.
Cette partie de l'Écosse méridionale, terre désirable pour ses ressources,
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lieu de passage obligé entre le Sud et le Nord, fut longtemps le border disputé entre les Anglais et les Écossais. La frontière actuelle dessine, le long de la côte, entre les Cheviots et la mer, une avancée qui la pousse jusqu'à la Tweed; elle suit cette rivière sur 42 kilomètres. Dans le voisinage, il n'est point de marché ni de centre rural qui n'ait joué son rôle comme forteresse ou champ de bataille. Roxburgh, simple village aujourd'hui, occupait jadis une position de défense au confluent de la Teviot et de la Tweed; elle eut une monnaie et trois églises; les Écossais l'ayant détruite en 1460, elle ne se releva pas, et le Roxburgh actuel se trouve à 3 kilomètres de l'ancien emplacement. Selkirk (5 500 hab.), au sommet d'une colline qui domine la vallée de l'Ettrick, fut incendiée par les Anglais au xvi^ siècle. Kelso (4 500 hab.) brûla plusieurs fois pendant les guerres du border. Jedburgh fut au xii^ siècle l'une des cinq forteresses livrées à l'Angleterre par le traité de Falaise; les rois d'Écosse y résidèrent; les Écossais la détruisirent en 1409. A Melrose, les Cisterciens fondèrent au xii^ siècle une abbaye que les bandes armées ravagèrent plusieurs fois, surtout en 1322, Hawick (18 000 hab.) doit à ses manufactures de laine d'avoir dépassé ses voisines. Dans la haute vallée de la Tweed, Peebles, bâtie sur une terrasse de graviers au confluent de l'Eddleston River, a grandi auprès d'un château fort. A Galashiels (14 000 hab.) le travail de la laine conserve de l'animation : le Gala Water y coule, tout pollué par les déchets des usines. Le long de la côte où passe la voie historique d'Angleterre en Écosse, il n'y a plus maintenant que des cités paisibles; mais elles eurent aussi leur passé orageux, A l'embouchure de la Tweed, Berwick (13 500 hab.) n'appartient à l'Angleterre que depuis 1482; entourée de remparts, elle rappelle les luttes au cours desquelles elle passait d'une nation à l'autre selon la fortune des combats; on y exploite aujourd'hui des pêcheries de saumon. Quant à Dunbar, elle connut, comme forteresse, des sièges nombreux, et elle vit sous ses murs de grandes batailles; elle s'occupe maintenant de la pêche du hareng, fortune commune à toutes les côtes écossaises de la mer du Nord.
BIBLIOGRAPHIE
Les sources de la géographie de l'Écosse se trouvent réparties en de nombreux travaux publiés dans le Scottish Geographical Magazine, dans les Memoirs of the Geological Survey, dans les Transactions of the Edinburgh Geological Society et les Transactions of the Royal Society of Edinburgh. Il faut y joindre ' les monographies de comtés de la collection Cambridge County Geographies, éditées sous la direction de W. MuRisoN (Cambridge University Press). Certains autres travaux particuliers doivent être signalés :
M. J. B. Baddeley, The Highlands of Scotland, Édimbourg, 1915. — R. Buchanan, The Hebrid Isles, Londres, 1883. — R. W. Dron, The Coalflelds of Scotland, Londres, 1902. — Édimbourg : Numéro spécial consacré à cette ville dans le Scottish Geogr. Mag., 1919. — A. Geikie, The Scenery of Scotland, Londres, 1901. — Glasgow : Numéro spécial consacré à cette ville dans le Scottish Geogr. Mag., 1921. — • M. Hardy, Esquisse de la géographie et de la végétation des Highlands d'Écosse, Paris, 1905. — S. Hibbert, A Description of the Slietland Islands, Lerwick, 1891. — A. M. Lean, Local Industries of Glasgow and the West of Scotland, publié par British Assoc. Advancement of Science, 1901. — G. Lecarpextier, Les Crofters d'Écosse, Paris, Musée Social, 1906. — Sir J. Murray and L. Pullar, Bathymetrical Survey of I t!\e Fresh Water Lcchs of Scotland. Londres, Royal Geogr. Soc, 1908. — J. Ritchie, The Influence of I Man on Animal Life in Scotland, Cambridge, 1920. — On consultera utilement le guide JNIurray {Handbook for Travellers in Scotland) et surtout le monumental Atlas of Scotland de Bartholomew.