I. — LES PAYSAGES
La CHAINE Pennine. — La chaîne Pennine forme une masse de hautes terres, au relief dissymétrique, descendant lentement vers l'Est, mais présentant- ses plus fortes altitudes à l'Ouest : Cross Fell, 890 mètres; Mickle Fell, 865 mètres; Whernside, 805 mètres; Penyghent, 760 mètres; Ingleborough, 790 mètres; Peak, 690 mètres. Les matériaux dont cette grande voûte est bâtie appartiennent à un ensemble fort épais de sédiments d'âge carbonifère, comprenant de bas en haut le Calcaire carbonifère (Mountain limestoné), le grès à meules (Millstone grit) et un complexe de grès et d'argiles, qui contient de la houille (Coal measures). L'effet de la dénudation a été de raser le sommet de la voûte, d'y enlever les couches les plus récentes et de laisser apparaître au cœur du pli les couches les plus anciennes; et ainsi on voit affleurer une large masse de calcaire carbonifère, flanquée sur chaque côté par une bordure plus ou moins régulière de grès à meules et de couches houillères. Les bassins houillers se trouvent répartis entre chaque versant; au bassin du Yorkshire correspond le bassin du Lancashire (fig. 47). Toutefois la symétrie ne se continue pas d'un bout à l'autre du massif; dans le Nord, le versant oriental seul possède son bassin houiller dans le Northumberland et le Durham; sur le versant occidental, des effondrements ont fait disparaître le charbon dans les profondeurs.
Malgré la composition hétérogène du massif, les lignes générales des sommets conservent la même simplicité, la même uniformité que dans toutes les vieilles montagnes; sur les hautes surfaces dominent des formes régulières, tranquilles et légèrement ondulées; à ces surfaces nivelées s'applique dans l'Ouest le nom de fell. Si depuis le Derby jusqu'à l'Écosse, on cheminait sur ces plateaux sans en jamais descendre, on ne quitterait pas le domaine des landes de bruyères, le moor; très souvent, de 450 à 700 mètres et parfois jusqu'à 800 mètres, une épaisse couche de tourbe revêt les pentes les plus douces et les surfaces les plus planes. On retrouve ici les mêmes horizons, découverts, monotones et solitaires que sur tous les autres highlands britanniques. Ces landes rudes et incultes jouent leur rôle dans l'existence des vallées et des plaines; grâce à l'abondance des pluies, elles sont devenues, pour les districts industriels qui travaillent à leur pied, un véritable château d'eau; à l'exception de Liverpool et de Manchester, toutes les grandes villes y viennent capter leur alimentation en eau; le fond large des hautes vallées aux formes vieilles se prête à l'établissement de grands lacs artificiels qui servent de réservoirs; ces grandes nappes d'eau qui brillent au milieu des landes sombres sont des apparitions familières, surtout dans les contrées du grès meulier; il n'est point de cité qui ne fasse appel aux eaux pures de la montagne ; celles du grès meulier, un peu trop pauvres en chaux pour la consommation, offrent par leur douceur de grands avantages pour la teinture, et par elles la
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montagne contribue à la prospérité de l'industrie textile dans les vallées du Lancashire et du Yorkshire.
A travers ces grands plateaux circule un réseau de vallées profondes et pittoresques qui naissent presque toutes sur le bord occidental, le plus élevé. Ce sont les dales, Tyndale, Weardale, Teesdale, Yoredale, Nidderdale, Wharfedale, Airedale. Comme partout, la vallée s'oppose à la montagne, le dale au moor; la vallée abrite les bois, les pâtures permanentes, les rares labours, les villages; elle forme une petite unité géographique qui longtemps vécut à l'écart des relations générales et dut se suffire à elle-même; en maints endroits, ses habitants, les dalesmen, gardent fidèlement leurs vieilles coutumes et conservent leur esprit particulariste. Les vallées contiennent, quand les mines ne les emplissent
FiG. 47. — Coupe Ouest-Est à travers l'extrémité méridionale de la chaîne Pennine, depuis le Sud de ÎNIfcliester jusqu'au Nord de Gainsborough.
1, Calcaire carb»nitère; 2, Grès meulier; 3, HouUler; 4, Calcaire magnésien; 5, Grès et marnes triasiques. Échelle des longueurs, environ 1 : 700 000. — Échelle des hauteurs, environ 1 : 70 000.
pas de leur fumée et de leur bruit, les sites charmants et frais que viennent chercher les touristes; à l'extrémité méridionale de la chaîne Pennine, dans le Peak district, la vallée de la Derwent dessine une de ces zones de verdure, de bois et de parcs où se pressent les lieux de résidence estivale : châteaux entourés de parcs, comme Chatsworth Park, manoirs seigneuriaux, comfne Haddon Hall, bourgades balnéaires, comme Matlock, stations de plaisance, comme Buxton. Quand la vallée traverse un district de montagne plus accidenté, avec des gorges, des rapides et des escarpements, elle perd son nom de dale : elle devient un clough ou bien un ghyll.
Le contraste entre la montagne et la vallée ne suffit pas à peindre le reUef. Certaines formes, les plus originales, sont dues à la nature des roches et à certaines influences structurales. Il existe un paysage du calcaire carbonifère : on le voit former, dans les hautes régions du Craven (West Riding), d'immenses dallages de pierre, appelés scars, semblables à quelque Chaussée des Géants; de grandes crevasses, débitant la masse, donnent naissance à de profonds ravins, pleins de fraîcheur et de verdure. A la surface du calcaire, très fissuré et très soluble, se développent tous les phénomènes classiques de l'hydrologie karstique : entonnoirs, vallées sèches, gouffres, pertes de rivières, réapparition de rivières souterraines en grosses sources. Des grottes et des cavernes se creusent dans les profondeurs, le long des chenaux souterrains : telles la caverne du Peak tout près du village de Castleton, la Bagshaw Cave près de Bradwell, d'où sort une puissante source, la grotte de Kirkdale dans le Yorkshire, et surtout, près de Settle, dans la vallée de la Ribble, la célèbre Victoria Cave qui a livré aux chercheurs des trésors de restes préhistoriques. Tandis que le calcaire domine dans le Nord et le Sud du massif Pennin, c'est le grès meulier qui forme la partie centrale : avec lui, la sculpture du relief change. Roche plus résistante que le calcaire,
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il donne, dans les régions d'érosion vigoureuse, des formes saillantes et hardies; c'est dans le grès meulier que se creusent les cloughs du West Riding, gorges escarpées et sauvages; c'est lui qui dresse à l'Ouest de la vallée de la Derwent ces hauts plateaux étroits dont les corniches ou edges font face à l'Ouest en parois abruptes. Partout oii des témoins de grès meulier parsèment la surface des plateaux calcaires, on les voit surgir en reliefs dominants, en empilements monumentaux aux formes fantastiques. Dans le district du Peak, ce qu'on appelle le Peak n'est qu'une table de grès, haute de 535 à 635 mètres et couverte de tourbe; en venant de l'Est, on l'atteint par des pentes herbeuses; mais vers l'Ouest elle se dresse en un versant rocheux, le Kinderscout, que garnissent des touffes de myrtilles, de fougères et de bruyères (pl. XXXI, A).
Les influences structurales ont leur part dans le modelé du relief, de concert avec la nature des roches. La masse du calcaire qui forme la voûte pennine s'incline doucement vers l'Est; elle donne, sur le dos des couches, des pentes allongées, de larges plateaux peu accidentés. Mais vers l'Ouest une ligne de fracture la coupe; la tranche des bancs calcaires apparaît, face à l'Ouest, en de gigantesques escarpements; le plus remarquable de ces reliefs monoclinaux domine à l'Est la dépression de l'Eden; à son sommet, il porte les Fells, plates-formes couvertes de landes; mais tout son front se découpe en gorges étroites et en ravins profonds. Le même type d'escarpement, orienté Nord-Sud, se retrouve sur le versant occidental du massif Pennin, jusqu'à son extrémité méridionale, aux environs de Giggleswick et de Settle.
Le District des Lacs. — A l'Ouest du massif Pennin, dans le Cumberland et le Westmorland, entre le Solway firth et la baie de Morecambe, entre la mer et la vallée de l'Eden, s'isole un autre massif montagneux qui, pour le nombre et la beauté de ses lacs, a mérité le nom de Lake District. Par sa constitution géologique, il rappelle le Nord du Pays de Galles. Au-dessus d'un puissant socle de schistes siluriens, s'élève une masse très résistante de roches éruptives anciennes, qui porte les hauts-reliefs ; les sommets dépassent 1 000 mètres : 1 040 mètres au Helvellyn, 1 070 mètres au Scafell, C'est un pays montagneux, difficile d'accès, isolé au milieu des plaines et des dépressions qui l'entourent; une seule voie ferrée le traverse dans sa partie septentrionale, utilisant, de Cockermouth à Penrith par Keswick, la vallée de la Derwent ; sur sa lisière orientale, la grande ligne de Londres à Carlisle et à Glasgow l'évite et le contourne.
Ce massif du Cumberland se présente dans le relief comme un grand dôme d'où les vallées rayonnent en tous sens. Cette direction des rivières, ainsi que des crêtes qui les séparent, demeure indépendante de la structure ; elle coupe la direction des plis de l'ancienne architecture calédonienne sans en être affectée; il y a, dans cette disposition rayonnante, une influence évidente et fort ancienne de la masse éruptive qui constitue le noyau et le cœur du massif et qui agit constamment à travers tous les cycles de dénudation comme une région haute et un centre de divergence hydrographique. Neuf grandes vallées, occupées par des lacs longs et étroits, en descendent : vers l'Est, l'Eamont et la Lowther, vers l'Ouest celles, plus pressées et plus profondes, du St. John's Beck, de la Derwent, de la Cocker, de l'Ehen, de l'Irt, de la Crake et du Leven. Toutes, elles portent l'empreinte fraîche et vigoureuse de la glaciation : en haut, des cirques aux parois dentelées, de petits lacs circulaires ou tarns, des escarpements
FiG. 48. — Un aspect du District des Lacs; les vallées des lacs Thirlmere, Derwent et Bassenthwaite.
Contraste entre les sommets solitaires, couverts de landes, et les vallées boisées, semées d'une poussière d'habitations.
Courbes de niveau et hauteurs en pieds.
ÉTUDES RÉGIONALES
OU crags orientés vers le Nord-Est, des moraines latérales et frontales, des cols déprimés à travers les faîtes; en bas, de larges couloirs aux parois raides, des seuils rocheux que la rivière franchit par des chutes, et surtout de beaux lacs ceints de verdure; chaque cuvette lacustre, avec ses barrages de moraines, ses bords aux formes moutonnées, ses îlots rocheux tout rayés de stries, ses eaux profondes, atteste elle-même l'action récente de la glace. Mais déjà l'érosion des eaux courantes a retouché ce que cette topographie avait de primitivement rugueux. Il n'y a de parois sauvages et déchirées que sur les bords méridionaux du Wast Water. Des bois touffus, splendides dans cette atmosphère humide et tiède, tempèrent les rudesses du paysage. Les alluvions des torrents émoussent les contours des cuvettes rocheuses et comblent leurs parties les moins profondes. La vallée de la Derwent, jadis domaine d'un lac unique, en contient maintenant
FiG. 49. — Coupe Nord-Ouest-Sud-Est à travers la chaîne Pennine et le Yorkshire oriental, depuis le Penyghent jusqu'au cap Flamborough.
1, Calcaire carbonifère; 2, Grès meulier; 3, Calcaire magnésien; 4, Trias; 5, Lias; 6, Oolithe; 7, Craie. Échelle des longueurs, 1 : 1 200 000. — Échelle des hauteurs, 1 : 80 000.
deux, le Derwent Water et le Bassenthwaite : une basse plaine de gravier et de sable, œuvre de deux deltas torrentiels, les sépare (fig. 48). De la même manière, ce sont les apports du Sail Beck qui ont séparé l'un de l'autre le Crummock Water et leButtermere. Dans le Hawes Water, pareille division de la nappe d'eau se prépare par l'avancée du delta du Measand Beck : Mill compare ce delta avec ses champs cultivés, seules étendues arables de la vallée, à un immense radeau couvert de terre et amarré à la rive. Aucun de ces lacs n'échappe à la lente conquête des atterrissements; les eaux elles-mêmes des deux plus grands, le Windermere (14 km^ 79) et l'Ullswater (8 km^ 94), reculent devant le progrès des deltas torrentiels. Parfois la mort du lac est un fait accompli : dans les vallées de l'Esk et du Duddon et dans le Great Langdale en amont du Windermere, on voit de vastes prairies plates et mal drainées qui occupent l'emplacement de lacs comblés. C'est ce qu'il y a de plus adouci, de plus régulier et de plus mou dans ces paysages lacustres, qui les oppose aux horizons sauvages et rugueux des lochs de l'Écosse; sous un ciel moins sévère et sur une terre moins chaotique, la nature se fait plus aimable; les landes s'écartent, les arbres se pressent, la verdure se déploie; il y a moins de grandeur que dans les Highlands et plus de charme; et c'est ce charme qu'ont chanté les poètes comme Wordsworth et Coleridge (pl. XXIX, C; XXX, A et B).
De part et d'autre de la chaîne Pennine, vers l'Ouest jusqu'à la mer d'Irlande, vers l'Est jusqu'à la mer du Nord, des plaines bordent la montagne. Mais plaine occidentale et plaine orientale diffèrent profondément. Dans le Lancashire et le Cheshire, sur les affleurements des couches tendres du Trias, une nappe régulière de dépôts glaciaires étend son manteau uniforme; sur la surface presque
l'angleterre du nord.
plate, humide, imperméable, les rivières cheminent en longues sinuosités sur les fonds tourbeux, parmi les marécages et les lacs. Dans le Durham et le Yorkshire au contraire, des lignes d'escarpements traversent la plaine du Nord au Sud. Les terrains de la montagne plongent vers les couches plus récentes de la « cuvette germanique ». Ces couches elles-mêmes, inclinées vers l'Est et le Sud- Est, affleurent les unes au-dessus des autres en bandes d'âge de plus en plus récent à mesure qu'on se rapproche de la mer du Nord; on voit ainsi se succéder les calcaires magnésiens du Permien, les marnes et les grès du Trias, les calcaires, les argiles, les schistes et les sables du Lias, les calcaires, les sables, les argiles, les marnes et les grès du Jurassique, la craie du Crétacé. Cette succession de couches détermine, dans le même ordre, une succession de zones de relief où les roches dures donnent des escarpements faisant face à l'Ouest (plateaux du Durham, moors du Yorkshire, wolds du Yorkshire), et les roches tendres, des dépressions et des vallées (plaine de la Tees, vale d'York, vale de Pickering). C'est la structure classique qui se développe en grand dans le Bassin de Londres (fig. 49; pl. XLI, A).