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LES CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES DE LA VIE INDUSTRIELLE

Jusqu'au xviiie siècle, les comtés de l'Angleterre du Nord restèrent des pays agricoles. Dans les vallées montagnardes, on tissait la laine des moutons des moors; mais ce n'était guère qu'un travail villageois, diffus à travers les campagnes et qui n'engendrait point de grandes villes. C'est dans l'Angleterre méridionale et orientale que se rassemblaient tous les types de vie urbaine éclos au cours des siècles : sièges ecclésiastiques, marchés régionaux, foyers universitaires, étapes de routes et entrepôts de commerce, centres de manufactures. En quelques générations, la face des choses se transforma. Ce fut l'œuvre de la révolution industrielle; elle a fait de l'Angleterre du Nord un pays nouveau oii le travail de l'usine écrase de son omnipotence toutes les autres formes de travail.

La vie industrielle a pour base les bassins houillers : nulle part ailleurs dans le monde on ne voit s'imposer avec plus de rigueur la loi classique qui fait de la présence du charbon le principe de la concentration industrielle; à chaque bassin houiller correspond une agglomération manufacturière. Il n'y a pas de centre géographique à cette Angleterre industrielle : elle se compose de plusieurs groupes distincts et séparés, comme le sont eux-mêmes les cinq groupes de bassins houillers. Le bassin houiller du Cumberland s'étend le long delà mer d'Irlande, de Maryport à Whitehaven, sur une longueur de 48 kilomètres et une largeur de 9 km. 6; au large de Whitehaven, les galeries d'un charbonnage s'avancent sous les eaux marines jusqu'à plus de 3 kilomètres; en 1837, près de Workington, comme les travaux s'étaient trop rapprochés du fond de la mer, les eaux firent irruption dans la mine, qui fut totalement perdue. Certaines couches de charbon sont remarquables par leur épaisseur et leur régularité; mais il ne vaut pas, pour les foyers domestiques et la fabrication du coke, le charbon du Durham; le bassin ne dispose pas d'estuaires comparables à la Tyne ou à la Wear, ce qui a retardé l'exploitation.

Le bassin houiller du Lancashire, orienté Est-Ouest, long de 52 kilomètres

ÉTUDES RÉGIONALES

et large de 10, possède de bonnes qualités de charbon et plusieurs veines dont l'épaisseur dépasse 2 mètres. Les grands centres d'extraction se trouvent à Prescot, St. Helens, Wigan (pl. LVI, B), Chorley, Bolton, Bury, Manchester et Burnley; il produit le dixième de la houille britannique. Mais il présente deux inconvénients qui chargent l'exploitation. Sa distance moyenne de la mer, qui est de 32 kilomètres, rend l'exportation moins aisée que dans le Northumberland et même le Cumberland ; une forte proportion de la houille extraite se consomme dans le pays. De plus, le bassin, tout haché de failles, offre de grandes inégalités de productivité et des difficultés d'exploitation; quelques-uns de ses puits, dépassant 800 mètres et même 1 000 mètres, comptent parmi les plus profonds de Grande-Bretagne.

Le bassin houiller de Northumberland et Durham, ou Great Northern, s'étend sur une longueur de 81 kilomètres depuis la Coquet jusqu'à la Tees, atteignant sa plus grande largeur le long de la vallée de la Tyne (plus de 30 km.). Les couches, relevées vers le Nord-Est, viennent affleurer sur le fond de la mer, où certaines mines ont tenté de les exploiter. Il a des avantages qui ont fait sa fortune : beaucoup moins de failles et, par suite, plus de régularité dans le gisement que la plupart des autres bassins; des veines épaisses d'un mètre en moyenne et parfois de 1 m. 50 à 2 mètres; la présence de presque toutes les variétés utiles de charbon (sauf l'anthracite) pour les foyers domestiques, pour la vapeur, pour le coke et pour le gaz ; la texture compacte et solide du charbon, qui diminue la proportion des menus et facilite le transport; la pénétration d'estuaires à marée qui amènent les navires de mer jusqu'au pied des gisements (fig. 51).

Le bassin houiller du Yorkshire, qui s'étend aussi sur les comtés de Derby et de Nottingham, n'est dépassé en superficie que par le bassin du Pays de Galles; il affleure de Leeds à Nottingham sur une longueur de 105 kilomètres et une largeur variant de 13 à 32 kilomètres; il s'enfonce doucement vers l'Est sous des formations plus récentes. Ses couches peu dérangées et peu profondes fournissent des gisements commodes pour l'exploitation; certaines veines sont d'une richesse extraordinaire : telles la veine du Silkstone, épaisse de 1 m. 50 au plus, qui livre un excellent charbon de ménage, et surtout la veine de Barnsley épaisse de 1 m. 20 à 1 m. 50, qui se poursuit sous tout le bassin et contient à la fois d'excellents charbons domestiques et industriels; on calcule qu'à elle seule, elle produit plus du tiers de la houille du Yorkshire, car on l'exploite aussi sous les morts-terrains de l'Est depuis que, le prolongement souterrain du bassin à l'Est et au Sud de la Trent ayant été constaté, on a creusé des puits profonds qui l'atteignent. Jusqu'alors le bassin du Yorkshire avait une position intérieure au pied de la montagne, loin de la mer et de toute rivière navigable; il ne produisait que pour les usines régionales. Mais, depuis qu'on exploite le bassin recouvert, les centres d'extraction, Doncaster, Mansfield, Thorne, se rapprochent du Humber, et l'excédent de la production du charbon peut s'exporter par mer (fig. 53).

Un dernier groupe houiller se présente dans le Sud, au contact des Midlands : c'est le bassin du North Staffordshire, moins étendu que le bassin du South Stafîordshire, mais plus riche; au lieu d'être limitées par des failles qui enfoncent le charbon à des profondeurs extraordinaires, les couches exploitables plongent doucement vers le Sud-Ouest sous une couverture de roches permiennes et triasiques; il reste donc encore des réserves à faible profondeur, qu'on atteindra com-

L'ANGLETERRE DU NORD

modément. Fait remarquable, le minerai de fer se trouve ici, comme dans l'Écosse occidentale, interstratifié avec le charbon.

A chaque bassin houiller correspond un foyer industriel, de sorte que, sur le pourtour du massif Pennin, cinq régions de labeur intense et de concentration humaine se sont formées et épanouies le long des pentes et des vallées de la montagne, jadis presque silencieuse et déserte. A les considérer sur la carte, on les voit isolées l'une de l'autre et séparées par des sommets solitaires; on peut penser qu'elles travaillent à l'écart et qu'elles vivent indépendantes; en réalité, consacrées chacune à sa besogne propre et spécialisée, elles constituent toutes ensemble un même monde

de même esprit et de même ' ^^.-^.-—x ^

civilisation, où les idées, les hommes et les choses circulent plus aisément que l'apparence des conditions topographiques ne le ferait croire (fig. 50). D'un versant à l'autre du massif Pennin, on communique aisément, car les vallées y dessinent de larges dépressions transversales; des cols bas laissent passer les routes, les chemins de fer et même les canaux. La plus septentrionale de ces dépressions, appelée Tyne Gap par les géographes, n'offre entre le bassin de

Fig. 50. — Les centres d'industrie textile du Nord de l'Angleterre.

1, Centre de travail du coton; 2, Laine; 3, Soie; 4, Lin et jute; 5, Surfaces d'altitude supérieure à 200 mètres.

l'Eden et le bassin de la

Tyne qu'un seuil de partage inférieur à 160 mètres; les Romains, l'ayant choisie comme ligne de défense contre l'Écosse, y établirent, d'une mer à l'autre, leur grande muraille; actuellement la voie ferrée de Carlisle à Newcastle la suit. Une autre dépression unit l'Eden et la Tees par la Greta; le chemin de fer de Carlisle à Middlesbrough y franchit la Stainmore Pass à 460 mètres. Un autre groupe de vallées interrompt vraiment la montagne : la Wharfe, l'Aire et la Calder sur le versant oriental, la Ribble, la Mersey et leurs affluents sur le versant occidental; les seuils s'y abaissent à 150-160 mètres; ils livrent passage aux grandes voies ferrées qui unissent le Yorkshire au Lancashire; il suffit d'un tunnel sur chaque ligne pour que le trafic entre villes lainières et villes cotonnières s'effectue presque aussi aisément qu'en plaine. Trois canaux franchissent même la montagne aux altitudes respectives de 145 mètres, 179 m. 80 et 194 m. 15, l'un de Leeds à Blackburn, l'autre de Halifax à Rochdale, le troisième de Huddersfield à Manchester. Ces canaux transpennins, encombrés d'écluses, n'ont jamais eu, de versant à versant, un grand trafic; mais ils mettent en lumière la nature de cette montagne traversable et pénétrable, où presque chaque vallée possède sa route; l'expérience a démontré l'incapacité des voies d'eau; mais chaussées et chemins de fer s'insinuent partout entre les

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hautes landes le long des vallées, établissant une liaison intime entre les deux versants. Lorsque, monté sur les landes qui dominent ces artères de communication, on contemple les sillons enfumés où se pressent les villes, on réalise la notion concrète de cette solidarité : jusque près des seuils de partage, le regard suit les rangées de maisons qui, de chaque côté du col, accompagnent la voie ferrée et la petite rivière; la vie et le travail ne s'interrompent pas à la traversée de la montagne; les villages ouvriers montent presque jusqu'au seuil de partage; la continuité apparaît éclatante, d'un versant à l'autre, entre les vastes agglomérations qui emplissent les basses vallées.

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