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VI. — LE YORKSHIRE

Sur le versant oriental de la chaîne Pennine, dans la même situation géographique que sur le versant occidental, au fond des vallées, le long des rivières qui descendent de la montagne, au débouché de ces rivières dans la plaine, tout un essaim de villes a grandi par l'industrie. Il n'y règne pas dans l'économie la même unité grandiose que dans le Lancashire : on travaille la laine à Leeds, Bradford, Halifax et Huddersfield ; le fer à Sheffield. Toutes les rivières débouchent dans le même estuaire, le Humber; mais le commerce maritime ne s'y concentre pas en un seul port; Hull et Goole se partagent le trafic, et même Liverpool et Manchester y pratiquent, à leur profit, de larges dérivations (pl. XXX, C).

L'Ouest du comté d'York ou West Riding est pour la laine presque ce que le Lancashire est pour le coton. Cette prépondérance date de la fin du xviii^ siècle. On vit alors, des comtés de l'Est et du Sud-Ouest, le travail de la laine émigrer vers le Yorkshire, au contact du Lancashire, tout près de ce milieu novateur qui avait créé la grande industrie cotonnière. Il y trouva des rivières pour ses machines, des eaux claires pour le lavage des laines, et surtout le charbon qui manquait aux régions de l'Est et du Sud-Ouest (fig. 53). Au cours du xviii^ siècle, de 1700 à 1801, on vit la population du West Riding s'accroître de 136 p. 100; puis, de nouveau, entre 1801 et 1851, de 132 p. 100.

De cette migration vers un pays d'industrie moderne, le travail de la laine dans le West Riding conserve encore certaines spécialisations. De ses deux branches essentielles, laine peignée et laine cardée, c'est par celle qui exige le plus de machines, le plus de capitaux et la plus grande division du travail, par la manufacture de la laine peignée que l'emporte le West Riding. Il contient seulement la moitié des broches et les trois cinquièmes des métiers occupés en Angleterre à la laine cardée; il n'a surpassé dans ce genre ni les Cotswolds, ni la Tweed. Mais il détient pour ainsi dire le monopole des peignés; il possède, sauf 200 ou 300, toutes les machines à peigner du Royaume-Uni; il domine, et de loin, la filature et le tissage de la laine peignée (fig. 50).

L'industrie lainière se concentre essentiellement dans le bassin supérieur de l'Aire et de son affluent la Calder, le long des vallées qui s'enfoncent au cœur du massif Pennin. A la faveur de ces communications transversales, elle s'avance

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même sur le versant de Lancashire, jusqu'à Rochdale, où plus de vingt-cinq usines tissent de la flanelle. Dans le West Riding, elle occupe 185 000 ouvriers, sans compter les 90 000 autres qui s'emploient dans le travail des autres textiles qu'on mélange au coton, dans le blanchiment et la teinture ainsi que dans le commerce. A l'intérieur de ce district lainier, on observe entre les villes une certaine division du travail, mais moins rigoureuse que pour le coton du Lancashire. D'une manière générale, on peut dire que les tissus en peigné se font

dans l'Ouest et le Nord, à Bradford, Huddersfield, Halifax et Keighley; les étoffes en cardé, à Leeds, Batley, Dewsbury, Morley et Rochdale; les tissus Renaissance, à Batley et Dewsbury; les tapis, à Halifax et Hedmondwike. A l'intérieur de chaque groupe, certaine spécialisation prévaut : la filature domine à Wakefield et Keighley, la confection, à Leeds, le commerce, à Bradford. A la différence du Lancashire, le marché de la matière première et des articles fabriqués n'appartient pas exclusivement au pays manufacturier : les laines exotiques débarquent à Londres, ainsi qu'à Liverpool, à Manchester, à Southampton et dans les ports du Humber; quant aux filés et aux tissus, ils s'exportent aussi bien par Liverpool, Londres et Douvres que par Hull, Goole et Grimsby.

Deux villes dominent toutes les autres dans le pays lainier : Leeds et Bradford. Leeds se trouve sur l'Aire, dans la contrée de douces collines qui sépare la plaine d'York des hautes vallées montagnardes : c'est une ancienne ville drapante, déjà riche au début du xviii^ siècle; elle avait alors plus d'habitants que Manchester; par la suite, elle grandit moins vite, passant de 53 000 habitants en 1801 à 472 000 en 1924; mais pas davantage elle n'a pris le temps de s'embellir; sauf l'avenue des banques et des compagnies d'assurances, à laquelle ses hauts bâtiments en granité donnent quelque majesté, tout est noir et banal, même l'hôtel de ville et la cathédrale; des rues étroites et sales mènent aux quartiers industriels qui étalent le long de la rivière leur laideur enfumée. Une évolution s'est faite dans le travail de la ville; le commerce de la laine brute l'a presque abandonnée pour Bradford; et, si elle tisse encore des étoffes, elle

FiG. 53. — Le bassin houiller des comtés d'York, de Derby et de Nottingham.

1, Limite de l'aflleurement du houiller; 2, Profondeur du houiller caché par les morts-terrains, comptée en mètres au-dessous du niveau de la mer; 3, 4, 5, Puits de mine, le point étant d'autant plus gros que l'extraction du puits est plus forte. — Échelle, 1 : 1 100 000.

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se transforme de plus en plus en un immense atelier de confection; on y confectionne les vêtements tout faits pour les grands magasins; cette besogne s'accomplit, soit dans des fabriques à la machine par des ouvriers anglais, soit à la main, à domicile, surtout par de pauvres ouvriers juifs. La confection emploie à Leeds plus de 23 000 femmes et seulement 12 000 hommes. Les hommes qui ne s'emploient pas dans le textile travaillent dans les entreprises de transports et surtout dans les usines métallurgiques : car Leeds possède de grands ateliers de construction mécanique et, dans ses faubourgs de Hunslet et d'Armley, des hauts fourneaux et des aciéries. Nous trouvons, ici comme à Belfast, l'exemple d'une soUdarité économique entre deux industries, reposant sur l'équilibre entre la main-d'œuvre masculine et la main-d'œuvre féminine.

En amont de Leeds, dans la petite vallée d'un affluent de l'Aire, Bradford n'était encore qu'un gros village au milieu du xviii^ siècle; elle atteignait 13 000 habitants en 1810 et 26000 en 1821; mais elle ne prit tout son élan qu'à partir de 1830, avec le développement du peignage mécanique; elle passait alors à 106 000 habitants en 1861, puis à 290 000 en 1921. Bradford est la capitale de la laine peignée, la fabrique des étoffes chères, des tissus fins pour costumes de femmes, des beaux draps pour l'habillement masculin et pour l'ameublement, des velours, des peluches. Pour la manufacture des matières qui se mélangent à la laine, de grosses usines y travaillent le coton, la soie, le mohair; tout près de Bradford, Saltaire possède plusieurs fabriques d'alpaga. Bradford joue le rôle d'une véritable métropole par l'esprit commercial qui l'anime; marchands de laine brute, marchands de laines peignées, marchands de filés, marchands de tissus, presque tous s'y rassemblent; les deux tiers des tissus du West Riding se vendent par l'intermédiaire de Bradford. Nulle part on ne trouve une intelligence aussi avertie des intérêts généraux de l'industrie lainière; c'est la Chambre de Commerce de Bradford qui, pour assurer les approvisionnements de matière première, encourageait dès 1859 l'élevage du mouton en Australie, au Cap et dans l'Inde et qui faisait acclimater les chèvres d'Angora dans l'Afrique australe.

Presque toutes les villes du West Riding se pressent dans un rayon de 25 kilomètres autour de Bradford : Leeds (472 000 hab.), Keighley (42 000), Wakefield (53 000), Dewsbury (54 000), Huddersfield (112 000), Halifax (100 000). Toutes ces villes se ressemblent extérieurement, comme les enfants d'une même famille; elles couvrent toutes une grande surface, car chaque ouvrier habite sa maison particulière; toutes ces maisons, alignées en interminables rangées, ont le même plan, la même façade, la même hauteur; sous les nuages des fumées d'usines, il s'en exhale une impression monotone et triste. Telle est la marque de la grande industrie dans ces vallées du West Riding lainier, peuplées de plus de deux millions d'hommes à raison de près de 2 000 par kilomètre carré.

Au pied d'un amphithéâtre de collines, dans le district du Hallamshire, au confluent du Don et de la Sheaf, ShefTield, la ville de l'acier, vient interrompre la continuité du domaine des textiles sur le versant oriental du massif Pennin. Si quelque cataclysme, détruisant les usines de Sheffîeld, obligeait les métallurgistes à les reconstruire, c'est probablement sur le littoral, près de la Tces, qu'ils les placeraient : car les conditions qui les fixèrent jadis n'existent plus. La contrée les réunissait toutes autrefois : minerai local extrait des couches du Houiller; abondance des forêts pour la production du charbon de bois ; rivières abondantes et rapides fournissant leur force motrice pour actionner les souf-

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flets et les meules, et leur eau pure pour la trempe des lames; carrières de grès spéciaux donnant une pierre fine et dure pour les meules destinées à aiguiser l'acier ; bassin houiller depuis longtemps exploité par des galeries à flanc de coteau. Ainsi naquit à Sheffield la coutellerie dont les produits figurent déjà à la fin du moyen âge parmi les exportations de Liverpool vers l'Irlande : elle fait depuis des siècles la renommée de la ville à travers le monde. Le minerai local ne suffisant plus, on dut faire appel aux fers suédois, et Sheffield se spécialisa de plus en plus dans la manufacture des articles finis en acier : c'est là qu'en 1853 Ressemer découvre et applique pour la première fois son procédé au convertisseur qui permet la fabrication de l'acier en masse. Dès lors la métallurgie locale dépend chaque jour plus étroitement de matières premières importées : minerai du Lincoln, fer de Suède, fonte de Middlesbrough; elle s'oriente exclusivement vers les opérations de seconde main, impliquant de l'habileté et façonnant des produits de valeur. On fabrique toujours des couteaux, des ciseaux, des limes, des haches, mais surtout des roues et des essieux pour chemins de fer, des machines à tisser, des blindages, des armes de guerre. A la préparation des aciers spéciaux s'ajoutent aussi les travaux de galvanoplastie. Ville intérieure, éloignée de la mer, dépourvue de voie navigable, Sheffield rachète ces désavantages avec les trésors de son expérience technique : elle renonce à produire des masses de fonte brute dont elle n'a plus la matière première; elle élabore le métal demi-ouvré qu'elle reçoit du dehors et lui donne du prix par sa main-d'œuvre. Fondée dans un cadre de collines verdoyantes, elle recouvre maintenant toute la surface de ce site naturel sous l'uniforme laideur d'une agglomération industrielle peuplée de 490 000 habitants. Dans sa banlieue tout enveloppée de fumées noires, toute hérissée de monceaux de scories et de terris de mines, la métallurgie étend son domaine jusqu'à Ecclesfield et Rotherham (68 000 hab.); et c'est encore à l'influence de Sheffield que se rattachent vers le Sud les usines métallurgiques de Staveley, de Chesterfield (62 000 hab.) et d'Alfreton.

Descendant des hautes vallées qui bouillonnent de travail et regorgent de villes, les rivières pennines, Ouse, Wharfe, Aire, Calder, Don, pénètrent au milieu des plaines fertiles qui les mènent à la mer du Nord par l'estuaire du Humber. Elles y rencontrent des villes, mais des villes anciennes, non pas pressées en essaims, mais isolées au milieu du terroir traditionnel qui les nourrit. Ce sont d'abord les cités modestes qui vivent depuis des siècles au débouché des vallées montagnardes, au contact des moors et de la plaine : Richmond, Knaresborough, Ripon, celle-ci toute proche des ruines de Fountain's abbey, abbaye cistercienne du xii« siècle, qui fut longtemps la grande puissance foncière de la contrée; Doncaster (54 000 hab.), tirée de son calme à l'époque contemporaine par les ateliers du Great Northern Railway et par les mines de houille; Worksop (20 000 hab.), avec les ruines d'un cloître, une vieille église gothique, d'anciennes industries agricoles. Ce sont ensuite des villes de plaine, marchés ruraux, parfois réveillées de leur tranquillité par le souffle industriel qui circule à travers le pays et parl'éclosion d'un groupe d'usines : Northallerton, avec ses foires aux chevaux; Thirsk (8 000 hab.); Selby sur l'Ouse (9 000 hab.), avec de grosses fabriques d'huiles et de produits tinctoriaux dont les matières premières lui arrivent de Hull par bateaux; Beverley (14 000 hab.), petit siège épiscopal; Gainsborough sur la Trent, avec des ateliers de construction de machines agricoles; Newark, sur la Trent (16 000 hab.), ancienne petite ville avec les ruines d'un château,

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une église gothique, de vieilles maisons, une grande place où se tient le marché, et, près de la gare, le marché aux bestiaux.

De part et d'autre du Humber, une grande ville représente le centre historique de ces plaines fertiles : au Nord, York, au Sud, Lincoln. York (84 000hab.) s'est bâtie aux bords de l'Ouse qui jadis lui amenait les bateaux de mer, sur la route historique d'Angleterre en Écosse. La vertu de cette position géographique se retrouve au cours de son histoire : elle fut une colonie et une station romaine (Eburacum), parfois la résidence des empereurs romains; un siège d'évêché dès le vii^ siècle; une colonie danoise et un château normand. Le brillant passé du moyen âge survit dans la cathédrale et dans les remparts qui ceignent encore la cité; la station du chemin de fer reste en dehors des murs; il semble que le bruit

FiG. 54. — Le Humber et les pays riverains.

Altitudes : 1, De 0 à 100 pieds; 2, De 100 à 200 pieds; 3, De 200 à 300 pieds; 4, Au-dessus de 300 pieds. Profondeurs : 5, De 0 à 5 brasses; 6, Au-dessous de 5 brasses (1 brasse = 1 m. 82).

de la vie moderne hésite à franchir ces limites de la vieille ville : des quartiers aux étroites rues tortueuses, des maisons en bois aux étages en surplomb, le château et sa tour massive, des ruines, des coins charmants qui respirent un autre âge, tout y répand le calme et la paix. Dans une position semblable à celle d'York, en un point où la Witham commence à être navigable et où s'unissaient les voies romaines venant du Sud (Foss Way et Ermine Street), s'élève Lincoln, autre cité historique (actuellement 66 000 hab.). Station romaine (Lindum), elle reçut plus tard une garnison danoise; au temps de la conquête normande, elle tenait le troisième rang des villes anglaises après Londres et York. L'ancien château du xii^ siècle, la cathédrale et les églises, les maisons du xii^ siècle, tous les souvenirs du passé se groupent sur la colline qui domine le défilé de la rivière ; la ville nouvelle descend dans la vallée, le long de la Witham et se groupe auprès des gares. Elle conserve des rapports étroits avec les riches campagnes qui l'entourent, recevant grains et bestiaux dans ses marchés et ses foires et fabriquant dans ses usines des machines agricoles (pl. XV, C, etLVI, A).

Au contact de la mer, se range une autre série de villes. Ce sont d'abord les stations balnéaires, véritables annexes des villes de l'intérieur, qui accueillent en été l'exode des foules ouvrières : Saltburn, Whitby(pl. XXIX, B), Scarborough

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(46 000 hab.), Bridlington, Hornsea, Withernsea, Cleethorpes, Sutton on Sea, Skegness, presque toutes plages populaires où se transporte périodiquement le tumulte urbain. Mais ce sont aussi des villes de travail, établies sur le Humber pour desservir l'arrière-pays industriel : Hull (296 000 hab.), Goole et Grimsby (86 000 hab.). Sur un long trajet de côtes, depuis la Tees jusqu'à la Tamise, le Humber donne le seul estuaire profond par oîi les navires de mer, s'avançant à l'intérieur, puissent s'approcher du grand foyer manufacturier du Yorkshire (fig. 54). Le réseau hydrographique en éventail qui rassemble ses eaux dans le Humber ouvre en tous sens des chemins vers les montagnes et vers les plaines; depuis le xv® jusqu'au xviii® siècle, toutes ces rivières, Ouse, Aire, Calder, Derwent et Trent, ont fait l'objet de nombreux travaux de correction; de grands convois de grains les descendaient et par Hull gagnaient les Pays-Bas; Hull jouait alors le rôle d'un port de transbordement entre bateaux de rivière et bateaux de mer ou vice versa; ses relations s'étendaient déjà jusque vers York, ShefTield, Lincoln et Nottingham et même jusque dans le Lancashire par la haute Trent. Après la révolution industrielle et avec le xix^ siècle, cette fonction régionale s'amplifie de tout le trafic que font naître les centres ouvriers du West Riding. La position de Hull sur la grande concavité de l'estuaire lui assure de grandes profondeurs; comme les marées y déterminent des dénivellations de près de 6 mètres, on commence dès 1807 à construire des bassins à flot, dont le nombre et la profondeur s'accroissent sans cesse à mesure que s'accroissent les besoins de la navigation. Entrées et sorties, le mouvement de Hull représentait en 1922 9 millions de tonnes, ce qui le met au sixième rang des ports britanniques. Son travail essentiel consiste à approvisionner les centres urbains du Yorkshire : aussi ressemble-t-il à Londres par la prépondérance des importations sur les exportations. Il exporte du charbon, des machines, des articles d'acier, des filés et des étoffes de coton et de laine. Il importe de la laine qui lui vient de Londres par cabotage, des denrées alimentaires arrivant des ports continentaux d'Europe, des graines oléagineuses que des chalands transportent ensuite aux usines de Hull et de Selby, des bois de mines, du blé qui se dirige vers les grosses minoteries de la région. Tandis que Liverpool a des relations universelles, Hull trafique surtout avec les pays de la mer du Nord, de la Manche et de la Baltique. Au fond de l'estuaire, Goole n'est qu'un petit port de cabotage, expédiant du charbon et recevant des vivres.

A côté du commerce, un autre élément de vie maritime, la pêche, se concentre sur les rives du Humber. Entre les bancs poissonneux de la mer du Nord et les agglomérations industrielles de l'intérieur, la pêche a pu elle-même s'élever au caractère d'une grande industrie. Sa fortune en ces parages remonte au milieu du XIX® siècle : des pêcheurs de Brixham et de Ramsgate, venus de la Manche pour chaluter en mer du Nord*, y découvrirent des fonds exceptionnellement riches, et particulièrement en 1845 les fameux Silver Pits; s'étant établis à Hull, ils en firent le berceau de la pêche au chalut dans la mer du Nord. Mais, pour atteindre Hull, les bateaux de pêche doivent remonter sur près de 40 kilomètres un estuaire dangereux par ses brouillards. Aussi, lorsque le chemin de fer atteignit Grimsby en 1859, les chalutiers commencèrent à s'y arrêter pour débarquer leur poisson; de progrès en progrès, Grimsby est devenu le plus grand port de pêche du monde pour le poisson frais. Ce port est l'œuvre et la propriété d'une compagnie de chemin de fer qui l'a équipé merveilleusement pour le débarque-

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ment, la vente et l'expédition rapides du poisson, ainsi que pour le ravitaillement des bateaux en eau, en glace et en charbon. On a réduit au minimum le délai entre le débarquement du poisson et son expédition par fer; tous les soirs, des trains spéciaux transportent « la marée » vers Londres, vers Birmingham et les Midlands, vers Manchester et Liverpool, vers le Yorkshirc et l'Écosse; en pleine saison, il part de Grimsby 250 à 300 wagons de poisson par jour. Cette organisation de la pêche a contribué à faire du poisson l'un des ahments les moins chers et les plus répandus de Grande-Bretagne, Tout se tient dans la vie économique de l'Angleterre du Nord; l'esprit industriel marque son empreinte sur toutes les activités; c'est pour les débouchés urbains que travaillent les cultivateurs et les pêcheurs; c'est la croissance des villes qui conduit à l'exploitation intensive de la terre et de la mer.

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