II. — LA VIE URBAINE
Si l'on excepte l'agglomération industrielle du Sud, il n'y a de villes galloises que sur le contact de la mer et des plaines. Encore la côte de cette presqu'île écartée et difficile à traverser ne se prête-t-elle guère à la vie maritime; les grands ports se trouvent en dehors du pays, à ses portes, à Liverpool et à Bristol. Du côté intérieur, la vie urbaine s'est fixée sur les points où se concentraient les échanges entre la montagne et la plaine; elle a pris naissance aussi auprès des forteresses qui marquent le front de lutte des deux races.
Depuis l'estuaire de la Dee jusqu'à l'île d'Anglesey, les villes ne quittent pas la côte ou s'en écartent peu vers l'intérieur. Flint (4 700 hab.), chef-lieu de comté, dépend encore, par ses usines de produits chimiques, de la région de Chester. Denbigh (6 500 hab.), autre chef-lieu de comté, est une vieille cité, avec les ruines d'un château; St. Asaph, une paisible ville de cathédrale. Rhyl
ÉTUDES RÉGIONALES
(8 500 liab.) vit de sa plage. Llandudno (11 000 hab.), autre station balnéaire, s'est posée sur une étroite péninsule, auprès des superbes falaises de Great Ormes head, en face du panorama merveilleux des montagnes galloises.
Avec le coin du Nord-Ouest gallois (fig. 56), on aborde une terre historique, pleine du souvenir des luttes entre les Anglais et les indigènes. Des forteresses perpétuent la mémoire des épisodes de la conquête : Conway, encore entourée de remparts et dominée par un château du xiii^ siècle (pl. XXXV, B); Bangor, cité épiscopale (11 500 hab.), dont la cathédrale, souvent ravagée par les guerres, a été reconstruite au xv^ et au xvi^ siècle; Beaumaris, dans l'île d'Anglesey, forteresse élevée par Edouard l^^; Carnarvon (9 800 hab.), autre place de guerre, petite ville aux rues étroites et sinueuses, dont le château du xiii^ siècle (pl. XVI) est l'une des merveilles de l'architecture militaire d'Angleterre au moyen âge. Mais toute la fortune du pays n'est pas dans les legs du passé : la terre est fertile; on exploite des richesses souterraines; la grande route d'Irlande passe ici. Depuis longtemps, on extrait le cuivre des mines de Parys mountain (Anglesey). Les plus grandes carrières d'ardoises du Royaume-Uni se trouvent à Bethesda près de Bangor et à Llanberis près de Carnarvon; d'énormes amphithéâtres aux gradins gigantesques entaillent les schistes cambriens; les ardoises, extraites et préparées par plusieurs milliers d'ouvriers, s'expédient dans tout le royaume. La proximité de l'Irlande fait passer sur ce territoire l'un des plus grands chemins de Grande- Bretagne. Entre Holyhead, petite île à l'Ouest d'Anglesey, et Dublin, il n'y a que 60 milles, deux heures et demie de traversée. L'île d'Anglesey elle-même est séparée du continent par le détroit de Menai, vallée ensablée plutôt que bras de mer, large de 180 mètres au minimum; deux ponts le franchissent, assez élevés pour laisser passer les petits voiliers : l'un, pont suspendu de forme élégante, construit par Telford en 1819-1826; l'autre, pont tubulaire en fer, œuvre de Stephenson (1846-1850), qui livre passage à la voie ferrée. Le chemin de fer mène à Holyhead, port des relations rapides avec l'Irlande, devenue une ville de plus de 10 000 habitants; en avant de la petite baie rocheuse qui forme le port naturel, on a construit une digue de 2 km. 5, qui limite un port de refuge profond; les paquebots de la White Star, partant de Liverpool, viennent toucher à Holyhead pour y prendre les passagers transatlantiques venus de Londres, auxquels ils évitent ainsi le détour par Liverpool.
Continuant à suivre la côte galloise jusqu'au canal de Bristol, on ne rencontre plus que de petites villes, de faible rayonnement économique : résidences d'été et centres d'excursion comme Criccieth, Portmadoc, Harlech, Barmouth et Dolgelly (pl. XXXV, A). Jolie ville de 9 000 habitants, Aberystwyth était aux xvi^, xvii^ et xviii^ siècles le débouché des minerais de plomb, de cuivre, d'argent et de zinc de son arrière-pays; placée sur l'estuaire commun de la Rheidol et de l'Ystwyth, elle occupe un point où très anciennement la route de la Severn venait joindre la côte; au vi^ siècle, un monastère se fondait tout près de là, à Llandabarn Fawr; au xii^ siècle, un château fort s'y élevait; de nos jours, la ville vit surtout de sa plage très fréquentée; son université est un foyer réputé d'études galloises. D'autres petits centres urbains s'échelonnent sur la côte : Cardigan, paisible bourg de 3 500 habitants; Fishguard, port de transit rapide vers Rosslare (Irlande) et même port d'escale aménagé par le Great Western Railway pour les services de New York; St. David's, située à l'extrémité d'une péninsule désolée battue par les vents de mer, simple village de 1 000 habitants, mais jadis siège épiscopal,
Phot. E. E. Lupton.