LE PAYS INDUSTRIEL
Une dense agglomération humaine s'épanouit dans le Sud du Pays de Galles; elle emplit les vallées qui découpent les versants de la montagne; elle couvre toute la côte du canal de Bristol depuis Llanelly jusqu'à Newport. Elle doit la vie à la présence d'un riche bassin houiller.
Vers le milieu du xviii^ siècle, on exploitait le charbon à Merthyr Tydfil, mais seulement à l'usage des foyers domestiques; on le transportait à dos de cheval jusqu'à Brecon et jusque dans le Hereford. L'extraction en grand date du jour où l'on put employer la houille pour traiter le minerai de fer qui abondait sur place. Alors commença l'essor du Galles méridional, l'un des plus jeunes parmi les foyers industriels de Grande-Bretagne. Ce bassin houiller est, après celui de la Clyde, le plus étendu du Royaume-Uni (24 000 km^) ; large de 20 à 25 kilomètres, il présente la forme d'une auge ovale, orientée Est-Ouest sur une
ÊÊ
LE PAYS DE GALLES
longueur de 120 kilomètres depuis Pontypool jusqu'à St. Bridc's bay (fig. 57 et 58). La mer l'entaille par deux grandes baies, baie de Carmarthen et baie de Swansea, qui amènent les navires à la portée immédiate de certains centres d'extraction. Il forme un haut plateau, disséqué par de nombreuses vallées : Afon Lwyd, Ebbw Fawr, Ebbw Fach, Sirhowy, Rhymney, Talî, Cynon, Rhondda,
FiG. 57. — Coupe schématique Nord-Sud à travers le bassin houiller du Pays de Galles, depuis les
Black Mountains jusqu'à Cardiff.
1, Silurien; 2, Vieux grès rouge; 3, Calcaire carbonifère et grès meulier; 4, Grès de Pennant, séparant le houUler supérieur du houiller inférieur; 5, Houiller; 6, Couches triasiques et jurassiques. Échelle des longueurs, 1 : 440 000. — Échelle des hauteurs. 1 : 60 000.
0 5 10 20 Km.
FiG. 58. — Le bassin houiller du Pays de Galles.
1, Silurien; 2, Vieux grès ronge; 3, Calcaire carbonifère et grès meulier; 4, Houiller inférieur et supérieur; 5, Grès de Pennajit; 6, Terrains d'âge secondaire et plus récent.
Xeath, Tawe; ce sont autant de voies d'accès qui pénètrent au cœur du bassin, autant de couloirs naturels permettant d'exploiter les couches de charbon qui affleurent sur leurs flancs; par l'usage de galeries à flanc de vallée, on a pu longtemps éviter l'établissement de puits coûteux; encore maintenant, au Nord- Ouest de Newport, à Cwmbran, à Henllys et à Machen, c'est par de pareilles galeries qu'on atteint les veines de charbon. Chaque vallée dispose d'une voie ferrée par laquelle les trains de houille descendent sans peine vers les ports (fig. 59).
ÉTUDES RÉGIONALES
Il s'accomplit de l'Est à l'Ouest, dans la nature des charbons, un changement remarquable. Dans l'Est et le Nord-Est, on commence avec des charbons bitumineux donnant de bons combustibles domestiques et d'excellent coke; la présence simultanée de ces charbons à coke et du minerai de fer explique le développement précoce de l'industrie métallurgique autour de Merthyr Tydfil et dans la vallée de la Tafî près de Cardifï. Au centre du bassin, dans les vallées de Merthyr Tydfil, d'Aberdare et de la Rhondda, dominent les charbons semibitumineux; doués d'une grande puissance calorifique, donnant peu de fumée et laissant peu de cendres, très recherchés par la marine à vapeur, ils constituent
FiG. 59. — Relief, voies ferrées et puits de mine dans le bassin houiller du Pays de Galles.
Altitudes : 1, De 0 à 300 pieds; 2, De 300 à 800 pieds; 3, De 800 à 1 250 pieds; 4, Au-dessus de 1 250 pieds avec courbe de 1 750 pieds. — 5, Puits de mine; 6, Voies ferrées.
le fameux steam-coal, de réputation universelle. Enfin, dans le Nord-Ouest du bassin on trouve une anthracite excellente, mais difficile à exploiter à cause de l'état de dislocation du gisement. Le Pays de Galles extrait annuellement environ 50 millions de tonnes de charbon. De 1873 à 1913, la production a augmenté de 250 p. 100; elle occupait en 1923 près de 240 000 ouvriers. Grâce à son abondance et à ses variétés, le charbon gallois alimente une énorme exportation. Le steam-coal s'expédiait avant 1913 jusqu'à Singapour et à Shanghaï; actuellement il ne dépasse guère l'océan Indien. Mais le volume des exportations demeure considérable; elles ont passé de 3 500 000 tonnes en 1873 à 20 925 000 en 1903, à 36 780 000 tonnes en 1913.
Par une coïncidence qu'on observe aussi en Ecosse, le minerai de fer se trouve intercalé dans les couches mêmes du Houiller inférieur. Dès le début, on
LE PAYS DE GALLES
l'exploita beaucoup plus souvent dans les afïleurements du Nord, parce que les couches y sont moins inclinées et plus riches que dans le Sud; aussi, dès le milieu du xviiie siècle, l'industrie du fer se concentra dans le Nord-Est, à proximité du bon minerai et du charbon à coke, autour de Merthyr Tydfil, de Dowlais, de Rhymney, deTredegar, de Pontypool, d'Ebbw Vale. Mais, à partir du milieu du xix^ siècle, le minerai gallois ne convenant pas à la fabrication de l'acier, on le négligea pour utiliser des minerais étrangers, surtout d'Espagne. En vertu de la force acquise, les hauts fourneaux demeurèrent dans le Nord-Est, à Ebbw Vale, Blaenavon, Cwmbran, Dowlais; mais il s'en fonda d'autres au bord de la mer à Cardifî, à Landore, à Briton Ferry, afin de recevoir directement le minerai étranger, et c'est aussi sur le littoral que tendent à se grouper les aciéries. Il y a donc eu migration des usines métallurgiques de l'intérieur vers la côte. Le métal produit par ces usines passe presque tout entier dans la fabrication du ferblanc (tinplate), l'industrie la plus personnelle au Pays de Galles; fondée au début du xviii^ siècle à Pontypool, elle se concentre maintenant, pour les trois quarts, dans un rayon de 20 kilomètres autour de Swansea; elle y occupe environ 370 usines qui emploient plus de 20 000 ouvriers (fig. 60).
L'étain, qui jadis était fourni par la Cornouaille, vient maintenant de la Malaisie, de la Bolivie et de la Nigeria. Auprès du fer, d'autres métaux trouvent leurs usines à Swansea : le cuivre traité par 3 000 ouvriers entre Port Talbot et Llanelly; le zinc, par 1 000 ouvriers; le nickel raffiné à Clydach, à 8 kilomètres au Nord de Swansea dans une fabrique qui occupe plus de 3 100 ouvriers.
La nécessité d'exporter le charbon et d'approvisionner le pays en minerais, en matériaux et en vivres de toute sorte a fait naître de grands ports et, autour de ces ports, de grandes villes. On peut résumer le trafic de Cardifî, de Swansea et de Xewport en disant qu'ils importent des vivres, des minerais et des bois, et qu'ils exportent du charbon et du métal. Newport est surtout une création du xix« siècle; elle n'avait qu'un millier d'habitants en 1792; elle montait à 67 000 en 1901 et à 92 000 eu 1921. Sur une longueur de 7 kilomètres et une largeur de 310 mètres, l'Usk forme le port; les navires trouvent 12 mètres d'eau aux marées de printemps; sur les rives on a creusé trois grands bassins pourvus du matériel le plus moderne de chargement et de déchargement. A l'entrée, le minerai de fer et le bois représentent plus de la moitié du trafic; à la sortie, le charbon plus des neuf dixièmes. Sur l'estuaire de la Tawe, Swansea (163 000 hab.) entreprit le commerce du charbon plus tôt que les autres ports gallois, puisque les documents l'y mentionnent dès le xiv^ siècle. Durant la première moitié du xix^ siècle.
0 5 10 ÎShin
FiG. 60. — Les usines de fer-blanc du Pays de Galles.
1, Groupe de 1 à 5 usines; 2, Groupe de 5 à 20 usines; 3, Groupe de 20 usines; 4, Limite du bassin houiller.
ÉTUDES RÉGIONALES
elle a progressé comme port charbonnier beaucoup moins vite que Newport et Cardifî, à cause des accès difficiles de son port; on dut construire des briselames le long du canal, puis creuser des bassins. Les minerais fournissent 80 p. 100 des importations, la houille et les métaux, 94 p. 100 des exportations. Au même groupe charbonnier appartiennent Briton Ferry et Port Talbot. Mais l'originalité de Swansea réside dans l'intensité de sa vie industrielle; elle concentre un foyer prodigieux de métallurgie dans ses usines de ferblanc, de cuivre, d'étain et de zinc. Des chantiers de construction navale, des fabriques de produits chimiques, des ateliers de chemins de fer accroissent encore la multitude ouvrière de la ville et de sa banlieue; tout récemment, une grande compagnie pétrolière, VAnglo Persian OU Co, y fondait d'énormes installations pour le raffinage du pétrole, le nouveau combustible de la marine. Cardifî (226 000 hab.) date du xix^ siècle; elle n'avait que 1 020 habitants en 1801. Son port, sur l'estuaire de la Taff, comprend six grands bassins dont le premier remonte à 1839; les navires y trouvent des profondeurs maxima allant de 8 m. 50 à 12 m. 60. A ce vaste port il faut ajouter deux ports annexes, créés plus récemment pour décongestionner le trafic charbonnier de Cardifî : Penarth à 2 kilomètres au Sud et Barry au Sud-Ouest, achevé en 1889. A eux trois, ils constituent un énorme embarcadère charbonnier, spécialisé dans l'expédition de la houille. Les voies ferrées qui descendent la vallée de la Tafî transportent presque autant de charbon sur leurs 123 milles que le Great Western ou le Midland ou le London and North Western, chacun sur leur réseau de près de 2 000 milles. Le charbon forme les quatre cinquièmes de l'exportation de Cardifî. A l'entrée, les trois quarts du trafic sont apportés par les céréales, les bois et les minerais. Ces fonctions commerciales de Cardifî, très simples jusqu'à présent, tendent à se développer; jusque vers 1914, Cardiff dépendait de Londres, de Liverpool et de Bristol pour ses denrées ahmentaires; pour ces intermédiaires, elle devait payer des transports et des commissions; aussi s'est-elle mise à importer directement et s'efîorce-t-elle de devenir un centre distributeur pour tout le Sud du Pays de Galles.
Tout ce développemicnt minier et industriel, réalisé en un siècle, a provoqué un afflux de population : ce pays de landes et de cultures s'est transformé en une zone urbaine. Le comté de Glamorgan est passé de 70 880 habitants en 1801 à 1 250 000 en 1921, ce qui lui donne une densité de 600 habitants par kilomètre carré. Mais ce chiffre de densité lui-même ne mesure pas le degré de concentration des hommes; entre les plateaux presque déserts, les vallées, littéralement pleines d'hommes pressés, sont parfois si étroites entre leurs versants raides que la rivière, la route et la voie ferrée y trouvent tout juste leur place; dans cet espace resserré et sur les pentes déclives, les installations charbonnières et leurs usines disputent le terrain aux milliers des pauvres maisons de mineurs. Dans le district de Rhondda-ville, on compte 1 720 habitants par kilomètre carré; dans le district Mid-Rhondda, 2 600. Cette accumulation d'hommes s'accomplit extraordinairement vite. Cardiff passait de 1 020 habitants en 1801 à 18 000 en 1850, 60 000 en 1870, 165 000 en 1901, 226 000 en 1924; depuis 1841 sa population s'est accrue de 10 000 habitants à chaque accroissement d'un million détonnes dans l'expédition du charbon. D'une centaine d'habitants en 1881, Barry montait déjà à 13000 en 1891. Cette fougue de croissance se révèle un peu partout dans le plan inachevé des villes. Merthyr Tydfil (83 000. hab.) laisse l'impression d'un
LE PAYS DE GALLES
énorme village noir et enfumé. Les villes du charbon se ressemblent par la laideur et la vulgarité : ainsi Aberdare, Rhymney, Dowlais, Pontypool. D'autres villes sont nées de la même poussée industrielle, soit comme centres d'usines, soit comme croisement de voies ferrées : Cowbridge, Bridgend, Neath (14 000 hab.), LIanelly (26 000 hab.). Tout le pays suit le mouvement; les campagnes orientent leur production vers l'approvisionnement des villes. Les souvenirs du passé s'effacent, les vieux monuments disparaissent devant la cohue des choses nouvelles. Les paysages eux-mêmes se flétrissent; scories de fourneaux et débris de schistes houillers s'accumulent en tertres arides; sur les collines qui avoisinent Swansea, les vapeurs empoisonnées des usines ont fait le désert et soufilé la mort sur l'herbe et sur les arbres^.
BIBLIOGRAPHIE
Chaque comté du pays de Galles possède sa monographie dans la collection Cambridge County Geographies, publiée par l'University Press de Cambridge.
A. G. BRADLEY,7n the March and Borderland of Wales, Londres, 1905.— W. M. Davis, Glacial Erosion in N'orth Wales (Quart. Journal Geol. Soc. ,1909, p. 281-351).— J. P. Howell, Agricultural Atlas of Wales, Ordnance Sur\-ey, Southampton, 1921. — J. E. Lloyd, A History of Wales, Londres, 1911. — Rapports commerciaux des agents diplomatiques, France (nombreux rapports sur Cardiff, Newport, Swansea). — J. Rhys, The Welsh People, Londres, 1900. — A.Strahan and \V. Pollard, Coals of South Wales (Mem. Geol. Survey England, 1908 : n luvelle édition, 1915). — A. Strahan, The Geology of the South Wales Coal Field {Mem. Geol. Survey England, 1907-1909).— A. E. Trueman, The Iron Industry of South Wales (Geogr. Teacher, 1921, p. 26). — • Royal Commission on land in Wales, Bibliographical statistical and other miscdlaneous Mtmoranda, Londres, 1896. — Report of the Commissioners for Wales. — Commission of Inquiry intoindustrial Unrest,Presented to Parliament, Londres, 1917. — W. E. Whitehouse, Descriptive Handbook io the Relief Model of Wales, Cardifï, 1915. — J. Wilkins, The History of the Iron, Steel, Tinplale and other Trades of Wales, Merthyr, 1903. — W. Ll. Williams, The Making of Modem Wales, Londres, 1919.
1. Poar 1 évolution politique d i pays de Galles, voir chapitre iv, p. 80.